mardi 5 juillet 2022
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| Section | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| N° Dossier | CAA33-19BX03019 |
| Type | Décision |
| Recours | excès de pouvoir |
| Formation | 5ème chambre (formation à 3) |
| Avocat requérant | MONAMY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 18 juillet 2019, 9 août 2019, 11 mai 2020, 9 septembre 2020, 26 novembre 2020, 3 mai 2021, 10 septembre 2021, 25 novembre 2021, la société Parc Eolien de la Charente Limousine, représentée par Me Gelas, demande à la cour :
1°) d'annuler l'arrêté du 29 mars 2019 par lequel la préfète de la Charente a rejeté sa demande d'autorisation d'exploiter un parc éolien de sept aérogénérateurs sur le territoire des communes d'Alloue, de Saint-Coutant et d'Ambernac, ensemble la décision implicite rejetant son recours gracieux ;
2°) de lui accorder l'autorisation sollicitée et de définir en tant que de besoin les prescriptions nécessaires au fonctionnement de l'installation dans le respect des intérêts protégés à l'article L. 511-1 du code de l'environnement ou, à défaut, de la renvoyer devant le préfet pour la définition de ces prescriptions ;
3°) subsidiairement, d'enjoindre à la préfète de la Charente de lui délivrer l'autorisation unique sollicitée dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 500 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa demande dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'objet des associations intervenantes présente manifestement un caractère général et imprécis ; les associations ne justifient pas d'un intérêt à intervenir suffisant ;
- la seule production d'une carte indiquant les habitations des personnes physiques intervenantes ne permet pas d'établir les visibilités alléguées du projet ni l'existence d'un danger ou inconvénient que présenterait le parc éolien ; les intervenants personnes physiques ne démontrent pas leur intérêt à intervenir ;
- la décision contestée est entachée d'incompétence négative en ce que la préfète s'est estimée liée par les avis défavorables du commissaire-enquêteur ou les avis majoritairement défavorables des communes d'implantation ;
- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur d'appréciation dès lors que le projet ne porte pas atteinte aux intérêts protégés par l'article L. 511-1 du code de l'environnement, ni à l'avifaune, ni aux chiroptères ni à la protection des sites et des paysages ;
- en l'absence de demande de compléments auprès du pétitionnaire, la préféte ne peut valablement se fonder sur l'insuffisance de l'étude d'impact pour fonder son refus ; en se fondant sur une énumération des espèces recensées sur le site d'étude sans aucune considération de l'impact réel du projet sur ces espèces, la préféte a commis une erreur d'appréciation ; il ressort de l'étude d'impact que le projet aura un effet nul sur l'habitat de l'ensemble des espèces énumérées ; s'agissant des grues cendrées, cette espèce n'a pas été observée sur le site de nidification ni en hivernage ; le projet est situé à l'extrémité nord-ouest sur la bordure du couloir de migration des grues cendrées et la hauteur de vol des grues cendrées en période de migration permet de conclure à un impact faible sur cette espèce ;
- les inventaires effectués sur le site ont montré une activité chiroptérologique assez faible ; la préfète a commis une erreur d'appréciation en se fondant sur la prétendue importance des enjeux chiroptérologiques ; la préfète ne pouvait valablement se fonder sur la seule circonstance que l'implantation de 5 éoliennes sur 7 serait située à moins de 200 mètres de lisière de haies en contrariété avec les recommandations d'Eurobats sans commettre d'erreur de droit ; l'implantation du projet a pris en compte cet enjeu et une mesure de réduction particulièrement stricte a été mise en place, à savoir le bridage des machines ;
- le projet s'insère dans un paysage dépourvu d'intérêt particulier et assure le respect des intérêts protégés par l'article L. 511-1 du code de l'environnement ; le projet ne porte pas atteinte aux monuments historiques des églises d'Alloue, Ambernac et de Benest dès lors que la covisibilité demeure limitée ; la visibilité sur les parcs éoliens est tronquée ou atténuée par le bocage et les bois environnants et un angle de 200 ° est maintenu sans éoliennes ; aucun effet de saturation visuelle ne saurait être caractérisé.
