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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA31-24TL02810

Cour administrative d'appel de Toulouse — Décision N° CAA31-24TL02810

mercredi 15 janvier 2025

JuridictionCour administrative d'appel de Toulouse
SectionCour administrative d'appel de Toulouse
N° DossierCAA31-24TL02810
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
FormationJuge des référés
Avocat requérantCANADAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A B C a demandé au tribunal administratif de Toulouse d'annuler l'arrêté du 6 février 2023 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français, a fixé un délai de départ volontaire et le pays de renvoi, d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de 72 heures à compter de la notification du jugement à intervenir et de procéder au réexamen de sa situation, d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer une carte de séjour temporaire en qualité d'étudiant ou un titre de séjour portant la mention vie privée et familiale ou tout autre titre dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard et de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros à verser à son conseil, Me Canadas, en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

Par un jugement n°2304810 du 6 juin 2024, le tribunal administratif de Toulouse a dit n'y avoir lieu à statuer sur la demande d'aide juridictionnelle à titre provisoire et a rejeté le surplus des conclusions de sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 12 novembre 2024, M. B C, représenté par Me Canadas, demande à la cour :

1°) d'annuler le jugement n° 2304810 du 6 juin 2024 ;

2°) d'annuler l'arrêté préfectoral du 6 février 2023 ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " étudiant " ou " vie privée et familiale " ou tout autre titre dans le délai de 15 jours suivant la notification de la décision à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard et, subsidiairement, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de 72 heures à compter de la notification de la décision à intervenir et de procéder au réexamen de sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1800 euros à verser à son conseil, en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

- les premiers juges n'ont pas examiné de manière suffisante le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'il démontre le caractère réel et sérieux de ses études ;

Sur l'arrêté attaqué pris dans son ensemble :

- l'arrêté est entaché d'incompétence de son signataire ;

- il est entaché d'un défaut de motivation en fait ;

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation dès lors que le préfet n'a pas pris en compte le caractère réel et sérieux de ses études ;

- elle est entachée d'un détournement de pouvoir, le préfet ayant refusé de faire droit à sa demande de renouvellement de titre de séjour en cours d'année, l'empêchant de valider son année ;

- elle est entaché d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- elle est entachée d'erreur dans l'appréciation de sa situation ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision attaquée est privée de base légale, par suite de l'illégalité de la décision de refus de séjour ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle et la poursuite de son cursus universitaire ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision portant fixation du pays de renvoi :

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales.

Par décision du 11 octobre 2024, la section de la cour administrative d'appel du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Toulouse a accordé à M. B C le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Le dernier alinéa de l'article R.222-1 du code de justice administrative dispose : " () les présidents des formations de jugement () des cours () peuvent () par ordonnance, rejeter () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. M. B C, ressortissant congolais, né le 10 mai 1993 à Kinshasa (République démocratique du Congo) est entré en France le 31 août 2017, muni d'un passeport revêtu d'un visa " étudiant " valable du 16 août 2017 au 16 août 2018, avant de bénéficier d'une carte de séjour temporaire " étudiant " d'une durée d'un an, renouvelée jusqu'au 14 octobre 2020, puis d'une carte de séjour pluriannuelle valable jusqu'au 22 octobre 2022 pour le même motif. Le 29 octobre 2022, l'intéressé a sollicité le renouvellement de son titre de séjour étudiant. M. B C relève appel du jugement du 6 juin 2024 par lequel le tribunal administratif de Toulouse a rejeté sa demande tendant à l'annulation de l'arrêté du 6 février 2023 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pouvait être reconduit.

Sur la régularité du jugement :

3. Hormis dans le cas où le juge de première instance a méconnu les règles de compétence, de forme ou de procédure qui s'imposaient à lui et a ainsi entaché son jugement d'une irrégularité, il appartient au juge d'appel non d'apprécier le bien-fondé des motifs par lesquels le juge de première instance s'est prononcé sur les moyens qui lui étaient soumis mais de se prononcer directement sur les moyens dirigés contre la décision administrative attaquée dont il est saisi dans le cadre de l'effet dévolutif de l'appel. M. B C ne peut donc utilement soutenir, pour contester la régularité du jugement entrepris, que les premiers juges auraient commis une erreur manifeste d'appréciation.

Sur le bien-fondé du jugement :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

4. Par arrêté n° 31-2023-01-30-00015 du 30 janvier 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, accessible tant au juge qu'aux parties, le préfet de la Haute-Garonne a donné délégation à Mme E D, directrice des migrations et de l'intégration de la préfecture, à fin de signer notamment les décisions contestées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

5. L'arrêté contesté comporte l'énoncé des motifs de droit et de fait qui constituent le fondement du refus de séjour. Il comporte notamment un exposé circonstancié des éléments relatifs à la situation personnelle et familiale du requérant en retraçant les différentes étapes de son parcours universitaire durant les cinq années qui ont suivi son arrivée sur le territoire, le 16 août 2017. Par suite, le moyen tiré de son insuffisance de motivation en fait doit être écarté.

