mardi 28 juin 2022
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| Section | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| N° Dossier | CAA33-19BX03528 |
| Type | Décision |
| Recours | excès de pouvoir |
| Formation | 5ème chambre (formation à 3) |
| Avocat requérant | CABINET LPA-CGR AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
I°/ Par une requête n° 19BX03528 et des mémoires enregistrés les 23 août 2019, 29 septembre 2020 et 11 décembre 2020, la société Ferme Eolienne de la Petite Valade, représentée par Me Gelas, demande à la cour :
1°) d'annuler l'arrêté du 26 juin 2019 par lequel la préfète de la Gironde a refusé de lui délivrer une autorisation d'exploiter cinq aérogénérateurs sur le territoire de la commune de Maransin ;
2°) de lui délivrer l'autorisation sollicitée ou à défaut, d'enjoindre à la préfète de lui délivrer l'autorisation sollicitée dans un délai de trente jours à compter de la notification de l'arrêt à intervenir sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'intervention volontaire est irrecevable faute pour les intervenants de justifier d'un intérêt ;
- l'arrêté est insuffisamment motivé au regard de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;
- il est entaché d'incompétence négative dès lors qu'il se borne à reprendre in extenso deux avis émis lors de l'instruction, notamment celui de l'inspection des installations classées, démontrant ainsi que la préfète s'est estimé liée par celui-ci sans formuler d'appréciation personnelle ;
- en retenant un risque d'atteinte aux espèces protégées, dans des conditions ne permettant pas la délivrance d'une dérogation, et un impact du défrichement projeté sur la faune et la flore, la préfète a entaché son arrêté d'un détournement de procédure dès lors qu'elle sanctionne au titre de l'article L. 511-1 du code de l'environnement des intérêts protégés par d'autres dispositions législatives ou réglementaires, lesquelles sont instruites indépendamment de la demande d'autorisation d'exploiter ICPE ;
- la préfète n'établit pas la réalité des nuisances prétendument causées par les ombres portées sur les hameaux du voisinage ; les éoliennes sont situées à au moins 500 mètres de toute habitation ; l'étude d'impact comporte une analyse de la projection d'ombres sur les neuf hameaux les plus proches selon un scénario maximisant ; la société s'est engagée, en cas de constat de dépassement des durées d'exposition de référence, à la mise en œuvre de mesures compensatoires, comprenant un éventuel bridage des machines à l'origine de cette projection ; l'article 5 de l'arrêté du 26 août 2011 n'est pas opposable au projet ;
- l'arrêté ne démontre pas en quoi le balisage serait source de nuisances, ni les lieux de vie qui seraient prétendument affectés ; l'autorité environnementale a considéré qu'aucune gêne notable liée aux émissions lumineuses n'a été identifiée ;
- l'étude paysagère démontre qu'aucune atteinte ne sera portée ni au voisinage distant, ni au voisinage immédiat ; s'agissant de l'aire d'étude éloignée, le projet est enclavé en pied de vallée et ne surplombe à aucun moment le paysage ; s'agissant de l'aire d'étude immédiate, la topographie n'est pas plane et le paysage est constitué de boisements fermés constituant autant d'écrans visuels potentiels ;
- il n'y a aucune incompatibilité de principe entre un parc éolien et un classement au patrimoine mondial de l'UNESCO de sorte que la visibilité d'éoliennes depuis ces lieux ne suffirait pas, par nature, à remettre en cause le classement dont ils bénéficient ; l'affirmation selon laquelle le projet serait visible de jour et de nuit est erronée ; l'étude paysagère démontre que la visibilité sur le projet depuis Saint-Emilion, situé à plus de 20 km de son site d'implantation, sera faible depuis ce secteur très patrimonial ; les éoliennes, pour la plupart jamais visibles, ne porteront aucune atteinte au site de Saint-Emilion inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO, ni aux sites qui le composent ;
- le refus contesté ne se fonde pas sur un dépassement caractérisé des valeurs limites d'émergence mais sur une simple potentialité ; le volet acoustique de l'étude d'impact constate qu'aucun dépassement d'objectif n'est constaté en période diurne et qu'en période nocturne des dépassements sont mis en évidence pour les points P2, P3 et P8 et pour des vitesses de vent supérieures à 5 m/s ; la société s'est engagée à mettre en place des mesures de correction pour garantir un niveau sonore global conforme aux exigences réglementaires en période nocturne ;
- le seul constat que le commissaire-enquêteur a émis un avis défavorable dans son rapport d'enquête ne peut aucunement fonder l'arrêté litigieux ;
- l'opposition du public et des communes consultées ne peut aucunement constituer un fondement de la décision contestée ; rien ne permet de s'assurer que cette opposition est effectivement liée au projet et ne relève pas d'une pétition de principe ; si des personnes ont signalé leur opposition au projet, la pétition de soutien au projet, signée par 2059 personnes, a été écartée sans explication par le commissaire-enquêteur et la préfète ;
- la seule existence d'un risque de mise à nu et de pollution d'une nappe sub-affleurante ne suffit pas à justifier un risque dès lors que ce risque doit être d'une ampleur suffisante ; l'étude d'impact identifie un enjeu de sensibilité moyenne ; cet enjeu ne concerne pas l'ensemble du parc projeté, mais seulement l'éolienne E1, située aux abords du ruisseau du Galostre ; le risque est également temporaire puisqu'il n'est potentiellement encouru que durant la phase de chantier ; ce risque ne peut se réaliser que lors de fortes pluies ; l'autorité environnementale a relevé que les risques de pollution des eaux souterraines et des eaux superficielles sont limitées dans l'ensemble ; la société s'est engagée à la mise en place de précautions particulières, telles que la réalisation des travaux de terrassement en période d'étiage des zones humides, en automne, et l'intervention d'un expert hydrogéologue ;
- l'arrêté n'identifie pas les espèces appartenant à la faune et la flore concernées, ni le cycle biologique auquel il serait prétendument porté atteinte ; si des zones humides sont concernées par les travaux, celles-ci ne seront pas pour autant détruites ; l'étude d'impact indique que les écoulements seront préservés par la pose de buses dimensionnées en conséquence et la pose d'un géotextile limitant les infiltrations, afin d'assurer la préservation des zones humides concernées par le projet tout en évitant l'accumulation d'eau sur les pistes ; la pollution de ces zones sera également évitée par l'installation, en aval immédiat du chantier, de filtres à paille ; le calendrier des opérations de défrichement a été élaboré en considération du cycle biologique des espèces de faune et de flore présentes sur le site, afin de limiter le risque de destruction directe et les dérangements d'individus et de leurs habitats de reproduction ; le préfet a, par arrêté du 10 mars 2016, délivré à la société l'autorisation de défrichement nécessaire à ce projet ;
- les conditions prévues par les articles L. 411-1 et L. 411-2 du code de l'environnement sont réunies en ce que le projet présente un intérêt public majeur, qu'il n'existe pas d'autre solution satisfaisante, et que la dérogation sollicitée ne fera pas obstacle à la conservation dans un état favorable des espèces concernées.
