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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA31-25TL00945

Cour administrative d'appel de Toulouse — Décision N° CAA31-25TL00945

mercredi 31 décembre 2025

JuridictionCour administrative d'appel de Toulouse
SectionCour administrative d'appel de Toulouse
N° DossierCAA31-25TL00945
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
FormationJuge des référés
Avocat requérantBERRY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme A... B... a demandé au tribunal administratif de Montpellier d’annuler l’arrêté du 16 septembre 2024 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales l’a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée de deux ans et l’a assignée à résidence à Perpignan pour une période d’un an renouvelable deux fois, du 16 septembre 2024 au 15 septembre 2025.

Par un jugement n° 2406720 du 28 janvier 2025, le tribunal administratif de Montpellier a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 8 mai 2025, Mme B..., représenté par Me Berry, demande à la cour :

1°) d’annuler ce jugement ;

2°) d’annuler l’arrêté du 16 septembre 2024 du préfet des Pyrénées-Orientales ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 2 500 euros au profit de son conseil sur le fondement des dispositions combinées de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :
- l’arrêté attaqué est insuffisamment motivé ; le préfet n’a pas pris en compte son statut de demandeur d’asile et les craintes de persécution en cas de retour au Sénégal qu’elle a exprimées au cours de son audition par les services de police ;
- l’arrêté méconnaît l’article 33 de la convention de Genève et le principe de non-refoulement et devait être abrogé dès lors qu’il ne peut être mis à exécution puisqu’elle dispose d’un droit de se maintenir sur le territoire français le temps de l’examen de sa demande d’asile ;
- le refus de délai de départ volontaire est illégal dès lors qu’elle a clairement exprimé la volonté de déposer une demande d’asile ;
- l’assignation à résidence dont elle fait l’objet est injustifiée et l’empêche de rejoindre des membres de sa famille ;
- la décision fixant le pays de destination méconnaît l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire est entachée d’erreur d’appréciation, tant dans son principe que dans sa durée.


Mme B... a été admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par décision du bureau d’aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Toulouse du 11 avril 2025.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention de Genève du 28 juillet 1951 ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- le code de justice administrative.


Considérant ce qui suit :

Aux termes du dernier alinéa de l’article R. 222-1 du code de justice administrative : « (…) les présidents des formations de jugement des cours (…) peuvent (…) par ordonnance, rejeter (…) après l’expiration du délai de recours (…) les requêtes d’appel manifestement dépourvues de fondement. (…) ».

Mme A... B..., de nationalité sénégalaise, née le 22 novembre 2001 à Hadoubere (Sénégal), a été contrôlée le 15 septembre 2024 en gare de Perpignan, à bord d'un train effectuant la liaison Barcelone/Paris, par les services de la police aux frontières et leur a présenté un titre de séjour contrefait, qu’elle indique s’être procurée en Mauritanie en 2023. N’ayant pu justifier de la régularité de son entrée et de son séjour en France et dans l’espace Schengen, le préfet des Pyrénées-Orientales a pris à son encontre, le 16 septembre 2024, un arrêté portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de renvoi, lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans et l’assignant à résidence à Perpignan pour une période d’un an, renouvelable deux fois. Par la présente requête, Mme B... relève appel du jugement du 28 janvier 2025 par lequel le tribunal administratif de Montpellier a rejeté sa demande tendant à l’annulation de cet arrêté.

Sur la légalité de l’obligation de quitter le territoire français :

En premier lieu, l’arrêté litigieux énonce les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement des décisions qu’il comporte. Par ailleurs, il ressort de ses motifs que le préfet des Pyrénées-Orientales a procédé à un examen approfondi de la situation personnelle de Mme B... au regard de ses déclarations aux services de la police aux frontières. A cet égard, la requérante ne peut se prévaloir de ce qu’il n’aurait pas été tenu compte de son statut de demandeur d’asile dès lors qu’elle a présenté une demande à ce titre seulement le 23 septembre 2024, soit postérieurement à l’édiction de l’arrêté litigieux, et qu’il ne ressort pas du procès-verbal de son audition par les services de police le 15 septembre 2024 qu’elle aurait sollicité l’enregistrement d’une telle demande d’asile. Par suite, les moyens tirés de l’insuffisante motivation de l’arrêté attaqué et de l’absence d’examen réel et sérieux de la situation de la requérante doivent être écartés.

En deuxième lieu, aux termes de l’article L. 611-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; (…) ». Aux termes de l’article L. 541-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « Sans préjudice des dispositions des articles L. 753-1 à L. 753-4 et L. 754-1 à L. 754-8, lorsque l'étranger sollicitant l'enregistrement d'une demande d'asile a fait l'objet, préalablement à la présentation de sa demande, d'une décision d'éloignement prise en application du livre VI, cette dernière ne peut être mise à exécution tant que l'étranger bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2. »

Il ressort des pièces du dossier que Mme B... n’a pu justifier de la régularité de son entrée et de son séjour en France et qu’elle a, en outre, indiqué vouloir rejoindre une tante qui réside en région parisienne, sans autre précision, et ne pas vouloir se conformer à une mesure d’éloignement qui serait prise à son encontre. Par suite, elle entrait dans le cas où l’autorité préfectorale pouvait prononcer à son encontre une obligation de quitter le territoire français en application des dispositions précitées. A cet égard, Mme B... soutient que le préfet des Pyrénées-Orientales devait abroger l’arrêté attaqué compte tenu de la demande d’asile qu’elle a déposée le 23 septembre 2024, soit postérieurement à l’édiction de l’arrêté litigieux, en se prévalant des stipulations de l’article 33 de la convention de Genève. Toutefois, la circonstance qu’un étranger ait sollicité l'enregistrement d'une demande d'asile postérieurement à la décision d'éloignement dont il fait l’objet, qui a pour seul effet, en vertu de l’article L. 541-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, de faire obstacle à l’exécution d’office de cette mesure tant qu’il n’a pas été statué sur la demande d’asile de l'étranger, reste sans incidence sur la légalité de la mesure d’éloignement et n’est pas de nature à conduire à son abrogation.

