jeudi 25 septembre 2025
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Toulouse |
| Section | Cour administrative d'appel de Toulouse |
| N° Dossier | CAA31-25TL01270 |
| Type | Décision |
| Recours | plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Juge des référés |
| Avocat requérant | SELARL BIROT-RAVAUT & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
Mme B A a demandé au juge des référés du tribunal administratif de Toulouse de désigner un expert, sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, aux fins de se prononcer sur les conditions de sa prise en charge au centre hospitalier Ariège Couserans, faisant suite à une intervention chirurgicale portant sur une salpingectomie bilatérale et une hernie ombilicale le 6 mars 2024 et de déterminer ses préjudices.
Par une ordonnance n°2402946 du 10 juin 2025, la juge des référés du tribunal administratif de Toulouse a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 19 juin 2025 et 28 août 2025, Mme B A, représentée par Me Gillet, demande à la cour :
1°) d'annuler l'ordonnance du 10 juin 2025 du tribunal administratif de Toulouse ;
2°) d'ordonner l'expertise sollicitée en première instance ;
3°) de désigner un expert sur le fondement de l'article R.532-1 du code de justice administrative ;
4°) de statuer ce que de droit sur les dépens mais à titre provisoire.
Elle soutient que :
- sa requête présente un caractère d'utilité, en vue de la demande de réparation qu'elle a présentée devant le tribunal administratif à l'encontre du centre hospitalier Ariège Couserans au titre de sa responsabilité pour faute médicale et défaut d'organisation de service, et de l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales au titre de la solidarité nationale ;
- le rapport d'expertise amiable n'étant pas contradictoire, il n'est pas opposable au centre hospitalier Ariège Couserans et à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales.
Par un mémoire, en défense, enregistré le 4 juillet 2025, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM), représenté par Me Ravaut, demande à la cour :
1°) de prendre acte de ses protestations et réserves tant sur le bien-fondé de sa mise en cause que sur la mesure d'expertise sollicitée ;
2°) d'ordonner à l'expert de rédiger un pré-rapport qui sera adressé aux parties aux fins d'observations auxquelles il sera répondu dans le rapport définitif ;
3°) de réserver les dépens.
Il soutient que, tout comme en première instance, il ne s'oppose pas à la demande d'expertise.
Par un mémoire en défense et appel incident, enregistré le 17 juillet 2025, le centre hospitalier Ariège Couserans et la société Relyens Mutual Insurance, représentés par Me Daumas, demandent à la cour :
1°) d'ordonner l'expertise sollicitée en première instance ;
2°) de compléter les missions qui incombent à l'expert ;
3°) de laisser les dépens à la charge de Mme A.
Ils soutiennent que l'expertise présente un caractère utile, dès lors que le rapport d'expertise amiable est, d'une part, inopposable en raison de son caractère unilatéral et non contradictoire et, d'autre part, insuffisant pour établir la preuve tant d'une faute médicale que d'un défaut d'organisation de service, susceptibles d'engager la responsabilité de l'établissement hospitalier.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A a subi une salpingectomie bilatérale et une cure d'hernie ombilicale par suture directe le 6 mars 2024, au centre hospitalier Ariège Couserans. Le lendemain, constatant de fortes douleurs abdominales, elle a de nouveau été admise dans ce même établissement, pour qu'y soit réalisé un scanner abdomino-pelvien qui a permis de mettre en évidence un pneumopéritoine et un épanchement péritonéal diffus. Le même jour une coelioscopie a confirmé l'existence d'une perforation de l'intestin grêle et une résection segmentaire grêle sur la perforation a été effectuée. Mme A a ensuite été placée en arrêt de travail jusqu'au 5 mai 2024. A la suite d'une saisine de sa compagnie d'assurance au regard de cette prise en charge, une expertise à caractère amiable a été confiée au docteur C qui a conclu le 3 mai 2024 à une maladresse fautive du médecin ayant réalisé l'intervention, précisant que c'est lors de l'introduction des instruments ou lors de leur manipulation que l'intestin grêle a été perforé. Mme A a demandé au juge des référés du tribunal administratif de Toulouse d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, une expertise médicale afin d'examiner les conditions de sa prise en charge par le centre hospitalier Ariège Couserans, suite à l'opération subie le 6 mars 2024 et de déterminer ses préjudices. Elle fait appel de l'ordonnance du 10 juin 2025 par laquelle la juge des référés du tribunal administratif de Toulouse a rejeté sa demande.