Par des mémoires en intervention enregistrés les 22 juillet 2020 et 14 décembre 2020, l'association Maransin Eole, la commune de Bayas, la commune de Lagorce, la commune de Lapouyade, la commune de Laruscade et la commune de Maransin, représentées par Me Cadro, demandent que la cour rejette la requête de la société Ferme Eolienne de la Petite Valade.
Elles soutiennent que les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense enregistré le 29 septembre 2020, la ministre de la transition écologique conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.
II°/ Par une requête n° 19BX03529 et des mémoires enregistrés les 23 août 2019, 29 septembre 2020 et 11 décembre 2020, la société Ferme Eolienne de la Petite Valade, représentée par Me Gelas, demande à la cour :
1°) d'annuler l'arrêté du 26 juin 2019 par lequel la préfète de la Gironde a refusé de lui délivrer la dérogation prévue à l'article L. 411-2 du code de l'environnement en vue de l'implantation et de l'exploitation de cinq aérogénérateurs sur le territoire de la commune de Maransin ;
2°) d'enjoindre à la préfète de lui délivrer la dérogation sollicitée dans un délai de trente jours à compter de la notification de l'arrêt à intervenir sous astreinte de 500 euros par jour de retard ou de reprendre l'instruction de la dérogation sollicitée dans un délai de deux mois à compter de la notification de l'arrêt à intervenir sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'intervention volontaire est irrecevable faute pour les intervenants de justifier d'un intérêt ;
- l'arrêté est insuffisamment motivé au regard de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;
- il est entaché d'incompétence négative dès lors qu'il se borne à reprendre in extenso les observations du Conseil national de la protection de la nature et s'appuie sur des constats opérés dans d'autres pays et dans d'autres régions de France, et sur l'absence de réponses à l'ensemble des demandes du Conseil national de la protection de la nature, démontrant ainsi que la préfète s'est estimée liée par celui-ci sans formuler d'appréciation personnelle ;
- les conditions prévues par les articles L. 411-1 et L. 411-2 du code de l'environnement sont réunies en ce que le projet présente un intérêt public majeur, qu'il n'existe pas d'autre solution satisfaisante, et que la dérogation sollicitée ne fera pas obstacle à la conservation dans un état favorable des espèces concernées.
Par des mémoires en intervention enregistrées les 22 juillet 2020 et 14 décembre 2020, l'association Maransin Eole, la commune de Bayas, la commune de Lagorce, la commune de Lapouyade, la commune de Laruscade et la commune de Maransin, représentées par Me Cadro, demandent que la cour rejette la requête de la société Ferme Eolienne de la Petite Valade.
Elles soutiennent que les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.
Par des mémoires en défense enregistrés les 29 septembre 2020 et 25 janvier 2021, la ministre de la transition écologique conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code de l'environnement ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- l'ordonnance n° 2014-355 du 20 mars 2014 ;
- l'ordonnance n° 2017-80 du 26 janvier 2017 ;
- la loi n° 2015-992 du 17 août 2015 ;
- l'arrêté du 26 août 2011 relatif aux installations de production d'électricité utilisant l'énergie mécanique du vent au sein d'une installation soumise à autorisation au titre de la rubrique 2980 de la législation des installations classées pour la protection de l'environnement ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A,
- les conclusions de M. Gueguein, rapporteur public,
- et les observations de Me Bressant, représentant la société Ferme Eolienne de la Petite Valade, et de Me Cadro, représentant la commune de Bayas et autres.
Une note en délibéré présentée par Me Gelas pour la société Ferme Eolienne de la Petite Valade a été enregistrée le 3 juin 2022.
Considérant ce qui suit :
1. Les requêtes susvisées n° 19BX03528 et n° 19BX03529, présentées pour la société Ferme Eolienne de la Petite Valade concernent le même projet et présentent à juger des questions semblables. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul arrêt.