Par des mémoires en intervention, enregistrés les 16 octobre 2019, 18 mai 2020, 14 octobre 2020, 13 juillet 2021, 26 octobre 2021, l'association Environnement Confolentais et Charlois, l'Association confolentaise de développement de l'éolien responsable, M. B I et Mme G, M. et Mme P, M. et Mme L, M. et Mme E, M. et Mme J, M. et Mme K et M. R, représentés par Me Monamy, demandent à la cour que la requête soit rejetée.
Ils soutiennent que :
- ils justifient d'un intérêt à agir suffisant eu égard à la nature et à l'objet du litige ;
- ils s'associent aux conclusions en défense présentées par l'Etat ainsi qu'aux moyens invoqués à leur soutien ;
- les moyens développés par la société requérante ne sont pas fondés.
Par un mémoire, enregistré le 15 octobre 2020, la ministre de la transition écologique conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que tous les moyens de la requête doivent être écartés comme infondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'environnement ;
- l'ordonnance n° 2017-80 du 26 janvier 2017 ;
- l'arrêté du 26 août 2011 relatif aux installations de production d'électricité utilisant l'énergie mécanique du vent au sein d'une installation soumise à autorisation au titre de la rubrique 2980 de la législation des installations classées pour la protection de l'environnement ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme M A ;
- les conclusions de M. Stéphane Gueguein, rapporteur public ;
- et les observations de Me Boudrot, représentant la société Parc éolien de la Charente Limousine, et de Me Monamy, représentant l'association Environnement Confolentais et Charlois, l'association confolentaise de développement de l'éolien responsable, M. I et Mme G, M. et Mme P, M. et Mme L, M. et Mme E, M. et Mme J, M. et Mme K et M. R.
Une note en délibéré a été enregistrée le 17 juin 2022, présentée pour la société Parc éolien de la Charente Limousine par Me Gelas.
Considérant ce qui suit :
1. La société Parc Eolien de la Charente Limousine a déposé, le 15 juillet 2014, une demande d'autorisation d'exploiter une installation de production d'électricité à partir de l'énergie mécanique du vent regroupant huit aérogénérateurs sur le territoire des communes d'Alloue, Ambernac et Saint-Coutant. A l'issue de l'enquête publique qui s'est déroulée du 15 février au 17 mars 2016, le pétitionnaire a modifié sa demande, le 12 janvier 2017, pour l'exploitation d'un parc de sept aérogénérateurs d'une hauteur de 164,5 mètres sur le territoire de ces mêmes communes. Par un arrêté du 29 mars 2019, la préfète de la Charente a refusé de lui délivrer cette autorisation. Par une lettre du 24 mai 2019, la société Parc Eolien de la Charente Limousine a formé un recours gracieux à l'encontre de cette décision. Par la présente requête, la société demande l'annulation de l'arrêté du 29 mars 2019 et de la décision implicite rejetant son recours gracieux.
Sur la recevabilité de l'intervention :
2. Est recevable à former une intervention devant le juge du fond toute personne qui justifie d'un intérêt suffisant eu égard à la nature et à l'objet du litige.
3. Il résulte de l'article 2 des statuts de l'association Environnement Confolentais et Charlois et de l'article 2 des statuts de l'Association confolentaise de développement de l'éolien responsable que ces deux associations ont pour objet " la protection de l'environnement et notamment de la faune, de la flore, du patrimoine culturel et des paysages, contre toutes les atteintes et nuisances qui pourraient lui être portées, entre autres par l'implantation d'éoliennes et des équipements leur sont liées ", pour la première, sur le territoire notamment de la commune d'Alloue et des communes limitrophes et, pour la seconde, sur le territoire de la communauté de communes de Charente Limousine dont les communes d'Alloue, Ambernac et Saint-Coutant sont membres. Par suite, eu égard à l'objet du litige relatif à la décision par laquelle la préfète de la Charente a refusé de délivrer à la société Parc éolien de la Charente Limousine une autorisation d'exploiter un parc de sept éoliennes d'une hauteur maximale de 164,5 mètres, sur le territoire des communes d'Alloue, Ambernac et Saint-Coutant, ces deux associations justifient d'un intérêt au maintien de la décision attaquée de la préfète de la Charente.
