mardi 15 juillet 2025
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Toulouse |
| Section | Cour administrative d'appel de Toulouse |
| N° Dossier | CAA31-24TL02991 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Juge des référés |
| Avocat requérant | DRIDI |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. A B a demandé au tribunal administratif de Montpellier de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, d'annuler l'arrêté du 1er novembre 2024 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans, d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de réexaminer sa situation administrative et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de 100 euros à compter de la notification du jugement à intervenir, et de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.
Par un jugement n° 2406233 du 8 novembre 2024, le magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Montpellier a admis M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire et a rejeté le surplus des conclusions de sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête, enregistrée le 29 novembre 2024, M. B, représenté par Me Dridi, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement du 8 novembre 2024 ;
2°) d'annuler l'arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône du 1er novembre 2024 ;
3°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de lui délivrer une autorisation de séjour temporaire à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil, en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.
Il soutient que :
- l'arrêté est entaché d'incompétence de son signataire ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît le principe du contradictoire ;
- elle méconnaît son droit d'être entendu au sens de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- elle a été notifiée sans interprète ;
- elle est insuffisamment motivée en droit au sens des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration et en fait ;
- la décision lui refusant un délai de départ volontaire est insuffisamment motivée au regard de la loi du 11 juillet 1979 et n'intervient pas à sa demande ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'une erreur de droit ;
- le préfet a, par sa décision du 1er novembre 2024, violé l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
La demande d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle présentée par M. B a été rejetée par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Toulouse du 24 janvier 2025.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents des formations de jugement des cours () peuvent () par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".
2. M. B, ressortissant tunisien, né le 20 mai 1989 à Tunis (Tunisie) est entré en France en 2008 selon ses déclarations. Il relève appel du jugement du 8 novembre 2024 par lequel le magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Montpellier a rejeté sa demande tendant à l'annulation de l'arrêté du 1er novembre 2024 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi de cette mesure et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.
3. En premier lieu, M. B reprend en appel, dans des termes similaires et sans critique utile du jugement, le moyen tiré de ce que l'arrêté litigieux serait entaché d'un vice d'incompétence de son signataire. Dès lors, il y a lieu d'écarter ce moyen par adoption des motifs retenus à bon droit par le premier juge au point 4 du jugement attaqué.
4. En deuxième lieu, l'appelant reprend en appel, dans des termes similaires et sans critique utile du jugement, le moyen tiré de la méconnaissance du principe du contradictoire. Dès lors, il y a lieu d'écarter ce moyen par adoption des motifs retenus à bon droit par le premier juge au point 7 du jugement attaqué.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment :/ le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ". Le droit d'être entendu préalablement à toute décision qui affecte sensiblement et défavorablement les intérêts de son destinataire constitue l'une des composantes du droit de la défense, tel qu'il est énoncé notamment au paragraphe 2 de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, et fait partie des principes généraux du droit de l'Union européenne ayant la même valeur que les traités. Il garantit à toute personne la possibilité de faire connaître, de manière effective, son point de vue au cours de la procédure administrative afin que l'autorité compétente soit mise à même de tenir compte de l'ensemble des éléments pertinents pour fonder sa décision. Ce droit n'implique pas systématiquement l'obligation, pour l'administration, d'organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l'intéressé, ni même d'inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu'une décision lui faisant grief est susceptible d'être prise à son encontre, il soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de solliciter un entretien pour faire valoir ses observations orales. Enfin, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.
6. Il ressort des pièces du dossier que M. B a été entendu par les services de police, dans le cadre d'une garde à vue à l'occasion de laquelle il a été invité à préciser sa situation administrative et personnelle et informé que la préfecture des Bouches-du-Rhône était susceptible de prendre à son encontre une mesure d'éloignement. Dans ces conditions, il y lieu d'écarter le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu qui manque en fait.
7. En quatrième lieu, la circonstance que M. B ait reçu la notification de l'arrêté en litige sans l'assistance d'un interprète est sans influence sur sa légalité et n'aurait pu avoir une incidence que sur le point de départ du délai de recours, alors qu'au demeurant, il a pu introduire sa demande de première instance dès le 2 novembre 2024. Par suite le moyen ne peut qu'être écarté comme inopérant.
