mardi 29 juillet 2025
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Toulouse |
| Section | Cour administrative d'appel de Toulouse |
| N° Dossier | CAA31-24TL03233 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Juge des référés |
| Avocat requérant | CAPDEVIELLE |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. A B a demandé au tribunal administratif de Toulouse d'annuler l'arrêté du 31 août 2024 par lequel le préfet de Vaucluse lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai en fixant le pays de destination de cette mesure, et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.
Par un jugement n° 2405335 du 4 septembre 2024, le magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Toulouse a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête, enregistrée le 30 décembre 2024, M. B, représenté par Me Capdevielle, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement du 4 septembre 2024 ;
2°) d'annuler l'arrêté du 31 août 2024 pris par le préfet de Vaucluse ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
Sur la régularité du jugement attaqué :
- il n'a pas suffisamment examiné les moyens par lesquels il était démontré que le préfet de Vaucluse n'avait pas examiné sa situation personnelle ;
Sur le bien-fondé du jugement attaqué :
En ce qui concerne le moyen commun à l'ensemble des décisions :
- les décisions sont entachées d'un défaut de motivation en fait et d'un défaut d'examen sérieux ;
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
En ce qui concerne le refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
- il est privé de base légale ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
- elle est privée de base légale ;
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est privée de base légale ;
- elle porte atteinte à sa vie privée et familiale garantie par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Toulouse du 29 novembre 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant marocain né le 6 octobre 1990, déclare être entré en France en 2003. Il a bénéficié d'un titre de séjour temporaire qui a expiré le 8 avril 2023. Au motif qu'il s'était maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour, le préfet de Vaucluse a pris à son encontre, le 31 août 2024, un arrêté portant obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire et interdiction de retour pour une durée d'un an. M. B relève appel du jugement du 4 septembre 2024 par lequel le magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Toulouse a rejeté sa demande tendant à l'annulation de l'arrêté précité du 31 août 2024.
2. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents des formations de jugement des cours () peuvent () par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".
Sur la régularité du jugement attaqué :
3. Il résulte des termes mêmes du jugement attaqué que le magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Toulouse a visé les moyens tirés de ce que le préfet n'a pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation de M. B et a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle de ce dernier. Dans son jugement, le magistrat désigné a suffisamment répondu à ces moyens. Par ailleurs, hormis dans le cas où le juge de première instance a méconnu les règles de compétence, de forme ou de procédure qui s'imposaient à lui et a ainsi entaché son jugement d'une irrégularité, il appartient au juge d'appel non d'apprécier le bien-fondé des motifs par lesquels le juge de première instance s'est prononcé sur les moyens qui lui étaient soumis mais de se prononcer directement sur les moyens dirigés contre la décision administrative attaquée dont il est saisi dans le cadre de l'effet dévolutif de l'appel. Par suite, le moyen tiré de ce que le magistrat désigné n'a pas suffisamment pris en compte les éléments de fond avancés par M. B à l'appui de ses prétentions ne peut utilement être soulevé pour contester la régularité du jugement attaqué.
Sur le bien-fondé du jugement attaqué :
En ce qui concerne le moyen commun à l'ensemble des décisions :
4. En premier lieu, il ressort des termes mêmes de l'arrêté en litige qu'il vise les stipulations et les dispositions dont il fait application, notamment les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont relève M. B. Il précise, par ailleurs, les circonstances de fait qui constituent le fondement des décisions prises, notamment l'identité de l'intéressé, le fait qu'il a été titulaire d'une carte de séjour provisoire expirée depuis le 8 avril 2023, et qu'il s'est ensuite maintenu irrégulièrement sur le territoire français où il ne justifiait pas d'une résidence effective. L'arrêté précise encore que M. B a été interpellé par les services de police pour des faits de conduite sans permis, sans assurance, sans contrôle technique périodique, d'usage de produits stupéfiants et de conduite en ayant fait usage de substances ou plantes classées comme stupéfiants, qu'il a fait l'objet de deux fiches de recherche et de mentions sur le fichier de traitement des antécédents judiciaires, qu'une partie de sa famille réside en France, mais qu'il n'est pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, qu'il n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, et qu'il est célibataire et sans charge de famille. Quant au refus de délai de départ volontaire, il est motivé par le fait que M. B s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français où il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente, de sorte qu'il existe un risque qu'il se soustraie à l'exécution de la mesure d'éloignement. L'arrêté motive enfin l'interdiction de retour sur le territoire français en tenant compte des éléments privés et familiaux caractérisant la situation de M. B, lesquels ont été rappelés dans ses motifs, et la menace à l'ordre public que ce dernier représente compte tenu de ses antécédents judiciaires. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation et d'examen réel et sérieux doit être écarté.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
