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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA33-20BX00550

Cour administrative d'appel de Bordeaux — Décision N° CAA33-20BX00550

jeudi 7 avril 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Bordeaux
SectionCour administrative d'appel de Bordeaux
N° DossierCAA33-20BX00550
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
Formation1ère chambre - formation à 3
Avocat requérantLE CORNO CABINET JURIPUBLICA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B A a demandé au tribunal administratif de Pau d'annuler l'arrêté du 20 mars 2018 par lequel le recteur de l'académie de Bordeaux lui a infligé la sanction d'exclusion temporaire de fonctions de quinze jours, assortie d'un sursis de sept jours.

Par un jugement n° 1801194 du 27 novembre 2019, le tribunal administratif de Pau a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 17 février 2020, le 1er octobre 2021 et le 4 mars 2022, M. A, représenté par Me Le Corno, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du tribunal administratif de Pau du 27 novembre 2019 ;

2°) d'annuler l'arrêté du recteur de l'académie de Bordeaux du 20 mars 2018 ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les faits qui lui sont reprochés, à savoir son comportement lors de la réunion du 18 décembre 2017 et le contenu du courrier du 15 janvier 2018 adressé au préfet de région et du courrier du même jour adressé au recteur de l'académie de Bordeaux, ne caractérisaient pas une faute ;

- il doit être regardé comme un lanceur d'alerte au sens des dispositions de l'article 6 de la loi du 9 décembre 2016 relative à la transparence, à la lutte contre la corruption et à la modernisation de la vie économique, dès lors que ses allégations sont étayées ;

- la sanction qui lui a été infligée est disproportionnée, alors qu'il a agi de bonne foi et présente une carrière exemplaire ;

- le recteur a méconnu le principe du contradictoire, dès lors que la décision en litige se fonde sur le rapport d'incident de la proviseure du lycée du 22 décembre 2017, qui ne figure pas dans son dossier administratif et n'a pas été évoqué lors du conseil de discipline.

Par un mémoire en défense enregistré le 29 janvier 2022, la rectrice de l'académie de Bordeaux conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens de M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- la loi n° 2016-1691 du 9 décembre 2016 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Charlotte Isoard,

- les conclusions de M. Romain Roussel, rapporteur public,

- et les observations de Me Marcel, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, professeur de génie mécanique, était affecté dans un lycée professionnel depuis le 1er septembre 2002. Par un arrêté du 20 mars 2018, le recteur de l'académie de Bordeaux lui a infligé la sanction d'exclusion temporaire de ses fonctions pour une durée de quinze jours, assortie d'un sursis de sept jours. M. A relève appel du jugement du 27 novembre 2019 par lequel le tribunal administratif de Pau a rejeté sa demande tendant à l'annulation de l'arrêté du 20 mars 2018.

2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que la proviseure du lycée professionnel où M. A était affecté a transmis au recteur de l'académie de Bordeaux un courrier du 22 décembre 2017 dans lequel elle relatait la réunion du 18 décembre 2017, ainsi qu'un rapport d'incident concernant M. A faisant état de l'attitude de ce dernier au cours de cette réunion du 18 décembre 2017. Si M. A soutient qu'il n'a pas eu connaissance du rapport d'incident du 22 décembre 2017, son courrier du 15 janvier 2018 adressé au recteur de l'académie de Bordeaux fait référence à ce rapport et en critique le contenu, tandis qu'il ressort du procès-verbal de la commission administrative paritaire des professeurs de lycée professionnel siégeant en formation disciplinaire du 19 mars 2018 que M. A s'est expliqué, au cours de la séance, sur le déroulement de la réunion du 18 décembre 2017, reconnaissant notamment qu'il n'avait " pas su employer les formes exigées ". Par ailleurs, le courrier du 5 mars 2018 d'engagement de la procédure disciplinaire envoyé à l'intéressé faisait explicitement référence à ce rapport. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des droits de la défense doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'article 6 ter A de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires dispose : " () Aucun fonctionnaire ne peut être sanctionné ou faire l'objet d'une mesure discriminatoire, directe ou indirecte, pour avoir signalé une alerte dans le respect des articles 6 à 8 de la loi n° 2016-1691 du 9 décembre 2016 relative à la transparence, à la lutte contre la corruption et à la modernisation de la vie économique. / Toute disposition ou tout acte contraire est nul de plein droit. ()". Et aux termes de l'article 6 de la loi du 9 décembre 2016 relative à la transparence, à la lutte contre la corruption et à la modernisation de la vie économique : " Un lanceur d'alerte est une personne physique qui révèle ou signale, de manière désintéressée et de bonne foi, un crime ou un délit, une violation grave et manifeste d'un engagement international régulièrement ratifié ou approuvé par la France, d'un acte unilatéral d'une organisation internationale pris sur le fondement d'un tel engagement, de la loi ou du règlement, ou une menace ou un préjudice graves pour l'intérêt général, dont elle a eu personnellement connaissance. () ".

