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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA33-20BX00294

Cour administrative d'appel de Bordeaux — Décision N° CAA33-20BX00294

mardi 20 décembre 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Bordeaux
SectionCour administrative d'appel de Bordeaux
N° DossierCAA33-20BX00294
TypeDécision
Recoursplein contentieux
PublicationC
Formation2ème chambre (formation à 3)
Avocat requérantCB2P AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme B D et la caisse régionale d'assurances mutuelles agricoles d'Oc ont demandé au tribunal administratif de Pau de condamner le centre hospitalier d'Auch à verser à Mme D une somme totale de 129 406,63 euros en réparation des préjudices subis à la suite de sa prise en charge en 2013 au sein de cet établissement de santé et à la caisse régionale d'assurances mutuelles agricoles d'Oc, dénommée depuis société Groupama d'Oc, une somme de 13 405,21 euros au titre de ses débours.

Par un jugement n° 1702129 du 21 novembre 2019, rectifié par ordonnance du 18 décembre 2019, le tribunal administratif de Pau a condamné le centre hospitalier d'Auch à verser à Mme D une somme de 44 602,60 euros, dont il a déduit la provision de 20 000 euros versée par la société Groupama d'Oc au titre d'un contrat d'assurance " garantie des accidents de la vie ". Il a également condamné le centre hospitalier à verser d'une part à la société Groupama d'Oc une somme de 9 986,03 euros et d'autre part à la caisse de mutualité sociale agricole de Midi Pyrénées sud une somme de 24 233,53 euros en remboursement de ses débours ainsi qu'une somme de 1 080 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion. Le tribunal a également mis à la charge du centre hospitalier d'Auch une somme de 1 000 euros au titre des frais d'expertise et a rejeté le surplus des conclusions des parties.

Procédure devant la cour :

Par une requête, un mémoire rectificatif et des mémoires, enregistrés le 21 janvier 2020, le 20 mars 2020, le 26 novembre 2021 et le 22 décembre 2021, Mme D et la caisse régionale d'assurances mutuelles agricoles d'Oc, représentées par la SELARL PGTA, demandent à la cour :

1°) de réformer le jugement du tribunal administratif de Pau du 21 novembre 2019 en tant qu'il a limité le montant de l'indemnisation que le centre hospitalier d'Auch a été condamné à verser à Mme D à 24 602,60 euros ;

2°) de condamner le centre hospitalier d'Auch à verser à Mme D la somme de 129 406,63 euros, ainsi qu'à rembourser les frais de santé futurs ;

3°) de condamner le centre hospitalier d'Auch à verser à la société Groupama d'Oc la somme 13 405,21 euros comportant les dépenses de santé futures ;

4°) de mettre à la charge du centre hospitalier d'Auch la somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les dépens.

Elles soutiennent que :

- les préjudices subis doivent être évalués selon la nomenclature Dintilhac, qui a été utilisée par le tribunal de grande instance (TGI) d'Auch dans l'instance dirigée contre le centre de rééducation de Saint-Blancard, ou, à titre subsidiaire, selon les modalités prévues par l'avis du Conseil d'Etat du 4 juin 2007 ;

- après application d'un taux de perte de chance de 50 %, l'indemnisation doit être fixée pour les préjudices patrimoniaux temporaires à 30 156,83 euros s'agissant de la perte de gains professionnels actuels, à 2 186,032 euros au titre des frais divers pris en charge par Groupama, à 1 718,34 euros pour l'assistance par tierce personne et, pour les préjudices patrimoniaux permanents à 10 319,40 euros pour la perte de gains professionnels futurs, à 13 715,44 euros pour les frais d'aménagement du logement, à 3 116,10 euros pour les frais de véhicule adapté, à 29 680,53 euros pour les frais de tierce personne à vie depuis le 30 octobre 2016 ;

- s'agissant des préjudices extrapatrimoniaux, le centre hospitalier doit être condamné à verser à Mme D les sommes de 4 778,96 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire, 11 700 euros au titre des souffrances endurées, 1 170 euros pour le préjudice esthétique temporaire, 14 625 euros pour le déficit fonctionnel permanent, 2 340 euros pour le préjudice esthétique permanent, 3 900 euros pour le préjudice d'agrément ;

- la somme de 7 800 euros devra être versée à la société Groupama d'Oc en remboursement de la somme versée à Mme D au titre de l'assurance " garantie des accidents de la vie " ;

- la créance de la Mutualité sociale agricole (MSA) au titre des frais de kinésithérapie exposés depuis la consolidation s'élève à 2 057 euros.

