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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA33-19BX04939

Cour administrative d'appel de Bordeaux — Décision N° CAA33-19BX04939

lundi 4 juillet 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Bordeaux
SectionCour administrative d'appel de Bordeaux
N° DossierCAA33-19BX04939
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
Formation3ème chambre (formation à 3)
Avocat requérantCABINET LBBA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme E a demandé au tribunal administratif de Bordeaux d'annuler la décision du 4 juillet 2018 par laquelle le président-directeur général du Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS) l'a mutée dans l'intérêt du service à la Fédération des sciences archéologiques de Bordeaux à compter du 1er septembre 2018.

Par un jugement n° 1803599 du 21 octobre 2019, le tribunal administratif de Bordeaux a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 19 décembre 2019, Mme E, représentée par Me Hollande, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du tribunal administratif de Bordeaux du 21 octobre 2019 ;

2°) d'annuler la décision du 4 juillet 2018 par laquelle le président-directeur général du Centre National de la Recherche Scientifique l'a mutée à la Fédération des sciences archéologiques de Bordeaux ;

3°) de mettre à la charge du Centre National de la Recherche Scientifique la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le jugement attaqué est entaché d'erreur de droit pour avoir fait référence à l'article 6 quinquies de la loi du 11 janvier 1984 et d'erreur manifeste d'appréciation au regard des faits de harcèlement moral dénoncés, faute de les avoir soumis au débat contradictoire ; il est entaché de dénaturation ;

- la décision contestée, qui lui inflige une sanction, est entachéed'une insuffisance de motivation en fait dès lors qu'elle n'explicite pas les conséquences de son comportement sur le fonctionnement du service de nature à justifier sa mutation d'office ; sa lecture ne permet pas d'en connaître les motifs ;

- la décision contestée constitue une mesure de mutation contraire à l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983 compte tenu des faits de harcèlement moral qu'elle a subis sous la forme d'agissements ayant eu pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale et de compromettre son avenir professionnel, à compter de la prise de poste de Mme B en qualité de directrice du Centre Jacques Berque à Rabat, faits de harcèlement moral qui ont perduré après la démission de cette dernière ; la décision de mutation est en réalité une mesure de représailles pour avoir dénoncé ces faits de harcèlement moral ;

- la décision en litige est entachée de détournement de pouvoir et de procédure, dès lors qu'il s'agit en réalité d'une sanction disciplinaire déguisée et qu'il est porté atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale ; elle implique un changement de résidence et un éloignement de sa famille restée au Maroc ; les reproches formulés à son encontre ne sont pas établis.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 septembre 2021, le Centre National de la Recherche Scientifique, représenté par la société d'avocats Meier-Bourdeau-Lécuyer, conclut au rejet de la requête de Mme E et à ce qu'il soit mis à la charge de cette dernière la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- le moyen tiré de ce que la décision contestée portant mutation d'office est entachée d'une insuffisance de motivation est inopérant ;

- les autres moyens soulevés par Mme E ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de procédure civile ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 modifiée ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 modifiée ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A C,

- et les conclusions de Mme Isabelle Le Bris, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme E a été recrutée en 2004 sous contrat à durée indéterminée par le Centre national de la recherche scientifique (CNRS). Elle a ensuite été titularisée au 1er décembre 2005 dans le corps des techniciens du CNRS. Mme E a été affectée, le 26 mai 2010, à sa demande, au Centre Jacques Berque à Rabat (Maroc), unité mixte de recherche pour les études en sciences humaines et sociales, placée sous la tutelle du ministre de l'Europe et des affaires étrangères et du CNRS, pour y exercer les fonctions d'assistante en gestion administrative et financière et, jusqu'en octobre 2017, de régisseur des avances et recettes. Après

sa réussite au concours interne, elle a été nommée dans le corps des assistants ingénieurs du

CNRS à compter du 1er juillet 2011. Le 4 juillet 2018, le président-directeur général du CNRS a décidé sa mutation dans l'intérêt du service à la Fédération des sciences archéologiques de Bordeaux à compter du 1er septembre 2018. S'estimant victime de faits de harcèlement moral, Mme E a saisi le juge des référés du tribunal administratif de Bordeaux d'une demande tendant à la suspension de l'exécution de la décision du 4 juillet 2018, qui a été rejetée par une ordonnance du 31 août 2018. Elle a saisi ce même tribunal d'une demande tendant à l'annulation de cette décision. Mme E relève appel du jugement du 21 octobre 2019 par lequel ce tribunal a rejeté sa demande.

