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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA31-25TL01096

Cour administrative d'appel de Toulouse — Décision N° CAA31-25TL01096

mercredi 31 décembre 2025

JuridictionCour administrative d'appel de Toulouse
SectionCour administrative d'appel de Toulouse
N° DossierCAA31-25TL01096
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
FormationJuge des référés
Avocat requérantTHOMAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. D... B... a demandé au tribunal administratif de Montpellier d’annuler l’arrêté du 23 janvier 2025 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales l’a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et l’a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.

Par un jugement n° 2500574 du 30 janvier 2025, la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif de Montpellier a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 27 mai 2025, M. B..., représenté par Me Thomas, demande à la cour :

1°) d’annuler ce jugement ;

2°) d’annuler l’arrêté du 23 janvier 2025 du préfet des Pyrénées-Orientales ;

3°) d’enjoindre au préfet des Pyrénées-Orientales de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler, dans le délai de huit jours à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, de réexaminer sa situation dans le délai de deux mois sous la même condition d’astreinte et de supprimer son signalement aux fins de non admission du système d’information Schengen ;

4°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application du deuxième alinéa de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique, sous réserve que son conseil renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat.

Il soutient que :
- l’arrêté en litige doit être suspendu jusqu’à ce que la Cour nationale du droit d’asile ait statué sur son recours dirigé contre le rejet de sa demande de réexamen de sa demande d’asile ;
- l’arrêté en litige est entaché d’incompétence de son signataire ;
- il méconnaît son droit à être entendu dès lors qu’il n’a pas été entendu en langue russe alors qu’il parle un français lacunaire, l’ayant empêché de faire valoir des éléments relatifs à sa situation, en particulier sur ses craintes en cas de retour en Biélorussie ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation ;
- la décision portant refus de délai de départ volontaire est privée de base légale ;
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile dès lors qu’il ne représente pas une menace pour l’ordre public et qu’il ne présente pas un risque de se soustraire à la mesure d’éloignement dont il fait l’objet ;
- la décision fixant le pays de renvoi est privée de base légale ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est privée de base légale ;
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et est disproportionnée.

M. B... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par décision du bureau d’aide juridictionnelle du 11 avril 2025.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.


Considérant ce qui suit :

Aux termes du dernier alinéa de l’article R. 222-1 du code de justice administrative : « (…) les présidents des formations de jugement des cours (…) peuvent (…) par ordonnance, rejeter (…) après l’expiration du délai de recours (…) les requêtes d’appel manifestement dépourvues de fondement. (…) ».

M. B..., de nationalité biélorusse, né le 8 avril 1995 à Volrowysk (Biélorussie), déclare être entré en France au cours de l’année 2019. Par un arrêté du 23 janvier 2025, le préfet des Pyrénées-Orientales l’a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et l’a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. Par la présente requête, M. B... relève appel du jugement du 30 janvier 2025 par lequel la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif de Montpellier a rejeté sa demande tendant à l’annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d’annulation :

En premier lieu, l’arrêté contesté est signé, pour le préfet des Pyrénées-Orientales, par Mme F... C..., cheffe du bureau de la migration et de l’intégration. Par un arrêté du 24 octobre 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le lendemain, le préfet des Pyrénées-Orientales a accordé à M. G... E..., directeur de la citoyenneté et de la migration, une délégation à l’effet de signer notamment les « décisions et actes relevant du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont les placements en rétention et requêtes en demande de prolongation de rétention à l’exception des refus de séjour et réquisitions d’extraction du centre pénitentiaire) ». L’article 2 de ce même arrêté prévoit qu’en cas d’absence de l’intéressé, cette délégation peut être exercée par la cheffe du bureau de la migration et de l’intégration, Mme F... C.... Par suite, et dès lors qu’il n’est ni établi, ni même allégué que le directeur n’aurait pas été absent ou empêché alors que, contrairement à ce qui est soutenu, il appartient à la partie contestant la qualité du délégataire pour signer l'arrêté en cause d’établir cette circonstance, le moyen tiré de l’incompétence de la signataire de l’arrêté contesté manque en fait et doit être écarté

En deuxième lieu, il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l’Union européenne que toute irrégularité dans l’exercice des droits de la défense lors d’une procédure administrative concernant un ressortissant d’un pays tiers en vue de son éloignement ne saurait constituer une violation de ces droits et, en conséquence, que tout manquement, notamment, au droit d’être entendu n’est pas de nature à entacher systématiquement d’illégalité la décision prise. Il revient à l’intéressé d’établir devant le juge chargé d’apprécier la légalité de cette décision que les éléments qu’il n’a pas pu présenter à l’administration auraient pu influer sur le sens de cette décision et il appartient au juge saisi d’une telle demande de vérifier, lorsqu’il estime être en présence d’une irrégularité affectant le droit d’être entendu, si, eu égard à l’ensemble des circonstances de fait et de droit spécifiques de l’espèce, cette violation a effectivement privé celui qui l’invoque de la possibilité de mieux faire valoir sa défense dans une mesure telle que cette procédure administrative aurait pu aboutir à un résultat différent.

Si M. B... fait valoir qu’il n’a pas pu bénéficier de l’assistance d’un interprète en langue russe lors de l’entretien réalisé le 31 décembre 2024 au centre pénitentiaire de Perpignan, il ressort des mentions de la notice de renseignements complétée lors de cet entretien que l’appelant aurait déclaré qu’il parlait couramment le français ainsi que le russe. En tout état de cause, si l’appelant soutient qu’en raison de l’absence d’interprète il n’a pas pu utilement faire valoir d’éléments complémentaires et notamment les motifs précis l’ayant conduit à déposer une demande de réexamen de sa demande d’asile, il ne fait état d’aucune précisions supplémentaires concernant ses craintes en cas de retour dans son pays d’origine qui auraient conduit le préfet à prendre une décision différente.

