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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA33-19BX04877

Cour administrative d'appel de Bordeaux — Décision N° CAA33-19BX04877

mercredi 11 mai 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Bordeaux
SectionCour administrative d'appel de Bordeaux
N° DossierCAA33-19BX04877
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
Formation6ème chambre (formation à 3)
Avocat requérantMEGHENINI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme A D, Mme B H, M. F E et M. J I ont demandé au tribunal administratif de la Guyane d'annuler la délibération du 22 septembre 2017 par laquelle le conseil municipal de la commune de Kourou a autorisé la vente de la parcelle cadastrée BO 182 d'une superficie de 19 386 m² au profit de la société Saint-Georges Développement en contrepartie du paiement de la somme de 960 000 euros.

Par un jugement n° 1701186 du 10 octobre 2019, le tribunal administratif de la Guyane a annulé la délibération du 22 septembre 2017.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 12 décembre 2019, la société Saint-Georges Développement, représentée par Me Meghenini, demande à la cour :

1°) d'annuler le jugement du tribunal administratif de la Guyane du 10 octobre 2019 ;

2°) de rejeter la demande présentée en première instance ;

3°) de mettre à la charge solidaire de Mme D, Mme H, M. E et M. I la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le jugement est irrégulier en ce qu'il ne répond pas au moyen de défense tiré de ce que la demande de communication de l'avis de France domaine n'a jamais été transmise à la commune ;

- aucun des moyens soulevés par les demandeurs de première instance n'est fondé.

La requête a été communiquée à Mme D, Mme H, M. E et M. I qui n'ont pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. G C,

- les conclusions de M. Axel Basset, rapporteur public,

- et les observations de Me La Blanquie se substituant à Me Meghenini, représentant la société Saint-Georges Développement.

Considérant ce qui suit :

1. Par une délibération du 22 septembre 2017, le conseil municipal de Kourou a autorisé la vente de la parcelle cadastrée BO 182, d'une superficie de 19 386 m², à la société Saint-Georges Développement en contrepartie du paiement de la somme de 960 000 euros. Quatre conseillers municipaux, Mme D, Mme H, M. E et M. I, ont saisi le tribunal administratif de la Guyane afin d'obtenir l'annulation de cette délibération. Par jugement du 10 octobre 2019, le tribunal administratif de la Guyane a fait droit à leur demande en annulant la délibération du 22 septembre 2017 pour vice de procédure. Par la présente requête, la société Saint-Georges Développement relève appel de ce jugement.

Sur la régularité du jugement attaqué :

2. Pour annuler pour vice de procédure la délibération du 22 septembre 2017 autorisant la vente de la parcelle BO 182, les premiers juges ont, en mettant en œuvre l'acquiescement aux faits résultant de l'absence de mémoire en défense, constaté qu'il n'avait pas été répondu à la demande de transmission de l'avis de France domaine, présentée par M. I le 19 septembre 2017, et en ont déduit que les membres du conseil municipal n'avaient pas été suffisamment informés pour pouvoir utilement se prononcer sur la délibération relative à la cession de la parcelle cadastrée BO 182, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 2121-13 du code général des collectivités territoriales.

3. Il ressort des pièces du dossier de première instance que la société Saint-Georges Développement avait invoqué, dans son mémoire enregistré le 30 août 2019 au greffe du tribunal administratif de la Guyane, le moyen tiré de ce qu'il n'était pas établi que le courrier de demande de transmission de l'avis de France domaine avait été reçu par les services de la commune, de sorte que la délibération en litige ne se trouvait pas entachée d'illégalité. Or, le tribunal, qui a écarté au demeurant à tort comme irrecevable le mémoire de la société Saint-Georges Développement dans lequel il était opposé, a omis de se prononcer sur ce moyen de défense qui n'était pas inopérant. Dans ces conditions, le jugement est irrégulier et doit être annulé.

4. Il y a lieu d'évoquer et de statuer immédiatement sur la demande présentée par Mme D, Mme H, M. E et M. I devant le tribunal administratif de la Guyane.

Sur la légalité de la délibération du 22 septembre 2017 :

En ce qui concerne la légalité externe :

5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 2121-10 du code général des collectivités territoriales, dans sa rédaction alors applicable : " Toute convocation est faite par le maire. Elle indique les questions portées à l'ordre du jour. Elle est mentionnée au registre des délibérations, affichée ou publiée. Elle est adressée par écrit, au domicile des conseillers municipaux ou, s'ils en font la demande, envoyée à une autre adresse ou transmise de manière dématérialisée. ". Aux termes de l'article L. 2121-17 de ce code : " Le conseil municipal ne délibère valablement que lorsque la majorité de ses membres en exercice est présente. / Si, après une première convocation régulièrement faite selon les dispositions des articles L. 2121-10 à L. 2121-12, ce quorum n'est pas atteint, le conseil municipal est à nouveau convoqué à trois jours au moins d'intervalle. Il délibère alors valablement sans condition de quorum. ".

