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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA31-24TL03149

Cour administrative d'appel de Toulouse — Décision N° CAA31-24TL03149

mardi 29 juillet 2025

JuridictionCour administrative d'appel de Toulouse
SectionCour administrative d'appel de Toulouse
N° DossierCAA31-24TL03149
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
FormationJuge des référés
Avocat requérantBENOIT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B A a demandé au tribunal administratif de Montpellier d'annuler l'arrêté du 6 octobre 2024 par lequel le préfet de l'Aude lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.

Par un jugement n° 2405786 du 11 octobre 2024, la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Montpellier a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 19 décembre 2024, M. A, représenté par Me Benoit, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du 11 octobre 2024 ;

2°) d'annuler l'arrêté du 6 octobre 2024 du préfet de l'Aude ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil, en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

- l'arrêté en litige méconnaît le droit d'être entendu issu du principe général du droit de l'Union européenne de respect des droits de la défense ;

- il est insuffisamment motivé et procède d'un examen insuffisant de sa situation ;

- la décision lui refusant un délai de départ volontaire est entachée d'une erreur d'appréciation ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'une erreur d'appréciation quant à la menace pour l'ordre public qu'il représenterait, et d'une erreur manifeste d'appréciation sur sa situation personnelle au regard de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Toulouse du 13 décembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 modifié ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents des formations de jugement des cours () peuvent () par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. M. A, ressortissant tunisien né le 2 février 2002, déclare être entré en France en septembre 2017. Le 6 octobre 2024, il a été interpellé par les services de police à la suite d'un contrôle d'identité au cours duquel il n'a pas été en mesure de présenter un document justifiant de la régularité de son séjour en France. Par un arrêté du 6 octobre 2024 du préfet de l'Aude, M. A a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai, d'une décision fixant le pays de renvoi et d'une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. M. A relève appel du jugement du 11 octobre 2024 par lequel la magistrate désignée du tribunal administratif de Montpellier a rejeté sa demande tendant à l'annulation de l'arrêté préfectoral du 6 octobre 2024.

Sur les moyens communs à l'ensemble des décisions en litige :

3. En premier lieu, le droit d'être entendu préalablement à toute décision qui affecte sensiblement et défavorablement les intérêts de son destinataire constitue l'une des composantes du droit de la défense, tel qu'il est énoncé notamment au 2 de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, et fait partie des principes généraux du droit de l'Union européenne ayant la même valeur que les traités. Il garantit à toute personne la possibilité de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours de la procédure administrative, afin que l'autorité compétente soit mise à même de tenir compte de l'ensemble des éléments pertinents pour fonder sa décision. Ce droit n'implique pas systématiquement l'obligation, pour l'administration, d'organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l'intéressé, ni même d'inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu'une décision lui faisant grief est susceptible d'être prise à son encontre, il soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de solliciter un entretien pour faire valoir ses observations orales. Enfin, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.

4. En l'espèce, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que M. A, qui a été entendu par les services de police le 6 octobre 2024, et a précisé en cette occasion ne pas souhaiter être assisté d'un conseil, n'aurait pas eu la possibilité de faire état de tous les éléments pertinents relatifs à sa situation personnelle et administrative et susceptibles d'influer sur le sens de la décision du préfet de l'Aude. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu ne peut qu'être écarté.

5. En second lieu, il ressort des termes de l'arrêté en litige que le préfet de l'Aude a visé la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, notamment ses articles 3 et 8, ainsi que les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il a été fait application pour l'examen de la situation de l'appelant. Le représentant de l'Etat a mentionné les éléments de fait et de droit propres à la situation administrative et personnelle de M. A, en particulier le fait qu'il séjourne en France en situation irrégulière et qu'il est dépourvu de tout document d'identité et de voyage valide. Le préfet précise encore que M. A a déclaré être célibataire et sans enfants à charge et reconnu que ses liens personnels et familiaux en France ne sont pas anciens, intenses et stables. Ce faisant, il a motivé suffisamment les décisions portant obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour sur le territoire français. Quant à la décision refusant un délai de départ volontaire, elle vise le 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les 1° et 8° de l'article L. 612-3 du même code, et précise qu'il existe un risque que M. A se soustraie à la mesure d'éloignement dès lors qu'il s'est maintenu sur le territoire français sans être en possession d'un document en cours de validité autorisant son séjour en France. Enfin, la décision fixant le pays de renvoi est motivée en droit comme en fait, le préfet ayant précisé, au visa de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, que M. A n'établissait pas être exposé à des traitements prohibés par ledit article en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté du préfet de l'Aude serait entaché d'un défaut de motivation révélant, en outre, un défaut d'examen réel et sérieux de la situation de l'appelant ne peut qu'être écarté.

Sur la décision fixant le délai de départ :

6. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants :() 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il () ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale () ".

7. A supposer que M. A présenterait des garanties de représentation suffisantes en application du 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il résulte de l'instruction que le préfet aurait pris la même décision en se fondant uniquement sur le 1° du même article dès lors que l'intéressé n'établit, ni même n'allègue, avoir cherché à régulariser son séjour en France alors qu'il soutient y vivre depuis 2017.

Sur la décision portant interdiction de retourner sur le territoire français :

8. Aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".

9. Il ressort des termes mêmes de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux.

10. En l'espèce, l'appelant, qui ne justifie pas d'une entrée régulière sur le territoire français et est démuni de tout document d'identité et de voyage valide, déclare être célibataire et sans enfants à charge, et ne justifie pas avoir établi le centre de ses liens privés et familiaux sur le territoire français, ayant vécu dans son pays d'origine jusqu'à la date de départ alléguée, l'appelant déclarant en outre que son père et ses deux sœurs résident toujours en Tunisie. En outre, M. A séjourne en France depuis 2017 en situation irrégulière et n'a jamais cherché à régulariser sa situation. Dans ces conditions, l'appelant n'est pas fondé à soutenir que la décision portant interdiction de retourner sur le territoire français prise à son encontre est entachée d'une erreur d'appréciation ou d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, ses conclusions présentées à fin d'annulation et d'injonction sous astreinte peuvent être rejetées en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet de l'Aude.

Fait à Toulouse, le 29 juillet 2025.

Le président de la 3ème chambre,

Signé

Frédéric Faïck

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière en chef,

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