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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA31-24TL02966

Cour administrative d'appel de Toulouse — Décision N° CAA31-24TL02966

mercredi 5 février 2025

JuridictionCour administrative d'appel de Toulouse
SectionCour administrative d'appel de Toulouse
N° DossierCAA31-24TL02966
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
FormationJuge des référés

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B A a demandé au tribunal administratif de Montpellier d'annuler l'arrêté du 17 janvier 2024 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination de cette mesure et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de trois mois.

Par un jugement n° 2402755 du 9 juillet 2024, le tribunal administratif de Montpellier a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 27 novembre 2024, M. A, représenté par Me Rosé, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du tribunal administratif de Montpellier du 9 juillet 2024 ;

2°) d'annuler l'arrêté préfectoral du 17 janvier 2024 portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixation du pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois mois ;

3°) à titre principal, d'enjoindre au préfet de l'Hérault de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente décision, au besoin sous astreinte ;

4°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de l'Hérault de réexaminer sa situation et lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;

5°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision de refus de renouvellement de titre de séjour :

- elle est entachée d'un défaut de compétence de son auteur ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation relative aux conditions d'accès aux soins dans son pays d'origine ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est privée de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de renvoi :

- elle est privée de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour et de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois mois :

- elle est privée de base légale en raison de l'illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

Par une décision du 27 septembre 2024, confirmée par une ordonnance du 6 novembre 2024 du président de la cour administrative d'appel de Toulouse, le bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Toulouse a rejeté la demande d'aide juridictionnelle présentée par M. A.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant marocain, né le 28 octobre 1992, déclare être entré en France le 16 octobre 2022. Le 21 novembre 2023, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour au regard de son état de santé. Par un arrêté du 17 janvier 2024, le préfet de l'Hérault lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de trois mois. M. A relève appel du jugement du 9 juillet 2024 par lequel le tribunal administratif de Montpellier a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

2. Le dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative dispose : " () les présidents des formations de jugement des cours () peuvent () par ordonnance, rejeter () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. (.) ".

Sur la décision de refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, M. A réitère en appel, dans des termes similaires et sans critique utile du jugement, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte. En l'absence de nouveaux éléments de droit ou de fait pertinents de nature à remettre en cause l'analyse et la motivation retenue par le tribunal administratif, il y a lieu d'écarter ce moyen par adoption des motifs retenus à bon droit par les premiers juges au point 3 du jugement attaqué.

4. En second lieu, en vertu de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'État ".

5. Pour déterminer si un étranger peut bénéficier effectivement dans le pays dont il est originaire d'un traitement médical approprié, au sens des dispositions précitées, il convient de s'assurer, eu égard à la pathologie de l'intéressé, de l'existence d'un traitement approprié et de sa disponibilité dans des conditions permettant d'y avoir accès, et non de rechercher si les soins dans le pays d'origine sont équivalents à ceux offerts en France ou en Europe. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'accès effectif ou non à un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.

6. Par un avis du 5 janvier 2024, le collège des médecins de l'Office français de l'intégration et de l'immigration a estimé que si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, M. A peut bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Il ressort des pièces du dossier que ce dernier, qui a levé le secret médical, est atteint d'une insuffisance rénale chronique, conséquence d'une néphropathie indéterminée, ainsi que d'une hypertension artérielle sévère ayant occasionné une cardiopathie hypertrophique et d'une hyperparathyroïdie secondaire sévère. En outre, il établit que son état de santé nécessite trois séances d'hémodialyse par semaine ainsi qu'un traitement médicamenteux associé. Si M. A soutient que le coût du traitement approprié à son état de santé constitue un obstacle à sa prise en charge au Maroc en raison de l'insuffisance de ses ressources, il ne produit aucune pièce à l'appui de ses allégations concernant ses revenus. Par ailleurs, s'il ressort du site d'information MedCoi (Medical Country of Origin Information, qui est un site de l'agence pour l'asile de l'Union européenne) en janvier 2019 que " si le RAMED prend en charge la dialyse, les traitements et les médicaments ne suivent pas, malgré les efforts déployés par l'État et les secteurs privé, universitaire et militaire ", le requérant n'apporte pas d'éléments sur l'impossibilité éventuelle de son affiliation au système d'assistance médicale obligatoire au Maroc. À cet égard, il ressort du site précité que l'affiliation à ce régime d'assistance prévoit une prise en charge à 100 % pour les affections de longue durée. Enfin, s'il est établi que l'intéressé est inscrit sur la liste des receveurs de greffe du rein du centre hospitalier universitaire de Montpellier depuis janvier 2024, aucune pièce versée au débat ne justifie l'impossibilité pour l'intéressé de bénéficier d'une telle greffe au Maroc. Dans ces conditions, les éléments généraux dont se prévaut l'appelant ne suffisent pas à remettre en cause l'appréciation du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration sur laquelle s'est appuyé le préfet, et selon laquelle M. A peut bénéficier des soins qui lui sont nécessaires dans son pays d'origine. Par suite, la décision portant refus de titre de séjour ne méconnaît pas les dispositions précitées de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et n'est pas entachée d'une erreur manifestation d'appréciation quant à son état de santé.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7 du jugement attaqué, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision en litige doit être écarté.

8. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été exposé précédemment que le moyen tiré du défaut de base légale de la décision portant obligation de quitter le territoire français en raison de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance de titre de séjour ne peut qu'être écarté.

9. En troisième lieu, ainsi qu'il a été dit au point 6 du présent arrêt, M. A ne justifie pas qu'il ne pourra pas bénéficier du traitement approprié à son état de santé au Maroc. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences qu'elle emporte sur son état de santé doit être écarté.

Sur la décision fixant le pays de destination :

10. Il résulte de ce qui a été exposé précédemment que le moyen tiré du défaut de base légale de la décision fixant le pays de destination en raison de l'illégalité des décisions portant refus de délivrance de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois mois :

11. En premier lieu, il résulte de ce qui a été exposé précédemment que le moyen tiré du défaut de base légale de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français en raison de l'illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

12. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".

13. L'ensemble des circonstances propres à sa situation, en particulier l'absence de liens personnels et familiaux majeurs en France, sont, alors même que la présence de l'intéressé ne représente pas une menace pour l'ordre public et qu'il n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, de nature à justifier légalement, dans son principe et sa durée de trois mois, la décision d'interdiction de retour sur le territoire. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation au regard de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers doit être écarté.

14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A est manifestement dépourvue de fondement et doit être rejetée en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Par voie de conséquence, il y a lieu de rejeter également ses conclusions présentées aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet de l'Hérault.

Fait à Toulouse, le 5 février 2025.

Le président de la 1ère chambre,

Éric Rey-Bèthbéder

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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