6. Il ressort des pièces du dossier qu'après s'être réuni une première fois le 15 septembre 2017, le conseil municipal a, faute d'atteindre le quorum exigé par l'article L. 2121-17 du code général des collectivités territoriales, été convoqué une seconde fois, le 18 septembre suivant, pour siéger le 22 septembre 2017.

7. D'une part, il ne résulte ni des dispositions citées au point 5 ni d'aucune disposition du code général des collectivités territoriales que la nouvelle convocation faisant suite à une première convocation régulièrement faite devrait comporter la mention selon laquelle la condition de quorum n'est plus requise, ni qu'elle devrait être accompagnée du procès-verbal de la première séance ayant constaté que le quorum n'était pas atteint.

8. D'autre part, s'il n'est pas établi que Mme D, M. E, M. I et Mme H ont été convoqués par courrier à cette seconde séance du conseil municipal, il ressort premièrement de la délibération contestée que les trois premiers étaient présents au conseil municipal du 22 septembre 2017 et deuxièmement des écritures des demandeurs de première instance que Mme H a été convoquée par courrier. Par suite, le moyen tiré de ce que les conseillers municipaux n'auraient pas été régulièrement convoqués à la séance du 22 septembre 2017 doit être écarté.

9. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 2121-12 du code général des collectivités territoriales : " Dans les communes de 3 500 habitants et plus, une note explicative de synthèse sur les affaires soumises à délibération doit être adressée avec la convocation aux membres du conseil municipal. () ". Il résulte de ces dispositions que, dans les communes de 3 500 habitants et plus, la convocation aux réunions du conseil municipal doit être accompagnée d'une note explicative de synthèse portant sur chacun des points de l'ordre du jour. Le défaut d'envoi de cette note ou son insuffisance entache d'irrégularité les délibérations prises, à moins que le maire n'ait fait parvenir aux membres du conseil municipal, en même temps que la convocation, les documents leur permettant de disposer d'une information adéquate pour exercer utilement leur mandat. Cette obligation, qui doit être adaptée à la nature et à l'importance des affaires, doit permettre aux intéressés d'appréhender le contexte ainsi que de comprendre les motifs de fait et de droit des mesures envisagées et de mesurer les implications de leurs décisions. Elle n'impose pas de joindre à la convocation adressée aux intéressés, à qui il est au demeurant loisible de solliciter des précisions ou explications conformément à l'article L. 2121-13 du même code, une justification détaillée du bien-fondé des propositions qui leur sont soumises.

10. En l'espèce, le rapport de présentation qui fait office de note explicative de synthèse identifie la société qui se porte acquéreur, le projet poursuivi à savoir un programme immobilier de création de logements proposés en accession à la propriété, soit cent logements du T2 au T4 répartis en 12 petits immeubles collectifs (R+1), ainsi que la parcelle, avec sa superficie et sa localisation. L'évaluation de France domaine de la valeur de la parcelle est également mentionnée. Eu égard à la nature et à l'importance de l'affaire, ces informations étaient suffisantes pour permettre aux membres du conseil municipal d'appréhender le contexte ainsi que pour comprendre les motifs de fait et de droit des mesures envisagées et mesurer les implications de leur décision. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de la note explicative de synthèse doit être écarté.

11. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 2121-13 du code général des collectivités territoriales : " Tout membre du conseil municipal a le droit, dans le cadre de sa fonction, d'être informé des affaires de la commune qui font l'objet d'une délibération. ". Aux termes du dernier alinéa de l'article L. 2241-1 du même code : " Toute cession d'immeubles ou de droits réels immobiliers par une commune de plus de 2 000 habitants donne lieu à délibération motivée du conseil municipal portant sur les conditions de la vente et ses caractéristiques essentielles. Le conseil municipal délibère au vu de l'avis de l'autorité compétente de l'Etat. () ". S'il résulte de ces dispositions que la teneur de l'avis du service des domaines doit, préalablement à la séance du conseil municipal durant laquelle la délibération relative à la décision de cession doit être prise, être portée utilement à la connaissance de ses membres, notamment par la note de synthèse jointe à la convocation qui leur est adressée, ces mêmes dispositions n'imposent pas que le document lui-même établi par le service des domaines soit remis aux membres du conseil municipal avant la séance sous peine d'irrégularité de la procédure d'adoption de cette délibération.

12. Si Mme D, Mme H, M. E et M. I soutiennent avoir sollicité en vain la communication de l'avis de France domaine avant la séance du conseil municipal du 22 septembre 2017 et durant celle-ci, cette allégation, à la supposer établie, n'est pas de nature à affecter la régularité de la procédure d'adoption de la délibération en litige dès lors que les conseillers municipaux ont disposé, par la note de synthèse, des éléments leur permettant de se prononcer en toute connaissance de cause sur la délibération soumise au vote.

