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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA33-19BX03570

Cour administrative d'appel de Bordeaux — Décision N° CAA33-19BX03570

mardi 7 juin 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Bordeaux
SectionCour administrative d'appel de Bordeaux
N° DossierCAA33-19BX03570
TypeDécision
Recoursplein contentieux
Formation3ème chambre (formation à 3)
Avocat requérantRENNER;SJA AVOCATS;CABINET DELHOMME & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. C D a demandé au tribunal administratif de Poitiers d'annuler la décision du 13 octobre 2017 par laquelle le président du conseil départemental des Deux-Sèvres a prononcé à son encontre un avertissement, ensemble le rejet implicite de son recours gracieux, et la condamnation du département à lui verser une somme de 3 000 euros en réparation du préjudice moral subi.

Par un jugement n° 1800085 du 10 juillet 2019, le tribunal administratif de Poitiers a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistré le 11 septembre 2019 et le 5 juillet 2021, M. D, représenté par Me Renner, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du tribunal administratif de Poitiers du 10 juillet 2019 ;

2°) d'annuler la décision du 13 octobre 2017 par laquelle le président du conseil départemental des Deux-Sèvres a prononcé à son encontre un avertissement, ensemble le rejet implicite de son recours gracieux ;

3°) de condamner le département des Deux-Sèvres à lui verser une somme de 3.000 euros en réparation du préjudice moral qu'il a subi du fait d'accusations mensongères ;

4°) d'enjoindre au département de procéder au retrait de toutes pièces relatives à cette sanction disciplinaire infligée à tort ;

5°) de mettre à la charge du département des Deux-Sèvres le paiement d'une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la sanction prise à son encontre a méconnu le principe du contradictoire, garanti par l'article 65 de la loi du 22 avril 1905, dès lors qu'il n'a pas été mis à même de discuter utilement les griefs formulés à son encontre ; en effet, il n'a pu consulter son dossier individuel que le 3 octobre 2017, à l'occasion duquel il a découvert l'existence de la note hiérarchique fondant les poursuites disciplinaires, de sorte qu'il n'a pas disposé d'un délai suffisant pour organiser sa défense ; le compte-rendu de l'entretien préalable du 15 septembre 2017, qui ne figurait pas dans son dossier quand il l'a consulté, lui a été communiqué tardivement le 28 novembre suivant, soit postérieurement à l'édiction de la sanction ;

- la sanction contestée ne répond pas à l'exigence de motivation en fait posée à l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration, dès lors qu'elle est motivée en termes laconiques, sans précision de faits permettant d'en appréhender les motifs ; la sanction ne vise pas le rapport hiérarchique fondant les poursuites disciplinaires et ce rapport ne lui est pas annexé ;

- les faits qui lui sont reprochés ne sont pas matériellement établis ;

- l'importance de la sanction est disproportionnée par rapport aux fait reprochés ;

- la sanction contestée est entachée de détournement de pouvoir, dès lors qu'elle est intervenue dans un contexte tendu lié à sa contestation de son éviction du poste de chef de bureau et au lien de cette éviction avec son handicap.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 avril 2020, le département des Deux-Sèvres, représenté par Me Vendé, conclut au rejet de la requête de M. D et à ce qu'il soit mis à la charge de ce dernier la somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- les conclusions indemnitaires présentées par le requérant sont irrecevables, faute de liaison du contentieux ;

- les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi du 22 avril 1905 portant fixation du budget des dépenses et des recettes de l'exercice 1905 ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 modifiée ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 modifiée ;

- le décret n° 89-677 du 18 septembre 1989 modifié ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A B,

- les conclusions de Mme Isabelle Le Bris, rapporteure publique,

- et les observations de Me Vendé, représentant le département des Deux-Sèvres.