4. Dès lors qu'au moins l'un des intervenants est recevable, une intervention collective est recevable. Il suit de là que, sans qu'il soit besoin d'examiner l'intérêt à intervenir des autres intervenants personnes physiques, l'intervention doit être admise.
Sur la légalité de l'arrêté du 29 mars 2019 :
5. L'arrêté attaqué fait référence à l'avis défavorable du commissaire enquêteur et aux avis majoritairement défavorables des communes concernées par le projet notamment ceux des communes d'Ambernac et Saint-Coutant, communes d'implantation du projet. Il résulte toutefois des termes mêmes de l'arrêté attaqué que la préfète de la Charente a procédé à une analyse complète et précise de la demande d'autorisation d'exploiter déposée par la société Parc éolien de la Charente Limousine. Il ne résulte pas de l'instruction que la préfète de la Charente se serait estimée liée par les avis défavorables émis sur ce projet. Par suite, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que la préfète de la Charente se serait mépris sur l'étendue de sa compétence.
6. Aux termes de l'article L. 512-1 du code de l'environnement : " Sont soumises à autorisation les installations qui présentent de graves dangers ou inconvénients pour les intérêts mentionnés à l'article L. 511-1. / L'autorisation, dénommée autorisation environnementale, est délivrée dans les conditions prévues au chapitre unique du titre VIII du livre Ier ". Aux termes de l'article L. 511-1 du même code : " Sont soumis aux dispositions du présent titre les usines, ateliers, dépôts, chantiers et, d'une manière générale, les installations exploitées ou détenues par toute personne physique ou morale, publique ou privée, qui peuvent présenter des dangers ou des inconvénients soit pour la commodité du voisinage, soit pour la santé, la sécurité, la salubrité publiques, soit pour l'agriculture, soit pour la protection de la nature, de l'environnement et des paysages, soit pour l'utilisation économe des sols naturels, agricoles ou forestiers, soit pour l'utilisation rationnelle de l'énergie, soit pour la conservation des sites et des monuments ainsi que des éléments du patrimoine archéologique () ".
7. Dans l'exercice de ses pouvoirs de police administrative en matière d'installations classées pour la protection de l'environnement, il appartient à l'autorité administrative d'assortir l'autorisation d'exploiter délivrée en application de l'article L. 512-1 du code de l'environnement des prescriptions de nature à assurer la protection des intérêts mentionnés à l'article L. 511-1 du même code, en tenant compte des conditions d'installation et d'exploitation précisées par le pétitionnaire dans le dossier de demande, celles-ci comprenant notamment les engagements qu'il prend afin d'éviter, réduire et compenser les dangers ou inconvénients de son exploitation pour ces intérêts. Ce n'est que dans le cas où il estime, au vu d'une appréciation concrète de l'ensemble des caractéristiques de la situation qui lui est soumise et du projet pour lequel l'autorisation d'exploitation est sollicitée, que même l'édiction de prescriptions ne permet pas d'assurer la conformité de l'exploitation aux dispositions de l'article L. 511-1 du code de l'environnement, qu'il ne peut légalement délivrer cette autorisation.