Sur les conclusions aux fins d'expertise :
2. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction () ".
3. L'utilité d'une mesure d'expertise demandée au juge des référés sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative doit être appréciée, d'une part, au regard des éléments dont le demandeur dispose ou peut disposer par d'autres moyens et, d'autre part, bien que ce juge ne soit pas saisi du principal, au regard de l'intérêt que la mesure présente dans la perspective d'un litige principal, actuel ou éventuel, auquel elle est susceptible de se rattacher. Il appartient au juge des référés d'apprécier l'utilité de la mesure d'expertise demandée au vu des pièces du dossier, notamment des expertises déjà réalisées, et des motifs de droit et de fait qui justifient, selon la demande, cette mesure. Ainsi, la seule circonstance qu'une expertise ait déjà été réalisée ne dispense pas le juge d'apprécier l'utilité d'une nouvelle expertise demandée. Enfin s'il résulte de l'article R. 626-1 du code de justice administrative qu'il peut être fait application des dispositions de l'article R. 532-1, alors même qu'une requête aux fins d'indemnisation est en cours d'instruction, il appartient au juge des référés d'apprécier l'utilité de la mesure demandée sur ce fondement.
4. Pour estimer que la demande d'expertise présentée par Mme A était dépourvue d'utilité, la juge des référés a considéré que la requérante disposait déjà du rapport d'expertise établi le 3 mai 2024 par le docteur C permettant d'apprécier les conditions de sa prise en charge par le centre hospitalier, et donc l'éventuelle responsabilité de celui-ci, ainsi que les préjudices liés aux interventions. Toutefois, Mme A fait utilement valoir que cette expertise amiable ne présente pas des garanties suffisantes et équivalentes à celle d'une expertise judiciaire dès lors notamment que, effectuée à la demande de son assureur, elle n'a pas été réalisée au contradictoire des autres parties alors qu'au demeurant le centre hospitalier en conteste les conclusions. Le recours à une expertise ordonnée par voie juridictionnelle permettra d'apprécier de manière contradictoire les conditions de la prise en charge de la requérante par le centre hospitalier Ariège Couserans et les éventuelles séquelles en résultant. En l'état de l'instruction, au vu des pièces produites par la requérante et de l'intérêt pour elle de disposer de cette nouvelle appréciation médicale contradictoire, au surplus estimée également nécessaire par le centre hospitalier, l'expertise demandée présente un caractère utile et entre dans le champ d'application des dispositions précitées même si le juge du fond est saisi.
6. Il résulte de ce qu'il précède que Mme A est fondée à soutenir que c'est à tort que, par l'ordonnance attaquée, la juge des référés du tribunal administratif de Toulouse a rejeté la demande tendant au prononcé d'une mesure d'expertise. En conséquence, il y a lieu de faire droit à la demande de Mme A, soutenue en appel par le centre hospitalier, et d'ordonner l'expertise demandée dans les conditions définies dans le dispositif de la présente ordonnance.
Sur la rédaction d'un pré-rapport :
7. L'expert est tenu, entre autres, d'informer les parties de ses constatations, de recueillir leurs dires et d'en faire état dans son rapport. S'il lui est loisible de communiquer aux parties un pré-rapport aux fins de recueillir leurs observations, aucune disposition législative ou réglementaire applicable devant le juge administratif ne lui impose cette formalité. Les conclusions de l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales sur ce point ne peuvent donc être accueillies.