Considérant ce qui suit :

1. M. D est adjoint technique principal de 2ème classe, en poste au bureau Imprimerie du département des Deux-Sèvres où il exerçait les fonctions de conducteur offset depuis le 1er avril 2004. Par un arrêté du 26 décembre 2013, il a été nommé chef du bureau Imprimerie à compter du 1er janvier 2014. Par courrier du 19 juillet 2016, il a été informé de son changement de poste à compter du 1er juillet 2016 en qualité d'offsettiste reprographe au sein du bureau Imprimerie et réaffecté par un arrêté du 20 juillet 2016. Le tribunal administratif de Poitiers, à la demande de M. D, a annulé cette décision prononçant son changement d'affectation pour vice de procédure, par jugement n° 1700270 du 17 avril 2019. M. D a fait l'objet d'un avertissement par décision du 13 octobre 2017 du président du conseil départemental des Deux-Sèvres pour avoir tenu des propos agressifs et menaçants à l'encontre de l'un de ses collègues le 7 avril 2017. Par courrier du 25 octobre 2018, M. D a formé un recours gracieux à l'encontre de cette sanction disciplinaire, sur lequel l'autorité disciplinaire a gardé le silence. Par ailleurs, sa demande du 17 octobre 2017 tendant à l'octroi de la protection fonctionnelle a fait l'objet d'une décision implicite de rejet née du silence gardé par l'administration, dont la légalité a été confirmée par ce même tribunal par jugement n° 1800148 du 9 octobre 2019.

2. M. D a alors saisi le tribunal administratif de Poitiers d'une demande tendant à l'annulation de la décision du 13 octobre 2017 par laquelle le président du conseil départemental des Deux-Sèvres a prononcé à son encontre un avertissement, et le rejet implicite de son recours gracieux, ainsi que la condamnation de la même autorité à réparer le préjudice moral qu'il estime avoir subi du fait de l'édiction de cette sanction infligée à tort.

3. Par la présente requête, M. D relève appel du jugement n° 1800085 du 10 juillet 2019 par lequel le tribunal administratif de Poitiers a rejeté sa demande tendant à l'annulation de la décision du 13 octobre 2017 par laquelle le président du conseil départemental des Deux-Sèvres a prononcé à son encontre un avertissement, et le rejet implicite de son recours gracieux, ainsi que ses prétentions indemnitaires.

Sur les conclusions en annulation :

En ce qui concerne la légalité externe :

4. La décision litigieuse du 13 octobre 2017 énonce que la sanction d'avertissement est infligée à M. D en raison de ses " agissements : attitude et propos agressifs et menaçants à l'encontre de votre collègue de travail () le 7 avril 2017 ", en s'appropriant les griefs dénoncés dans le rapport hiérarchique du 30 mai 2017 à l'origine des poursuites disciplinaires. Il ressort ainsi des termes de cette décision que les manquements reprochés sont décrits avec une précision suffisante pour les identifier. Contrairement à ce que soutient M. D, une telle motivation est suffisante au regard de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et d'administration.

5. Aux termes de l'article 19 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " Le fonctionnaire à l'encontre duquel une procédure disciplinaire est engagée a droit à la communication de l'intégralité de son dossier individuel et de tous les documents annexes et à l'assistance de défenseurs de son choix. L'administration doit informer le fonctionnaire de son droit à communication du dossier. () ". Aux termes de l'article 4 du décret du 18 septembre 1989 relatif à la procédure disciplinaire applicable aux fonctionnaires territoriaux : " L'autorité investie du pouvoir disciplinaire informe par écrit l'intéressé de la procédure disciplinaire engagée contre lui, lui précise les faits qui lui sont reprochés et lui indique qu'il a le droit d'obtenir la communication intégrale de son dossier individuel au siège de l'autorité territoriale et la possibilité de se faire assister par un ou plusieurs conseils de son choix. / L'intéressé doit disposer d'un délai suffisant pour prendre connaissance de ce dossier et organiser sa défense. Les pièces du dossier et les documents annexés doivent être numérotés. ".