Sur la légalité du refus de délai de départ volontaire :

Aux termes de l’article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile: « Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : (…) 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. » et aux termes de l’article L. 612-3 du même code : « Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; (…) 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; (…) 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes (…) ».

Il ressort des pièces du dossier que Mme B..., qui n’a pu justifier de la régularité de son entrée et de son séjour en France, n’a pas davantage sollicité la délivrance d’un titre de séjour antérieurement à son interpellation par les services de police. Elle a, en outre, indiqué vouloir rejoindre une tante qui réside en région parisienne, sans autre précision, et ne pas vouloir se conformer à une mesure d’éloignement qui serait prise à son encontre. Par suite, le risque de fuite devant être regardé comme établi dans les circonstances de l’espèce, sans qu’ait d’incidence à cet égard le dépôt d’une demande d’asile postérieurement à l’édiction de la mesure d’éloignement litigieuse, Mme B... entrait dans le cas où l’autorité préfectorale pouvait, sans commettre d’erreur d'appréciation, lui refuser l’octroi d’un délai de départ volontaire.

Sur la légalité de l’assignation à résidence :

8. Aux termes de l’article L. 731-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'autorité administrative peut autoriser l'étranger qui justifie être dans l'impossibilité de quitter le territoire français ou ne pouvoir ni regagner son pays d'origine ni se rendre dans aucun autre pays, à se maintenir provisoirement sur le territoire en l'assignant à résidence jusqu'à ce qu'existe une perspective raisonnable d'exécution de son obligation, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; (…) ».

9. D’une part, la requérante n’est pas fondée à soutenir que l’enregistrement de sa demande d’asile aurait dû conduire à une abrogation immédiate de l’assignation à résidence dès lors que cette mesure, laquelle ne fait nullement obstacle à l’examen de sa demande d’asile, lui permet de se maintenir temporairement sur le territoire français le temps de l’examen de sa demande d’asile. D’autre part, Mme B... se borne à soutenir, sans autre précision, que son assignation à résidence dans le département des Pyrénées-Orientales l’empêcherait de rejoindre des membres de sa famille résidant en France et ne fait, en outre, état d’aucune circonstance, liée à l’obligation qui lui est faite de se présenter aux services de la police aux frontières tous les jeudis, pour démontrer que les modalités ainsi définies de son assignation à résidence entraveraient son accès effectif aux conditions matérielles d’accueil des demandeurs d’asile. Par suite, le moyen tiré de l’illégalité de l’assignation à résidence dont fait l’objet Mme B... ne peut qu’être écarté.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de renvoi :

10. Aux termes de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : « Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ». Mme B..., qui fait état, sans autre précision, d’un projet de mariage arrangé au Sénégal, ne verse au dossier aucun élément susceptible d’établir la réalité des risques qu’elle encourrait pour sa vie ou son intégrité physique en cas de retour dans son pays d’origine. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées par l’arrêté attaqué ne peut qu’être écarté.

Sur la légalité de l’interdiction de retour sur le territoire français d’une durée de 2 ans :

11. Aux termes de l’article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public ». Aux termes de l’article L. 612-10 du même code : « Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. (…) ».

12. Il résulte de ces dispositions que seules des circonstances humanitaires peuvent faire obstacle au prononcé d’une interdiction de retour lorsque l’étranger fait l’objet d’une obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire et que la durée de cette interdiction doit alors être fixée en prenant en compte la durée de présence en France, les liens tissés, l’existence ou non d’une précédente mesure d’éloignement et la menace à l’ordre public. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, cette circonstance n’est pas retenue au nombre des motifs justifiant la durée de l’interdiction, l’autorité administrative n’est pas tenue, sous peine d’irrégularité, de le préciser expressément.

13. En l’espèce, Mme B... ne fait pas état de circonstances humanitaires qui auraient justifié que l’autorité administrative ne prononce pas une interdiction de retour à son encontre et la seule circonstance qu’elle a déposé ultérieurement une demande d’asile ne saurait davantage s’y opposer. Par ailleurs, pour prononcer une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée de deux ans à l’encontre de Mme B..., le préfet des Pyrénées-Orientales s’est fondé sur son entrée irrégulière en France le 15 septembre 2024 et a relevé qu’elle est célibataire et sans charge famille et ne justifie pas disposer d’attaches familiales en France alors que ses parents et sa sœur résident au Sénégal, sans retenir que sa présence en France représenterait une menace à l’ordre public. Eu égard à la situation personnelle de la requérante, la durée de cette interdiction n’apparaît pas entachée d’erreur d'appréciation. Par suite, le moyen tiré de l’illégalité de cette mesure, tant dans son principe que dans sa durée, doit être écarté.

14. Il résulte de ce qui précède que la requête d’appel de Mme B... est manifestement dépourvue de fondement et peut dès lors être rejetée en application du dernier alinéa de l’article R. 222-1 du code de justice administrative. Par voie de conséquence, il y a lieu de rejeter ses conclusions présentées au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique.


O R D O N N E :


Article 1er : La requête de Mme B... est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A... B... et au ministre de l’intérieur.

Copie pour information en sera adressée au préfet des Pyrénées-Orientales.


Fait à Toulouse, le 31 décembre 2025.


Le président de la 3ème chambre,

signé

M. C...



La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente ordonnance.


Pour expédition conforme,

La greffière en chef,


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