5. M. B soutient qu'il serait arrivé en France à l'âge de douze ans, y vivre habituellement depuis plus de vingt ans et avoir entrepris des démarches dès l'expiration de son titre de séjour en vue de régulariser sa situation, mais que le préfet aurait pris la mesure d'éloignement en litige alors que le traitement de sa demande de renouvellement de titre était en cours. Il ajoute avoir travaillé et étudié en France où il disposerait d'un logement qu'il occupe depuis 2017 en collocation, tandis que sa famille y demeurerait de manière régulière. Toutefois, il ressort de l'attestation d'hébergement du 2 septembre 2024, produite au dossier, que M. B est seulement hébergé chez un tiers, de sorte qu'il n'est pas établi qu'il disposerait en France d'une résidence effective et stable. De même, il n'est pas établi au dossier que les membres de sa famille se trouvant en France y résideraient régulièrement. D'une manière plus générale, si les éléments produits au dossier, essentiellement constitués de bulletins de salaire et d'attestations d'emploi, établissent que M. B a séjourné en France en 2008, 2009, entre 2012 et 2014, en 2018 et depuis 2021, ils sont insuffisants pour établir la continuité du séjour de l'intéressé sur le territoire français depuis ses douze ans. Ces éléments ne démontrent pas non plus que M. B aurait noué en France des liens privés et familiaux suffisamment intenses et stables. En outre, le seul dépôt d'une demande de titre de séjour ne saurait, par lui-même, faire obstacle à ce que l'autorité administrative décide d'une mesure d'éloignement à l'encontre d'un étranger en situation irrégulière se trouvant dans l'un des cas mentionnés à l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, M. B est célibataire et sans enfant à charge, et ne justifie pas de liens d'une particulière intensité sur le territoire français alors qu'il n'est pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où vivent notamment sa mère et sa sœur, selon ses propres déclarations. Enfin, il est défavorablement connu des services de police, ainsi qu'il a été rappelé au point 4 de la présente ordonnance, et il s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français après l'expiration de son titre de séjour. Dans ces circonstances, et même si M. B n'a jamais fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation sur la situation personnelle de ce dernier ou des conséquences sur celle-ci en prenant l'arrêté en litige.
En ce qui concerne le refus d'octroi d'un départ volontaire :
6. En premier lieu, M. B n'établit pas que l'arrêté attaqué, en tant qu'il l'oblige à quitter le territoire français, serait illégal. Par suite, le moyen tiré de l'illégalité de cette dernière décision, invoqué par voie d'exception à l'encontre du refus de lui accorder un délai de départ volontaire, doit être écarté.
7. En second lieu, en l'absence d'éléments nouveaux en appel, il y a lieu d'écarter le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation de la situation de M. B par adoption des motifs retenus à bon droit par le magistrat désigné aux points 11 et 12 du jugement attaqué.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
8. M. B n'établit pas que l'arrêté attaqué, en tant qu'il l'oblige à quitter le territoire français, serait illégal. Par suite, le moyen tiré de l'illégalité de cette dernière décision, invoqué par voie d'exception à l'encontre de la décision fixant le pays de renvoi, doit être écarté.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
9. En premier lieu, M. B n'établit pas que l'arrêté attaqué, en tant qu'il l'oblige à quitter le territoire français, serait illégal. Par suite, le moyen tiré de l'illégalité de cette dernière décision, invoqué par voie d'exception à l'encontre l'interdiction de retour sur le territoire français, doit être écarté.
10. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. ". En vertu de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".
11. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5 de la présente ordonnance, et en l'absence de circonstances humanitaires particulières, la décision du préfet ne porte pas une atteinte disproportionnée à la vie privée et familiale de M. B et ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, ses conclusions présentées à fin d'annulation peuvent être rejetées en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B, et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera adressée au préfet de Vaucluse.
Fait à Toulouse, le 29 juillet 2025.
Le président de la 3ème chambre,
Signé
Frédéric Faïck
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
La greffière en chef,
Conseil d'État — N° 516229
Le juge des référés du Conseil d'État a rejeté la requête de M. B... qui demandait la suspension de l'exécution de la loi du pays n° 2026-4 du 15 mai 2026 portant création du code des douanes de Polynésie française. Le requérant invoquait une atteinte grave à plusieurs libertés fondamentales, mais le juge a estimé qu'il n'apportait aucun élément caractérisant une situation d'urgence justifiant une mesure de sauvegarde à très bref délai. La décision a été prise sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, en application de la procédure simplifiée prévue à l'article L. 522-3 du même code.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE03336
La Cour administrative d’appel de Versailles, statuant en référé, a rejeté la requête de Mme C... contestant l’ordonnance du tribunal administratif de Versailles qui avait rejeté sa demande indemnitaire pour rupture abusive de son contrat de travail avec la commune de Carrières-sous-Poissy. La cour a confirmé que la demande de première instance était irrecevable, faute pour la requérante d’avoir produit la preuve du dépôt d’une demande indemnitaire préalable, condition nécessaire pour lier le contentieux. En l’absence de contestation de cette irrecevabilité, les moyens soulevés en appel ont été jugés inopérants. L’ordonnance a été rendue sur le fondement de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026