6. Une sanction ne peut être légalement prononcée à l'égard d'un agent public sans que l'intéressé ait été mis en mesure de présenter utilement sa défense. S'agissant des sanctions du premier groupe, dont la sanction d'avertissement fait partie, pour les fonctionnaires territoriaux, en vertu des dispositions de l'article 89 de la loi du 26 janvier 1984, cette garantie procédurale est assurée, en application des dispositions de l'article 19 de la loi du 13 juillet 1983, par l'information donnée par l'administration à l'intéressé qu'une procédure disciplinaire est engagée et qu'il dispose du droit à la communication de son dossier individuel et de tous les documents annexes, ainsi qu'à l'assistance des défenseurs de son choix.

7. Il ressort des pièces du dossier que M. D a été reçu en entretien préalable le 15 septembre 2017 par la directrice des ressources humaines, durant lequel il s'est fait assister par un représentant du personnel, a été informé des faits reprochés justifiant les poursuites disciplinaires et a pu s'exprimer sur ces faits. Il ressort également des pièces du dossier que, par un courrier du 18 septembre 2017 reçu le 20 septembre suivant, qui rappelle les faits qui lui sont reprochés, l'intéressé a été informé qu'une procédure disciplinaire était engagée à son encontre et qu'il pouvait consulter son dossier individuel dans son intégralité, se faire assister d'un conseil, être entendu et présenter des observations orales ou écrites avant toute décision. Il ressort notamment du procès-verbal de consultation du dossier individuel que M. D, assisté par un représentant du personnel, l'a signé le 3 octobre 2017 sans émettre de réserve, s'agissant de l'absence du compte-rendu de l'entretien préalable. Ainsi, il n'est pas établi par les éléments de l'instruction que son dossier individuel aurait été incomplet, alors qu'au demeurant il a obtenu à sa demande une copie du rapport hiérarchique daté du 30 mai 2017 qui fondait les poursuites disciplinaires. Dans les circonstances de l'espèce, le fait que le compte-rendu de l'entretien préalable du 15 septembre 2017 ne lui ait été notifié que le 28 novembre 2017, dont il ne conteste pas l'exactitude, n'a pu avoir privé l'intéressé d'une garantie. De même, la circonstance que le rapport hiérarchique n'ait été porté à sa connaissance qu'à l'occasion de la consultation de son dossier individuel n'est pas davantage de nature à établir qu'il a été privé d'une garantie. Le requérant n'est pas non plus fondé à soutenir que le délai de dix jours à compter de la consultation de son dossier avant l'édiction de la sanction était insuffisant pour organiser sa défense.

8. S'il est exact que l'administration a reçu, postérieurement à l'édiction de la sanction contestée, un courrier daté du 18 octobre 2017 du syndicat UNSAT-79 auquel était annexé l'attestation d'un collègue de M. D se présentant comme témoin de l'altercation à l'origine des poursuites, il est constant que l'administration a diligenté, eu égard à cet élément nouveau, une enquête administrative dans le cadre de l'examen du recours gracieux formé par M. D, au cours de laquelle ce dernier a été mis à même de présenter des observations.

9. Par suite, le moyen tiré de ce que la procédure serait irrégulière en raison de la méconnaissance des droits de la défense tels que prévus par l'article 4 du décret du décret du 18 septembre 1989 doit être écarté.

En ce qui concerne la légalité interne :

10. Aux termes de l'article 29 de la loi du 13 juillet 1983 modifiée portant droits et obligations des fonctionnaires : " Toute faute commise par un fonctionnaire dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions l'expose à une sanction disciplinaire sans préjudice, le cas échéant, des peines prévues par la loi pénale. ". Aux termes de l'article 89 de la loi du 26 janvier 1984 modifiée portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale : " Les sanctions disciplinaires sont réparties en quatre groupes : () Premier groupe : /l'avertissement ; () ". Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.