8. Il résulte de l'instruction que l'inventaire de l'étude d'impact a permis de mettre en évidence la présence de 76 espèces d'oiseaux sur le site du projet, dont 14 peuvent être considérées comme patrimoniales notamment l'alouette lulu, le bruant jaune, le busard Saint-Martin, le faucon hobereau, la linotte mélodieuse et le milan noir. En premier lieu, l'étude d'impact, qui, contrairement à ce que soutiennent la ministre et les intervenants, prend en compte le nombre de cas de mortalité recensés pour ces espèces, indique que le risque de collision pour ces espèces est faible eu égard aux faibles effectifs recensés, cette conclusion n'étant pas utilement remise en cause par la ministre et les intervenants. En deuxième lieu, l'autorité environnementale, dans son avis du 28 août 2015, indique que la destruction de 120 mètres de haies constitue une perte d'habitats pour certains oiseaux, dont la pie-grièche écorcheur, la huppe fasciée et la linotte mélodieuse, et le volet faune-flore de l'étude d'impact mentionne que la sensibilité de l'espèce busard Saint-Martin, qui niche probablement dans les coupes forestières et en culture, est faible à moyenne pour le risque de dérangement et moyenne pour le risque d'écrasement des nichées. Toutefois, il résulte de l'instruction et notamment des engagements du pétitionnaire dans son courrier du 10 janvier 2018 que, pour compenser la destruction des haies, il envisage la replantation d'un linéaire équivalent à deux fois le linéaire détruit et que, pour le déboisement d'une parcelle de bois, il achètera une parcelle de terrain boisé de 2 hectares qui sera cédée au conservatoire des espaces naturels de Poitou-Charentes et enfin qu'il mettra en place un suivi de chantier par un écologue pendant toute la durée du chantier. En troisième lieu, si le projet se situe sur le couloir principal de migration des grues cendrées, il résulte de l'instruction, notamment de l'étude d'impact, que s'agissant de l'avifaune migratrice, ont été observées plusieurs espèces protégées, parmi lesquelles la grue cendrée dont il n'est pas contesté qu'elle vole à très haute altitude, hors de portée des pales, et que le risque de collision est limité à certaines situations particulières, quand ces oiseaux cherchent à se poser sans visibilité, notamment par temps de brouillard. Ainsi, le risque pour les grues cendrées, faible mais existant, peut être pallié par des mesures spécifiques telles qu'un bridage en période de migration ou par temps de brouillard. Il résulte de tout ce qui précède que la préfète de la Charente ne pouvait, sans commettre d'erreur d'appréciation, estimer que le projet présentait un risque résiduel inacceptable pour la protection de l'avifaune.
9. Il résulte de l'instruction et notamment de l'étude d'impact que seize espèces de chiroptères ont été recensées sur le site du projet dont la barbastelle d'Europe, le grand murin, le minioptère de Schreibers, la noctule commune, la pipistrelle de Nathusius, la pipistrelle commune et la pipistrelle de Kuhl. Si cinq des sept éoliennes projetées seront implantées à une distance des haies inférieure à celle qui est recommandée par l'accord européen Eurobats, seules deux éoliennes sont situées à moins de 50 mètres de ces lisières, distance au-delà de laquelle l'activité des chiroptères décroît rapidement comme l'indiquent, sans que cela soit sérieusement contesté, l'étude Calidris et les travaux réalisés par Kelm cités par la société requérante. En outre, si les intervenants, reprenant les observations de l'autorité environnementale, font valoir que la société pétitionnaire n'a pas pris en compte la grotte de Grosbot, à Champagne-Mouton, ZNIEFF située à environ 8 km du site du projet, qui abrite un gîte à chiroptères, la société pétitionnaire soutient sans être sérieusement contredite qu'il s'agit d'un gîte hivernal abritant des grands rhinolophes en grande majorité et quelques grands murins, que très peu de minioptères de Schreibers ont été observés et que l'activité chiroptérologique autour de ce gîte est inexistante. Ainsi, dans ces circonstances, en qualifiant l'impact de faible, la société pétitionnaire ne peut être regardée comme minimisant le risque. Par ailleurs, si l'impact du projet est qualifié de fort pour la noctule de Leisler et la pipistrelle de Kuhl et de moyen pour la pipistrelle commune et la sérotine commune en raison du risque de collision en phase d'exploitation, il résulte de l'instruction que la société pétitionnaire s'est engagée à arrêter le fonctionnement des éoliennes E2 et E4, du coucher de soleil jusqu'à l'heure du lever de soleil, du 1er juillet au 30 septembre, lorsque les conditions météorologiques présenteront une température comprise entre 13°C et 25°C et un vent dont la vitesse moyenne à hauteur de nacelle est inférieure à 6 m/s. En outre, à la suite des avis de l'autorité environnementale, la société pétitionnaire a proposé, dans son courrier du 10 janvier 2018, outre la replantation de haies, de brider l'ensemble des éoliennes de mars à octobre et de mettre en place des solutions techniques " chiroptères " complémentaires aux mesures de bridage, notamment l'installation d'un dispositif permettant d'arrêter les éoliennes en fonction de la position du soleil et de l'intensité lumineuse et le calfeutrage des éoliennes. Ainsi, eu égard à l'intensité en l'espèce des risques d'atteinte aux chiroptères et des mesures d'évitement et de réduction proposées par la pétitionnaire, il ne résulte pas de l'instruction qu'en prenant en compte les mesures imposées par l'arrêté ministériel du 26 août 2011, celles faisant l'objet d'un engagement du pétitionnaire et, le cas échéant, celles qui pourraient y être ajoutées, le projet serait susceptible de porter atteinte aux chiroptères dans des conditions qui justifiaient un refus.