Sur la régularité du jugement :

2. Si la requérante fait valoir que le tribunal a entaché son jugement d'irrégularités pour avoir visé à tort les dispositions de l'article 6 quinquies de la loi du 11 janvier 1984 qui étaient inopérantes, au lieu des dispositions pertinentes de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983, et pour n'avoir pas soumis au débat contradictoire les éléments produits à l'appui de sa demande de nature à faire présumer l'existence de faits de harcèlement moral, ces critiques, qui concernent le bien-fondé du jugement, sont sans incidence sur sa régularité.

3. Contrairement à ce que soutient la requérante, une éventuelle dénaturation des pièces du dossier n'affecterait que le bien-fondé du jugement attaqué, dont le contrôle est opéré par l'effet dévolutif de l'appel, et reste, en tout état de cause, sans incidence sur la régularité de ce jugement.

Sur les conclusions en annulation :

4. Aux termes de l'article 6 quinquiès de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, issue de la loi du 17 janvier 2002 de modernisation sociale : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. Aucune mesure concernant notamment le recrutement, la titularisation, la formation, la notation, la discipline, la promotion, l'affectation et la mutation ne peut être prise à l'égard d'un fonctionnaire en prenant en considération : /1° Le fait qu'il ait subi ou refusé de subir les agissements de harcèlement moral visés au premier alinéa ; / 2° Le fait qu'il ait exercé un recours auprès d'un supérieur hiérarchique ou engagé une action en justice visant à faire cesser ces agissements ; / 3° Ou bien le fait qu'il ait témoigné de tels agissements ou qu'il les ait relatés. / Est passible d'une sanction disciplinaire tout agent ayant procédé ou ayant enjoint de procéder aux agissements définis ci-dessus. () ". Si la circonstance qu'un agent a subi ou refusé de subir des agissements de harcèlement moral ne saurait légalement justifier que lui soit imposée une mesure relative à son affectation, à sa mutation ou à son détachement, elles ne font pas obstacle à ce que l'administration prenne, à l'égard de cet agent, dans son intérêt ou dans l'intérêt du service, une telle mesure si aucune autre mesure relevant de sa compétence, prise notamment à l'égard des auteurs des agissements en cause, n'est de nature à atteindre le même but.

5. Lorsqu'une telle mesure est contestée devant lui par un agent public au motif qu'elle méconnaît les dispositions précitées de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983, il incombe d'abord au juge administratif d'apprécier si l'agent a subi ou refusé de subir des agissements de harcèlement moral. S'il estime que tel est le cas, il lui appartient, dans un second temps, d'apprécier si l'administration justifie n'avoir pu prendre, pour préserver l'intérêt du service ou celui de l'agent, aucune autre mesure, notamment à l'égard des auteurs du harcèlement moral.

6. Pour établir qu'elle a été victime entre 2015 et 2017 de harcèlement moral ayant eu pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, Mme E soutient que, dès la prise de poste de la directrice du Centre Jacques Berque en septembre 2015, elle a été la victime de brimades et de mesures vexatoires, consistant en des refus réitérés de lui accorder des congés, la contraignant en particulier à reporter l'intervention chirurgicale que devait subir sa fille en métropole. Toutefois, les pièces produites établissent que sa hiérarchie lui a accordé les congés sollicités sur la période du 4 au 20 avril et du 28 avril au 6 mai 2016, suivant sa demande présentée le 21 mars 2016. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la directrice, pour lui avoir adressé par mails et en dehors des heures de service, durant certains week-end et ses congés, des sollicitations qui n'appelaient toutefois pas de réponse immédiate, ait fait preuve d'exigences excédant les prérogatives qui lui incombaient dans la direction normale de l'établissement placé sous sa responsabilité.