11. Pour prononcer l'avertissement infligé à M. D, le département des Deux-Sèvres a estimé que le comportement de l'intéressé était constitutif d'un manquement au bon fonctionnement du service et d'une atteinte à son image, au motif qu'il a tenu des propos agressifs à l'encontre d'un collègue le 7 avril 2017 en le menaçant de lui " casser la gueule ". M. D soutient que les griefs qui lui sont reprochés sont fallacieux, conteste avoir été menaçant et met en cause le comportement de son collègue ainsi que celui de sa hiérarchie, à qui il reproche de n'être pas intervenue. S'il présente son comportement comme un simple " échange verbal un peu vif ", il ne conteste pas s'être violemment emporté en menaçant son collègue de violences physiques. La matérialité de ces faits est suffisamment établie par une note hiérarchique rédigée le 30 mai 2017 par le supérieur hiérarchique direct de M. D, présent au moment des faits, et par le témoignage de l'agent qu'il a menacé, que ne permet de remettre en cause ni le témoignage vague et imprécis d'un autre collègue parti fumer une cigarette ni la circonstance que M. D a déposé une plainte pour dénonciation calomnieuse à l'encontre de son supérieur hiérarchique. Les faits décrits ci-dessus, qui ont été de nature à perturber le fonctionnement du service, constituent des fautes de nature à justifier une sanction disciplinaire.

12. Au soutien du moyen tiré du caractère disproportionné de la sanction infligée, M. D fait état, pour relativiser la portée de ses actes, d'un contexte conflictuel et de sa situation de handicap. Toutefois, il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que la sanction litigieuse a été infligée au motif que l'intéressé avait eu un comportement agressif et avait tenu des propos menaçants envers un collègue. Dans ces conditions, elle ne saurait être regardée comme constitutive d'une discrimination à raison de son handicap. Eu égard à la circonstance que M. D a manqué à son devoir de respect de ses collègues de travail, la sanction disciplinaire d'avertissement, qui constitue la plus faible des sanctions du premier groupe, n'apparait pas disproportionnée.

13. M. D soutient également qu'il fait l'objet d'un acharnement de la part de sa hiérarchie matérialisée par une volonté de l'évincer du service, au motif qu'il a introduit une action visant à l'annulation de la décision par laquelle il a été évincé de ses fonctions de chef du bureau Imprimerie. Toutefois, la circonstance que, par jugement n°1700270 du 17 avril 2019, le tribunal administratif de Poitiers a annulé cette décision pour un vice de procédure, sans se prononcer sur le bien-fondé de son changement de poste, n'est pas de nature à établir que la sanction en litige serait entachée de détournement de pouvoir.

Sur les conclusions indemnitaires :

14. La sanction litigieuse n'étant pas entachée d'illégalité, le requérant n'est pas fondé à rechercher la responsabilité du département des Deux-Sèvres. Dès lors, et sans qu'il soit besoin d'examiner leur recevabilité, les conclusions indemnitaires présentées par M. D doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

15. M. D demande qu'il soit enjoint au département des Deux-Sèvres de retirer de son dossier individuel toutes pièces afférentes à la sanction d'avertissement contestée. Le présent arrêt, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de cette sanction, n'appelle aucune mesure d'exécution. Dès lors, les conclusions à fin d'injonction présentées par M. D ne peuvent, en tout état de cause, qu'être rejetées.

16. Il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Poitiers a rejeté ses conclusions tendant à l'annulation de la décision du 13 octobre 2017, ensemble le rejet implicite de son recours gracieux, par lesquelles le président du conseil départemental des Deux-Sèvres a prononcé à son encontre un avertissement, ainsi que ses conclusions tendant à la condamnation de la même autorité à réparer le préjudice moral qu'il estime avoir subi du fait de l'édiction de cette sanction.

Sur les frais d'instance :

17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du département des Deux-Sèvres, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme dont M. D demande le versement au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions du département des Deux-Sèvres présentées sur le même fondement.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. D et les conclusions du département des Deux-Sèvres présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à M. C D et au département des Deux-Sèvres.

Délibéré après l'audience du 16 mai 2022 à laquelle siégeaient :

M. Didier Artus, président,

M. Frédéric Faïck, président-assesseur,

Mme Agnès Bourjol, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 7 juin 2022.

La rapporteure,

Agnès BLe président,

Didier ARTUS

Le greffier,

Anthony FERNANDEZ

La République mande et ordonne au préfet des Deux-Sèvres en ce qui le concerne, et à tous huissiers de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt.

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