10. S'agissant de l'atteinte aux paysages et aux sites, l'arrêté du 29 mars 2019 refuse la délivrance d'une autorisation d'exploiter un parc de sept aérogénérateurs d'une hauteur de 164,5 mètres sur le territoire des communes d'Alloue, d'Ambernac et de Saint-Coutant.
11. En premier lieu, le site se compose d'un vaste plateau légèrement ondulé au maillage bocager assez bien conservé n'ouvrant que ponctuellement des vues lointaines, généralement en rebord de plateau au-dessus des vallées profondes. L'étude paysagère précise que l'inventaire des paysages de Poitou-Charentes identifie ce paysage comme appartenant pour partie à l'entité paysagère du " Ruffécois " dans la catégorie des " Plaines vallonnées et/ou boisées " et pour partie aux " Terres froides ", dans la catégorie des paysages de " bocages ". Au Nord, l'aire d'étude éloignée côtoie également une langue de paysage des " Terres de brandes ", et des " Terres Rouges à taillis " appartenant également à la catégorie des " Plaines vallonnées et/ou boisées ". Il ne résulte pas de l'instruction, et notamment des éléments produits au dossier, que les paysages environnant le projet présenteraient un intérêt ou des caractéristiques particuliers auquel le projet porterait une atteinte significative. Si les éoliennes sont visibles depuis la vallée de la Charente située à deux kilomètres, aucun effet d'écrasement n'est caractérisé.
12. En deuxième lieu, si le parc éolien contesté est en covisibilité avec le Parc éolien du Confolentais et devrait être situé à proximité des parcs éoliens autorisés de Turgon, de Hiesse et des Herbes sauvages, il résulte de l'instruction que, compte tenu de la distance de ces projets ainsi que de la présence de plaines vallonnées et boisées qui limitent l'amplitude des vues, les parcs éoliens devraient être rarement visibles simultanément des habitations ou d'une voie publique. Dans ces conditions, il ne résulte pas de l'instruction que les machines nouvelles, prises isolément ou dans leur ensemble, devraient contribuer à un phénomène de " saturation visuelle " ou " d'encerclement " avec les aérogénérateurs déjà autorisés.
13. En troisième lieu, il existe, dans le secteur d'implantation du projet, plusieurs églises protégées au titre de la législation sur les monuments historiques susceptibles d'être visuellement impactées par celui-ci. Il s'agit des églises des communes d'Alloue, classée au titre des monuments historiques depuis le 16 septembre 1929, d'Ambernac et de Benest, inscrites au titre des monuments historiques. S'il existe des vues directes ou en covisibilité entre le parc éolien avec les églises d'Ambernac et de Benest, il n'apparaît pas, compte tenu du caractère limité de ces vues, que le projet en cause porterait une atteinte particulière à ces édifices, une telle atteinte ne pouvant se déduire de la seule circonstance que les éoliennes seront visibles depuis leurs abords ou en covisibilité. Il résulte de l'instruction et notamment des photomontages n° 63, 63b et 64 de l'étude d'impact, que si l'impact du projet sur l'église d'Alloue est réel, il demeure limité en raison de la végétation environnante de laquelle ne dépasseront que les pales des éoliennes E2, E3, E5 et E6 du projet, du caractère ponctuel de la co-visibilité et du rapport d'échelle évitant tout effet d'écrasement. Par suite, la préfète de la Charente a fait une inexacte application de l'article L. 511-1 du code de l'environnement en refusant la délivrance de l'autorisation d'exploiter sollicitée au motif de l'atteinte par le projet au patrimoine architectural.
