mercredi 11 mai 2022
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| Section | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| N° Dossier | CAA33-19BX04324 |
| Type | Décision |
| Recours | excès de pouvoir |
| Formation | 6ème chambre (formation à 3) |
| Avocat requérant | CABINET D'AVOCATS BAZIN & CAZELLES |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
Mme E A d'Antrassi a demandé au tribunal administratif de Toulouse d'annuler la décision du 25 juillet 2017 par laquelle le président du conseil départemental de 1'Ariège a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de sa pathologie.
Par un jugement n° 1704363 du 19 septembre 2019, le tribunal administratif de Toulouse a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 15 novembre 2019, le 30 juillet 2020 et le 13 octobre 2020, Mme E A d'Antrassi, représentée par Me George, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement du tribunal administratif de Toulouse du 19 septembre 2019 ;
2°) d'annuler la décision du 25 juillet 2017 du président du conseil départemental de l'Ariège ;
3°) d'enjoindre au département de l'Ariège de reconnaître l'imputabilité au service de sa pathologie dans le délai d'un mois à compter de l'arrêt à intervenir ;
4°) de mettre à la charge du département de l'Ariège la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision contestée est insuffisamment motivée en fait en méconnaissance de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;
- à défaut d'avoir remis à la commission de réforme en charge d'examiner sa demande un dossier comportant notamment le rapport écrit du médecin de prévention en méconnaissance de l'article 15 de l'arrêté du 4 août 2004 relatif aux commissions de réforme de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière, la procédure est viciée ; ce vice est susceptible d'avoir eu une influence sur le sens de la décision contestée et de l'avoir privée d'une garantie ;
- contrairement à ce qu'a retenu le tribunal qui n'a pas correctement apprécié les pièces médicales et le rapport d'expertise psychologique, le département de 1'Ariège a commis une erreur d'appréciation en estimant que son syndrome anxio-dépressif n'était pas imputable au service ; le milieu professionnel dans lequel elle se trouve et ses conditions de travail constituent la cause directe de sa maladie ; ainsi les causes de sa pathologies se trouvent dans les relations tendues avec ses collègues et plusieurs incidents survenus depuis janvier 2015 dus à la réorganisation du service de la documentation du pôle patrimonial ainsi que dans l'insécurité concernant le fonctionnement du service ; s'y ajoutent le manque de communication de la hiérarchie, l'absence d'un collègue à partir de juillet 2015 et un incident survenu le 3 juin 2016 avec un chef de service ; à cet égard, les avis d'arrêts de travail et les certificats médicaux de son psychiatre et de son médecin, l'expertise psychiatrique ainsi que l'avis de la commission de réforme convergent pour considérer que l'affection psychopathologique dont elle souffre est en lien direct avec sa situation professionnelle.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 30 juin 2020 et le 17 septembre 2020, le département de l'Ariège, représenté par son président en exercice et par Me Bazin, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de Mme A d'Antrassi de la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
- le décret n° 87-602 du 30 juillet 1987 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B C,
- les conclusions de M. Axel Basset, rapporteur public,
- et les observations de Me George, représentant Mme A d'Antrassi et les observations de Me de Soto, représentant le département de l'Ariège.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A d'Antrassi, rédacteur principal de 1ère classe, exerce ses fonctions au sein du département de l'Ariège depuis le 1er mars 2007. Après avoir occupé le poste de rédacteur principal au pôle patrimonial chargé du suivi du patrimoine départemental, elle a été affectée à sa demande, à compter du 1er mars 2014, au pôle documentation relevant de la direction des ressources humaines, et plus particulièrement au service " recrutement et développement des compétences ", pour occuper le poste de chargée de la documentation. Après plusieurs placements en arrêt maladie, elle a sollicité, par courrier du 9 juin 2016, la reconnaissance de l'imputabilité au service de sa pathologie. Par décision du 25 juillet 2017, le président du conseil départemental de l'Ariège a refusé de reconnaître l'imputabilité au service du syndrome anxio-dépressif dont elle souffre. Par la présente requête, Mme A d'Antrassi relève appel du jugement par lequel le tribunal administratif de Toulouse a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cette décision.
Sur la légalité du refus de reconnaissance d'imputabilité au service :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation [] doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
3. La décision du 25 juillet 2017 par laquelle le président du conseil départemental de l'Ariège a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de la pathologie dont souffre Mme A d'Antrassi se réfère à l'avis contraire de la commission de réforme du 9 mai 2017, indique que les avis médicaux figurant au dossier sont contradictoires et que la preuve de ce que l'exercice de ses fonctions est la cause directe de sa maladie n'est pas rapportée. Ce faisant, le président du conseil départemental, qui a permis à l'intéressée d'en comprendre les motifs, a suffisamment motivé sa décision. Le moyen tiré de l'insuffisante motivation en fait doit donc être écarté.
4. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, alors en vigueur : " Le fonctionnaire en activité a droit : () 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. () Toutefois, si la maladie provient de l'une des causes exceptionnelles prévues à l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite, à l'exception des blessures ou des maladies contractées ou aggravées en service, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à la mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident, même après la date de radiation des cadres pour mise à la retraite /Dans le cas visé à l'alinéa précédent, l'imputation au service de l'accident ou de la maladie est appréciée par la commission de réforme instituée par le régime des pensions des agents des collectivités locales ". Aux termes de l'article 9 du décret du 30 juillet 1987 pris pour l'application de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale et relatif à l'organisation des comités médicaux, aux conditions d'aptitude physique et au régime des congés de maladie des fonctionnaires territoriaux, dans sa version alors applicable : " Le médecin du service de médecine préventive prévu à l'article 108-2 de la loi du 26 janvier 1984 susvisée compétent à l'égard du fonctionnaire dont le cas est soumis au comité médical est informé de la réunion et de son objet. Il peut obtenir s'il le demande communication du dossier de l'intéressé. Il peut présenter des observations écrites ou assister à titre consultatif à la réunion. Il remet obligatoirement un rapport écrit dans les cas prévus aux articles 16 () ci-dessous () ". Aux termes de l'article 16, alors en vigueur, de ce décret : " Sous réserve du deuxième alinéa du présent article, la commission de réforme prévue par le décret n° 2003-1306 du 26 décembre 2003 modifié relatif au régime de retraite des fonctionnaires affiliés à la caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales est obligatoirement consultée dans tous les cas où un fonctionnaire demande le bénéfice des dispositions de l'article 57 (2°, 2e alinéa) de la loi du 26 janvier 1984 susvisée. Le dossier qui lui est soumis doit comprendre un rapport écrit du médecin du service de médecine préventive compétent à l'égard du fonctionnaire concerné. / Lorsque l'administration est amenée à se prononcer sur l'imputabilité au service d'une maladie ou d'un accident, elle peut, en tant que de besoin, consulter un médecin expert agréé. () ".
5. Si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé l'intéressé d'une garantie.
6. Il résulte des dispositions des articles 9 et 16 du décret du 30 juillet 1987, citées au point 4, que la consultation du médecin du service de médecine préventive est constitutive d'une garantie pour le fonctionnaire demandant le bénéfice des dispositions citées au même point de l'article 57 (2°, 2ème alinéa) de la loi du 26 janvier 1984. Toutefois, si le médecin de prévention n'a remis aucun rapport écrit à la commission de réforme, celle-ci a rendu le 9 mai 2017 un avis favorable à la reconnaissance de l'imputabilité au service de la pathologie dont Mme A d'Antrassi est atteinte. Dans les circonstances de l'espèce, l'absence de rapport du médecin de prévention, lequel a d'ailleurs fait part de ses observations à la commission, ne peut donc être regardée comme ayant privé l'intéressée d'une garantie. Par ailleurs, le rapport du médecin de prévention devant être adressé à la commission de réforme et non à l'administration, son absence n'a pas été susceptible d'exercer une influence sur le sens de la décision prise.
7. En troisième lieu, une maladie contractée par un fonctionnaire, ou son aggravation, doit être regardée comme imputable au service si elle présente un lien direct avec l'exercice des fonctions ou avec des conditions de travail de nature à susciter le développement de la maladie en cause, sauf à ce qu'un fait personnel de l'agent ou toute autre circonstance particulière conduisent à détacher la survenance ou l'aggravation de la maladie du service.
8. Il ressort des pièces du dossier que Mme A d'Antrassi souffre d'un trouble anxio-dépressif qui a justifié un arrêt de travail et son placement en congé de maladie depuis le 3 juin 2016. Si l'intéressée impute sa maladie à ses conditions de travail, et plus précisément à des conflits avec une collègue depuis fin 2014 au sein du pôle documentation où elle est affectée depuis le 1er mars 2014, à l'absence d'un collègue depuis juillet 2015, à une altercation avec un chef de service le 3 juin 2016 et au manque de communication de sa hiérarchie sur l'organisation du service, les éléments qu'elle verse au débat ne permettent pas d'établir que le contexte professionnel dans lequel elle a évolué aurait été susceptible de créer une souffrance au travail. En outre, l'expertise médicale du docteur F du 15 mars 2017, sur laquelle s'est fondée la commission de réforme pour rendre un avis favorable à la reconnaissance de l'imputabilité au service de la pathologie de Mme A d'Antrassi, ne fait que reprendre ses dires sur une situation de conflit au sein du service et de désorganisation du travail qui n'est corroborée par aucune autre pièce du dossier. Il en va de même du certificat médical du docteur D, médecin traitant, du 31 janvier 2015. Si le comité médical, par un avis du 19 septembre 2017, et la médecine de prévention, par un avis du 11 décembre 2017, ont recommandé un changement d'affectation de la requérante, ces circonstances ne permettent pas davantage d'établir une imputabilité au service de sa pathologie. Par suite, et en dépit de l'avis favorable rendu par la commission de réforme, qui ne saurait avoir ni pour objet ni pour effet de lier le pouvoir décisionnel de l'autorité administrative compétente, le département de l'Ariège a pu légalement estimer que l'affection dont souffrait Mme A d'Antrassi ne pouvait être regardée comme présentant un lien direct avec l'exercice des fonctions ou avec des conditions de travail.
9. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A d'Antrassi n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Toulouse a rejeté sa demande. Il suit de là que les conclusions à fin d'injonction qu'elle présente ne peuvent également qu'être rejetées.
Sur les frais liés à l'instance :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du département de l'Ariège, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que Mme A d'Antrassi demande au titre des frais liés à l'instance. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de ces dispositions au bénéfice du département de l'Ariège et de mettre à la charge de Mme A d'Antrassi, partie perdante, une somme de 1 500 euros à lui verser au titre des frais exposés en cours d'instance et non compris dans les dépens.
DECIDE :
Article 1er : La requête de Mme A d'Antrassi est rejetée.
Article 2 : Mme A d'Antrassi versera au département de l'Ariège la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent arrêt sera notifié à Mme E A d'Antrassi et au département de l'Ariège.
Délibéré après l'audience du 11 avril 2022 à laquelle siégeaient :
Mme Karine Butéri, présidente,
M. Olivier Cotte, premier conseiller,
Mme Caroline Gaillard, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 11 mai 2022.
La rapporteure,
Caroline C
La présidente,
Karine ButériLa greffière,
Catherine Jussy La République mande et ordonne au préfet de l'Ariège, en ce qui le concerne, et à tous huissiers de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt.
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026