Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
Mme D... C... a demandé au tribunal administratif de Toulouse d’annuler l’arrêté du 10 juillet 2024 par lequel le maire de Toulouse a délivré un permis de construire à M. A... en vue de la surélévation d’un immeuble ainsi que la décision rejetant le recours gracieux formé contre cet arrêté.
Par une ordonnance n° 2407056 du 7 février 2025, le président de la 3ème chambre du tribunal administratif de Toulouse a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête, enregistrée le 8 avril 2025, Mme C..., représentée par Me de La Marque, demande à la cour :
1°) d’annuler cette ordonnance ;
2°) d’annuler l’arrêté du maire de Toulouse du 10 juillet 2024 et la décision rejetant le recours gracieux contre cet arrêté ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Toulouse une somme de 2 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle justifie d’un intérêt à agir en sa qualité de voisine immédiate des travaux autorisés par le permis de construire en litige ;
- la preuve de la notification du recours gracieux et du recours contentieux pouvait être apportée jusqu’à la clôture de l’instruction et c’est à tort que, par l’ordonnance attaquée, le premier juge a rejeté sa demande comme irrecevable ;
- la preuve de la mention de l’obligation de notification prévue à l’article R. 600-1 du code de l’urbanisme sur le panneau d’affichage du permis de construire n’est pas établie ;
- le dossier de demande de permis de construire devait être établi par un architecte en application de l’article L. 431-1 du code de l’urbanisme ; ces dispositions ont été méconnues ;
- le permis de construire a été délivré en méconnaissance de l’article UC 11 du règlement du plan local d’urbanisme ;
- la règle de hauteur maximale des constructions sur voie fixée par le règlement graphique du plan local d’urbanisme est également méconnue ;
- le permis de construire a été délivré en méconnaissance de l’article 12 du règlement du plan local d’urbanisme applicable à la zone UC relatif aux obligations en matière de places de stationnement.
Les parties ont été informées le 20 novembre 2025, en application de l’article R. 611-7 du code de justice administrative, que l’arrêt à intervenir est susceptible d’être fondé sur un moyen relevé d’office tiré du caractère tardif de la demande devant le tribunal administratif de Toulouse présentée après l’expiration du délai de recours ayant commencé à courir à compter du recours gracieux formé contre l’arrêté en litige dont la preuve de notification en application de l’article R. 600-1 du code de l’urbanisme n’a pas été produite devant le tribunal malgré une invitation à régulariser en ce sens.
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 novembre 2025, M. B... A..., représenté par Me Courrech, conclut au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à ce qu’il soit fait application de l’article L. 600-5-1 du code de l’urbanisme et à ce que soit mise à la charge de Mme C... une somme de 2 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- à titre principal, c’est à bon droit que l’ordonnance attaquée a rejeté comme irrecevable la demande de Mme C... en raison du non-respect des formalités de notification prévues par l’article R. 600-1 du code de l’urbanisme ;
- à titre subsidiaire, en cas d’évocation de l’affaire par la cour, aucun des moyens de la requête n’est fondé.
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 novembre 2025, la commune de Toulouse, représentée par la SELAS Charrel et Associés, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme C... une somme de 3 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- à titre principal, la demande devant le tribunal était irrecevable en raison du non-respect des formalités de notification prévues à l’article R. 600-1 du code de l’urbanisme ;
- à titre subsidiaire, Mme C... ne justifie pas d’un intérêt à agir au regard de l’article L. 600-1-2 du code de l’urbanisme ;
- à titre infiniment subsidiaire, aucun des moyens de la requête n’est fondé ;
- à titre infiniment subsidiaire, il appartient à la cour de faire application de l’article L. 600-5-1 du code de l’urbanisme.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l’urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Après avoir entendu au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Chabert, président,
- les conclusions de M. Diard, rapporteur public,
- les observations de Me Welcklen, représentant la commune de Toulouse,
- et les observations de Me Weigel, représentant M. A....
Considérant ce qui suit :
M. A... a déposé le 26 mars 2024 auprès des services de la commune de Toulouse (Haute-Garonne) une demande de permis de construire pour la surélévation et l’extension d’une construction existante située .... Par un arrêté n° PC 031 555 24 C0153 du 10 juillet 2024, le maire de Toulouse a délivré le permis de construire sollicité. Par la présente requête, Mme C... relève appel de l’ordonnance du 7 février 2025 par laquelle le président de la 3ème chambre du tribunal administratif de Toulouse a rejeté sa demande tendant à l’annulation de cet arrêté et de la décision rejetant le recours gracieux formé à son encontre.
Sur la régularité de l’ordonnance :
Aux termes de l’article R. 222-1 du code de justice administrative : « (…) les présidents de formation de jugement des tribunaux (…) peuvent, par ordonnance : / (…) 4° Rejeter les requêtes manifestement irrecevables, lorsque la juridiction n'est pas tenue d'inviter leur auteur à les régulariser ou qu'elles n'ont pas été régularisées à l'expiration du délai imparti par une demande en ce sens ». L’article R. 612-1 du même code dispose que : « Lorsque des conclusions sont entachées d’une irrecevabilité susceptible d’être couverte après l’expiration du délai de recours, la juridiction ne peut les rejeter en relevant d’office cette irrecevabilité qu’après avoir invité leur auteur à les régulariser. / (…) La demande de régularisation mentionne que, à défaut de régularisation, les conclusions pourront être rejetées comme irrecevables dès l'expiration du délai imparti qui, sauf urgence, ne peut être inférieur à quinze jours. La demande de régularisation tient lieu de l'information prévue à l'article R. 611-7. ».