Par un mémoire enregistré le 15 juin 2020, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM), représenté par le cabinet Birot Ravaut et associés, demande que soit prononcée sa mise hors de cause.

Il fait valoir que le préjudice indemnisable de Mme D est exclusivement imputable à un retard de prise en charge.

Par des mémoires enregistrés les 28 juillet 2020, 22 décembre 2021 et 4 janvier 2022, la Mutualité sociale agricole (MSA) Midi Pyrénées sud, représentée par le cabinet CB2P, demande dans le dernier état de ses écritures :

1°) la réformation du jugement en tant qu'il a limité l'indemnisation versée à Mme D ;

2°) la condamnation du centre hospitalier d'Auch à lui verser la somme de 62 137,25 euros en remboursement de l'intégralité des prestations versées à son assurée sociale, assortie des intérêts au taux légal à compter de l'arrêt à intervenir ;

3°) la mise à la charge du centre hospitalier d'Auch des sommes de 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, 1 114 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion et 13 euros au titre des frais de plaidoirie, ainsi que des entiers dépens.

Elle fait valoir que sa créance, dont le montant a été définitivement arrêté au 21 mai 2019, s'élève à 53 650,52 euros au titre des dépenses de santé actuelles et à 8 486,73 euros au titre des dépenses de santé futures.

Par deux mémoires en défense enregistrés les 23 septembre 2020 et 6 janvier 2022, le centre hospitalier d'Auch, représenté par Me Le Prado, conclut au rejet de la requête et des conclusions de la MSA Midi Pyrénées Sud.

Il fait valoir que :

- la perte de gains professionnels actuels ou futurs découle de la mise à la retraite de Mme D et est sans lien avec la faute alléguée ; au demeurant, la demande d'indemnisation est excessive et ne peut être fondée sur l'intégralité du bénéfice annuel dégagé par une exploitation gérée par son gendre ; pour la perte des gains actuels, il y a lieu de déduire le crédit d'impôt dont Mme D a bénéficié au titre des dépenses d'aide par tierce personne ; la perte de gains futurs n'est pas justifiée ;

- la requérante ne justifie pas de la somme demandée au titre de l'assistance par une tierce personne avant la date de consolidation, dès lors notamment qu'elle a perçu l'allocation personnalisée d'autonomie ; il en va de même pour l'assistance par tierce personne pour la période postérieure à la date de consolidation ; en outre, la requérante ne démontre pas devoir recourir à l'aide d'une personne spécialisée, dont le coût horaire est plus élevé ;

- l'aménagement de sa cuisine et le remplacement des menuiseries sont sans lien avec son état séquellaire ; en outre, elle ne justifie pas de la nécessité de recourir à une entreprise de gros œuvre pour l'aménagement de sa salle de bain ;

- elle n'est pas fondée à demander le remboursement de l'acquisition d'une voiture, seul le surcoût d'un véhicule doté d'une boîte automatique peut être pris en charge ;

- sa demande au titre du déficit fonctionnel temporaire, fondée sur une base journalière de 23 euros, est excessive ;

- les premiers juges ont correctement apprécié l'indemnisation au titre du déficit fonctionnel permanent, ainsi que celles au titre du préjudice esthétique et du préjudice d'agrément ;

- Mme D est irrecevable à demander le versement d'une somme au bénéfice de la société Groupama d'Oc ;

- le rejet de la requête de Mme D entraînera le rejet des prétentions de la MSA Midi Pyrénées Sud.

Par une ordonnance du 6 janvier 2022, la clôture d'instruction a été fixée en dernier lieu au 14 février 2022.

Les parties ont été invitées par la cour, sur le fondement des dispositions de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, à présenter leurs observations sur l'avis contentieux du Conseil d'Etat, du 30 septembre 2022, Hôpitaux universitaires de Strasbourg et autre, n° 460620.

