mardi 15 juillet 2025
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Toulouse |
| Section | Cour administrative d'appel de Toulouse |
| N° Dossier | CAA31-24TL03023 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | excès de pouvoir |
| Formation | Juge des référés |
| Avocat requérant | SELARL Sylvain LASPALLES |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. B A a demandé au tribunal administratif de Toulouse d'annuler l'arrêté du 11 octobre 2023 par lequel le préfet de Haute-Garonne a prononcé son expulsion du territoire français.
Par un jugement n°2307072 du 6 novembre 2024, le tribunal administratif de Toulouse a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête, enregistrée le 2 décembre 2024, M. A, représenté par Me Laspalles, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement du 6 novembre 2024 ;
2°) d'annuler l'arrêté du 11 octobre 2023 pris par le préfet de Haute-Garonne ;
3°) d'enjoindre au préfet de réexaminer la situation de l'appelant dans un délai de 30 jours à compter de la notification de la décision à venir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
Sur la régularité du jugement :
- il est entaché d'une erreur d'appréciation ;
Sur le bien-fondé du jugement :
Sur la légalité externe de la décision :
- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;
- elle est entachée d'un vice de procédure portant sur le non-respect de la procédure contradictoire ;
Sur la légalité interne de la décision :
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;
- elle est entachée d'une erreur de droit et/ou d'une erreur manifeste d'appréciation en ce qu'il ne constitue pas ou plus une menace à l'ordre public et d'une erreur manifeste d'appréciation de la gravité à la menace à l'ordre public ;
- elle est manifestement contraire à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle ;
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations avec le public et l'administration
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant kosovar, relève appel du jugement du 6 novembre 2024 par lequel le tribunal administratif de Toulouse a rejeté sa demande tendant à l'annulation de l'arrêté du 11 octobre 2023 par lequel le préfet de Haute-Garonne a prononcé son expulsion du territoire français. Il déclare être entré en France le 4 janvier 2013 à l'âge de quinze ans et le 23 août 2023, la commission d'expulsion a rendu un avis défavorable à son expulsion.
2. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents des formations de jugement des cours () peuvent () par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".
Sur la régularité du jugement :
3. Hormis dans le cas où le juge de première instance a méconnu les règles de compétence, de forme ou de procédure qui s'imposaient à lui et a ainsi entaché son jugement d'une irrégularité, il appartient au juge d'appel de se prononcer directement sur les moyens dont il est saisi dans le cadre de l'effet dévolutif de l'appel. M. A ne peut donc utilement se prévaloir, pour contester la régularité du jugement attaqué, de ce que les premiers juges auraient commis une erreur d'appréciation.
Sur le bien-fondé du jugement :
En ce qui concerne la légalité externe :
4. En premier lieu il ressort des termes de l'arrêté en litige que le préfet de la Haute-Garonne a visé non seulement les textes sur lesquels est fondée la mesure d'expulsion prononcée à l'encontre de l'intéressé, à savoir le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mais aussi la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le représentant de l'État a également précisé les éléments de fait relatifs à la situation administrative et personnelle de M. A, en particulier la condamnation pénale dont il a fait l'objet, et son entrée irrégulière sur le territoire français le 4 janvier 2013 selon ses dires. Ainsi que l'ont relevé les premiers juges, les motifs ayant conduit le préfet à considérer que le comportement de l'intéressé constitue une menace grave pour l'ordre public sont mentionnés dans l'arrêté en litige. Si l'appelant soutient qu'il n'a pas été tenu compte de son évolution et de ses efforts de réinsertion depuis sa dernière condamnation, le préfet n'est pas tenu de faire état de tous les éléments relatifs à la situation de l'étranger. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté doit être écarté.
5. En second lieu, M. A se borne, en appel, à réitérer, sous une forme identique et sans critique du jugement, le moyen soulevé en première instance et tiré de la méconnaissance de la procédure contradictoire. Il y a lieu de l'écarter par adoption des motifs retenus à bon droit par le tribunal administratif de Toulouse.
Sur la légalité interne :
6. En premier lieu, il ne ressort ni des termes de la décision d'expulsion ni des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation de M. A dont la procédure, le raisonnement, et la motivation ont été explicitement mentionnés dans l'arrêté attaqué. Par suite, ce moyen doit également être écarté.
7. En deuxième lieu, aux termes des dispositions de l'article L.631 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut décider d'expulser un étranger lorsque sa présence en France constitue une menace grave pour l'ordre public, sous réserve des conditions propres aux étrangers mentionnés aux articles L. 631-2 et L. 631-3. " Il résulte de ces dispositions que les infractions pénales commises par un étranger ne sauraient, à elles seules, justifier légalement une mesure d'expulsion et ne dispensent pas l'autorité compétente d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence de l'intéressé sur le territoire français est de nature à constituer une menace grave pour l'ordre public. Lorsque l'administration se fonde sur l'existence d'une telle menace pour prononcer l'expulsion d'un étranger, il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si les faits qu'elle invoque à cet égard sont de nature à justifier légalement sa décision.
