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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA31-25TL01457

Cour administrative d'appel de Toulouse — Décision N° CAA31-25TL01457

mercredi 8 avril 2026

JuridictionCour administrative d'appel de Toulouse
SectionCour administrative d'appel de Toulouse
N° DossierCAA31-25TL01457
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
FormationJuge des référés
Avocat requérantNAJJARI LAÏLA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A... B... C... a demandé au tribunal administratif de Nîmes d’annuler l’arrêté du 28 janvier 2025 par lequel le préfet de Vaucluse lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Par un jugement n° 2500831 du 17 mars 2025, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Nîmes a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 15 juillet 2025, M. B... C..., représenté par Me Najjari, demande à la cour :

1°) d’annuler ce jugement ;

2°) d’annuler l’arrêté du 28 janvier 2025 du préfet de Vaucluse ;

3°) d’enjoindre au préfet de Vaucluse de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation sans délai à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l’État une somme de 2 000 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique.

Il soutient que :
- l’arrêté en cause est entaché d’incompétence de son auteur ;
- il méconnaît les dispositions de l’article 78-2-2 du code de procédure pénale ;
- il méconnaît les stipulations de l’article 6 de l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- il méconnaît les dispositions de l’article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entaché d’une erreur d’appréciation ;
- il méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- il méconnaît les dispositions de l’article L. 435-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.


M. B... C... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d’aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Toulouse du 13 juin 2025.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de procédure pénale ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.


Considérant ce qui suit :

Aux termes du dernier alinéa de l’article R. 222-1 du code de justice administrative : « (…) les présidents des formations de jugement des cours (…) peuvent (…) par ordonnance, rejeter (…) après l’expiration du délai de recours (…) les requêtes d’appel manifestement dépourvues de fondement. (…) ».

M. B... C..., ressortissant algérien, né le 15 juillet 2002, est entré en France le 2 janvier 2020, selon ses déclarations, et s’est définitivement vu refuser le bénéfice de l’asile par décision de la Cour nationale du droit d’asile du 30 septembre 2022. Par un arrêté du 21 novembre 2022, le préfet de Vaucluse lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure. M. B... C... a été interpellé, le 28 janvier 2025, par les services de police dans le cadre d’une opération de lutte contre l’immigration illégale. Par un arrêté du 28 janvier 2025, le préfet de Vaucluse lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Par la présente requête, M. B... C... relève appel du jugement du 17 mars 2025 par lequel le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Nîmes a rejeté sa demande tendant à l’annulation de l’arrêté du 28 janvier 2025.

En premier lieu, l’appelant reprend dans les mêmes termes et sans critique utile du jugement qu’il attaque, le moyen tiré de l’incompétence de l’auteur de l’arrêté en litige. Il y a lieu, par suite, d’écarter ce moyen par adoption des motifs retenus à bon droit par le magistrat désigné au point 2 du jugement attaqué.

En deuxième lieu, si l’appelant entend soutenir que le préfet de Vaucluse a méconnu les dispositions de l’article 72-2-2 du code de procédure pénale, il ressort des pièces du dossier que le contrôle de vérification de son droit au séjour a été effectué le 28 janvier 2025 dans les locaux de services de l’association Emmaüs à Courthezon (Vaucluse) en exécution d’une réquisition ordonnée par le procureur de la République d’Avignon en application de l’article 78-2-2 du code de procédure pénale. Il n’appartient pas au juge administratif d’apprécier la régularité de cette réquisition qui constitue une opération de police judiciaire. Ainsi, les éventuels vices qui entacheraient ce contrôle sont sans incidences sur la légalité de la décision administrative contestée, les deux procédures étant indépendantes.

En troisième lieu, M. B... C... se prévaut du fait qu’il est arrivé en France en raison d’actes de violences dont il aurait été victime de la part de son père et de ce que ses attaches personnelles et familiales sont en France et non dans son pays d’origine. En outre, il produit au dossier, notamment, un compte rendu de consultation médicale de sa mère au centre hospitalier universitaire de Montpellier (Hérault) du 24 février 2020, un certificat médical du 29 septembre 2020, quelques documents administratifs et médicaux établis entre 2021 et 2025, des attestations d’hébergement ou de présence entre 2021 et 2024, des avis d’imposition, les actes de décès de ses grands-parents maternels, des attestations de témoins, un certificat de compétences numériques fondamentales du 26 juillet 2021, une attestation de réussite au diplôme d’études en langue française du 10 janvier 2024 et une attestation de fin de formation à la maîtrise de chariots à conducteur porté du 24 avril 2024. Toutefois, ces éléments ne sont pas suffisants pour permettre d’estimer que l’intéressé, célibataire et sans enfant, aurait fixé en France le centre de ses intérêts privés et familiaux. De plus, il ressort des pièces du dossier que M. B... C... a fait l’objet, le 21 novembre 2022, d’une mesure d’éloignement qu’il n’a pas exécutée. Dans l’ensemble de ces circonstances, le préfet de Vaucluse n’a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et 6-5 de l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 doivent être écartés.

En quatrième lieu, aux termes de l’article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour (…) ».

Si M. B... C... entend soutenir que sa situation répond à des circonstances humanitaires eu égard au fait qu’il aurait subi en Algérie des violences physiques, psychologiques et des menaces de mort de la part de son père, il ne l’établit pas par les pièces qu’il produit. En tout état de cause, il ne ressort pas des pièces du dossier qu’il serait contraint de résider chez son père en cas de retour en Algérie. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l’article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le préfet de Vaucluse n’a pas entaché la décision en cause d’une erreur manifeste d’appréciation de la situation de M. B... C....

En cinquième et dernier lieu, aux termes de l’article L. 435-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L’étranger accueilli par les organismes mentionnés au premier alinéa de l’article L. 265-1 du code de l’action sociale et des familles et justifiant de trois années d’activité ininterrompue au sein de ce dernier, du caractère réel et sérieux de cette activité et de ses perspectives d’intégration, peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention « salarié », « travailleur temporaire » ou « vie privée et familiale », sans que soit opposable la condition prévue à l’article L. 412-1. / Les modalités d’application du présent article sont définies par décret en Conseil d’Etat. »

L’article L. 435-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France, ne s’applique pas aux ressortissants algériens, dont la situation est régie de manière exclusive par l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Les stipulations de cet accord n’interdisent toutefois pas au préfet de délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Il appartient au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.

D’une part, M. B... C... ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l’article L. 435-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour contester la décision litigieuse. D’autre part, les éléments qui caractérisent la situation personnelle de l’appelant, tels que décrits dans la présente ordonnance, ne permettent pas de regarder la décision attaquée comme entachée d’une erreur manifeste d'appréciation.

Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B... C... est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, ses conclusions présentées à fin d’annulation et d’injonction sous astreinte peuvent être rejetées en application du dernier alinéa de l’article R. 222-1 du code de justice administrative. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions tendant à l’application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.


O R D O N N E :


Article 1er : La requête de M. B... C... est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A... B... C..., à Me Najjari et au ministre de l’intérieur.

Copie en sera adressée au préfet de Vaucluse.

Fait à Toulouse, le 8 avril 2026.


Le président de la 1ère chambre,

signé

Frédéric Faïck



La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente ordonnance.


Pour expédition conforme,
La greffière en chef,

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