Le centre hospitalier d'Auch a produit deux mémoires enregistrés les 12 et 18 octobre 2022 par lesquels il persiste dans ses conclusions.

Mme D a produit un mémoire enregistré le 14 octobre 2022 par lequel elle rectifie ses conclusions indemnitaires précédentes en demandant 2 205 euros au titre de l'aide par tierce personne pour la période du 4 avril 2014 au 31 décembre 2020 et 29 193,87 euros au titre des frais de tierce personne à vie depuis le 1er janvier 2021.

Par lettre du 3 novembre 2022, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que l'arrêt était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions d'appel de la caisse régionale d'assurances mutuelles agricoles d'Oc présentées pour la première fois dans un mémoire enregistré le 20 mars 2020, soit après l'expiration du délai d'appel.

En réponse à une demande de la cour, Mme D a précisé le 28 novembre 2022 qu'aucune indemnisation complémentaire n'a été versée par Groupama d'Oc au-delà de la provision de 20 000 euros.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code général des impôts ;

- le code de la santé publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C A,

- les conclusions de Mme Kolia Gallier, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D, alors âgée de 60 ans, a été hospitalisée du 15 au 30 juin 2013 au centre hospitalier d'Auch en raison d'une diminution globale de la force motrice des membres inférieurs, associée à une perte de sensibilité. Un diagnostic de myélite étendue cervico-dorsale a alors été posé et une corticothérapie mise en place. Lors de son retour à domicile après un séjour au centre de rééducation fonctionnelle de Saint-Blancard, et alors qu'elle avait arrêté la cortisone depuis quarante-huit heures, Mme D a connu une importante dégradation de ses fonctions motrices qui a justifié une nouvelle hospitalisation du 30 juillet au 7 août 2013 dans le service de neurologie du centre hospitalier d'Auch, suivie d'un nouveau séjour jusqu'au 22 octobre 2013 au centre de rééducation fonctionnelle. Face à l'évolution défavorable de son état de santé, elle a été admise une troisième fois dans le service de neurologie du centre hospitalier. Une IRM médullaire réalisée le 24 octobre 2013 a permis de diagnostiquer une fistule durale. Mme D a alors été transférée le 29 octobre suivant au centre hospitalier universitaire (CHU) de Toulouse pour une artério-embolisation en urgence en vue d'arrêter l'épanchement. Elle a pu regagner son domicile le 4 avril 2014 tout en gardant des séquelles caractérisées par un déficit sensitif épicritique des deux membres inférieurs avec paraplégie partielle, des contractures musculaires et une marche difficile. Estimant avoir fait l'objet d'une prise en charge inadaptée par le centre hospitalier d'Auch, Mme D a sollicité auprès du juge des référés du tribunal administratif de Pau la désignation d'un expert. Au vu du rapport rendu le 30 janvier 2017, concluant à un retard de diagnostic à l'origine d'une perte de chance de 50 % d'éviter l'aggravation de son état, Mme D a saisi le centre hospitalier d'Auch et son assureur, la société hospitalière des assurances mutuelles (SHAM), d'une demande d'indemnisation de ses préjudices. Elle a estimé que l'offre qui lui a été faite était insuffisante.

2. Mme D a alors saisi le tribunal administratif de Pau d'une demande de condamnation du centre hospitalier d'Auch à lui verser une somme de 129 406,63 euros. Son assureur, la caisse régionale d'assurances mutuelles agricoles d'Oc, devenue la société Groupama d'Oc, subrogé dans les droits de la victime à hauteur des sommes qu'il lui a versées, a également sollicité la condamnation de cet établissement de santé à lui verser une somme de 13 405,21 euros. Par jugement du 21 novembre 2019, le tribunal a condamné le centre hospitalier d'Auch à verser à Mme D une somme de 44 602,60 euros, dont il a déduit la provision de 20 000 euros versée par la société Groupama d'Oc au titre d'un contrat d'assurance " garantie des accidents de la vie ". Il a également condamné le centre hospitalier à verser, d'une part, à la société Groupama d'Oc une somme de 9 986,03 euros et, d'autre part, à la caisse de mutualité sociale agricole de Midi Pyrénées sud une somme de 24 233,53 euros en remboursement de ses débours, ainsi qu'une somme de 1 080 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion. Le tribunal a en outre mis à la charge du centre hospitalier d'Auch une somme de 1 000 euros au titre des frais d'expertise. Mme D et son assureur relèvent appel de ce jugement en tant qu'il a limité le montant de l'indemnisation. La caisse de sécurité sociale demande également la réformation du jugement afin d'obtenir une indemnité plus importante.