7. Les circonstances invoquées que la requérante a été écartée de la photographie de groupe des membres du Centre Jacques Berque et que sa demande d'aménagement de ses horaires de travail, présentée le 22 février 2017 par le médecin de prévention, n'a reçu aucune réponse de la part de sa hiérarchie, et alors qu'elle ne soutient pas avoir contesté la décision de refus implicite qui lui a été opposée, pour regrettables qu'elles soient, ne révèlent en soi ni une volonté de lui nuire ni le caractère de " mesures vexatoires ".

8. Si Mme E soutient qu'elle a été victime d'une agression physique et verbale le 16 juin 2017 par la directrice, ayant entraîné un traumatisme crânien et une incapacité temporaire de travail, elle n'établit pas, par le certificat médical qu'elle produit, et par des attestations de collègues qui n'étaient pas les témoins directs de l'agression alléguée, et qui font état de ce que l'intéressée a fait un malaise sur son lieu de travail, la réalité de cette agression. Par suite, ces éléments ne sont pas susceptibles de faire présumer l'existence d'agissements de harcèlement moral à l'encontre de Mme E.

9. S'il est constant que Mme E n'a plus été autorisée, par sa supérieure hiérarchique, désignée pour assurer la direction par intérim du Centre Jacques Berque à la suite de la démission de la précédente directrice en septembre 2017, à utiliser le véhicule de service, elle n'établit ni même n'allègue que ses fonctions auraient exigé la mise à sa disposition d'un véhicule de service. En outre, un audit comptable et financier réalisé en juin et juillet 2017 a mis en évidence l'utilisation irrégulière de ce véhicule par l'intéressée. Dès lors, la privation de l'usage de ce véhicule de service, qui ne peut être regardé comme excédant le cadre normal du pouvoir d'organisation du service, ne caractérise pas une intention vexatoire de la part de la hiérarchie de Mme E.

10. Si Mme E soutient qu'elle a fait l'objet d'une mise à l'écart par la directrice par intérim qui s'est traduite par le retrait d'une partie de ses missions, toutefois, l'administration fait valoir, sans contredit, que la réaffectation de certaines de ses tâches avait pour objet de pallier ses absences pour maladie entre janvier et mars 2018 afin d'assurer la continuité du service et avait ainsi été décidée dans l'intérêt du service. Si elle fait valoir également qu'elle a fait l'objet d'une " rétrogradation ", dès lors qu'elle n'apparaissait plus sur le site internet du Centre Jacques Berque qu'en qualité d'assistante en gestion administrative et non plus en tant que " secrétaire générale ", l'administration fait valoir que la taille de la structure ne justifie pas le maintien du titre de " secrétaire général ", et il n'est pas contesté par Mme E que les fonctions qu'elle exerçait ne comprenaient pas de missions autres que celles correspondant à son poste de gestionnaire administratif. Dès lors, ces éléments ne sont pas susceptibles de faire présumer un harcèlement moral à son encontre.

11. La requérante soutient qu'elle a été placée à plusieurs reprises en congés pour maladie en raison du stress vécu sur son lieu de travail et du harcèlement moral dont elle a fait l'objet, et verse au dossier des certificats médicaux attestant de la dégradation de son état de santé et de l'apparition d'un syndrome anxio-dépressif réactionnel dès janvier 2017, associant des troubles du sommeil et une souffrance morale liée au travail. Toutefois, ces documents, qui se bornent à relayer les propos et le ressenti de l'intéressée, ne permettent pas d'établir un lien entre sa pathologie et le harcèlement moral allégué. Contrairement à ce que soutient Mme E, la circonstance que sa demande de reconnaissance de l'imputabilité au service de ses arrêts de travail ait été rejetée n'établit pas l'existence de fait de harcèlement moral.