En ce qui concerne la décision refusant l'admission au séjour :

6. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Haute-Garonne ne se serait pas livré à un examen réel et sérieux de l'ensemble de la situation de M. B C. Par suite, le moyen ne peut qu'être écarté.

7. Aux termes de l'article 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. / () Cette carte donne droit à l'exercice, à titre accessoire, d'une activité professionnelle salariée dans la limite de 60 % de la durée de travail annuelle. ". Pour l'application de ces dispositions, il appartient à l'administration, saisie d'une demande de renouvellement d'une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant ", d'apprécier, sous le contrôle du juge administratif de l'excès de pouvoir, la réalité et le sérieux des études poursuivies. A cet égard, le caractère réel et sérieux de ces études est subordonné à une progression régulière de l'étudiant et à la cohérence de son parcours.

8. Il ressort des pièces du dossier que M. B C, inscrit en première année de licence de droit, a été ajourné à deux reprises au titre des années 2017/2018 et 2018/2019, avant de valider, avec une moyenne de 11,06/20, sa première année de licence en 2019/2020, puis de s'inscrire en deuxième année de licence de droit, pour deux années universitaires consécutives, en 2020/2021, puis en 2021/2022, sans produire aucun élément justifiant des résultats qu'il aurait obtenus à leur terme. Si l'intéressé a choisi de changer d'orientation et de s'inscrire l'année suivante, en 2022/2023, en 1ere année de brevet de technicien supérieur (BTS) " management commercial opérationnel ", en alternance à l'école ESARC de Labège, les éléments produits, notamment le bulletin du 1er semestre, révèlent un défaut d'investissement dans ce nouveau cursus et un absentéisme important, y compris aux examens, avec une moyenne générale de 7,75/20, et des appréciations littérales qui font notamment état de résultats insuffisants et d'un manque de travail. M. B C n'apporte aucun élément nouveau de nature à justifier ses échecs successifs et son choix de réorientation scolaire, après quatre années universitaires en faculté de droit aux termes desquelles il n'a validé aucun diplôme. Si l'intéressé soutient avoir dû travailler pour subvenir à ses besoins en raison de l'accident vasculaire cérébral dont aurait été victime son père, qui finançait ses études, cette allégation n'est pas corroborée par la production d'une attestation de ce dernier datée du 7 décembre 2020 qui fait seulement état de sa situation financière précaire depuis qu'il a pris sa retraite. Ainsi, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation que le préfet de la Haute-Garonne a estimé que le caractère réel et sérieux des études poursuivies par M. B C n'était pas établi et qu'il a refusé de renouveler son titre de séjour en qualité d'étudiant.

9. Pour les mêmes motifs, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Haute-Garonne aurait, dans le seul but de l'empêcher de valider sa première année de brevet de technicien supérieur (BTS), refusé de faire droit à sa demande de renouvellement de titre en cours d'année. Par suite, le moyen tiré du détournement de pouvoir doit être écarté.

10. Compte tenu des éléments de sa situation personnelle évoquée au point 8, et nonobstant sa durée de séjour sur le territoire français où il n'a été admis que pour suivre des études, la décision de refus de renouvellement de son titre de séjour en qualité d'étudiant n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation alors qu'il est constant qu'il n'a pas sollicité un titre de séjour sur un autre fondement.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

11. Il résulte de ce qui précède que M. B C n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant refus d'admission au séjour à l'égard de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

12. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

13. M. B C soutient avoir établi le centre de ses intérêts privés et familiaux en France où il poursuit ses études depuis plus de cinq années. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'appelant, célibataire et sans charge de famille en France, serait dépourvu d'attache dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 24 ans et où réside son père. Par ailleurs, M. B C, qui n'a validé que sa première année de licence en droit, après plus de cinq années en France, n'invoque aucune circonstance avérée, ainsi qu'il a été dit au point 8, de nature à justifier ses échecs répétés et son choix de réorientation universitaire. Par suite, eu égard à la durée et aux conditions du séjour de l'intéressé en France, le préfet de la Haute-Garonne n'a pas porté à son droit au respect de sa vie familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus et n'a donc ni méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales, ni commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences que sa décision est susceptible d'entraîner sur la situation personnelle de l'intéressé.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

14. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 13 de la présente ordonnance, M. B C n'est fondé à soutenir que le préfet de la Haute-Garonne aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales en fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement.

15. Il résulte de ce qui précède que la requête d'appel est manifestement dépourvue de fondement et doit être rejetée selon la procédure prévue par les dispositions précitées du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte et celles tendant à l'application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent qu'être rejetées par voie de conséquence.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. B C est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B C et à Me Canadas.

Copie en sera adressée au préfet de la Haute-Garonne.

Fait à Toulouse, le 15 janvier 2025.

La présidente de la 2ème chambre,

A. Geslan-Demaret

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

N°24TL02810

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