Sur les conclusions de l'ONIAM tendant à sa mise hors de cause :

3. Il ne résulte pas de l'instruction que les préjudices dont Mme D demande la réparation puissent être regardés comme directement imputables à un acte de prévention, de diagnostic ou de soins au sens du II de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique. Par suite, l'indemnisation du dommage ne saurait être mise à la charge de l'ONIAM au titre de la solidarité nationale, et celui-ci doit être mis hors de cause comme il le demande.

Sur la recevabilité des conclusions présentées par la caisse régionale d'assurances mutuelles agricoles d'Oc :

4. En application des dispositions de l'article R. 811-2 du code de justice administrative, le délai d'appel est de deux mois. En l'espèce, le jugement attaqué a été notifié à la caisse régionale d'assurances mutuelles agricoles d'Oc, l'assureur de Mme D, le 22 novembre 2019. Même s'il a fait l'objet le 18 décembre 2019 d'une ordonnance de rectification d'erreur matérielle portant sur l'identification de la caisse de sécurité sociale, qui a été notifiée le 23 décembre 2019, les conclusions d'appel présentées pour la première fois par la caisse régionale d'assurances mutuelles agricoles d'Oc dans un mémoire enregistré au greffe de la cour le 20 mars 2020 sont tardives et comme telles, irrecevables.

Sur la responsabilité :

5. La responsabilité du centre hospitalier d'Auch en raison d'un retard de diagnostic et de prise en charge adaptée des douleurs rachidiennes aiguës dont Mme D se plaignait n'est pas contestée, non plus que la perte de chance de 50 % qui en est résultée, et pas davantage l'imputabilité des dommages à cette faute à hauteur de 78 %, le solde relevant, selon l'expert, du centre de rééducation qui a également tardé à réorienter la patiente vers une prise en charge hospitalière.

Sur les préjudices :

En ce qui concerne les préjudices temporaires :

S'agissant des préjudices patrimoniaux :

6. En premier lieu, Mme D, qui a été admise à la retraite le 22 juin 2013 soutient qu'elle avait l'intention de poursuivre son activité d'appoint de gavage de canards afin de compléter le montant réduit de sa retraite d'agricultrice. Il ressort des documents qu'elle produit qu'elle gavait 300 canards par an et que la marge nette par canard pour les producteurs de produits frais en vente directe est de 4,03 euros. Dans ces conditions, le préjudice de pertes de gains professionnels avant la consolidation fixée au 30 octobre 2016 peut être fixé à 3 627 euros. Toutefois, par jugement du 15 mai 2019, le tribunal de grande instance d'Auch, saisi par Mme D d'une demande tendant à la condamnation du centre de rééducation fonctionnelle à réparer les préjudices nés de ses propres fautes, lui a alloué, pour ce chef de préjudice, la somme de 4 256,28 euros. Par suite, le préjudice subi a déjà été entièrement indemnisé.

7. En second lieu, il résulte de l'instruction que les frais de santé, relatifs notamment à l'achat de cannes anglaises, d'un fauteuil ou de bas de contention, ont été pris en charge dans leur intégralité par la mutualité sociale agricole et par la caisse régionale d'assurances mutuelles agricoles d'Oc. Mme D, qui n'établit pas avoir supporté un reste à charge, n'est pas fondée à solliciter une indemnisation à ce titre.

8. En troisième lieu, il résulte du rapport d'expertise que Mme D a nécessité, à compter de son retour à domicile le 4 avril 2014, l'assistance d'une tierce personne à raison de quatre heures par semaine, soit dix-huit heures par mois, pour effectuer des tâches ménagères, les courses et les déplacements comportant le port de charges. En retenant un coût horaire de 13,38 euros correspondant au coût horaire moyen du salaire minimum au cours de cette période, majoré afin de tenir compte des cotisations sociales et des congés payés, le coût de ce besoin d'assistance peut être évalué à 7 778 euros. Compte tenu du taux de perte de chance et de la part de responsabilité du centre hospitalier dans le dommage, le montant du préjudice que ce dernier pourrait être condamné à verser à Mme D s'élève à 3 033,42 euros.