Sur les conclusions tendant à ce qu'il donné acte de réserves :
8. Il n'appartient pas au juge des référés de donner acte de réserves. Les conclusions du centre hospitalier Ariège Couserans et de son assureur tendant à ce qu'il leur soit donné acte de réserves doivent donc être rejetées.
Sur les dépens :
9. En vertu des dispositions de l'article R. 621-13 du code de justice administrative, lorsqu'une expertise a été ordonnée sur le fondement du titre III du livre V, c'est le président de la cour qui fixe les frais et honoraires de l'expert par une ordonnance et désigne la ou les parties qui en assumeront la charge. Par suite, les conclusions présentées par Mme A, le centre hospitalier et son assureur, et l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales tendant à statuer sur les dépens ne peuvent, en tout état de cause, qu'être rejetées.
ORDONNE :
Article 1er : L'ordonnance n°2402946 du 10 juin 2025 de la juge des référés du tribunal administratif de Toulouse est annulée.
Article 2 : Le docteur D E - qualifié en chirurgie générale et chirurgie gynécologique, est désigné comme expert avec pour mission :
1°) se faire communiquer tous documents relatifs à l'état de santé de Mme A et, notamment, tous documents relatifs au suivi médical, aux actes de soins, et aux diagnostics pratiqués sur elle lors de ses prises en charge par le centre hospitalier Ariège Couserans ; convoquer et entendre les parties et tous sachants ; procéder à l'examen sur pièces du dossier médical de Mme A ainsi qu'éventuellement à son examen clinique ;
2°) décrire l'état de santé de Mme A et les soins et prescriptions antérieurs à son admission au centre hospitalier Ariège Couserans pour une salpingectomie bilatérale et une cure d'hernie ombilicale, les conditions dans lesquelles elle a été prise en charge et soignée dans cet établissement ; décrire l'état pathologique de la requérante ayant conduit aux soins, aux interventions et aux traitements pratiqués ;
3°) donner son avis sur le point de savoir si les diagnostics établis et les traitements, interventions et soins prodigués et leur suivi ont été consciencieux, attentifs, diligents et conformes aux données acquises de la science, et s'ils étaient adaptés à l'état de Mme A et aux symptômes qu'elle présentait ; donner notamment son avis sur la pertinence des diagnostics des équipes médicales du centre hospitalier Ariège Couserans, et l'utilité des gestes opératoires pratiqués ; dans l'hypothèse d'une réponse affirmative, dire si l'accident constaté et ses conséquences résultent d'un aléa thérapeutique indépendant de toute faute médicale ;
4°) déterminer les raisons de la dégradation de l'état de santé de Mme A et des éventuelles complications et séquelles dont elle souffrirait depuis ses hospitalisations ;
5°) donner son avis sur le point de savoir si le dommage corporel constaté a un rapport avec l'état initial de Mme A, ou l'évolution prévisible de cet état ; le cas échéant, déterminer la part du préjudice présentant un lien de causalité direct, certain et exclusif avec un manquement reproché à l'établissement, en excluant la part des séquelles à mettre en relation avec la pathologie initiale, son évolution ou toute autre cause extérieure ;
6°) dire si le dossier médical et les informations recueillies permettent de savoir si Mme A a été informée de la nature des opérations qu'elle allait subir, et des conséquences normalement prévisibles de ces interventions et si elle a été mise à même de formuler un consentement éclairé ; dans la négative, préciser si Mme A a subi une perte de chance de se soustraire au risque en refusant l'opération si elle en avait connu tous les dangers (pourcentage) ;
7°) indiquer à quelle date l'état de santé de Mme A peut être considéré comme consolidé ; préciser s'il subsiste un déficit fonctionnel partiel et, dans l'affirmative, en fixer le taux, en distinguant la part imputable au manquement éventuellement constaté de celle ayant pour origine toute autre cause ou pathologie, eu égard notamment aux antécédents médicaux de l'intéressée ; dans le cas où cet état ne serait pas encore consolidé, indiquer, si dès à présent, une incapacité permanente partielle est prévisible et en évaluer l'importance ;
