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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA33-19BX03486

Cour administrative d'appel de Bordeaux — Décision N° CAA33-19BX03486

lundi 4 juillet 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Bordeaux
SectionCour administrative d'appel de Bordeaux
N° DossierCAA33-19BX03486
TypeDécision
Recoursplein contentieux
Formation3ème chambre (formation à 3)
Avocat requérantRAUX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A B a demandé au tribunal administratif de Bordeaux d'annuler l'arrêté du 2 mars 2017 par lequel le maire de Lacanau a prolongé son congé de longue maladie du 12 décembre 2016 au 10 juin 2017, ensemble la décision du 18 juillet 2017 rejetant son recours gracieux, et de condamner cette commune à lui verser la somme de 22 275,81 euros à titre de dommages et intérêts.

Par un jugement n° 1704019 du 3 juillet 2019, le tribunal administratif de Bordeaux a condamné la commune de Lacanau à verser à M. A B une somme de 1 000 euros en réparation de son préjudice moral et a rejeté le surplus de ses demandes.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 2 septembre 2019 et un mémoire enregistré le 7 juillet 2020, Mmes D et Constance B ainsi que MM. Guillaume et Léopold B, en leur qualité d'ayant-droits de M. A B, représentés par Me Raux puis par Me Scaillierez, demandent à la cour :

1°) de réformer ce jugement du tribunal administratif de Bordeaux du 3 juillet 2019 en tant qu'il n'a pas entièrement fait droit aux demandes indemnitaires présentées par M. A B ;

2°) de condamner la commune de Lacanau à leur verser la somme de 22 275,81 euros à titre de dommages et intérêts ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Lacanau une somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- Le jugement attaqué n'est pas signé en méconnaissance des dispositions de l'article R. 741-7 du code de justice administrative ;

- La commune n'était pas liée par l'avis du comité médical et a commis une erreur d'appréciation en prolongeant son congé de longue maladie ;

- La commune a commis une première faute en ne saisissant pas le comité médical supérieur et une seconde faute en nommant un directeur des services techniques en remplacement de M. A B ;

- Ils justifient de la réalité et du montant des préjudices subis par M. A B.

Par un mémoire enregistré le 6 février 2020, la commune de Lacanau, représentée par Me Boissy, conclut au rejet de la requête, à ce que le jugement attaqué soit réformé en tant qu'il l'a condamnée à verser 1 000 euros à M. A B au titre de son préjudice moral et à mis à sa charge une somme de 1 300 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, enfin à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de ses ayant-droits au titre des frais exposés pour l'instance.

Elle soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés et qu'elle n'a commis aucune faute en demandant au comité médical de rectifier son avis conformément à la demande exprimée par M. A B plutôt que de saisir le comité médical supérieur.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n°85-643 du 26 juin 1985 ;

- le décret n° 87-602 du 30 juillet 1987 ;

- le décret n° 90-128 du 9 février 1990 ;

- le décret n° 2016-201 du 26 février 2016 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- les conclusions de Mme Le Bris, rapporteure publique,

- et les observations de Me Scaillierez représentant les consorts B et Me Dubois, représentant commune de Lacanau.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, technicien principal de 1ère classe, a été recruté par la commune de Lacanau pour occuper les fonctions d'adjoint au directeur des services techniques à compter du 1er septembre 2009. Il a occupé, à titre temporaire et transitoire, les fonctions de directeur des services techniques à compter du 1er mars 2015 puis a été placé en congé de maladie à compter du 11 juin suivant. Ses ayant-droits demandent à la cour de réformer le jugement du tribunal administratif de Bordeaux du 3 juillet 2019 en tant qu'il n'a pas entièrement fait droit aux demandes indemnitaires présentées par M. A B en réparation des préjudices que lui auraient causés, d'une part, l'arrêté du 2 mars 2017 par lequel le maire de Lacanau a prolongé son congé de longue maladie du 12 décembre 2016 au 10 juin 2017, ensemble la décision du 18 juillet 2017 rejetant son recours gracieux, d'autre part, l'arrêté du 24 octobre 2016 par lequel la même autorité a recruté un nouveau directeur des services techniques. La commune de Lacanau demande à la cour, par la voie de l'appel incident, d'annuler le jugement attaqué en tant qu'il l'a condamnée à verser une somme de 1000 euros à M. A B au titre de son préjudice moral.