14. Si la société appelante ne conteste pas le motif tiré des nuisances en matière de bruit, ce motif qui aurait pu faire l'objet de prescriptions permettant d'assurer la conformité de l'exploitation aux dispositions de l'article L. 511-1 du code de l'environnement, ne justifie pas à lui seul le refus de l'autorisation d'exploiter opposé à la société Parc éolien de la Charente limousine.
15. Il résulte de ce qui précède que la société Parc éolien de la Charente limousine est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 29 mars 2019.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
16. Lorsqu'il statue en vertu de l'article L. 514-6 du code de l'environnement, le juge administratif a le pouvoir d'autoriser la création et le fonctionnement d'une installation classée pour la protection de l'environnement en l'assortissant des conditions qu'il juge indispensables à la protection des intérêts mentionnés à l'article L. 511-1 du même code. Il a, en particulier, le pouvoir d'annuler la décision par laquelle l'autorité administrative a refusé l'autorisation sollicitée et, après avoir, si nécessaire, régularisé ou complété la procédure, d'accorder lui-même cette autorisation aux conditions qu'il fixe ou, le cas échéant, en renvoyant le bénéficiaire devant le préfet pour la fixation de ces conditions. Dans le cas où le juge administratif fait usage de ses pouvoirs de pleine juridiction pour autoriser le fonctionnement d'une installation classée, la décision d'autorisation ainsi rendue présente le caractère d'une décision juridictionnelle et se trouve en conséquence revêtue de l'autorité de chose jugée.
17. Aux termes de l'article 15 de l'ordonnance du 26 janvier 2017 relative à l'autorisation environnementale : " Les dispositions de la présente ordonnance entrent en vigueur le 1er mars 2017, sous réserve des dispositions suivantes : / 1° Les autorisations délivrées au titre du chapitre IV du titre Ier du livre II ou du chapitre II du titre Ier du livre V du code de l'environnement dans leur rédaction antérieure à la présente ordonnance, ou au titre de l'ordonnance n° 2014-355 du 20 mars 2014 ou de l'ordonnance n° 2014-619 du 12 juin 2014, avant le 1er mars 2017, sont considérées comme des autorisations environnementales relevant du chapitre unique du titre VIII du livre Ier de ce code, avec les autorisations, enregistrements, déclarations, absences d'opposition, approbations et agréments énumérés par le I de l'article L. 181-2 du même code que les projets ainsi autorisés ont le cas échéant nécessités ; les dispositions de ce chapitre leur sont dès lors applicables, notamment lorsque ces autorisations sont contrôlées, modifiées, abrogées, retirées, renouvelées, transférées, contestées ou lorsque le projet autorisé est définitivement arrêté et nécessite une remise en état ; / 2° Les demandes d'autorisation au titre du chapitre IV du titre Ier du livre II ou du chapitre II du titre Ier du livre V du code de l'environnement, ou de l'ordonnance n° 2014-355 du 20 mars 2014 ou de l'ordonnance n° 2014-619 du 12 juin 2014 régulièrement déposées avant le 1er mars 2017 sont instruites et délivrées selon les dispositions législatives et réglementaires dans leur rédaction antérieure à l'entrée en vigueur de la présente ordonnance ; après leur délivrance, le régime prévu par le 1° leur est applicable () ". Aux termes de l'article L. 181-2 du même code : " I. L'autorisation environnementale tient lieu, y compris pour l'application des autres législations, des autorisations, enregistrements, déclarations, absences d'opposition, approbations et agréments suivants, lorsque le projet d'activités, installations, ouvrages et travaux relevant de l'article L. 181-1 y est soumis ou les nécessite : () 5° Dérogation aux interdictions édictées pour la conservation de sites d'intérêt géologique, d'habitats naturels, d'espèces animales non domestiques ou végétales non cultivées et de leurs habitats en application du 4° du I de l'article L. 411-2 ; ". Aux termes de l'article L. 411-1 du même code : " I. Lorsqu'un intérêt scientifique particulier, le rôle essentiel dans l'écosystème ou les nécessités de la préservation du patrimoine naturel justifient la conservation de sites d'intérêt géologique, d'habitats naturels, d'espèces animales non domestiques ou végétales non cultivées et de leurs habitats, sont interdits : / 1° La destruction ou l'enlèvement des œufs ou des nids, la mutilation, la destruction, la capture ou l'enlèvement, la perturbation intentionnelle, la naturalisation d'animaux de ces espèces ou, qu'ils soient vivants ou morts, leur transport, leur colportage, leur utilisation, leur détention, leur mise en vente, leur vente ou leur achat ; () ". Aux termes de l'article L. 411-2 du même code : " I. Un décret en Conseil d'Etat détermine les conditions dans lesquelles sont fixées () 4° La délivrance de dérogations aux interdictions mentionnées aux 1°, 2° et 3° de l'article L. 411-1 () ".