13. En dernier lieu, il ne résulte d'aucune disposition du code général des collectivités territoriales ni d'aucun principe que, pour être régulière, une délibération adoptée sans condition de quorum après qu'il a été constaté, lors d'une précédente délibération, que la majorité des membres en exercice n'était pas présente, doive expressément le préciser. Par suite, le moyen tiré du vice de forme dont serait entachée la délibération du 22 septembre 2017 pour ce motif doit être écarté.

En ce qui concerne la légalité interne :

14. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier et notamment d'une attestation du directeur général des services de la commune de Kourou, non sérieusement remise en cause par les demandeurs, que la parcelle BO 182 relève du domaine privé de la commune. Par suite, la cession autorisée par la délibération en litige n'avait pas à être précédée d'un déclassement préalable du bien du domaine public.

15. En deuxième lieu, il résulte des dispositions de l'article L. 2241-1 du code général des collectivités territoriales citées au point 11 que le conseil municipal délibère sur la gestion des biens opérée par la commune, et notamment sur les conditions de vente et ses caractéristiques essentielles.

16. D'une part, les demandeurs ne peuvent utilement soutenir, pour remettre en cause le principe de la cession, que la parcelle cédée devait accueillir un groupe scolaire dont le financement dans le cadre du programme de renouvellement urbain était déjà arrêté, alors au demeurant qu'ils n'ont pas contesté la décision remettant en cause la réalisation de ce projet de l'équipe municipale précédente.

17. D'autre part, pour contester le prix de cession, fixé à 49,52 euros le mètre carré, les demandeurs soutiennent que les ventes de ce type se font en général à 80 euros le mètre carré et que deux cessions ont été réalisées la même année à 65 euros le mètre carré. Toutefois, ces deux parcelles sont d'une superficie de 594 et 605 m², bien moindre que la parcelle litigieuse de 19 386 m². Alors que la commune a dans les trois hypothèses retenu l'évaluation de France domaine, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en fixant à 960 000 euros le prix de cession de la parcelle BO 182, le conseil municipal aurait porté atteinte aux intérêts de la commune.

18. En troisième lieu, la seule affirmation dans le rapport de présentation que " ce programme d'accession à la propriété pour les foyers à revenus moyens s'inscrit dans la volonté de la municipalité de diversifier l'offre de logements sur la ville. () la Ville a proposé l'implantation du projet dans un quartier populaire " ne permet pas d'établir que la commune aurait imposé des spécifications précises au promoteur afin de répondre à un intérêt général. La cession litigieuse ne pouvant être regardée comme une opération de commande publique, le moyen tiré de la méconnaissance des règles de la concurrence doit être écarté comme inopérant.

19. En quatrième lieu, la circonstance que la délibération aurait été exécutée avant sa transmission au contrôle de légalité est sans incidence sur sa légalité.

20. En dernier lieu, si les demandeurs soutiennent que le maire de la commune a entendu tromper les conseillers municipaux en leur dissimulant des informations sur la société qui s'est portée acquéreur ou concernant l'avis de France domaine, ou encore qu'il poursuit d'autres objectifs que la défense des intérêts communaux dès lors qu'il a organisé à destination des agents de la commune une réunion d'information sur le projet immobilier avant le vote de la délibération, il n'est pas établi par les pièces produites que la délibération litigieuse serait entachée de détournement de pouvoir.

21. Il résulte de tout ce qui précède que Mme D, Mme H, M. E et M. I ne sont pas fondés à demander l'annulation de la délibération du conseil municipal de Kourou du 22 septembre 2017.

Sur les frais liés au litige :

22. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de Mme D, Mme H, M. E et M. I la somme de 1 500 euros à verser à la société Saint-Georges Développement au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1er : Le jugement du tribunal administratif de la Guyane du 10 octobre 2019 est annulé.

Article 2 : La demande présentée en première instance par Mme D et autres est rejetée.

Article 3 : Mme D, Mme H, M. E et M. I verseront ensemble à la société Saint-Georges Développement la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent arrêt sera notifié à la société Saint-Georges Développement, Mme A D, Mme B H, M. F E et M. J I et à la commune de Kourou. Copie en sera transmise au préfet de la Guyane.

Délibéré après l'audience du 11 avril 2022 à laquelle siégeaient :

Mme Karine Butéri, présidente,

M. Olivier Cotte, premier conseiller,

Mme Caroline Gaillard, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 11 mai 2022.

Le rapporteur,

Olivier C

La présidente,

Karine Butéri

La greffière,

Catherine Jussy

La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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