2. La société Ferme Eolienne de la Petite Valade a demandé le 23 décembre 2014 la délivrance d'une autorisation d'exploiter cinq éoliennes d'une hauteur totale de 180 mètres sur le territoire de la commune de Maransin puis a sollicité le 17 août 2016 une dérogation au régime de protection des espèces sur le fondement de l'article L. 411-2 du code de l'environnement en vue de l'implantation et de l'exploitation des cinq éoliennes projetées. Par deux arrêtés du 26 juin 2019, la préfète de la Gironde a refusé de lui délivrer l'autorisation d'exploiter sollicitée et a refusé de lui accorder la dérogation sollicitée. Par les requêtes susvisées, la société Ferme Eolienne de la Petite Valade demande l'annulation de ces deux arrêtés.
Sur les interventions :
3. L'implantation du projet en litige est prévue sur le territoire de la commune de Maransin, laquelle justifie dès lors d'un intérêt suffisant au maintien du refus d'autorisation d'exploiter et du refus de dérogation en litige. Dès lors qu'au moins l'un des intervenants est recevable, une intervention collective est recevable. Par suite, sans qu'il soit besoin d'examiner l'intérêt des autres intervenants, les interventions doivent être admises.
Sur la légalité de l'arrêté portant refus de dérogation sur le fondement de l'article L. 411-2 du code de l'environnement :
4. Après avoir visé les dispositions législatives et réglementaires applicables, notamment les articles L. 411-1 et L. 411-2 du code de l'environnement, l'arrêté attaqué relève la présence de nombreuses espèces protégées à proximité du projet et indique que les mesures de réduction et de compensation proposées pour les chiroptères et l'avifaune sont insuffisantes pour diminuer le risque de collision et garantir la non-atteinte à l'état de conservation actuel et que la recherche de solutions d'implantation alternatives ne devait pas se limiter à la zone projet présentée. Dans ces conditions, l'arrêté litigieux comporte les considérations de droit et de fait qui le fondent. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation du refus de dérogation doit être écarté.
5. Si les avis formulés en cours de procédure ne sont destinés qu'à éclairer l'autorité administrative avant qu'elle ne se prononce afin qu'elle puisse se forger sa propre opinion, la circonstance que l'arrêté attaqué reprendrait des considérations émises par le Conseil national de la protection de la nature dans son avis du 26 janvier 2018 et se fonderait sur des constats opérés dans d'autres pays et d'autres régions de France, ne suffit pas pour permettre de retenir que la préfète se serait estimée liée par ces éléments et n'aurait pas porté d'appréciation sur le projet.
6. Aux termes du I de l'article L. 411-1 du code de l'environnement : " I. - Lorsqu'un intérêt scientifique particulier, le rôle essentiel dans l'écosystème ou les nécessités de la préservation du patrimoine naturel justifient la conservation de sites d'intérêt géologique, d'habitats naturels, d'espèces animales non domestiques ou végétales non cultivées et de leurs habitats, sont interdits : / 1° La destruction ou l'enlèvement des œufs ou des nids, la mutilation, la destruction, la capture ou l'enlèvement, la perturbation intentionnelle, la naturalisation d'animaux de ces espèces ou, qu'ils soient vivants ou morts, leur transport, leur colportage, leur utilisation, leur détention, leur mise en vente, leur vente ou leur achat ; / 2° La destruction, la coupe, la mutilation, l'arrachage, la cueillette ou l'enlèvement de végétaux de ces espèces, de leurs fructifications ou de toute autre forme prise par ces espèces au cours de leur cycle biologique, leur transport, leur colportage, leur utilisation, leur mise en vente, leur vente ou leur achat, la détention de spécimens prélevés dans le milieu naturel ; / 3° La destruction, l'altération ou la dégradation de ces habitats naturels ou de ces habitats d'espèces ; () ". Aux termes de l'article L. 411-2 du même code : " Un décret en Conseil d'Etat détermine les conditions dans lesquelles sont fixées : / 1° La liste limitative des habitats naturels, des espèces animales non domestiques ou végétales non cultivées ainsi que des sites d'intérêt géologique, y compris des types de cavités souterraines, ainsi protégés ; () 4° La délivrance de dérogation aux interdictions mentionnées aux 1°, 2° et 3° de l'article L. 411-1, à condition qu'il n'existe pas d'autre solution satisfaisante et que la dérogation ne nuise pas au maintien, dans un état de conservation favorable, des populations des espèces concernées dans leur aire de répartition naturelle : () c) Dans l'intérêt de la santé et de la sécurité publiques ou pour d'autres raisons impératives d'intérêt public majeur, y compris de nature sociale ou économique, et pour des motifs qui comporteraient des conséquences bénéfiques primordiales pour l'environnement ; () ".
7. Il résulte de ces dispositions qu'un projet de travaux, d'aménagement ou de construction d'une personne publique ou privée susceptible d'affecter la conservation d'espèces animales ou végétales protégées et de leur habitat ne peut être autorisé, à titre dérogatoire, que s'il répond, par sa nature et compte tenu des intérêts économiques et sociaux en jeu, tels que notamment le projet urbain dans lequel il s'inscrit, à une raison impérative d'intérêt public majeur. En présence d'un tel intérêt, le projet ne peut cependant être autorisé, eu égard aux atteintes portées aux espèces protégées appréciées en tenant compte des mesures de réduction et de compensation prévues, que si, d'une part, il n'existe pas d'autre solution satisfaisante et, d'autre part, cette dérogation ne nuit pas au maintien, dans un état de conservation favorable, des populations des espèces concernées dans leur aire de répartition naturelle.
