Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. A... B... a demandé au tribunal administratif de Toulouse d’annuler l’arrêté du 16 septembre 2024 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de l’admettre au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et l’a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d’un an.
Par un jugement n° 2406446 du 4 mars 2025, le tribunal administratif de Toulouse a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête, enregistrée le 10 juillet 2025, M. B..., représenté par Me Pougault, demande à la cour :
1°) d’annuler ce jugement du tribunal administratif de Toulouse du 4 mars 2025 ;
2°) d’annuler l’arrêté préfectoral du 16 septembre 2024 ;
3°) d’enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer le titre de séjour sollicité dans le délai d’un mois à compter de la notification de l’arrêt à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ; subsidiairement, d’enjoindre au préfet de réexaminer sa situation.
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
En ce qui concerne le refus de titre de séjour :
- la décision attaquée est entachée d’une erreur d'appréciation dans l’application de l’article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
En ce qui concerne l’obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale par voie d’exception d'illégalité du refus de titre de séjour ;
- elle méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
- elle est illégale par voie d’exception d'illégalité de l’obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne l’interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est illégale par voie d’exception d'illégalité du refus de titre de séjour ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Par décision du 13 juin 2025, le bureau d’aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Toulouse a admis M. B... au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l’article R. 222-1 du code de justice administrative : « (…) les présidents des formations de jugement des cours peuvent (…) par ordonnance, rejeter (…) après l'expiration du délai de recours (…) les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement (…) ».
2. M. B..., ressortissant géorgien né le 10 novembre 2000, déclare être entré en France en juillet 2023. Le 31 juillet 2023, il a déposé une demande d’asile que l’office français de protection des réfugiés et apatrides, statuant en procédure accélérée, a rejetée par décision du 13 décembre 2023, confirmée par une ordonnance de la Cour nationale du droit d'asile du 2 mai 2024. Par ailleurs, M. B... a, le 27 février 2024, sollicité la délivrance d’un titre de séjour pour raison de santé. Par un arrêté du 16 septembre 2024, le préfet de la Haute-Garonne a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et l’a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d’un an. M. B... a demandé au tribunal administratif de Toulouse d’annuler cet arrêté. Il relève appel du jugement rendu le 4 mars 2025 par lequel le tribunal a rejeté sa demande.
Sur le refus de titre de séjour :
3. Aux termes de l’article L. 425-9 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat (…) ».
4. La partie qui justifie d’un avis du collège de médecins de l’Office français de l’immigration et de l’intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l’existence ou l’absence d’un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d’un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l’autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d’apprécier l’état de santé de l’étranger et, le cas échéant, l’existence ou l’absence d’un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d’apprécier si l’état de santé d’un étranger justifie la délivrance d’un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.
5. Dans son avis rendu le 15 mai 2024, le collège de médecins de l’Office français de l’immigration et de l’intégration a estimé que l’état de santé de M. B... nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais qu’eu égard à l’offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans son pays d’origine, la Géorgie, ce dernier peut y bénéficier effectivement d’un traitement approprié.
6. Il ressort des pièces du dossier qu’à la suite d’un accident de la route survenu en 2020, M. B..., qui a levé le secret médical, a souffert de plusieurs fractures aux membres supérieurs et au membre inférieur droit, et qu’il souffre aujourd’hui encore de séquelles orthopédiques, en particulier d’une perte de fonction de son membre inférieur droit et d’une perte de l’usage de ses poignets. Il produit diverses pièces médicales, et notamment un certificat rédigé le 8 février 2023 par un praticien géorgien, selon lequel « le patient nécessite une surveillance constante et une réadaptation en milieu hospitalier. A ce stade, la réadaptation en milieu hospitalier n’est pas possible en Géorgie. Nécessite le traitement à l’étranger ». Comme l’ont relevé les premiers juges, quand bien même le médecin auteur de ce certificat est un spécialiste en traumatologie, aucune précision n’y est apportée quant aux motifs pour lesquels un traitement adapté en Géorgie ne serait pas effectivement disponible. Pas plus en appel qu’en première instance, M. B... ne produit d’éléments de nature à infirmer l’avis du collège de médecins de l’Office français de l'immigration et de l'intégration selon lequel une prise en charge adaptée de son état de santé serait possible en Géorgie. Par ailleurs, s’il ressort d’un jugement rendu le 25 octobre 2023 par le tribunal municipal de Tbilissi et du courrier de l’agence de réglementation des activités médicales et pharmaceutiques du 20 décembre 2021, que des fautes médicales ont été commises lors de la prise en charge de M. B... en Géorgie, ces éléments ne suffisent pas davantage à établir qu’il n’existerait, dans ce pays, aucun service de traumatologie-orthopédie en mesure de lui faire bénéficier d’une prise en charge adéquate. Une telle conclusion ne saurait, enfin, être tirée des comptes-rendus et autres courriers des médecins du Pôle de chirurgie orthopédique et traumatologie de l’Hôpital Joseph Ducuing à Toulouse. Dans ces conditions, c’est à bon droit que les premiers juges ont estimé que la décision en litige n’avait pas méconnu les dispositions de l’article L. 425-9 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.
Sur l’obligation de quitter le territoire français :
7. En premier lieu, en l’absence d’illégalité de la décision portant refus de séjour, M. B... n’est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait illégale par voie de conséquence.
8. En second lieu, M. B... reprend en appel ses moyens soulevés en première instance et tirés de ce que la décision attaquée méconnaîtrait l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et serait entachée d’erreur manifeste d'appréciation. Toutefois, il ne développe au soutien de ces moyens aucun argument de droit ou de fait complémentaire et pertinent de nature à remettre en cause l’analyse et la motivation retenues par le tribunal. Dans ces conditions, il y a lieu d’écarter ces moyens par adoption des motifs retenus par les premiers juges.
Sur la décision fixant le pays de renvoi :
9. En premier lieu, en l’absence d’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, M. B... n’est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de renvoi serait illégale par voie de conséquence.
10. En second lieu, M. B... reprend en appel son moyen soulevé en première instance et tiré de ce que la décision attaquée méconnaîtrait l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Toutefois, il ne développe au soutien de ce moyen aucun argument de droit ou de fait complémentaire et pertinent de nature à remettre en cause l’analyse et la motivation retenues par le tribunal. Dans ces conditions, il y a lieu d’écarter ce moyen par adoption des motifs retenus par les premiers juges.
Sur l’interdiction de retour sur le territoire français :
11. En premier lieu, en l’absence d’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, M. B... n’est pas fondé à soutenir que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français serait illégale par voie de conséquence.
12. En second lieu, M. B... reprend en appel son moyen soulevé en première instance et tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d’erreur manifeste d'appréciation. Toutefois, il ne développe au soutien de ce moyen aucun argument de droit ou de fait complémentaire et pertinent de nature à remettre en cause l’analyse et la motivation retenues par le tribunal. Dans ces conditions, il y a lieu d’écarter ce moyen par adoption des motifs retenus par les premiers juges.
13. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B... est manifestement infondée. Dès lors, il y a lieu de la rejeter, en toutes ses conclusions, y compris relatives à l’injonction et aux frais exposés et non compris dans les dépens, selon les dispositions précitées de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. B... est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A... B... et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera délivrée au préfet de la Haute-Garonne.
Fait à Toulouse, le 31 décembre 2025.
Le président de la 1ère chambre
Frédéric Faïck
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
La greffière,
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