9. Il résulte de l'instruction que durant les onze premiers mois, Mme D doit être regardée comme ayant assumé seule l'emploi d'une aide-ménagère. Elle a ensuite bénéficié, pour ce besoin d'assistance, de l'allocation personnalisée d'autonomie à hauteur de onze heures par mois à compter du 1er mars 2015 pour un montant de 122,68 euros, soit une somme totale de 1 717,52 euros. Contrairement à ce qu'elle soutient, cette aide du conseil général, qui est précisément destinée à compenser le coût des services nécessaires en cas de perte d'autonomie, doit être prise en compte pour déterminer le préjudice subi, alors même qu'elle n'ouvre pas droit à un recours subrogatoire pour le département.

10. En tenant compte du versement de cette allocation personnalisée d'autonomie, Mme D peut prétendre à la somme de 1 315,90 euros.

S'agissant des préjudices extrapatrimoniaux :

11. En premier lieu, Mme D a connu une période d'invalidité totale du 30 juillet 2013 au 4 avril 2014, correspondant aux huit mois et six jours d'hospitalisation, et des périodes d'une invalidité qui peut être évaluée, selon le rapport d'expertise, à 50 % du 4 avril 2014 au 17 octobre 2016 et à 25 % du 17 au 30 octobre 2016. Le préjudice lié au déficit fonctionnel temporaire qui en est résulté, sur la base de 600 euros par mois, doit être porté de la somme de 7 500 euros, retenue par les premiers juges, à 14 200 euros. Compte tenu du taux de perte de chance et de la part de responsabilité du centre hospitalier dans le dommage, Mme D est fondée à demander une indemnité de 5 538 euros.

12. En deuxième lieu, les souffrances endurées ont été évaluées à cinq sur une échelle de sept, compte tenu de la durée totale des hospitalisations (huit mois), de la longue rééducation, des douleurs des membres inférieurs, des dorsalgies et de l'hypoesthésie périnéale. Il a été fait une juste appréciation de ce préjudice par les premiers juges en retenant la somme de 14 000 euros. Compte tenu du taux de perte de chance et de la part de responsabilité du centre hospitalier dans le dommage, Mme D est fondée à obtenir la somme de 5 460 euros.

13. En troisième lieu, le préjudice esthétique temporaire a été évalué à trois sur une échelle de sept en raison de la nécessité de deux cannes ou d'un fauteuil roulant pour se déplacer. Le préjudice en résultant peut être évalué à 4 000 euros. Compte tenu du taux de perte de chance et de la part de responsabilité du centre hospitalier dans le dommage, la somme de 1 560 euros doit être allouée à Mme D.

En ce qui concerne les préjudices permanents :

S'agissant des préjudices patrimoniaux :

14. En premier lieu, si Mme D soutient qu'elle avait l'intention de poursuivre son activité d'appoint de gavage de canards jusqu'à ses 70 ans, la poursuite de cette activité, réputée physique, est purement hypothétique, de sorte que la réalité du préjudice allégué relatif à une perte de gains professionnels futurs n'est pas établie, alors au surplus que rien ne permet d'assurer le maintien des marges des agriculteurs dans un contexte de risques de grippe aviaire récurrents.

5. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que Mme D a dû réaménager sa salle de bains compte tenu de son handicap. Bien qu'ayant déclaré à l'expert que sa famille avait réalisé ces travaux avant son retour à domicile, il ressort des pièces produites, plus particulièrement des factures d'août 2013, qu'elle a exposé, compte tenu de l'ampleur des travaux, 2 400 euros pour le gros œuvre, somme à laquelle s'ajoutent 3 464,04 euros pour les matériaux et 1 526,36 euros pour la plomberie, soit un total de 7 390 euros. En revanche, il n'est pas établi que les frais d'aménagement de sa cuisine, pour un montant total de 18 088,94 euros exposés en janvier 2017, soit près de trois ans après son retour à domicile, ou les frais de changement des menuiseries, notamment des menuiseries extérieures, soient en lien direct avec la faute commise par le centre hospitalier. Par suite, le préjudice subi par Mme D s'agissant des frais d'aménagement de son logement doit être fixé à 7 390 euros. Compte tenu du taux de perte de chance et de la part de responsabilité du centre hospitalier dans le dommage, ce dernier doit verser à Mme D une indemnité de 2 882,10 euros.