18. Il résulte des dispositions citées au point précédent que les autorisations d'exploitation d'une installation classée pour la protection de l'environnement délivrées antérieurement au 1er mars 2017, date d'entrée en vigueur de l'ordonnance du 26 janvier 2017, sont considérées, à compter de cette date, comme des autorisations environnementales et que ce régime est également applicable aux autorisations délivrées sur les demandes d'autorisation d'exploiter régulièrement déposées avant le 1er mars 2017. L'autorisation environnementale créée par cette ordonnance tient lieu des diverses autorisations, enregistrements, déclarations, absences d'opposition, approbations et agréments énumérés au I de l'article L. 181-2 du code de l'environnement, dont la dérogation à l'interdiction de destruction d'espèces animales non domestiques et de leurs habitats prévue à l'article L. 411-2 du code de l'environnement.
19. En l'espèce, il résulte de l'instruction que le projet contesté, alors même qu'il ne présente pas pour la protection de la nature des dangers justifiant un refus au regard de l'article L. 511-1 du code de l'environnement, est susceptible d'entrainer une atteinte aux espèces protégées appartenant tant à l'avifaune qu'aux chiroptères nécessitant une dérogation à l'interdiction de destruction des espèces protégées et de leurs habitats. Les éléments produits en l'espèce au dossier sur ce point ne sont pas suffisants pour permettre à la cour de délivrer elle-même la dérogation prévue par les dispositions de l'article L. 411-2 du code de l'environnement. Par suite, les conclusions tendant à ce que le juge délivre lui-même l'autorisation environnementale sollicitée avec injonction sous astreinte au préfet de fixer les prescriptions nécessaires à la protection des intérêts visés à l'article L. 511-1 du code de l'environnement doivent être rejetées. Il en va de même des conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint au préfet de délivrer l'autorisation.
20. Il y a lieu, en revanche, d'enjoindre à la préfète de la Charente de réexaminer la demande d'autorisation présentée par la société Parc éolien de la Charente limousine et de prendre une nouvelle décision dans un délai de quatre mois à compter de la notification du présent arrêt. Il n'y a pas lieu de prononcer une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
21. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat le versement à la société Parc éolien de la Charente Limousine d'une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
DÉCIDE :
Article 1er : L'intervention de l'association Environnement Confolentais et Charlois, de l'Association confolentaise de développement de l'éolien responsable, de M. I et Mme G, de M. et Mme P, de M. et Mme L, de M. et Mme E, de M. et Mme J, de M. et Mme K et de M. R est admise.
Article 2 : L'arrêté de la préfète de la Charente du 29 mars 2019 est annulé.
Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Charente de procéder au réexamen de la demande d'autorisation présentée par la société Parc éolien de la Charente limousine dans un délai de quatre mois à compter de la notification du présent arrêt.
Article 4 : L'Etat versera à la société Parc éolien de la Charente limousine une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le présent arrêt sera notifié à la société Parc éolien de la Charente limousine, à la ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, à l'association Environnement Confolentais et Charlois, à l'Association confolentaise de développement de l'éolien responsable, à M. B I et Mme N G, à M. et Mme O P, à M. et Mme F L, à M. et Mme H E, à M. et Mme C J, à M. et Mme Q K et à M. D R à la préfète de la Charente.
Délibéré après l'audience du 14 juin 2022 à laquelle siégeaient :
Mme Elisabeth Jayat, présidente,
Mme Nathalie Gay, première conseillère,
Mme Laury Michel, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juillet 2022.
La rapporteure,
Nathalie ALa présidente,
Elisabeth Jayat
La greffière,
Virginie Santana
La République mande et ordonne à la ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt.
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026