mardi 7 juin 2022
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| Section | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| N° Dossier | CAA33-19BX03118 |
| Type | Décision |
| Recours | plein contentieux |
| Formation | 3ème chambre (formation à 3) |
| Avocat requérant | GAUDIN JUNQUA-LAMARQUE & CALONI |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
La société à responsabilité limitée Editions 4X4 a demandé au tribunal administratif de Toulouse de prononcer la décharge des suppléments de taxe sur les véhicules des sociétés et d'impôt sur les sociétés auxquels elle a été assujettie au titre de la période du 1er janvier au 31 2013 et des exercices correspondants à concurrence d'une somme totale de 38 874 euros.
Par un jugement n° 1703923 du 18 juin 2019, le tribunal administratif de Toulouse a constaté qu'il n'y avait plus lieu de statuer sur les cotisations supplémentaires d'impôts sur les sociétés en litige à concurrence du dégrèvement intervenu en cours d'instance et a rejeté le surplus de cette demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête enregistrée le 15 août 2019 et des mémoires enregistrés les 5 et 8 octobre 2021 ainsi que le 10 mai 2022, la société Editions 4X4, représentée par Me Junqa, demande à la cour :
1°) de réformer ce jugement du tribunal administratif de Toulouse du 18 juin 2019 en tant qu'il n'a pas prononcé la décharge des suppléments de taxe sur les véhicules des sociétés et de l'ensemble des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquels elle a été assujettie au titre de la période du 1er janvier 2011 au 31 décembre 2013 et des exercices correspondants pour une somme demeurant en litige de 33 028 euros ;
2°) de prononcer la décharge de ces suppléments de taxe sur les véhicules de société et de ces cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 5 000 euros au titre des frais exposés pour l'instance.
Elle soutient que :
- la procédure de vérification a méconnu les dispositions de l'article L. 52 du livre des procédures fiscales ;
- le véhicule Clio/6CV qu'elle a acquis le 28 mars 2003 a été cédé le 2 novembre 2010 ;
- la destruction de 4,48 tonnes de CDs constitue une charge exposée dans l'intérêt de la société ;
- cette charge, initialement comptabilisée le 1er octobre 2010, a été annulée le 31 octobre suivant et ne pouvait dès lors faire l'objet d'une rectification.
Par des mémoires enregistrés les 31 janvier 2020 et 11 avril 2022, le ministre de l'économie, des finances et de la relance conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A,
- les conclusions de Mme Le Bris, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. La SARL Editions 4X4 exerce une activité de librairie musicale et a transféré son siège social à Toulouse le 12 juin 2014. A l'issue d'une vérification de comptabilité intervenue en 2014, elle s'est vue assujettie, notamment, à des suppléments de taxe sur les véhicules des sociétés et des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés au titre de la période du 1er janvier 2011 au 31 décembre 2013 et des exercices correspondants pour un montant total de 38 874 euros. La société Editions 4X4 relève appel du jugement du 18 juin 2019 par lequel le tribunal administratif de Toulouse, après avoir constaté qu'il n'y avait plus lieu de statuer sur les cotisations supplémentaires d'impôts sur les sociétés auxquelles la société a été assujettie à concurrence du dégrèvement intervenu en cours d'instance, a rejeté le surplus de sa demande tendant à la décharge de ces suppléments de taxe et de ces cotisations supplémentaires.
2. En premier lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 52 du livre des procédures fiscales dans leur version alors en vigueur : " I.- Sous peine de nullité de l'imposition, la vérification sur place des livres ou documents comptables ne peut s'étendre sur une durée supérieure à trois mois en ce qui concerne : 1° Les entreprises industrielles et commerciales ou les contribuables se livrant à une activité non commerciale dont le chiffre d'affaires ou le montant annuel des recettes brutes n'excède pas les limites prévues au I de l'article 302 septies A du code général des impôts ; () Les dispositions des trois premiers alinéas sont valables dans les cas où un même vérificateur contrôle à la fois l'assiette de plusieurs catégories différentes d'impôts ou de taxes. () III - En cas de mise en œuvre du I de l'article L. 47 A, le délai de trois mois prévu au I du présent article est suspendu jusqu'à la remise de la copie des fichiers des écritures comptables à l'administration. " Les dispositions de l'article L. 47 A du même livre prévoient que : " I. - Lorsque la comptabilité est tenue au moyen de systèmes informatisés, le contribuable satisfait à l'obligation de représentation des documents comptables mentionnés au premier alinéa de l'article 54 du code général des impôts en remettant au début des opérations de contrôle, sous forme dématérialisée répondant à des normes fixées par arrêté du ministre chargé du budget, une copie des fichiers des écritures comptables définies aux articles 420-1 et suivants du plan comptable général. ".