8. L'appelant soutient qu'il ne constitue plus une menace à l'ordre public dès lors qu'il aurait fait des efforts de réinsertion en obtenant une promesse d'embauche, en étant respectueux du cadre et du personnel, en faisant l'objet d'une mesure de suivi-socio judiciaire comprenant une injection de soin pendant cinq ans, et en étant régulièrement suivi par le SMPR. Il soutient également qu'avant sa dernière condamnation, son casier était vierge de toute mention, que toute sa famille est présente sur le territoire français et qu'il dispose d'une promesse d'embauche. Toutefois, l'intéressé a été condamné pour viol sur mineur à sept ans de réclusion criminelle, assortie d'une mesure de suivi socio-judiciaire comprenant une injection de soins de cinq années, par un arrêt de la cour criminelle départementale de la Haute-Garonne. Le projet professionnel et de réinsertion de l'intéressé et sa promesse d'embauche sont récents et ne constituent pas un gage d'insertion eu égard à la gravité de l'infraction et des éléments retenus dans le réquisitoire, comme la détention de vidéos à caractère pédopornographique dans son téléphone portable ou son examen psychiatrique duquel il ressort qu'il n'intègre pas les interdits et la loi. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments, du comportement criminel de M. A, de la nature et de la gravité des faits commis, et de la menace réelle et actuelle que représente le risque de récidive, c'est sans commettre ni erreur manifeste d'appréciation ni erreur de droit que le préfet de la Haute Garonne a estimé que le comportement de M. A constitue une menace grave pour l'ordre public. Par suite, le représentant de l'État n'a pas davantage méconnu les dispositions de l'article L.631-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
9. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
10. L'intéressé se prévaut de sa présence sur le territoire depuis plus de dix ans à la date de l'arrêté, en compagnie de ses parents, sa sœur aînée et son frère cadet. Il se prévaut également de ce que sa famille est persécutée au Kosovo, qu'elle a quitté le pays en raison de l'état de santé de son père et du handicap de l'intéressé, qu'il a été régularisé par le tribunal administratif et titulaire d'un titre de séjour mention " vie privée et familiale ", valable jusqu'au mois de mars 2023, que sa famille vit régulièrement sur le territoire. L'appelant se prévaut en outre de ses efforts de réinsertion et notamment de sa promesse d'embauche, de sa maîtrise de la langue française, de son passé de commerçant ambulant et de sa scolarisation, de ce que le tribunal administratif de Toulouse a annulé l'arrêté pris à son encontre portant obligation de quitter le territoire français en 2017, et de ce qu'il est dépourvu d'attaches au Kosovo. Cependant, il ressort des pièces du dossier qu'en tenant compte de la date d'entrée sur le territoire déclaré par l'intéressé, la présence de ce-dernier n'excède pas sept ans sur le territoire au jour de l'arrêté car les années passées en réclusion au titre d'une peine privative de liberté ne peuvent être regardées comme une période de résidence habituelle, et, par suite, ne peuvent être prises en compte dans le calcul de la durée de résidence de l'intéressé en France. En outre, l'appelant est célibataire et sans enfant et s'il se prévaut de la présence en France de membres de sa fratrie et de ses parents, cette circonstance n'établit pas la réalité et l'intensité des liens que l'intéressé entretiendrait avec ces derniers alors qu'en outre, il a vécu au Kosovo la majeure partie de sa vie. M. A n'établit pas non plus être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine. De surcroît, si l'intéressé se prévaut de ses efforts de réinsertion et notamment de sa promesse d'embauche, de telles circonstances ne peuvent suffirent à caractériser l'intensité et la centralité de ses intérêts personnels en France, dès lors que l'intéressé ne démontre pas l'impossibilité d'exercer une profession hors de la France. Enfin, M. A a été condamné à sept ans de réclusion criminelle pour viol d'une personne mineure, il a été établi au cours de l'enquête qu'il détenait dans son téléphone portable du contenu à caractère pédopornographique, et ses examens psychiatriques ont démontré qu'il n'intègre pas les codes et les lois de son pays d'accueil. Dès lors, et au regard de l'objectif de prévention des menaces à l'ordre public, le préfet n'a pas pris une mesure disproportionnée et ne méconnait pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur la situation personnelle de l'appelant dont serait entachée la mesure d'éloignement doit être écarté.
11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, ses conclusions présentées à fin d'annulation et d'injonction sous astreinte peuvent être rejetées en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera adressée au préfet de la Haute-Garonne.
Fait à Toulouse, le 15 juillet 2025.
Le président de la 1ère chambre,
Signé
Éric Rey-Bèthbéder
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
La greffière en chef,
Conseil d'État — N° 516229
Le juge des référés du Conseil d'État a rejeté la requête de M. B... qui demandait la suspension de l'exécution de la loi du pays n° 2026-4 du 15 mai 2026 portant création du code des douanes de Polynésie française. Le requérant invoquait une atteinte grave à plusieurs libertés fondamentales, mais le juge a estimé qu'il n'apportait aucun élément caractérisant une situation d'urgence justifiant une mesure de sauvegarde à très bref délai. La décision a été prise sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, en application de la procédure simplifiée prévue à l'article L. 522-3 du même code.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE03336
La Cour administrative d’appel de Versailles, statuant en référé, a rejeté la requête de Mme C... contestant l’ordonnance du tribunal administratif de Versailles qui avait rejeté sa demande indemnitaire pour rupture abusive de son contrat de travail avec la commune de Carrières-sous-Poissy. La cour a confirmé que la demande de première instance était irrecevable, faute pour la requérante d’avoir produit la preuve du dépôt d’une demande indemnitaire préalable, condition nécessaire pour lier le contentieux. En l’absence de contestation de cette irrecevabilité, les moyens soulevés en appel ont été jugés inopérants. L’ordonnance a été rendue sur le fondement de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026