8. Il ressort de l'étude d'impact en page 199 que la société porteuse du projet litigieux a étudié les territoires limitrophes de la région Poitou-Charentes, notamment le nord de la Gironde, et plusieurs zones éoliennes potentielles ont été identifiées sur le territoire de la communauté d'agglomération du Libournais. Au vu de l'analyse multicritères opérée, quatre zones éoliennes potentielles ont été retenues sur la commune de Lapouyade (zone 1 et 2), sur les communes de Maransin, Bayas et Lagorce (zone 3) et sur les communes de St-Christophe-de-Double et Les Eglisottes-et-Chalaures (zone 4). La société pétitionnaire a retenu la portion de la zone 3 située sur le territoire de la commune de Maransin notamment parce qu'elle est située dans un secteur où les vitesses moyennes de vent sont comprises entre 4,3 et 4,7 m/s, qu'elle permet l'implantation d'un parc éolien à plus de 300 mètres des installations nucléaires et des installations de type SEVESO et qu'elle n'est directement concernée par aucun milieu naturel protégé ou d'inventaire. Toutefois, il ne résulte ni de l'étude d'impact, ni d'aucun autre élément du dossier que les autres zones éoliennes potentielles ne constituaient pas des alternatives satisfaisantes pour l'implantation du projet. A cet égard, les intervenants font valoir, sans être contestés, que la zone 4 située sur les communes de St-Christophe-de-Double et Les Eglisottes-et-Chalaures est moins impactante sur la biodiversité. Ainsi, il ne résulte pas de l'instruction qu'il n'existerait pas d'autre solution satisfaisante pour la réalisation du projet. Eu égard au caractère cumulatif des conditions posées à la légalité des dérogations permises par l'article L. 411-2 du code de l'environnement, ce motif opposé par la préfète justifiait, à lui seul, le refus de délivrance de la dérogation prévue à l'article L. 411-2 du code de l'environnement. Il résulte de l'instruction que la préfète aurait pris la même décision si elle s'était fondée sur ce seul motif.
9. Au demeurant, il résulte de l'instruction que le parc éolien projeté composé de cinq éoliennes représenterait une production électrique évaluée à 32 gigawatts par an, permettant l'approvisionnement en électricité d'environ 38 000 personnes. Toutefois, le projet n'apporterait qu'une contribution modeste à la politique énergétique nationale de développement de la part des énergies renouvelables dans la consommation finale d'énergie dans une région Nouvelle-Aquitaine où la production d'énergie renouvelable de 1 960 gigawatts couvre 24,2 % des consommations régionales d'énergie finale en 2018, soit au-dessus de l'objectif de 23 % fixé par la directive 2009/28/CE du Parlement européen et du Conseil du 23 avril 2009 relative à la promotion de l'utilisation de l'énergie produite à partir de sources renouvelables mais également au-dessus des objectifs fixés à l'échelle locale par la stratégie de l'État pour le développement des énergies renouvelables en Nouvelle-Aquitaine en date de juin 2019, à savoir 600 mégawatts à l'horizon 2020, 4 500 mégawatts à l'horizon 2030 et 7 600 mégawatts à l'horizon 2050. Dans ces conditions, en dépit de l'absence de parc éolien en Gironde, le projet en cause ne répond pas à une raison impérative d'intérêt public majeur au sens du c) du 4° de l'article L. 411-2 du même code.
10. Il résulte de tout ce qui précède que la société Ferme Eolienne de la Petite Valade n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté de la préfète de la Gironde du 26 juin 2019 portant refus de dérogation au régime de protection des espèces au titre de l'article L. 411-2 du code de l'environnement.
Sur la légalité de l'arrêté portant refus d'autorisation d'exploiter :
En ce qui concerne la motivation de l'arrêté :
11. L'arrêté attaqué mentionne les considérations de droit et de fait qui le fondent. Contrairement à ce qui est soutenu, la motivation de l'arrêté comporte des considérations propres au projet telles que notamment, la gêne du voisinage due à la topographie plane du terrain et aux hauteurs d'éoliennes envisagées ainsi que l'impact sur le site touristique de Saint-Emilion. Si la société requérante soutient que l'arrêté comprendrait une considération erronée en retenant d'éventuels dépassements des valeurs d'émergence acoustiques, que la préfète n'aurait pas appliqué les conditions légales de la dérogation prévue à l'article L. 411-2 du code de l'environnement et n'aurait pas démontré l'impact allégué du projet, de tels éléments, qui ont trait au bien-fondé du refus d'autorisation, sont sans incidence sur le caractère suffisant de la motivation. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation du refus d'autorisation doit être écarté.
12. Si les avis formulés en cours de procédure ne sont destinés qu'à éclairer l'autorité administrative avant qu'elle ne se prononce afin qu'elle puisse se forger sa propre opinion, la circonstance que l'arrêté attaqué reprendrait des considérations émises par l'inspection des installations classées dans son avis du 3 décembre 2018 et le Conseil national de la protection de la nature dans son avis du 26 janvier 2018 ne suffit pas pour permettre de considérer que la préfète se serait estimée liée par ces avis et n'aurait pas porté d'appréciation sur le projet.
En ce qui concerne les atteintes aux intérêts mentionnés à l'article L. 511-1 du code de l'environnement :
13. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de l'environnement : " Sont soumis aux dispositions du présent titre les usines, ateliers, dépôts, chantiers et, d'une manière générale, les installations exploitées ou détenues par toute personne physique ou morale, publique ou privée, qui peuvent présenter des dangers ou des inconvénients soit pour la commodité du voisinage, soit pour la santé, la sécurité, la salubrité publiques, soit pour l'agriculture, soit pour la protection de la nature, de l'environnement et des paysages, soit pour l'utilisation économe des sols naturels, agricoles ou forestiers, soit pour l'utilisation rationnelle de l'énergie, soit pour la conservation des sites et des monuments ainsi que des éléments du patrimoine archéologique. () ".