12. Mme E fait valoir qu'en dénonçant ces faits de harcèlement moral, elle a été victime de mesures de représailles matérialisées par la sanction disciplinaire de blâme qui lui a été infligée et par la mutation d'office litigieuse dont elle fait l'objet.

13. D'une part, il ne ressort pas des pièces du dossier que la sanction de blâme infligée à Mme E par décision du 27 avril 2018 du président-directeur général du CNRS, dont elle a contesté la légalité devant le tribunal administratif de Paris, en raison de manquements à l'obligation d'exercice effectif des fonctions en lien avec des absences injustifiées, d'irrégularités de gestion dans le suivi de la dépense ainsi qu'à l'obligation de probité, dont la légalité a été confirmée par jugement du 2 juillet 2020 de ce tribunal devenu définitif, résulterait d'agissements de l'administration excédant les limites de son pouvoir hiérarchique qui pourraient être qualifiés de harcèlement moral.

14. D'autre part, il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que la décision litigieuse a été prise en considération de la dénonciation, par Mme E, des agissements de harcèlement moral dont elle allègue avoir été la victime.

15. Il ressort des pièces du dossier, et notamment de celles versées par le CNRS, que la manière de servir de l'intéressée n'est pas exempt de tout reproche dès lors que l'attitude de Mme E, à la date de la décision contestée, se caractérisait par d'importantes difficultés relationnelles avec sa direction, de son seul fait, et avec une partie des agents du Centre Jacques Berque, de nature à porter atteinte au bon fonctionnement de l'établissement. Il ressort en particulier du rapport de la commission d'enquête, daté de janvier 2018, diligentée pour identifier les causes des dysfonctionnements graves constatés au sein du Centre Jacques Berque et y remédier, que le comportement de Mme E, dont les auteurs du rapport soulignent l'implication directe dans la création et l'entretien d'un climat délétère et anxiogène au sein du service par des abus d'autorité à l'égard d'une partie du personnel, était également caractérisé par des refus constants d'autorité vis-à-vis de la directrice, un grand nombre d'absences non justifiées et sans avertissement et de graves anomalies de gestion. Les constats de ce rapport d'enquête sont corroborés par la directrice intérimaire du Centre Jacques Berque, dans son courrier du 17 avril 2018 où elle sollicite la mutation de Mme E. Les témoignages d'une partie des agents administratifs du centre, qui ont été recueillis après un incident survenu le 22 mars 2018 à l'occasion d'un audit informatique, dont le déroulement a été perturbé par le comportement agressif et autoritaire de la requérante, attestent de la souffrance et du mal-être de ces derniers en lien avec la présence de Mme E, et de leur souhait de ne plus travailler avec elle. C'est au vu de ces deux séries de constats, qui ne concernent pas que les relations entre Mme E et la direction du Centre Jacques Berque, mais également ses relations avec les personnels administratifs et techniques de l'établissement et leur sentiment de crainte devant la perspective de son retour dans le service, que les auteurs du rapport d'enquête recommandent de " réaffecter Mme E dans une autre unité CNRS aussi rapidement que possible ".

16. Dès lors, les éléments dont Mme E fait état ne permettent pas de faire présumer l'existence d'une situation de harcèlement moral au sens des dispositions précitées de l'article 6 quinquies de la loi du 13 janvier 1983.

17. Une mutation dans l'intérêt du service constitue une sanction déguisée dès lors qu'il est établi que l'auteur de l'acte a eu l'intention de sanctionner l'agent et que la décision a porté atteinte à la situation professionnelle de ce dernier.

