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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA31-25TL01256

Cour administrative d'appel de Toulouse — Décision N° CAA31-25TL01256

jeudi 19 février 2026

JuridictionCour administrative d'appel de Toulouse
SectionCour administrative d'appel de Toulouse
N° DossierCAA31-25TL01256
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
FormationJuge des référés
Avocat requérantSCP CORMARY & BROCA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B... A... a demandé au tribunal administratif de Montpellier d’annuler l’arrêté du 16 janvier 2025 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai en fixant le pays de destination de cette mesure et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Par un jugement n° 2500390 du 23 janvier 2025, la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Montpellier a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 19 juin 2025, M. A..., représenté par Me Cormary, demande à la cour :

1°) d’annuler ce jugement du 23 janvier 2025 ;

2°) d’annuler l’arrêté du préfet des Pyrénées-Orientales du 16 janvier 2025 ;

3°) d’enjoindre au préfet des Pyrénées-Orientales de procéder au réexamen de sa situation dans le délai d’un mois à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l’État une somme de 2 000 euros à verser à Me Cormary sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique.


Il soutient que :
- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation de sa situation ;
- elle méconnaît les dispositions du 5° de l’article L. 611-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation, son comportement ne constituant pas une menace pour l’ordre public et il ne présente aucun risque de fuite ;
- la décision portant refus de délai de départ volontaire est privée de base légale ;
- elle méconnaît les dispositions de l’article L. 612-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la décision fixant le pays de renvoi est privée de base légale ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation et méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.


M. A... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d’aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Toulouse du 16 mai 2025.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.


Considérant ce qui suit :

Aux termes du dernier alinéa de l’article R. 222-1 du code de justice administrative : « (…) les présidents des formations de jugement des cours (…) peuvent (…) par ordonnance, rejeter (…) après l’expiration du délai de recours (…) les requêtes d’appel manifestement dépourvues de fondement (…) ».

M. A..., ressortissant algérien, né le 17 février 1994, relève appel du jugement du 23 janvier 2025 par lequel la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Montpellier a rejeté sa demande tendant à l’annulation de l’arrêté du 16 janvier 2025 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai en fixant le pays de destination de cette mesure et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

En premier lieu, aux termes de l’article L. 611-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants (…)/ 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; / (...) 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ;(...) »

Il ressort des termes mêmes de l’arrêté contesté que le préfet des Pyrénées-Orientales s’est fondé sur les dispositions du 4° de l’article L. 611-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile pour obliger M. A... à quitter le territoire français, et sur la circonstance que sa demande d’asile a été rejetée par une décision de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides du 5 avril 2023, qu’il n’a pas contestée devant la Cour nationale du droit d’asile, et qui est devenue définitive. Dans ces conditions, en soutenant que son comportement ne constitue pas une menace pour l’ordre public et qu’il ne représente aucun risque de fuite, M. A... ne conteste pas utilement les motifs retenus par le préfet afin de l’obliger à quitter le territoire français. Par suite, les moyens tirés de l’erreur de droit et de l’erreur manifeste d’appréciation soulevés à cet égard ne peuvent qu’être écartés.

En deuxième lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui. »

M. A... se prévaut de la durée de son séjour en France depuis qu’il y serait entré au cours de l’année 2019 selon ses déclarations, et de son mariage célébré le 18 mars 2023 avec une ressortissante française en situation de handicap à qui il prodiguerait les soins quotidiens que son état de santé requiert. Toutefois, les éléments qu’il produit à la présente instance dont un certificat de mariage, l’attestation de droits à l’Assurance maladie de son épouse indiquant qu’elle est en situation d’invalidité, ainsi qu’une attestation rédigée par celle-ci, le 17 janvier 2025, affirmant que l’appelant l’aide à la réalisation des tâches de la vie courante, ne permettent pas d’établir l’ancienneté de leur relation ni le caractère essentiel de la présence de l’appelant aux côtés de son épouse. Par ailleurs, les quelques fiches de paie de 2024 qu’il produit pour un emploi de préparateur de commande ne permettent pas d’établir qu’il serait intégré professionnellement en France. Dans ces conditions, alors qu’il ressort des pièces du dossier que M. A... a déclaré lors de son audition du 15 janvier 2025 que les membres de sa famille résidaient en Algérie de telle sorte qu’il n’y serait pas isolé en cas de retour, la décision portant obligation de quitter le territoire français en litige ne porte pas à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts qu’elle poursuit. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l’article 8 et de l’erreur manifeste d’appréciation de sa situation doivent être écartés.

En troisième lieu, il résulte de ce qui précède que M. A... n’est pas fondé à exciper de l’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français à l’égard de la décision portant refus de délai de départ volontaire.

En quatrième lieu, aux termes de l’article L. 612-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Par dérogation à l’article L. 612-1, l’autorité administrative peut refuser d’accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / (…) 3° Il existe un risque que l’étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l’objet. ». Aux termes de l’article L. 612-3 de ce code : « Le risque mentionné au 3° de l’article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; (…); /; 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; (…)8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. »

Il ressort des termes mêmes de l’arrêté en litige que le préfet des Pyrénées-Orientales s’est fondé sur les 1°, 5° et 8° de l’article L. 612-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile afin de considérer qu’il existe un risque que M. A... se soustraie à la mesure d’éloignement dont il fait l’objet. En soutenant qu’il n’avait pas l’intention d’organiser sa clandestinité, qu’il n’a jamais cherché à dissimuler son identité, les services de police étant en possession de son passeport algérien, et qu’il bénéficie d’une adresse fixe et stable en France chez son épouse, l’appelant ne conteste pas utilement les motifs également retenus par le préfet tirés de ce qu’il est entré irrégulièrement en France, n’a pas sollicité la délivrance d’un titre de séjour et qu’il a fait l’objet d’une précédente mesure d’éloignement, de telle sorte que l’autorité préfectorale aurait pu se fonder sur ces seuls motifs afin de refuser de lui accorder un délai de départ volontaire. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l’article L. 612-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile doit être écarté.

En cinquième lieu, il résulte de ce qui précède que l’appelant n’est pas fondé à exciper de l’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français à l’égard de la décision fixant le pays de renvoi. Par ailleurs, si l’appelant entend également soutenir que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est privée de base légale, ce moyen doit être écarté pour les mêmes motifs.

En sixième lieu, l’appelant reprend dans les mêmes termes et sans critique utile du jugement attaqué le moyen tiré de ce que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation. Il y a lieu, dès lors, d’écarter ce moyen par adoption des motifs retenus à bon droit par la magistrate désignée au point 26 du jugement attaqué.

En dernier lieu, le moyen tiré de ce que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales peut être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6 de la présente ordonnance.

Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A... est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, ses conclusions présentées à fin d’annulation et d’injonction sous astreinte peuvent être rejetées en application du dernier alinéa de l’article R. 222-1 du code de justice administrative. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions tendant à l’application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.


O R D O N N E :


Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B... A..., à Me Cormary et au ministre de l’intérieur.

Copie en sera adressée au préfet des Pyrénées-Orientales.


Fait à Toulouse, le 19 février 2026.


Le président de la 2ème chambre,

signé

Olivier Massin



La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente ordonnance.


Pour expédition conforme,
La greffière en chef,

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