14. Dans l'exercice de ses pouvoirs de police administrative en matière d'installations classées pour la protection de l'environnement, il appartient à l'autorité administrative d'assortir l'autorisation d'exploiter délivrée en application de l'article L. 512-1 du code de l'environnement des prescriptions de nature à assurer la protection des intérêts mentionnés à l'article L. 511-1 du même code, en tenant compte des conditions d'installation et d'exploitation précisées par le pétitionnaire dans le dossier de demande, celles-ci comprenant notamment les engagements qu'il prend afin d'éviter, réduire et compenser les dangers ou inconvénients de son exploitation pour les intérêts mentionnés à l'article L. 511-1.
S'agissant de la commodité du voisinage :
15. Pour refuser l'autorisation sollicitée, la préfète de la Gironde a estimé que " le projet peut induire des ombres portées sur les hameaux du voisinage, ce qui conduirait à une gêne des riverains ". S'agissant des ombres portées des pales des éoliennes en mouvement, l'étude d'impact en page 42 a étudié l'impact des éoliennes sur neuf points de contrôle situés à proximité du projet et en conclut qu'il occasionne une exposition aux ombres portées sur les hameaux " Les Mottets ", " Les Carderies " et " Le Petit Village ". Si la ministre fait valoir que l'article 5 de l'arrêté du 26 août 2011 selon lequel " Afin de limiter l'impact sanitaire lié aux effets stroboscopiques, lorsqu'un aérogénérateur est implanté à moins de 250 mètres d'un bâtiment à usage de bureaux, l'exploitant réalise une étude démontrant que l'ombre projetée de l'aérogénérateur n'impacte pas plus de trente heures par an et une demi-heure par jour le bâtiment " n'est pas respecté, il ne résulte pas de l'instruction que le projet en litige serait situé à moins de 250 mètres d'un bâtiment à usage de bureaux. Cette prescription ne lui est donc pas opposable. Le dossier de demande d'autorisation comporte néanmoins une étude relative aux ombres portées selon laquelle la durée maximale théorique d'exposition des riverains aux ombres portées dépasse 30 heures par an au droit des hameaux " Les Carderies " et " Le Petit Village " tandis que l'exposition quotidienne maximum théorique simulée est supérieure à 30 minutes au droit des hameaux " Les Mottets ", " Les Carderies " et " Le Petit Village ". Toutefois, l'étude précise que la modélisation a été réalisée avec des paramètres maximisant sur les conditions de fonctionnement des éoliennes et indique que le contexte boisé aux alentours de ces hameaux va participer à diminuer la perception des ombres portées auprès de ces riverains, que la société pétitionnaire s'engage après la mise en fonctionnement, à réaliser une campagne de mesures destinée à quantifier l'effet d'ombres portées perçues et qu'en cas de constat d'un dépassement des seuils de 30 minutes par jour ou 30 heures par an, la société pétitionnaire mettrait alors en œuvre des mesures compensatoires ou éventuellement un mode de fonctionnement adapté des éoliennes. En outre, les dépassements des seuils conduisant à une exposition journalière de 46, 47 et 44 minutes pour les lieux de vie les plus exposés, soit entre 10 et 15 minutes de plus que le seuil indicatif couramment admis ne sont pas tels qu'il ne pourrait y être remédié s'ils étaient confirmés. Il en va de même des expositions annuelles attendues qui sont de 31h57 et de 41h52 soit seulement 1h57 et 11h42 de plus que le seuil annuel couramment admis et, en tenant compte des facteurs maximisants. Il ne résulte donc d'aucun élément de l'instruction que le phénomène des ombres portées que peuvent générer les éoliennes en l'espèce serait susceptible de conduire à une gêne significative des riverains, lesquels conservent la possibilité, s'ils s'y croient fondés, de saisir la juridiction judiciaire d'un recours indemnitaire au titre des troubles anormaux du voisinage. En tout état de cause, il ne résulte pas davantage de l'instruction que ce phénomène des ombres portées ne pouvait faire l'objet d'une prescription de la préfète visant à réduire l'éventuelle gêne occasionnée aux riverains. Par suite, un tel motif ne pouvait légalement justifier le refus d'autorisation en litige.
16. Si la préfète a également retenu dans son arrêté que " les éoliennes sont de nature à engendrer des nuisances liées aux émissions lumineuses ", il ne résulte d'aucun élément de l'instruction que les éoliennes, équipées de dispositifs lumineux conformément à la réglementation en vigueur, seraient une source notable de nuisances visuelles pour les riverains. Par suite, un tel motif ne pouvait légalement justifier le refus d'autorisation litigieux.
17. La préfète a également retenu que " l'étude d'émergence de bruit a montré que des dépassements des valeurs limites d'émergence réglementaires ne peuvent être exclus, en l'absence de propositions visant à les réduire ". Si le volet acoustique de l'étude d'impact relève qu'en période nocturne des dépassements d'objectif réglementaire sont mis en évidence pour les points d'écoute P2, P3 et P8 et pour des vitesses de vent supérieures à 5 m/s, il indique également que la société pétitionnaire s'engage à mettre en place des corrections de réglage des éoliennes pour garantir un niveau sonore global conforme aux exigences réglementaires en période nocturne consistant, selon les différentes vitesses de vent, en la mise à l'arrêt ponctuelle des machines et un plan de bridage. A cet égard, l'autorité environnementale a estimé, dans son avis du 29 décembre 2015, que l'impact sur les riverains était " acceptable " compte tenu des mesures prévues dans l'étude d'impact, sous réserve de leur efficacité. Par suite, un tel motif ne pouvait légalement justifier le refus d'autorisation litigieux.
