Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. B... A... a demandé au tribunal administratif de Montpellier d’annuler l’arrêté du 26 avril 2024 par lequel le préfet de l’Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination et l’a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d’un an.
Par un jugement n° 2406448 du 23 janvier 2025, le tribunal administratif de Montpellier a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête, enregistrée le 2 juin 2025, M. A..., représenté par Me Ruffel, demande à la cour :
1°) d’annuler ce jugement ;
2°) d’annuler l’arrêté du 26 avril 2024 du préfet de l’Hérault ;
3°) d’enjoindre au préfet de l’Hérault, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale » ou « salarié » ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation en lui délivrant, dans l’attente, un récépissé de demande de titre de séjour l’autorisant à travailler ;
4°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991, ce règlement emportant renonciation à l’aide juridictionnelle provisoire ;
Il soutient que :
- l’arrêté est entaché d’un défaut d’examen de sa situation, le préfet n’ayant pas pris en compte la circonstance selon laquelle sa compagne bénéficie du statut de réfugiée ;
- il méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et est entaché d’une erreur manifeste d’appréciation de sa situation dès lors qu’il réside en France depuis plus de dix ans, que sa compagne avec laquelle il vit depuis quatre ans réside en France régulièrement sous couvert d’une carte de résident en qualité de réfugiée, qu’il fait preuve d’une intégration dans la société française et n’a jamais commis d’infraction.
M. A... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par décision du bureau d’aide juridictionnelle du 16 mai 2025.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- l’accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
Aux termes du dernier alinéa de l’article R. 222-1 du code de justice administrative : « (…) les présidents des formations de jugement des cours (…) peuvent (…) par ordonnance, rejeter (…) après l’expiration du délai de recours (…) les requêtes d’appel manifestement dépourvues de fondement. (…) ».
M. A..., de nationalité marocaine, né le 21 février 1981 à Midelt (Maroc), est entré en France le 17 août 2010 sous couvert d’un visa de court séjour « Etats Schengen » valable du 4 août 2010 au 4 février 2011. Le 9 janvier 2024, il a sollicité la délivrance d’un titre de séjour au titre de sa vie privée et familiale ou en qualité de salarié. Par un arrêté du 26 avril 2024, le préfet de l’Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination et l’a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d’un an. Par la présente requête, M. A... relève appel du jugement du 23 janvier 2025 par lequel le tribunal administratif de Montpellier a rejeté sa demande tendant à l’annulation de cet arrêté.
En premier lieu, l’arrêté en litige vise les textes dont il a été fait application et rappelle les éléments essentiels relatifs à la situation de M. A..., en particulier la circonstance selon laquelle il vit en concubinage depuis 2019 avec une ressortissante de nationalité kosovare, résidente en France, et qu’il n’a pas d’enfant à charge. La seule circonstance que le préfet de l’Hérault ne précise pas le fondement sur lequel sa concubine s’est vu délivrer une carte de résident, en l’occurrence en raison de sa qualité de réfugié, ne permet pas de regarder l’arrêté en litige comme entaché d’un défaut d’examen de sa situation.
En second lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui. ».
S’il ressort des pièces du dossier que M. A... s’est vu délivrer le 9 août 2010 un visa de court séjour multi-entrée de type C valable du 4 août 2010 au 4 février 2011 délivré par les autorités italiennes et que son passeport revêt un tampon d’entrée sur le territoire de l’Union européenne en date du 17 août 2010, les documents qu’il produit concernant la période allant de 2012 à 2016, essentiellement de nature médicale, ne permettent pas d’établir qu’il résiderait continuellement en France depuis cette date. M. A... se prévaut par ailleurs de la circonstance qu’il est en couple depuis 2014 avec une ressortissante kosovare titulaire d’une carte de résident portant la mention « réfugiée » avec laquelle il vit en concubinage depuis 2019. Toutefois, les pièces qu’il produit à l’instance, dont des factures de fourniture d’énergie, des attestations de paiement de la caisse d’allocations familiales ainsi que des quittances de loyer comportant son nom et celui de sa compagne concernant la période allant de 2019 à 2023, ne permettent pas d’établir la réalité et l’intensité de cette relation, et les attestations rédigées par certains de ses proches en sa faveur ainsi que la promesse d’embauche pour un emploi de mécanicien datant du mois d’août 2023, ne démontrent pas une intégration particulière en France. Dans ces conditions, alors qu’il ressort également des pièces du dossier que M. A... a fait l’objet de deux précédentes mesures d’éloignement, en 2014 et 2020, qu’il ne démontre pas avoir exécutées, quand bien-même son comportement ne constitue pas une menace pour l’ordre public, l’arrêté en litige ne porte pas à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts qu’il poursuit. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et de l’erreur manifeste d’appréciation de sa situation doivent être écartés.
Il résulte de tout ce qui précède que la requête d’appel présentée par M. A... est manifestement dépourvue de fondement et doit, dès lors, être rejetée en application du dernier alinéa de l’article R. 222-1 du code de justice administrative. Par voie de conséquence, il y a lieu de rejeter également ses conclusions présentées aux fins d’injonction ainsi que celles présentées au titre des dispositions des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête présentée par M. A... est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B... A..., à Me Christophe Ruffel et au ministre de l’intérieur.
Copie en sera adressée au préfet de l’Hérault.
Fait à Toulouse, le 31 décembre 2025.
Le président de la 4ème chambre,
D. Chabert
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente ordonnance.