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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA31-25TL00071

Cour administrative d'appel de Toulouse — Décision N° CAA31-25TL00071

mardi 30 septembre 2025

JuridictionCour administrative d'appel de Toulouse
SectionCour administrative d'appel de Toulouse
N° DossierCAA31-25TL00071
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
FormationJuge des référés
Avocat requérantJOUBIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A... B... a demandé au tribunal administratif de Nîmes d’annuler l’arrêté du 3 mai 2024 par lequel le préfet du Gard a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination, d’enjoindre au préfet du Gard de lui délivrer un titre de séjour portant la mention « étudiant » ou « vie privée et familiale » dans un délai d’une semaine à compter de la notification du jugement ou, à tout le moins, de lui délivrer tout autre titre portant autorisation de travail dans les mêmes conditions de délai, et de mettre à la charge de l’Etat la somme de 2 000 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Par un jugement n° 2402879 du 17 octobre 2024, le tribunal administratif de Nîmes a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 10 janvier 2025 sous le n°25TL00071, M. B..., représenté par Me Joubin, demande à la cour :

1°) d’annuler ce jugement du 17 octobre 2024 ;

2°) d’annuler l’arrêté du 3 mai 2024 pris par le préfet du Gard ;

3°) d’enjoindre au préfet du Gard de lui délivrer un titre de séjour portant la mention « étudiant » ou « vie privée et familiale » dans un délai d’une semaine à compter de la notification du jugement ou, à tout le moins, de lui délivrer tout autre titre portant autorisation de travail dans les mêmes conditions de délai ;

4°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil, en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

Sur les moyens communs à l’ensemble des décisions :

- elles sont entachées d’un défaut de motivation et d’un défaut d’examen complet de sa situation ;

Sur le refus de titre de séjour :

- il est entaché d’une erreur manifeste d'appréciation quant à ses ressources financières et à sa vie privée et familiale ; il méconnaît également les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;

Sur l’obligation de quitter le territoire français :

- elle est privée de base légale ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale, et méconnaît les articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur la décision fixant le pays de destination :

- elle est privée de base légale.

M. B... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d’aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Toulouse du 13 décembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

Aux termes du dernier alinéa de l’article R. 222-1 du code de justice administrative : « (…) les présidents des formations de jugement des cours (…) peuvent (…) par ordonnance, rejeter (…) après l’expiration du délai de recours (…) les requêtes d’appel manifestement dépourvues de fondement (…) ».

M. B..., ressortissant kazakh, né le 11 septembre 2002 à Almaty (Kazakhstan) est entré en France le 21 octobre 2019. Il a sollicité une demande de titre de séjour avec mention « étudiant » en date du 14 mars 2023. M. B... relève appel du jugement du 17 octobre 2024 par lequel le tribunal administratif de Nîmes a rejeté sa demande tendant à l’annulation de l’arrêté du 3 mai 2024 par lequel le préfet du Gard a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les moyens communs à l’ensemble des décisions :

Il ressort des termes mêmes de l’arrêté que le préfet vise les circonstances de droit sur lesquelles il fonde sa décision, et notamment les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En outre, il résulte des termes du même arrêté que le préfet mentionne les circonstances de faits sur lesquelles il fonde sa décision, et notamment l’identité de l’intéressé, qu’il est en France depuis moins de cinq ans, qu’il ne dispose pas de ressources propres, qu’il est célibataire et sans charge d’enfant, qu’il ne dispose d’aucun lien d’une particulière intensité sur le territoire en ce que sa mère fait l’objet d’une obligation de quitter le territoire français et que son père est en Allemagne selon les déclaration de l’appelant, qu’il ne fait pas l’objet de circonstances particulières et qu’il ne démontre pas être exposé à des peines ou à des traitements contraires à l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d’origine. Enfin, si l’appelant prétend que le préfet n’a pas pris en compte certains éléments de faits, il n’est pas tenu de faire état de l’ensemble des circonstances de faits propres à la situation de l’intéressé, alors qu’au demeurant, la décision ne se fonde pas sur le maintien irrégulier de l’appelant. Par suite, les moyens tirés du défaut de motivation et du défaut d’examen réel et sérieux doivent être écartés.

Sur le refus de titre de séjour :

Aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui. ». En vertu de l’article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Cette carte donne droit à l'exercice, à titre accessoire, d'une activité professionnelle salariée dans la limite de 60 % de la durée de travail annuelle ».

M. B... soutient qu’il était mineur lors de son entrée en France, qu’il est sur le territoire avec sa mère et sa sœur aujourd’hui âgée de 16 ans avec lesquelles il vivrait, qu’il serait intégré à la société française et aurait un projet professionnel clair au regard de sa scolarisation, son apprentissage performant de la langue française et de sa première année de BTS en cours, qu’il n’a plus aucune famille au Kazakhstan dès lors que son père dont il n’a plus aucun contacte réside en Allemagne, et qu’il dispose d’attaches en France. Toutefois, s’il est constant que l’intéressé est entré en France lorsqu’il était mineur comme indiqué dans l’arrêté et qu’il a fait l’objet d’une progression dans sa scolarité, il ressort des pièces du dossier que sa mère est elle aussi en situation irrégulière. Célibataire et sans enfant à charge, il ne dispose pas, en dehors de sa mère et de sa sœur mineure, de lien d’une particulière intensité sur le territoire. Dans ces conditions, M. B... n’établit pas que le préfet aurait porté par l’arrêté attaqué une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale.

Si M. B... prétend qu’il dispose de ressources suffisantes pour l’obtention d’une carte de séjour temporaire portant la mention « étudiant », en ce qu’il justifie être propriétaire d’un appartement à Mulhouse, l’attestation de titulaire de contrat de livraison d’énergie établie par la société ENGIE porte sur une période postérieure à la décision attaquée. Il n’explique au demeurant pas comment il pouvait étudier au lycée professionnel Jules Raimu de Nîmes et habiter à Mulhouse. M. B... produit par ailleurs un avis d’impôt établi en 2024 duquel il ressort qu’il a perçu au cours de cette année des salaires pour un montant total de 5 900 euros, soit 491,66 euros par mois. M. B... produit enfin une attestation sur l’honneur de sa tante qui aurait viré la somme de 8 000 dollars américains ou 7 500 euros sur le compte de son neveu. Toutefois, ce don généreux est postérieur à la date de l’arrêté attaqué et n’est corroboré par aucun document bancaire. Par suite, M. B... n’établit pas remplir les conditions prévues par l’article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni que la décision attaquée serait entachée d’une erreur manifeste d’appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Sur l’obligation de quitter le territoire français :

En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que M. B... n’est pas fondé à exciper de l’illégalité de la décision portant refus de titre de séjour à l’encontre de l’obligation de quitter le territoire français.

En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5 de la présente ordonnance, l’obligation de quitter le territoire français ne porte pas une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale, et ne méconnaît pas les articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur la décision fixant le pays de destination :

Il résulte de ce qui a été dit précédemment que M. B... n’est pas fondé à exciper de l’illégalité de l’obligation de quitter le territoire français à l’encontre de la décision fixant le pays de destination.

Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B... est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, ses conclusions présentées à fin d’annulation et d’injonction peuvent être rejetées en application du dernier alinéa de l’article R. 222-1 du code de justice administrative. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions tendant à l’application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. B... est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A... B..., à Me Joubin et au ministre de l’intérieur.

Copie en sera adressée au préfet du Gard.

Fait à Toulouse, le 30 septembre 2025.

Le président de la 2ème chambre,

signé

Olivier Massin

La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière en chef,

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