8. En cinquième lieu, l'arrêté en litige vise les textes dont il a été fait application, en particulier les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'accord franco-tunisien et le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le préfet des Bouches-du-Rhône a précisé les éléments de fait propres à la situation personnelle et administrative en France de l'appelant, notamment qu'il déclare être entré en France en 2010, qu'il n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour et qu'il n'est pas en mesure de présenter de passeport en cours de validité. S'il n'a pas indiqué que M. B vit avec sa concubine depuis 2011, cette mention est sans incidence sur la motivation de l'arrêté alors qu'en tout état de cause, il n'en avait pas fait part lors de son audition. Par suite, la décision portant obligation de quitter le territoire français est suffisamment motivée au regard des exigences posées par les articles L. 211-2 et suivants du code des relations entre le public et l'administration et celles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et le préfet des Bouches-du-Rhône a procédé à un examen particulier de la situation de l'appelant au regard des éléments en sa possession.
9. En sixième lieu, la décision lui refusant un délai de départ volontaire, qui fait état de son entrée irrégulière et de l'absence de demande de titre de séjour, ainsi que de l'absence de garanties de représentation, est fondée sur le 3° de l'article L. 612-2 et le 1° et le 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ces articles étant visés dans l'arrêté, est suffisamment motivée. Par ailleurs, si l'appelant entend soutenir que la décision n'intervient pas à la suite de sa demande et méconnaîtrait le principe du contradictoire, il ressort de ce qui a été énoncé aux points 4 et 5 de la présente ordonnance qu'un tel moyen ne peut qu'être écarté.
10. En septième lieu, si l'intéressé entend soutenir que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'une erreur de droit, il n'assortit pas ce moyen de précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé. Au demeurant, le premier juge a suffisamment justifié aux points 14 à 16 de son jugement, la légalité de cette mesure.
11. En dernier lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
12. Il ressort des pièces du dossier que si M. B justifie de sa présence sur le territoire français depuis plus de dix ans au moyen de divers documents entre 2012 et 2021, d'un contrat de bail et d'une attestation d'hébergement datant de novembre 2021 de sa concubine avec laquelle il a conclu un pacte civil de solidarité le 25 mai 2016, qu'il produit un extrait Kbis à jour du 27 mai 2021, et trois avis d'imposition datés respectivement de 2018, 2019 et 2020, rien n'indique que cette relation était encore d'actualité à la date de l'arrêté attaqué alors qu'il a précédemment fait l'objet de deux mesures d'éloignement le 20 janvier 2020 et le 30 novembre 2021 qu'il n'établit pas avoir exécutées, qu'il a été condamné à une peine de prison pour des faits d'infraction à la législation sur les stupéfiants et a été interpellé à la suite d'une plainte pour des faits de violences conjugales. Dans ces conditions et alors que l'appelant n'établit pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, le préfet des Bouches-du-Rhône n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
13. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, ses conclusions présentées à fin d'annulation et d'injonction sous astreinte peuvent être rejetées en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et, en tout état de cause, de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera adressée au préfet des Bouches-du-Rhône.
Fait à Toulouse, le 15 juillet 2025.
La présidente de la 2ème chambre,
Signé
A. Geslan-Demaret
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
La greffière en chef,
Conseil d'État — N° 516229
Le juge des référés du Conseil d'État a rejeté la requête de M. B... qui demandait la suspension de l'exécution de la loi du pays n° 2026-4 du 15 mai 2026 portant création du code des douanes de Polynésie française. Le requérant invoquait une atteinte grave à plusieurs libertés fondamentales, mais le juge a estimé qu'il n'apportait aucun élément caractérisant une situation d'urgence justifiant une mesure de sauvegarde à très bref délai. La décision a été prise sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, en application de la procédure simplifiée prévue à l'article L. 522-3 du même code.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE03336
La Cour administrative d’appel de Versailles, statuant en référé, a rejeté la requête de Mme C... contestant l’ordonnance du tribunal administratif de Versailles qui avait rejeté sa demande indemnitaire pour rupture abusive de son contrat de travail avec la commune de Carrières-sous-Poissy. La cour a confirmé que la demande de première instance était irrecevable, faute pour la requérante d’avoir produit la preuve du dépôt d’une demande indemnitaire préalable, condition nécessaire pour lier le contentieux. En l’absence de contestation de cette irrecevabilité, les moyens soulevés en appel ont été jugés inopérants. L’ordonnance a été rendue sur le fondement de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026