8°) dire si l'état de Mme A est susceptible de modification en amélioration ou en aggravation ; dans l'affirmative, fournir toutes précisions utiles sur cette évolution, sur son degré de probabilité et dans le cas où un nouvel examen serait nécessaire, mentionner dans quel délai ;
9°) donner à la cour tous éléments de nature à permettre à la juridiction administrative de déterminer les responsabilités encourues et d'évaluer les préjudices subis, notamment le déficit fonctionnel temporaire, le déficit fonctionnel permanent, les souffrances endurées, le préjudice esthétique, le préjudice d'agrément, le préjudice sexuel, le préjudice économique et professionnel ;
10°) déterminer les préjudices éventuels de la caisse primaire d'assurance maladie de la Haute-Garonne ;
11°) d'une façon générale, recueillir tous éléments et toutes autres constatations utiles de nature à éclairer la juridiction dans son appréciation des responsabilités éventuellement encourues et des préjudices subis.
Article 3 : Les opérations d'expertise auront lieu contradictoirement entre Mme A, la caisse primaire d'assurance maladie de la Haute-Garonne, le centre hospitalier Ariège Couserans, la société Relyens Mutual Insurance et l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales.
Article 4 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président de la cour.
Article 5 : Préalablement à toute opération, l'expert souscrira la déclaration sur l'honneur prévue à l'article R. 621-3 du code de justice administrative.
Article 6 : L'expert avertira les parties conformément aux dispositions de l'article R. 621-7 du code de justice administrative.
Article 7 : L'expert déposera son rapport au greffe par voie électronique dans un délai de 6 mois à compter de la notification de la présente ordonnance. Des copies seront notifiées par l'expert aux parties intéressées. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique. L'expert justifiera, auprès de la cour, de la date de réception de son rapport par les parties.
Article 8 : Les frais et honoraires de l'expertise seront mis à la charge de la ou des parties désignées dans l'ordonnance par laquelle le président de la cour liquidera et taxera les frais et honoraires.
Article 9 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 10 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A, au centre hospitalier Ariège Couserans, à la société Relyens Mutual Insurance, à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales, à la caisse primaire d'assurance maladie de la Haute-Garonne et au docteur D E.
Fait à Toulouse, le 25 septembre 2025
Le président,
signé
J-F. MOUTTE
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé, des solidarités et des familles, en ce qui la concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
La greffière en chef,
Conseil d'État — N° 516229
Le juge des référés du Conseil d'État a rejeté la requête de M. B... qui demandait la suspension de l'exécution de la loi du pays n° 2026-4 du 15 mai 2026 portant création du code des douanes de Polynésie française. Le requérant invoquait une atteinte grave à plusieurs libertés fondamentales, mais le juge a estimé qu'il n'apportait aucun élément caractérisant une situation d'urgence justifiant une mesure de sauvegarde à très bref délai. La décision a été prise sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, en application de la procédure simplifiée prévue à l'article L. 522-3 du même code.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE03336
La Cour administrative d’appel de Versailles, statuant en référé, a rejeté la requête de Mme C... contestant l’ordonnance du tribunal administratif de Versailles qui avait rejeté sa demande indemnitaire pour rupture abusive de son contrat de travail avec la commune de Carrières-sous-Poissy. La cour a confirmé que la demande de première instance était irrecevable, faute pour la requérante d’avoir produit la preuve du dépôt d’une demande indemnitaire préalable, condition nécessaire pour lier le contentieux. En l’absence de contestation de cette irrecevabilité, les moyens soulevés en appel ont été jugés inopérants. L’ordonnance a été rendue sur le fondement de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026