3. Il résulte de l'avis de vérification de comptabilité du 3 mars 2012, de la proposition de rectification du 16 juillet 2014 ainsi que de l'attestation de remise du 29 avril 2014 et n'est pas contesté que la première intervention du vérificateur s'est déroulée au siège de l'entreprise le 24 mars 2014 mais que la société appelante n'a remis une première copie de ces fichiers au vérificateur que le 29 avril suivant. La société Editions 4X4 soutient que le vérificateur n'a pas sollicité la mise à disposition de ces fichiers lors de son intervention du 24 mars 2014 et fait valoir à l'appui de cette allégation qu'il n'a pas établi le procès-verbal de défaut de présentation de la comptabilité exigé par l'article 13 A du livre des procédures fiscales. Toutefois, cette circonstance demeure sans incidence sur la computation du délai de 3 mois lequel, en application des dispositions précitées du I de l'article L. 47 A du livre des procédures fiscales, n'a commencé à courir qu'à compter de la remise des copies des fichiers des écritures comptables, le 29 avril 2014. Par suite, la société Editions 4X4 n'est pas fondée à soutenir que ce délai était expiré le 2 juillet 2014, date à laquelle les opérations de vérification se sont achevées.
4. En deuxième lieu, à l'appui du moyen tiré de ce que le véhicule Renault Clio de 6 CV qu'elle a acquis le 28 mars 2003 et cédé le 21 mars 2014 aurait en réalité été cédé dès le mois de novembre 2010, la société appelante ne se prévaut devant la cour d'aucun élément de fait ou de droit nouveau par rapport à l'argumentation développée en première instance et ne critique pas utilement la réponse apportée par le tribunal administratif. Par suite, il y a lieu d'écarter ce moyen par adoption des motifs pertinemment retenus par les premiers juges.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article 39 du code général des impôts : " Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant () notamment : / 1° Les frais généraux de toute nature () / 2. Le bénéfice net est constitué par la différence entre les valeurs de l'actif net à la clôture et à l'ouverture de la période dont les résultats doivent servir de base à l'impôt diminuée des suppléments d'apport et augmentée des prélèvements effectués au cours de cette période par l'exploitant ou par les associés. L'actif net s'entend de l'excédent des valeurs d'actif sur le total formé au passif par les créances des tiers, les amortissements et les provisions justifiés. / 4 bis. Pour l'application des dispositions du 2, pour le calcul de la différence entre les valeurs de l'actif net à la clôture et à l'ouverture de l'exercice, l'actif net d'ouverture du premier exercice non prescrit déterminé, sauf dispositions particulières, conformément aux premier, deuxième et troisième alinéas de l'article L. 169 du livre des procédures fiscales ne peut être corrigé des omissions ou erreurs entraînant une sous-estimation ou surestimation de celui-ci. / Les dispositions du premier alinéa ne s'appliquent pas lorsque l'entreprise apporte la preuve que ces omissions ou erreurs sont intervenues plus de sept ans avant l'ouverture du premier exercice non prescrit. () ".
6. D'une part, en vertu des dispositions précitées du 4 bis de l'article 39 du code général des impôts, une erreur ou omission affectant l'évaluation d'un élément quelconque de l'actif ou du passif du bilan d'un des exercices non prescrits peut, si elle a été commise au cours d'un exercice clos plus de sept ans avant l'ouverture du premier des exercices non prescrits, être corrigée de manière symétrique dans les bilans de clôture et d'ouverture des exercices non prescrits, y compris dans le bilan d'ouverture du premier d'entre eux.
7. D'autre part, si, en vertu des règles gouvernant l'attribution de la charge de la preuve devant le juge administratif, applicables sauf loi contraire, il incombe, en principe, à chaque partie d'établir les faits qu'elle invoque au soutien de ses prétentions, les éléments de preuve qu'une partie est seule en mesure de détenir ne sauraient être réclamés qu'à celle-ci. Il appartient, dès lors, au contribuable, pour l'application des dispositions précitées du code général des impôts, de justifier tant du montant des charges qu'il entend déduire du bénéfice net défini à l'article 38 du code général des impôts que de la correction de leur inscription en comptabilité, c'est-à-dire du principe même de leur déductibilité. Le contribuable apporte cette justification par la production de tous éléments suffisamment précis portant sur la nature de la charge en cause, ainsi que sur l'existence et la valeur de la contrepartie qu'il en a retirée. Dans l'hypothèse où le contribuable s'acquitte de cette obligation, il incombe ensuite au service, s'il s'y croit fondé, d'apporter la preuve de ce que la charge en cause n'est pas déductible par nature, qu'elle est dépourvue de contrepartie, qu'elle a une contrepartie dépourvue d'intérêt pour le contribuable ou que la rémunération de cette contrepartie est excessive.
8. La société 4X4 justifie, par la production d'un constat d'huissier, avoir disposé d'un stock de 67 000 CD-ROM le 1er octobre 2008 et avoir fait procédé à la destruction de 4,84 tonnes de CD-ROM au cours du mois d'avril 2009. Elle soutient qu'elle a initialement omis de comptabiliser en charge cette destruction au cours de son exercice clos la même année et a demandé le 18 juin 2014 la correction du bilan de son exercice clos en 2009 pour un montant de 112 953 euros afin de tenir compte de la dépréciation de stock correspondante. Toutefois, en se bornant à produire des factures correspondant à des achats de CD au cours des années 1995 à 2001 ainsi que des bulletins de paie de son chef de production au titre des année 2001 à 2005, elle ne justifie pas de la régularité de ces écritures correctives, notamment de la valorisation comptable de ce stock au premier jour de son exercice clos en 2009, faute, en particulier, d'être en mesure de présenter une comptabilité régulière et d'avoir respecté ses obligations déclaratives au titre des années 2005 à 2010.