S'agissant de la protection des paysages :
18. Pour refuser de délivrer l'autorisation sollicitée, la préfète a également relevé " l'impact paysager généré en raison de la topographie plane du terrain et les hauteurs des éoliennes projetées, conduisant à incommoder le voisinage immédiat mais également le voisinage distant ". Il ressort de l'étude paysagère que l'aire d' " étude immédiate " ou de " paysage rapproché ", soit à moins de 1500 mètres du projet, est composée de boisements, de clairières, de collines vallonnées et, bien que le projet soit situé à plus de 500 mètres de toute habitation, la sensibilité est assez forte pour les hameaux (Chantemerle à l'est, Blanchon/Couleau au nord, Tabuteau ou Lusseau à l'ouest et Ragon ou La Roudière au sud) et villages environnants (Lapouyade, Maransin, Bayas) et forte pour la ferme des Carderies. Toutefois, la circonstance que le projet serait visible depuis les abords des hameaux les plus proches n'est pas, par elle-même, de nature à caractériser une atteinte à la commodité du voisinage. En tout état de cause, il ressort des photomontages contenus dans l'étude d'impact que la végétation joue un rôle d'écran visuel et que des repères de hauteur comparable tels que les lignes à hautes tension permettent d'atténuer l'impact visuel des éoliennes. En outre, s'agissant de l'aire d'étude éloignée qui se caractérise par une topographie légèrement vallonnée, il ne résulte pas de l'instruction que l'impact visuel du projet serait de nature à entraîner une atteinte à la commodité du voisinage. Dans ces conditions, eu égard à la topographie des lieux et à l'implantation des éoliennes, le projet ne peut être regardé comme de nature à entraîner un effet de domination visuelle ou une atteinte à la commodité du voisinage. Par suite, un tel motif ne pouvait légalement justifier le refus d'autorisation litigieux.
S'agissant de la protection des sites et des monuments :
19. L'arrêté attaqué précise " que les éoliennes seraient visibles depuis le site touristique de Saint-Emilion, classé au patrimoine mondial de 1'UNESCO (classé au titre des paysages culturels) de jour et de nuit " et que " cette co-visibilité est de nature à remettre en cause le classement du site, le bénéfice lié à 1'implantation des cinq éoliennes ne paraissant pas suffisant au regard de la préservation des paysages et des enjeux touristiques locaux ". Il ressort des pièces du dossier que le projet litigieux de cinq éoliennes d'une hauteur de 180 mètres en bout de pale, est distant de plus de 20 kilomètres de la juridiction de Saint-Emilion, classée au patrimoine mondial de l'UNESCO. En outre, il ressort des photomontages C3 à C9 que la perception des éoliennes depuis divers points du site de Saint-Emilion, tels que notamment la Tour du Roy ou le centre-bourg de Saint-Emilion, est atténuée par la présence de boisements, de bâtis ainsi que par les variations morphologiques du plateau entre les deux sites et sera donc extrêmement limitée. Ainsi, compte tenu de la distance le séparant du site de la juridiction de Saint-Emilion et de la configuration des lieux, le projet n'est pas de nature à porter atteinte à la conservation des perspectives offertes sur et depuis la juridiction de Saint-Emilion ou à remettre en cause le classement du site à l'UNESCO. Par suite, un tel motif ne pouvait légalement justifier le refus d'autorisation litigieux.
S'agissant de la protection de la nature et de l'environnement :
20. La préfète a retenu que " la réalisation du projet génère un risque de mise à nu et de pollution de la nappe souterraine sub-affleurante pendant les travaux, ce qui démontre un choix perfectible en termes d'emplacement du projet ". Il ressort des pièces du dossier que l'aire d'implantation du projet comprend au sud une nappe sub-affleurante aux abords du ruisseau du Galostre. S'agissant de la mise à nu de la nappe, l'étude d'impact relève en page 214 un risque de sensibilité moyenne lors des excavations liées au creusement de la fondation de l'éolienne E1 et de la tranchée de raccordement entre les éoliennes E1 et E2. Toutefois, le risque est particulièrement circonscrit puisqu'il ne concerne que l'éolienne E1 et son raccordement avec l'éolienne 2, est limité dans ses effets à la phase de travaux et n'existe qu'en cas de fortes pluies. En outre, des mesures ont été prévues pour réduire l'impact du projet sur la nappe, consistant à réaliser les travaux de terrassement en période d'étiage, à prévoir des systèmes de pompage en cas d'inondation de la fondation et de la tranchée et à faire intervenir un expert hydrogéologue en amont du chantier et pendant les travaux. Il ne résulte pas de l'instruction que ces mesures ne seraient pas de nature à réduire significativement le risque de mise à nu de la nappe ou que d'autres mesures n'auraient pu être prescrites par la préfète pour réduire l'impact du projet sur la nappe. S'agissant de la pollution de la nappe, l'étude d'impact relève que le risque de pollution des eaux souterraines est de sensibilité faible car lié à des phénomènes accidentels sur les engins de chantier ou sur les éoliennes, l'intérieur des éoliennes est aménagé pour contenir une éventuelle fuite d'huile et des mesures préventives seront mises en place lors du chantier telles que, notamment, la présence de bacs de rétention et de kits d'absorbant. A cet égard, tant l'autorité environnementale que le commissaire-enquêteur ont estimé que le risque de pollution des eaux souterraines était faible. Par suite, un tel motif ne pouvait légalement justifier le refus d'autorisation litigieux.