16. En troisième lieu, il résulte de l'instruction et notamment de l'expertise qu'eu égard à son handicap, Mme D n'a pu reprendre la conduite automobile qu'avec un véhicule doté d'une boîte automatique. Seul le surcoût que représente cet équipement peut être indemnisé, et non la totalité du coût du véhicule, même acheté d'occasion. Le centre hospitalier ne conteste pas l'évaluation faite par le tribunal de ce surcoût à hauteur de 1 000 euros. Compte tenu du taux de perte de chance et de la part de responsabilité du centre hospitalier dans le dommage, une somme de 390 euros doit être mise à la charge du centre hospitalier.

17. En quatrième lieu, il résulte du rapport d'expertise que, postérieurement à la consolidation de son état de santé, Mme D doit bénéficier d'une aide ménagère à vie pour un volume horaire évalué à quatre heures par semaine, soit dix-huit heures par mois.

18. Durant la période courant du 30 octobre 2016 à la date du présent arrêt, eu égard au coût horaire moyen de 14,18 euros, correspondant au coût horaire moyen du salaire minimum au cours de cette période, majoré afin de tenir compte des cotisations sociales et des congés payés, ce besoin peut être évalué à 19 666 euros. Compte tenu du taux de perte de chance et de la part de responsabilité du centre hospitalier dans le dommage, le montant du préjudice que ce dernier pourrait être condamné à verser s'élève à 7 669,74 euros.

19. Au cours de cette période, l'intéressée a perçu l'allocation personnalisée d'autonomie pour un montant de 122,68 euros jusqu'au 31 août 2018, 196,97 euros du 1er septembre 2018 au 31 mars 2019, 214,96 euros du 1er avril 2019 au 31 août 2021 et 269,97 euros à compter du 1er septembre 2021, soit un montant total de 14 539 euros. Elle a également bénéficié du crédit d'impôt pour l'emploi d'un salarié à domicile, pour un montant total de 987 euros. Les prestations perçues par Mme D étant d'un montant supérieur au préjudice à indemniser, elle n'est pas fondée à solliciter une indemnité pour la période échue.

20. S'agissant des préjudices futurs, il apparaît équitable de décider une réparation sous forme de capital. Le préjudice peut être évalué à la somme de 3 200 euros par an. Le montant de l'allocation personnalisée d'autonomie à percevoir chaque année pouvant être fixé à 2 366 euros, il reste à la charge de Mme D la somme de 834 euros. Compte tenu de l'euro de rente viagère, résultant du barème de capitalisation 2018 de la Gazette du Palais, qui est de 17,873 pour une femme de 69 ans à la date du présent arrêt, le montant du préjudice s'élève à 14 906 euros. La somme de 5 813 euros peut donc être mise à la charge du centre hospitalier d'Auch compte tenu du taux de perte de chance et de sa part de responsabilité.

S'agissant des préjudices extrapatrimoniaux :

21. En premier lieu, l'invalidité dont reste atteinte Mme D a été évaluée à 25 % du fait d'une para-parésie avec une marche nécessitant l'usage de cannes et l'intervention d'une aide pour le ménage et le port de charges, des troubles sensitifs et mictionnels légers. Dans ces conditions, le préjudice lié au déficit fonctionnel permanent peut être évalué à 28 500 euros. Compte tenu du taux de perte de chance et de la part de responsabilité du centre hospitalier dans le dommage, Mme D est fondée à demander une somme de 11 115 euros à ce titre.

22. En deuxième lieu, le préjudice esthétique permanent a été évalué à trois sur une échelle de sept en raison de la nécessité de recourir à l'aide de cannes ou d'un fauteuil pour se déplacer. Ce préjudice peut être fixé à 4 000 euros. Compte tenu du taux de perte de chance et de la part de responsabilité du centre hospitalier dans le dommage, une somme de 1 560 euros doit être mise à la charge de ce dernier.