9. Enfin, dans ses dernières écritures, la société appelante soutient, sans craindre la contradiction, que son écriture comptable constatant en 2014, à effet du 1er octobre 2010, la dépréciation de stock résultant de la destruction de ces CD-ROM a été annulée par une autre écriture comptable à effet du 31 octobre 2010, au motif qu'elle aurait réalisé que cette dépréciation avait déjà été constatée lors de l'exercice précédent. Elle en déduit que la comptabilisation de cette dépréciation ne pouvait dès lors plus faire l'objet d'une rectification par les services fiscaux. Toutefois, elle ne justifie pas que l'extrait du grand livre des comptes généraux qu'elle produit à l'appui de cette allégation, pour la première dans son mémoire d'appel enregistré le 10 mai 2022, présenterait un caractère probant et correspondrait à une écriture d'annulation passée antérieurement à l'achèvement de la vérification de comptabilité intervenue en 2014 alors, au demeurant et ainsi qu'il a été dit précédemment, qu'elle a présenté, au cours de cette vérification, une comptabilité rectifiée afin, précisément, de prendre en compte la destruction de ce stock sur son exercice clos en 2011, au motif alors allégué qu'elle avait omis de constater précédemment la dépréciation de stock en résultant.
10. Il résulte de ce qui précède que la société appelante n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, les premiers juges ont rejeté sa demande tendant à la décharge des suppléments de taxes et cotisations supplémentaires demeurant en litige. Par suite, sa requête doit être rejetée, y compris ses conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de la société Editions 4X4 est rejetée.
Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à la société à responsabilité limitée Editions 4X4 et au ministre de l'économie, des finances et de la relance. Une copie en sera adressée à la direction de contrôle fiscal Sud-Ouest.
Délibéré après l'audience du 16 mai 2022 à laquelle siégeaient :
M. Didier Artus, président,
M. Frédéric Faïck, président-assesseur,
M. Manuel Bourgeois, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 7 juin 2022.
Le rapporteur,
Manuel A
Le président,
Didier ArtusLe greffier,
Anthony Fernandez
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la relance en ce qui le concerne, et à tous huissiers de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt.
N°9BX03118
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE03336
La Cour administrative d’appel de Versailles, statuant en référé, a rejeté la requête de Mme C... contestant l’ordonnance du tribunal administratif de Versailles qui avait rejeté sa demande indemnitaire pour rupture abusive de son contrat de travail avec la commune de Carrières-sous-Poissy. La cour a confirmé que la demande de première instance était irrecevable, faute pour la requérante d’avoir produit la preuve du dépôt d’une demande indemnitaire préalable, condition nécessaire pour lier le contentieux. En l’absence de contestation de cette irrecevabilité, les moyens soulevés en appel ont été jugés inopérants. L’ordonnance a été rendue sur le fondement de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-24MA03276
La Cour administrative d'appel de Marseille, dans un arrêt du 25 mars 2026, a examiné le litige opposant la société EEA à l'office public de l'habitat Pays d'Aix Habitat Métropole (aux droits duquel vient la société Famille et Provence) concernant la résiliation de trois accords-cadres de travaux. Saisie en appel du jugement du tribunal administratif de Marseille ayant rejeté la demande de la société EEA, la cour a soulevé d'office un moyen tiré de la nullité des contrats en raison d'un conflit d'intérêts. Elle a constaté que le directeur technique de l'office, ayant participé à la procédure de passation des trois contrats, se trouvait dans une situation de conflit d'intérêts constitutive d'un vice d'une particulière gravité, justifiant ainsi l'annulation du jugement et la constatation de la nullité des accords-cadres.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02403
La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, est saisie par la société Neko Ramen d'une demande de suspension de l'exécution provisoire d'un jugement du tribunal administratif de Paris du 19 février 2026. Ce jugement avait partiellement annulé une décision de l'OFII du 14 septembre 2023, mais avait maintenu à la charge de la société une contribution spéciale de 661 650 euros pour emploi d'étrangers sans titre. La société invoque l'urgence et l'existence de moyens sérieux (irrégularité de procédure, erreur de droit dans la modulation, disproportion de la sanction). Le juge des référés rappelle que la suspension prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative nécessite une urgence justifiée et un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA01426
Cette décision de la Cour administrative d'appel de Marseille concerne le non-renouvellement du contrat d'une assistante d'éducation par le collège des Hautes Vallées. La cour rejette la requête de Mme A... qui contestait ce non-renouvellement. Elle juge que l'absence d'entretien préalable, prévu par l'article 45 du décret n° 86-83 du 17 janvier 1986, ne constitue pas une garantie dont la privation entraîne automatiquement l'annulation de la décision, sauf en cas de caractère disciplinaire, ce qui n'était pas le cas. La cour confirme ainsi le jugement du tribunal administratif de Marseille.
04/05/2026