En troisième lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui ».

Si l’appelant soutient que la décision portant obligation de quitter le territoire français en litige méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, il n’assortit pas son moyen de précisions suffisantes permettant d’en apprécier le bien-fondé. Par ailleurs, s’il ressort des pièces du dossier qu’il a déclaré lors de l’entretien réalisé le 31 décembre 2024 être en concubinage avec une compatriote, ce seul élément ne permet pas d’établir qu’il aurait fixé le centre de ses intérêts privés et familiaux en France alors au demeurant qu’il ne ressort pas des pièces du dossier qu’elle y résiderait régulièrement. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l’erreur manifeste d’appréciation de sa situation doit également être écarté.

En quatrième lieu, il résulte de ce qui précède que M. B... n’est pas fondé à exciper de l’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français à l’égard de la décision portant refus de délai de départ volontaire.

En cinquième lieu, l’article L. 612-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile dispose : « L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. (…) ». Aux termes de l’article L. 612-2 du même code : « Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / (…) 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ». Aux termes de l’article L. 612-3 de ce code : « Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / (…) / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale (…) ».

Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B... aurait accompli des démarches pour régulariser sa situation administrative depuis le rejet définitif de sa demande d’asile par la Cour nationale du droit d’asile le 21 juin 2021 et l’intéressé doit être regardé comme n’ayant pas sollicité la délivrance d’un titre de séjour au sens du 1° de l’article L. 612-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, quand bien-même il aurait introduit un recours devant le Cour nationale du droit d’asile contre la décision du 18 décembre 2024 par laquelle l’Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté de sa demande de réexamen de sa demande d’asile. Si l’appelant produit un document d’identité à son nom délivré le 22 mars 2023 par les autorités néerlandaises, il ne conteste pas la circonstance également retenue par le préfet des Pyrénées-Orientales selon laquelle il ne dispose pas d’une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale de telle sorte que pour cette seule raison il ne présente pas de garanties de représentation suffisantes au sens des dispositions du 8° de l’article L. 612-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Par ailleurs, comme l’a relevé à bon droit la magistrate désignée, M. B... a été condamné le 18 octobre 2024 par le tribunal correctionnel de Perpignan à une peine de six mois d’emprisonnement pour des faits notamment de conduite d’un véhicule sous l’empire d’un état alcoolique et de violence sur un militaire de la gendarmerie nationale sans incapacité, de telle sorte que son comportement, eu égard au caractère récent de ces faits, constitue une menace à l’ordre public. Dans ces conditions, le préfet des Pyrénées-Orientales n’a pas méconnu les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

En sixième lieu, il résulte de ce qui précède que M. B... n’est pas fondé à exciper de l’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français à l’égard de la décision fixant le pays de renvoi.

En septième lieu, aux termes de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ».

La seule circonstance que M. B... ait déposé un recours devant la Cour nationale du droit d’asile contre la décision par laquelle l’Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande de réexamen de sa demande d’asile ne permet pas d’établir qu’il serait exposé à des traitements inhumains ou dégradants. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté.

En huitième lieu, il résulte de ce qui précède que M. B... n’est pas fondé à exciper de l’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français à l’égard de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français.

En dernier lieu, l’appelant reprend dans les mêmes termes et sans critique utile du jugement qu’il attaque le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Il y a lieu, dès lors, d’écarter ces moyens par adoption des motifs retenus à bon droit par la magistrate désignée aux points 13 à 17 du jugement attaqué.

Sur les conclusions à fin de suspension d’exécution de la mesure d’éloignement :

Aux termes de l’article L. 752-5 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, reprenant les dispositions de l'article L. 743-3 du même code : « L'étranger dont le droit au maintien sur le territoire a pris fin en application des b ou d du 1° de l'article L. 542-2 et qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions prévues à la présente section, demander au tribunal administratif la suspension de l'exécution de cette décision jusqu'à l'expiration du délai de recours devant la Cour nationale du droit d'asile ou, si celle-ci est saisie, soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la cour, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci. ».

M. B... reprend devant la cour ses conclusions aux fins de suspension des décisions en litige. Toutefois, ainsi que le prévoient les dispositions précitées de l’article L. 752-5 du code de justice administrative, de telles conclusions en tant qu’elles doivent être regardées comme dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peuvent être présentées que devant le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné. Par suite, les conclusions de M. B... tendant à la suspension de l’exécution de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français réitérées en appel ne peuvent être accueillies.

Il résulte de tout ce qui précède que la requête d’appel présentée par M. B... est manifestement dépourvue de fondement et doit, dès lors, être rejetée en application du dernier alinéa de l’article R. 222-1 du code de justice administrative. Par voie de conséquence, il y a lieu de rejeter également ses conclusions présentées aux fins d’injonction et d’astreinte ainsi que celles présentées au titre des dispositions de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique.


O R D O N N E :


Article 1er : La requête présentée par M. B... est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D... B..., à Me Marion Thomas et au ministre de l’intérieur.
Copie en sera adressée au préfet des Pyrénées-Orientales.


Fait à Toulouse, le 31 décembre 2025.


Le président de la 4ème chambre,




D. Chabert



La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente ordonnance.




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