21. Pour refuser de délivrer l'autorisation sollicitée, la préfète a également relevé que " la réalisation du projet induit la destruction de 400 m2 de zone humide ainsi que le défrichement et déboisement sur plus de 2 hectares, conduisant à un impact fort sur la faune et la flore présentes sur le lieu du projet ". Il ressort de l'étude d'impact que deux zones humides (une chênaie et une jeune chênaie humide à molinie) seront traversées par des pistes entre les éoliennes El et E2, à hauteur de 100 m², et entre les éoliennes E4 et E5 à hauteur de 300 m². Il est prévu que les écoulements de ces zones seront préservés par la pose de buses dimensionnées en conséquence, qu'un géotextile sera posé sur l'emprise de la piste pour limiter les infiltrations et qu'un filtre à paille sera installé en aval du chantier. Par ailleurs, l'étude d'impact indique en page 70 que les travaux de défrichement seront réalisés sur seulement trois jours et entre les mois d'août et novembre, soit à la fin des cycles de reproduction de la majeure partie de la faune et à la période d'étiage des zones humides. En outre, les zones déboisées seront restituées à leurs propriétaires à la fin du chantier et leur reboisement sera financé par la société pétitionnaire tandis que les zones défrichées seront replantées sur une surface de 5,02 hectares par la société au plus tard dans les cinq ans qui suivent le défrichement, à hauteur de deux arbres pour chaque arbre abattu, en évitant les zones humides et en ayant recours à des essences en cohérence avec celles défrichées. En tout état de cause, la préfète de la Gironde a autorisé le défrichement dans le cadre de l'implantation du projet de parc éolien litigieux par un arrêté devenu définitif du 10 mars 2016. Eu égard aux mesures prévues, les impacts sur la faune et la flore n'apparaissent pas tels qu'ils justifieraient un refus d'autorisation. Par suite, un tel motif ne pouvait légalement justifier le refus d'autorisation litigieux.
En ce qui concerne l'opposition au projet :
22. L'arrêté attaqué mentionne " la forte opposition du public relevée lors de l'enquête publique, notamment deux pétitions défavorables et 559 lettres défavorables ", " les avis défavorables de 12 des 14 communes consultées, répercutant une forte opposition locale au projet " et " l'avis défavorable du commissaire enquêteur ". Toutefois, le motif tiré d'une opposition locale au projet ne se rattache à aucun des intérêts mentionnés par les dispositions des articles L. 181-3, L. 211-1 et L. 511-1 du code de l'environnement et ne peut, dès lors, fonder le refus d'autorisation litigieux. Par ailleurs, les avis des communes consultées et du commissaire-enquêteur ne lient pas la préfète et ne pouvaient donc constituer des motifs de refus de l'autorisation d'exploiter.
En ce qui concerne le motif tiré du refus de dérogation à l'interdiction de destructions d'espèces protégées et de leurs habitats :
23. Aux termes du I de l'article L. 411-1 du code de l'environnement : " I. - Lorsqu'un intérêt scientifique particulier, le rôle essentiel dans l'écosystème ou les nécessités de la préservation du patrimoine naturel justifient la conservation de sites d'intérêt géologique, d'habitats naturels, d'espèces animales non domestiques ou végétales non cultivées et de leurs habitats, sont interdits : / 1° La destruction ou l'enlèvement des œufs ou des nids, la mutilation, la destruction, la capture ou l'enlèvement, la perturbation intentionnelle, la naturalisation d'animaux de ces espèces ou, qu'ils soient vivants ou morts, leur transport, leur colportage, leur utilisation, leur détention, leur mise en vente, leur vente ou leur achat ; / 2° La destruction, la coupe, la mutilation, l'arrachage, la cueillette ou l'enlèvement de végétaux de ces espèces, de leurs fructifications ou de toute autre forme prise par ces espèces au cours de leur cycle biologique, leur transport, leur colportage, leur utilisation, leur mise en vente, leur vente ou leur achat, la détention de spécimens prélevés dans le milieu naturel ; / 3° La destruction, l'altération ou la dégradation de ces habitats naturels ou de ces habitats d'espèces ; () ". Aux termes de l'article L. 411-2 du même code : " Un décret en Conseil d'Etat détermine les conditions dans lesquelles sont fixées : / 1° La liste limitative des habitats naturels, des espèces animales non domestiques ou végétales non cultivées ainsi que des sites d'intérêt géologique, y compris des types de cavités souterraines, ainsi protégés ; () 4° La délivrance de dérogation aux interdictions mentionnées aux 1°, 2° et 3° de l'article L. 411-1, à condition qu'il n'existe pas d'autre solution satisfaisante et que la dérogation ne nuise pas au maintien, dans un état de conservation favorable, des populations des espèces concernées dans leur aire de répartition naturelle () ".