Sur la régularité du jugement attaqué :

2. La minute du jugement attaqué comporte les signatures du président de la formation de jugement, du conseiller-rapporteur et de la greffière de l'audience. Par suite, le moyen tiré de ce que ce jugement n'aurait pas été signé en méconnaissance des dispositions de l'article R. 741-7 du code de justice administrative doit être écarté comme manquant en fait.

Sur le bien-fondé du jugement attaqué :

3. En premier lieu, aux termes de l'article 31 du décret n° 87-602 du 30 juillet 1987 : " Le bénéficiaire d'un congé de longue maladie ou de longue durée ne peut reprendre ses fonctions à l'expiration ou au cours dudit congé que s'il est reconnu apte après examen par un spécialiste agréé et avis favorable du comité médical compétent. ". L'article 32 du même décret précise que " Si, au vu des avis prévus ci-dessus, le fonctionnaire est reconnu inapte à exercer ses fonctions, le congé continue à courir ou, s'il était au terme d'une période, est renouvelé. ".

4. Il résulte de l'instruction que, le 15 février 2017, le comité médical a émis l'avis de prolonger le congé de longue maladie de M. B pour une durée de six mois à compter du 11 décembre 2016 et ne l'a déclaré apte à reprendre ses fonctions qu'à l'issue de cette période. Dès lors, contrairement à ce que soutiennent les appelants, la commune de Lacanau était tenue, en application des dispositions précitées des articles 31 et 32 du décret n° 87-602 du 30 juillet 1987, de prolonger le congé de longue maladie de M. A B jusqu'au 10 juin 2017. Par suite, ils ne peuvent pas utilement soutenir que l'arrêté du 2 mars 2017 prolongeant son congé de longue maladie du 12 décembre 2016 au 10 juin 2017 serait entaché d'une erreur d'appréciation.

5. En deuxième lieu, l'article 5 du décret n° 87-602 du 30 juillet 1987 dispose que : " Le comité médical supérieur institué auprès du ministre chargé de la santé par le décret n° 86-442 du 14 mars 1986 susvisé peut être appelé, à la demande de l'autorité compétente ou du fonctionnaire concerné, à donner son avis sur les cas litigieux, qui doivent avoir été préalablement examinés en premier ressort par les comités médicaux ".

6. Par une lettre datée du 30 mars 2017, M. A B a informé la commune que le centre de gestion de la Gironde lui avait indiqué qu'elle était seule compétente pour solliciter une rectification de l'avis du comité médical du 15 février 2017 et lui a, par conséquent, demandé de solliciter la révision de cet avis, qu'il estimait entaché d'une erreur de lecture du rapport du médecin expert ou, à défaut, de saisir le comité médical supérieur. Par les pièces qu'elle produit, en particulier l'avis rectificatif rendu à sa demande par le comité médical le 15 avril 2017, la commune de Lacanau doit être regardée comme ayant fait droit à la première de ces demandes. Par suite, elle est fondée à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, les premiers juges ont considéré qu'elle avait commis une faute en s'abstenant de saisir le comité médical supérieur ainsi que le demandait l'intéressé à titre seulement subsidiaire et l'ont condamnée à verser à l'intéressé une somme de 1 000 euros en réparation du préjudice moral que cette faute lui a causé.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 1er du décret n° 90-128 du 9 février 1990 : " Les dispositions du présent décret sont applicables aux emplois suivants : / 1° Directeur des services techniques des communes de 10 000 à 40 000 habitants ; / 2° Directeur général des services techniques des communes de plus de 40 000 habitants () ". L'article 6 du même décret dispose que : " Seuls les fonctionnaires titulaires des grades d'ingénieur principal ou d'ingénieur hors classe du cadre d'emplois des ingénieurs territoriaux, les fonctionnaires du cadre d'emplois des ingénieurs en chef territoriaux ainsi que les fonctionnaires titulaires d'un grade doté d'un indice brut terminal au moins égal à 966 et ayant statutairement vocation à exercer les fonctions mentionnées à l'article 2 des décrets portant statut particulier des cadres d'emplois précités peuvent être détachés dans un emploi de directeur général des services techniques des communes et des établissements publics de coopération intercommunale à fiscalité propre de 40 000 à 80 000 habitants ".