23. En troisième lieu, Mme D soutient ne plus pouvoir faire les magasins, ni s'occuper de ses petits-enfants âgés de quatre ans et six mois. Les premiers juges ont fait une suffisante appréciation de ce préjudice d'agrément, qui n'est pas contesté en défense, en l'évaluant à la somme de 1 500 euros. Compte tenu du taux de perte de chance et de la part de responsabilité du centre hospitalier dans le dommage, une indemnité de 585 euros doit être versée à Mme D.

24. Il résulte de ce qui précède que, sur le montant total des préjudices subis par Mme D qui s'élève à 58 470 euros, la part incombant au centre hospitalier est de 36 219 euros. Mme D a bénéficié d'une provision versée par son assureur au titre du contrat " garantie des accidents de la vie " d'un montant de 20 000 euros. Le tribunal de grande instance, statuant sur la responsabilité du centre de rééducation fonctionnelle, a tenu compte de cette provision, et, estimant que le préjudice indemnisable par ce dernier s'élevait à 14 290,48 euros, a condamné l'établissement à verser cette somme à Groupama. Par suite, le montant de la provision versée par l'assureur à Mme D qui n'a pas déjà été pris en compte lors du litige devant le juge judiciaire s'élève à 5 709,52 euros, qu'il y a lieu de déduire de l'indemnisation due par le centre hospitalier d'Auch.

25. Il résulte de tout ce qui précède que la somme que le tribunal a condamné le centre hospitalier d'Auch à verser à Mme D doit être portée à 30 509,48 euros.

Sur les droits de la caisse de sécurité sociale :

26. Ainsi qu'il a été dit au point 5, ni la responsabilité du centre hospitalier, retenue à hauteur de 78 %, ni la perte de chance de 50 % qui résulte de la faute commise ne sont contestées. Il résulte des relevés de débours produits par la Mutualité sociale agricole (MSA) Midi-Pyrénées sud que cette dernière a exposé un montant total de 62 137,25 euros pour la prise en charge de Mme D. Dans ces conditions, les premiers juges ont fait une exacte appréciation de la part des débours imputable au centre hospitalier en allouant à la MSA la somme de 24 233,53 euros.

27. La MSA Midi-Pyrénées sud, qui n'obtient pas en appel de majoration de la somme allouée par les premiers juges au titre de ses débours, n'est pas fondée à demander une actualisation du montant de l'indemnité forfaitaire de gestion.

Sur les frais liés au litige :

28. En premier lieu, il ressort du jugement attaqué que les frais d'expertise liquidés et taxés à la somme de 1 000 euros ont été mis à la charge du centre hospitalier d'Auch. Par suite, les conclusions d'appel de Mme D et celles de la MSA Midi-Pyrénées tendant à ce que l'établissement hospitalier soit condamné aux dépens sont dépourvues d'objet.

29. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge du centre hospitalier d'Auch une somme de 1 500 euros à verser à Mme D sur le fondement des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative. Il n'y a en revanche pas lieu de faire droit à la demande présentée sur le même fondement par la Mutualité sociale agricole Midi-Pyrénées sud.

DECIDE :

Article 1er : L'ONIAM est mis hors de cause.

Article 2 : La somme que le centre hospitalier d'Auch a été condamné à verser à Mme D est portée de 24 602,60 euros à 30 509,48 euros.

Article 3 : Le jugement du tribunal administratif de Pau du 21 novembre 2019 est réformé en ce qu'il a de contraire à l'article 2 du présent arrêt.

Article 4 : Le centre hospitalier d'Auch versera à Mme D une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 6 : Le présent arrêt sera notifié à Mme B D, à la société Groupama d'Oc, au centre hospitalier d'Auch, à la Mutualité sociale agricole Midi Pyrénées sud et à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales.

Délibéré après l'audience du 29 novembre 2022 à laquelle siégeaient :

Mme Catherine Girault, présidente,

Mme Anne Meyer, présidente assesseure,

M. Olivier Cotte, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 20 décembre 2022.

Le rapporteur,

Olivier A

La présidente,

Catherine Girault

La greffière,

Virginie Guillout

La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de la prévention en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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