24. Il résulte des dispositions précitées des articles L. 411-1 et L. 411-2 du code de l'environnement qu'elles organisaient, avant l'intervention de l'ordonnance du 26 janvier 2017 relative à l'autorisation environnementale, un régime juridique spécifique en vue de la protection du patrimoine naturel. Toute dérogation aux interdictions édictées par l'article L. 411-1 devait faire l'objet d'une autorisation particulière, délivrée par le préfet ou, dans certains cas, par le ministre chargé de la protection de la nature. Le titulaire de l'autorisation délivrée sur le fondement distinct de l'article L. 512-1 du code de l'environnement, au titre de la législation sur les installations classées pour la protection de l'environnement, était également tenu d'obtenir, en tant que de besoin, une telle dérogation au titre de la législation sur la protection du patrimoine naturel. Si l'autorité administrative compétente pour délivrer l'autorisation au titre de l'article L. 512-1 du code de l'environnement avait connaissance, notamment au vu de l'étude d'impact jointe à la demande d'autorisation qui doit en principe faire apparaitre l'existence d'espèces protégées dans la zone concernée, des risques éventuels auxquels étaient exposées certaines espèces protégées, et pouvait alors alerter le pétitionnaire sur la nécessité de se conformer à la législation sur la protection du patrimoine naturel, en revanche, elle ne pouvait légalement subordonner la délivrance de l'autorisation sollicitée au titre de la police des installations classées pour la protection de l'environnement au respect de cette législation sur la protection du patrimoine naturel.
25. En l'espèce, la société pétitionnaire a présenté sa demande d'autorisation d'exploiter le 23 décembre 2014, soit antérieurement à l'entrée en vigueur de la loi du 17 août 2015 laquelle a étendu l'expérimentation du régime de l'autorisation unique institué par l'ordonnance du 20 mars 2014 aux autres régions, notamment la région Aquitaine. Sur le fondement de l'article 18 de l'ordonnance du 20 mars 2014 modifiée, la société a fait le choix de maintenir une demande d'autorisation d'exploiter distincte de sa demande de dérogation au régime des espèces protégées en application des règles applicables avant l'entrée en vigueur du régime de l'autorisation unique.
26. Pour rejeter la demande d'autorisation d'exploiter un parc éolien présentée par la société sur le fondement de l'article L. 512-1 du code de l'environnement, la préfète s'est notamment fondée sur la circonstance que la dérogation à l'interdiction de destruction d'espèces protégées et de leurs habitats devait être refusée dès lors que les conditions prévues à l'article L. 411-2 du code de l'environnement n'étaient pas réunies. Toutefois, il résulte de ce qui a été dit au point 24 qu'un tel motif ne pouvait légalement fonder le refus d'autorisation exploiter litigieux.
27. Il résulte de tout ce qui précède que la société Ferme Eolienne de la Petite Valade est fondée à demander l'annulation de l'arrêté de la préfète de la Gironde portant refus d'autorisation d'exploiter.
Sur les conclusions aux fins de délivrance de l'autorisation, d'injonction et d'astreinte :
28. D'une part, le présent arrêt rejette les conclusions de la requête n° 19BX03529 tendant à l'annulation de l'arrêté du 26 juin 2019 portant refus de dérogation au régime de protection des espèces au titre de l'article L. 411-2 du code de l'environnement. Par conséquent, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte présentées par la société requérante dans le cadre de cette instance doivent être rejetées.
29. D'autre part, si le présent arrêt prononce l'annulation de l'arrêté du 26 juin 2019 portant refus d'autorisation d'exploiter, il ne résulte pas de l'instruction qu'aucun motif autre que ceux de la décision contestée ne serait susceptible d'être opposé au projet, notamment au regard de la protection de l'avifaune et des chiroptères. Dès lors, les conclusions tendant à ce que le juge délivre l'autorisation sollicitée ou à défaut qu'il soit enjoint à la préfète de la Gironde de lui délivrer l'autorisation sollicitée doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions à fin d'astreinte.
30. En revanche, aux termes de l'article L. 911-2 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. / La juridiction peut également prescrire d'office l'intervention de cette nouvelle décision. ". Il y a lieu d'enjoindre à la préfète de la Gironde de réexaminer la demande d'autorisation d'exploiter présentée par la société Ferme Eolienne de la Petite Valade dans un délai de quatre mois à compter de la notification du présent arrêt.
Sur les frais liés au litige :
31. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante dans l'instance n° 19BX03529, verse à la société Ferme Eolienne de la Petite Valade une somme au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à la société Ferme Eolienne de la Petite Valade au titre des frais exposés par elle dans l'instance n° 19BX03528 et non compris dans les dépens.
DECIDE :
Article 1er : Les interventions de l'association Maransin Eole, de la commune de Bayas, de la commune de Lagorce, de la commune de Lapouyade, de la commune de Laruscade et de la commune de Maransin sont admises.
Article 2 : L'arrêté de la préfète de la Gironde du 26 juin 2019 portant refus d'autorisation d'exploiter est annulé.
Article 3 : Il est enjoint à la préfète de la Gironde de réexaminer la demande d'autorisation d'exploiter de la société Ferme Eolienne de la Petite Valade dans un délai de quatre mois à compter de la notification du présent arrêt.
Article 4 : L'Etat versera à la société Ferme Eolienne de la Petite Valade une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : La requête n° 19BX03529 et le surplus des conclusions de la requête n° 19BX03528 sont rejetés.
Article 6 : Le présent arrêt sera notifié à la société Ferme Eolienne de la Petite Valade, à la ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, à la préfète de la Gironde, à l'association Maransin Eole et à la commune de Bayas, désignée en application de l'article R.751-3 du code de justice administrative.
Délibéré après l'audience du 31 mai 2022 à laquelle siégeaient :
Mme Elisabeth Jayat, présidente,
Mme Nathalie Gay, première conseillère,
Mme Laury Michel, première conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 juin 2022.
La rapporteure,
Laury A
La présidente,
Elisabeth Jayat
La greffière,
Virginie Santana
La République mande et ordonne à la ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui la concerne, et à tous huissiers de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt.
N°s 19BX03528, 19BX03529
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026