8. Par ailleurs, l'article 1er du décret du 26 février 2016 portant statut particulier du cadre d'emplois des ingénieurs territoriaux dispose que : " Les ingénieurs territoriaux constituent un cadre d'emplois scientifique et technique de catégorie A () / Le cadre d'emplois des ingénieurs territoriaux comprend les trois grades suivants : / 1° Ingénieur ; / 2° Ingénieur principal ; / 3° Ingénieur hors classe. ". En vertu des articles 3, 4 et 5 de ce décret, seuls les ingénieurs des grades d'ingénieur principal ou d'ingénieur hors classe peuvent occuper l'emploi de directeur général des services techniques des communes de 40 000 à 80 000 habitants.

9. Les appelants soutiennent que le recrutement d'un directeur des services techniques en lieu et place de M. A B a eu pour effet de le priver de la possibilité de retrouver le poste qu'il occupait avant son congé pour longue maladie.

10. Toutefois, il résulte de l'instruction que la commune de Lacanau a été surclassée dans la catégorie démographique des communes de 40 000 à 80 000 habitants par un arrêté du préfet de la Gironde du 28 mai 2013. Ainsi, en application des dispositions précitées des décret n° 90-128 du 9 février 1990 et n° 2016-201 du 26 février 2016, M. A B ne pouvait être nommé directeur des services techniques ni avoir vocation à reprendre ces fonctions à son retour de congé, faute d'être en mesure d'avoir atteint, à la date de ce retour, le grade d'ingénieur principal. Par suite et ainsi que l'ont dit les premiers juges, la nomination d'un ingénieur principal à cet emploi n'était pas susceptible de lui faire grief ni, à fortiori, de lui causer un préjudice sans qu'ils puissent dès lors utilement soutenir que cette nomination serait intervenue en méconnaissance des dispositions de l'article 47 de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 et du décret n°85-643 du 26 juin 1985 ou qu'il avait occupé temporairement ce poste après le départ de son précédent titulaire.

11. Il résulte de tout ce qui précède, d'une part, que les conclusions indemnitaires présentées par les consorts B doivent être rejetées, d'autre part, que la commune est fondée à demander que le jugement attaqué soit annulé en tant qu'il l'a condamnée à verser 1000 euros à M. A B au titre de son préjudice moral et qu'il a mis sa charge une somme de 1 300 euros au titre de frais exposés pour l'instance par celui-ci.

Sur les frais exposés pour l'instance :

12. Les disposition de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme que demandent les consorts B soit mise à la charge de la commune de Lacanau, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et en application des mêmes dispositions, de mettre à la charge des consorts B une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés pour l'instance par la commune de Lacanau.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête des consorts B est rejetée.

Article 2 : Le jugement du tribunal administratif de Bordeaux du 3 juillet 2019 est annulé en tant qu'il a condamné la commune de Lacanau à verser 1 000 euros à M. A B au titre de son préjudice moral et qu'il a mis à sa charge une somme de 1 300 euros au titre de frais exposés pour l'instance par celui-ci.

Article 3 : Mmes D et Constance B ainsi que MM. Guillaume et Léopold B, verseront à la commune de Lacanau une somme globale de 1 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent arrêt sera notifié à Mmes D et Constance B ainsi que MM. Guillaume et Léopold B et à la commune de Lacanau.

Délibéré après l'audience du 13 juin 2022 à laquelle siégeaient :

M. Didier Artus, président,

M. Frédéric Faïck, président-assesseur,

M. Manuel Bourgeois, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 4 juillet 2022.

Le rapporteur,

Manuel C

Le président,

Didier ArtusLa greffière,

Sylvie Hayet

La République mande et ordonne à la préfète de la Gironde en ce qui la concerne et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt.

N°19BX03486

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