4. M. A a fait part au recteur de l'académie de Bordeaux et au préfet de région, dans ses deux courriers du 15 janvier 2018, de ses suspicions quant à la régularité de la passation d'un marché, au motif que la proviseure refusait de lui communiquer les devis concernant ce contrat, lequel portait sur une somme de moins de 5 000 euros. Toutefois, les doutes personnels de l'intéressé, qui ne sauraient être assimilés à des éléments concrets, ne peuvent être regardés comme le signalement d'un crime ou d'un délit ou de la violation grave et manifeste de la loi ou du règlement dont il aurait eu personnellement connaissance. Ainsi, M. A ne peut être qualifié de lanceur d'alerte au sens de l'article 6 de la loi du 9 décembre 2016, contrairement à ce qu'il soutient. Par suite, le requérant ne saurait se prévaloir de ce statut pour contester la légalité de la sanction qui lui a été infligée.

5. Enfin, aux termes de l'article 66 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique d'Etat : " Les sanctions disciplinaires sont réparties en quatre groupes. / Premier groupe : - l'avertissement ; - le blâme ; - l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée maximale de trois jours. / Deuxième groupe : - la radiation du tableau d'avancement ; - l'abaissement d'échelon à l'échelon immédiatement inférieur à celui détenu par l'agent ; - l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de quatre à quinze jours ; - le déplacement d'office. () "

6. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de conclusions en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et, lorsque le moyen est soulevé par le requérant, si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.

7. Il ressort des pièces du dossier que le 18 décembre 2017, alors qu'une réunion portant sur le projet " Erasmus + " du lycée débutait, M. A a reproché à la proviseure du lycée de ne pas avoir convié un certain nombre de personnes à cette réunion et, malgré les explications de cette dernière, a continué de l'incriminer de manière virulente, ainsi qu'en témoignent les attestations versées au dossier par le requérant lui-même, ce qui a conduit à ce que la proviseure mette fin à cette réunion. Par ailleurs, M. A a adressé le 15 janvier 2018 un courrier au préfet de région mettant en cause la proviseure du lycée dont l'attitude pouvait, selon lui, dissimuler des irrégularités de passation d'un marché public au sein de l'établissement. Enfin, M. A a adressé le même jour un courrier de six pages au recteur de l'académie de Bordeaux dont l'objet était de remettre en cause la gestion de la proviseure du lycée professionnel, contenant, outre des accusations d'ordre divers, des attaques directes formulées envers elle, en des termes irrespectueux et outranciers. Les explications apportées par M. A sur le contenu de ces courriers et les témoignages qu'il produit à leur soutien ne sauraient justifier la virulence de ses propos ou leur caractère calomnieux. Par suite, le recteur de l'académie de Bordeaux a pu à bon droit estimer que ces faits, qui, ainsi que l'ont relevé les premiers juges, avaient pour objet de jeter le discrédit sur la supérieure hiérarchique du requérant, notamment au-delà de sa propre hiérarchie, caractérisent une faute de nature à justifier une sanction.

8. Par ailleurs, les faits reprochés à M. A caractérisent un manquement à l'obligation de loyauté, laquelle comporte une obligation de respect de sa hiérarchie, et ont porté atteinte à la réputation du lycée professionnel auquel il était affecté. Si le requérant fait valoir qu'il n'a jamais fait l'objet d'aucune sanction et qu'il était de bonne foi, il ressort des pièces du dossier qu'il avait déjà porté des accusations présentant un caractère infamant à l'égard de la proviseure de l'établissement. Dans ces conditions, la sanction d'exclusion de quinze jours, dont sept avec sursis, qui relève du deuxième groupe des sanctions disciplinaires, doit être regardée comme proportionnée à la gravité des faits.

9. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Pau a rejeté sa demande. Sa requête doit par suite être rejetée, y compris les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à M. B A et au ministre de l'éducation nationale, de la jeunesse et des sports.

Délibéré après l'audience du 10 mars 2022 à laquelle siégeaient :

Mme Marianne Hardy, présidente,

Mme Fabienne Zuccarello, présidente-assesseure,

Mme Charlotte Isoard, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 avril 2022.

La rapporteure,

Charlotte IsoardLa présidente,

Marianne Hardy

La greffière,

Sylvie Hayet

La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale, de la jeunesse et des sports en ce qui le concerne, et à tous huissiers de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt.

N°20BX00550

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