18. Mme E soutient que son changement d'affectation est constitutif d'une sanction déguisée, révélatrice d'une intention répressive de son employeur. Toutefois, s'il ressort des pièces du dossier que sa nouvelle affectation sur un poste de gestionnaire administrative au sein de la Fédération des sciences archéologiques de Bordeaux a entraîné pour elle un changement de résidence administrative, il n'est pas même soutenu qu'elle aurait entraîné une diminution de ses responsabilités ou de sa rémunération. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que ce changement d'affectation traduise une volonté de l'autorité hiérarchique de dégrader ses conditions de travail ou de lui nuire personnellement, alors qu'elle a été décidée dans l'intérêt du service, et notamment pour mettre un terme au climat anxiogène et aux dysfonctionnements graves résultant notamment de la persistance du comportement de Mme E au sein du Centre Jacques Berque, révélés par la commission d'enquête diligentée par les autorités de tutelle de l'établissement. Le rapport établi par cette commission d'enquête en janvier 2018 a en particulier mis en évidence l'existence de mauvaises pratiques de gestion du temps de travail et de fonctionnement au sein de cette unité de recherche, ainsi que l'implication de l'intéressée dans l'organisation de fuites dans la presse locale et dans la diffusion d'accusations de racisme portées contre la directrice, véhiculées sur les réseaux sociaux, qualifiées de diffamatoires par la commission d'enquête, qui rendaient nécessaire le changement d'affectation de l'intéressée dans une autre unité du CNRS dans les plus brefs délais. Alors même que Mme E a par ailleurs fait l'objet de poursuites disciplinaires pour des absences injustifiées et des irrégularités comptables ayant donné lieu à un blâme, le CNRS produit une argumentation de nature à démontrer que cette décision de mutation contestée était justifiée par l'intérêt du service et, ce, dans un contexte de tensions extrêmes et de perturbations graves du fonctionnement du centre. Dans ces conditions, Mme E n'est pas fondée à soutenir que son changement d'affectation dans l'intérêt du service, qui était suffisamment motivée, revêtirait le caractère d'une sanction déguisée. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision contestée ne peut qu'être écarté.

19. Mme E soutient que le CNRS s'est livré à une appréciation erronée de l'intérêt du service alors que la situation conflictuelle qui régnait au sein du Centre Jacques Berque ne lui était pas imputable mais résultait des agissements des deux directrices qui se sont succédées entre 2015 et 2018 à la tête de l'établissement qui lui ont fait subir un harcèlement moral ainsi qu'aux agents. Toutefois, les témoignages qu'elle produit, émanant pour la plupart de doctorants et de chercheurs, en rapport ponctuel avec le centre, ne sont pas suffisants pour contredire les témoignages précis et concordants produits par la quasi-totalité du personnel, tant techniques, administratifs et par les chercheurs, qui témoignent de son autoritarisme et de pratiques abusives, dont il peut être tenu compte, alors même que ces attestations ne répondent pas toutes au formalisme requis par l'article 202 du code de procédure civile.

20. Dans ces conditions, le président-directeur général du CNRS ne s'est pas livré à une appréciation erronée de l'intérêt du service en estimant que ce dernier commandait d'éloigner Mme E en l'affectant dans une autre unité de recherche.

21. La décision contestée étant, ainsi qu'il vient d'être dit, justifiée par l'intérêt du service, les moyens tirés du détournement de pouvoir, de procédure et de l'atteinte portée à sa vie privée et familiale, non assorti de précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé, ne peuvent qu'être écartés.

22. Il résulte de ce qui précède que Mme E n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Bordeaux a rejeté sa demande tendant à l'annulation de la décision du 4 juillet 2018 par laquelle le président-directeur général du CNRS l'a mutée au sein de la Fédération des sciences archéologiques de Bordeaux à compter du 1er septembre 2018.

Sur les frais d'instance :

23. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge du Centre National de la Recherche Scientifique, qui n'est pas la partie perdante dans les présentes instances, la somme dont Mme E demande le versement au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme E la somme de 1 500 euros sur le fondement des mêmes dispositions.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de Mme E est rejetée.

Article 2 : Mme E versera au Centre National de la Recherche Scientifique la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent arrêt sera notifié à Mme E et au Centre National de la Recherche Scientifique.

Délibéré après l'audience du 13 juin 2022 à laquelle siégeaient :

M. Didier Artus, président,

M. Frédéric Faïck, président-assesseur,

Mme Agnès Bourjol, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 4 juillet 2022.

La rapporteure,

Agnès CLe président,

Didier ARTUSLa greffière,

Sylvie HAYET

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne, et à tous huissiers de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt.

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