Aux termes de l’article R*600-2 du code de l’urbanisme : « Le délai de recours contentieux à l'encontre (…) d'un permis de construire (…) court à l'égard des tiers à compter du premier jour d'une période continue de deux mois d'affichage sur le terrain des pièces mentionnées à l'article R. 424-15. ». L’article R*424-15 du même code dispose que : « Mention du permis (…) doit être affichée sur le terrain, de manière visible de l'extérieur, par les soins de son bénéficiaire, dès la notification de l'arrêté (…) et pendant toute la durée du chantier. (…) / Un arrêté du ministre chargé de l'urbanisme règle le contenu et les formes de l'affichage. ». Aux termes de l’article A. 424-17 de ce code : « Le panneau d'affichage comprend la mention suivante : / " Droit de recours : / " Le délai de recours contentieux est de deux mois à compter du premier jour d'une période continue de deux mois d'affichage sur le terrain du présent panneau (art. R. 600-2 du code de l'urbanisme). (…)" ».
La mention relative au droit de recours, qui doit figurer sur le panneau d’affichage du permis de construire en application de l’article A. 424-17 du code de l’urbanisme, permet aux tiers de préserver leurs droits. Toutefois, l’exercice par un tiers d’un recours administratif ou contentieux contre un permis de construire montre qu’il a connaissance de cette décision et a, en conséquence, pour effet de faire courir à son égard le délai de recours contentieux, alors même que la publicité concernant ce permis n’aurait pas satisfait aux exigences prévues par l’article A. 424-17 du code de l’urbanisme.
Aux termes de l’article R. 600-1 du code de l’urbanisme : « En cas de déféré du préfet ou de recours contentieux à l'encontre d'un certificat d'urbanisme, ou d'une décision relative à l'occupation ou l'utilisation du sol régie par le présent code, le préfet ou l'auteur du recours est tenu, à peine d'irrecevabilité, de notifier son recours à l'auteur de la décision et au titulaire de l'autorisation. Cette notification doit également être effectuée dans les mêmes conditions en cas de demande tendant à l'annulation ou à la réformation d'une décision juridictionnelle concernant un certificat d'urbanisme, ou une décision relative à l'occupation ou l'utilisation du sol régie par le présent code. L'auteur d'un recours administratif est également tenu de le notifier à peine d'irrecevabilité du recours contentieux qu'il pourrait intenter ultérieurement en cas de rejet du recours administratif. / La notification prévue au précédent alinéa doit intervenir par lettre recommandée avec accusé de réception, dans un délai de quinze jours francs à compter du dépôt du déféré ou du recours. / La notification du recours à l'auteur de la décision et, s'il y a lieu, au titulaire de l'autorisation est réputée accomplie à la date d'envoi de la lettre recommandée avec accusé de réception. Cette date est établie par le certificat de dépôt de la lettre recommandée auprès des services postaux. ».
Le défaut d'accomplissement des formalités de notification d’un recours gracieux dans le délai requis rend en principe irrecevable le recours contentieux qui en prendrait la suite. Toutefois, l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme n’a ni pour objet, ni pour effet de frapper d’irrecevabilité un recours contentieux qui, même s’il a été précédé d'un recours administratif non assorti des formalités de notification, a été introduit dans le délai de recours contentieux de droit commun de deux mois. Dans cette hypothèse, la recevabilité du recours contentieux n'est donc subordonnée qu’à la notification de ce recours dans les quinze jours francs suivants son enregistrement.
Il ressort des pièces du dossier que Mme C... a formé le 6 août 2024 un recours gracieux à l’encontre de l’arrêté en litige. Il résulte de ce qui a été exposé au point 4 qu’en formant son recours gracieux, elle a manifesté avoir acquis la connaissance de cette autorisation d’urbanisme. Dans ces conditions, le délai de recours contentieux de deux mois doit être regardé comme ayant commencé à courir à compter du 6 août 2024. Il ressort des pièces de première instance qu’invitée par le tribunal administratif à apporter la preuve de la notification de son recours gracieux à M. A... conformément à l’article R. 600-1 du code de l’urbanisme, la requérante n’a pas justifié dans le délai de quinze jours qui lui avait été imparti avoir respecté cette obligation. Alors qu’une telle preuve ne peut être apportée pour la première fois en appel, le recours gracieux de Mme C... n’a pu avoir pour effet d’interrompre le délai de recours contentieux, lequel expirait le lundi 7 octobre 2024 à minuit. Il en résulte que sa demande tendant à l’annulation de l’arrêté en litige, enregistrée au greffe du tribunal le 20 novembre 2024, était entachée d’une irrecevabilité manifeste insusceptible d’être couverte en cours d’instance en raison de son caractère tardif.
Il résulte de ce qui précède que Mme C... n’est pas fondée à se plaindre de ce que, par l’ordonnance attaquée, le président de la 3ème chambre du tribunal administratif de Toulouse a rejeté sa demande comme irrecevable.
Sur les frais liés au litige :
Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Toulouse, qui n’est pas, dans la présente instance, la partie perdante, une somme quelconque au titre des frais exposés par Mme C... et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l’espèce, il n’y a pas lieu de mettre à la charge de l’appelante une somme au titre des frais exposés par la commune de Toulouse et M. A... et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C... est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Toulouse et par M. A... sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent arrêt sera notifié à Mme D... C..., à la commune de Toulouse et à M. B... A....
Délibéré après l’audience du 27 novembre 2025, où siégeaient :
M. Chabert, président de chambre,
M. Teulière, président assesseur,
Mme Restino, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 décembre 2025.
Le président-rapporteur,
D. Chabert
Le président-assesseur,
T. Teulière
Le greffier,
F. Kinach
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l’exécution de la présente décision.