mercredi 13 juillet 2022
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| Section | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| N° Dossier | CAA33-20BX01050 |
| Type | Décision |
| Recours | excès de pouvoir |
| Formation | 3ème chambre (formation à 3) |
| Avocat requérant | CASANOVA |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. C B a demandé au tribunal administratif de la Guadeloupe d'annuler la décision du 11 avril 2018 par laquelle la directrice générale du centre régional des œuvres universitaires et scolaires (CROUS) des Antilles et de la Guyane lui a infligé la sanction de licenciement ainsi que la décision de rejet implicite de son recours gracieux.
Par un jugement n° 1800968 du 28 janvier 2020, le tribunal a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête et un mémoire enregistré le 20 mars 2020 et le 27 juillet 2021, M. B, représenté par Me Guillaud, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement n° 1800968 du tribunal ;
2°) d'annuler la décision de licenciement du 11 avril 2018 et la décision de rejet de son recours gracieux ;
3°) d'enjoindre au CROUS des Antilles et de la Guyane de le réintégrer dans ses effectifs dans le délai de deux mois à compter de la notification de la décision à intervenir ;
4°) de mettre à la charge du CROUS des Antilles et de la Guyane la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient, en ce qui concerne la recevabilité de sa demande de première instance, que :
- sa requête n'est pas tardive dès lors qu'elle a été présentée dans le délai de recours contentieux, lequel a été prorogé par son recours gracieux ;
- son avocat n'avait pas à justifier d'un mandat pour adresser en son nom le recours gracieux ;
- il a repris dans ses conclusions devant le tribunal les demandes formulées dans son recours gracieux ;
- il a régularisé sa requête dans le délai que le tribunal lui a imparti ;
- le tribunal n'ayant pas ordonné de cristallisation des moyens, il était recevable à présenter de nouveaux moyens en cours d'instance ;
Il soutient, au fond, que :
- les faits qui lui sont reprochés ne sont pas établis ; il n'est pas responsable de l'intoxication alimentaire survenue à une étudiante le 9 novembre 2017 ; ce seul constat, que le tribunal a reconnu, aurait dû le conduire à annuler la sanction en litige ;
- il n'est pas établi qu'il aurait fourni, lors d'une inspection administrative, un faux document sur les températures de conservation des denrées alimentaires ; en réalité, il n'a fourni aucun document en cette occasion ; le matériel en place était défectueux et il a alerté l'administration sur ce fait ;
- la sanction a été prise dans un contexte de suspicion à son encontre dès lors qu'il a fait l'objet d'accusations de harcèlement sexuel, lesquelles ont pourtant été classées sans suite ;
- la sanction, la plus sévère parmi celles existantes, est disproportionnée.
Par deux mémoires en défense, enregistrés le 26 avril 2021 et le 30 août 2021, le centre régional des œuvres universitaires et scolaires (CROUS) des Antilles et de la Guyane conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de M. B la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient, en ce qui concerne la recevabilité de la demande de première instance, que :
- la requête est tardive dès lors que le délai n'a pas été prorogé par le recours gracieux, lequel a été présenté devant une autorité qui n'était pas compétente pour en connaître ; de plus, ce recours est un faux, le document présenté jetant un doute sur la réalité même du recours que le requérant soutient avoir exercé ; enfin, ce recours a, en tout état de cause, été présenté tardivement ;
- la requête était dirigée contre une décision qui n'existait pas dans l'ordonnancement juridique ;
- la requête était dépourvue de moyens et de conclusions ;
Il soutient, au fond, que tous les moyens de la requête doivent être écartés comme infondés.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le décret n° 86-83 du 17 janvier 1986 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. D A,
- les conclusions de Mme Isabelle Le Bris, rapporteure publique,
- et les observations de Me Hiriart, représentant M. B, et de Me Duverneuil, représentant le Crous des Antilles et de la Guyane.
Considérant ce qui suit :
1. M. B était agent contractuel employé par le centre régional des œuvres universitaires et scolaires (CROUS) des Antilles et de la Guyane comme second de cuisine au restaurant universitaire de Fouillole à Pointe-à-Pitre. Par une décision du 11 avril 2018, la directrice générale du CROUS des Antilles et de la Guyane a prononcé le licenciement de M. B à titre disciplinaire. M. B a demandé au tribunal administratif de la Guadeloupe d'annuler cette sanction ainsi que la décision rejetant implicitement son recours gracieux. Par un jugement rendu le 28 janvier 2020, dont M. B relève appel, le tribunal a rejeté cette demande.
Sur la légalité de la décision du 11 avril 2018 :
2. Aux termes de l'article 43-2 du décret du 17 janvier 1986 relatif aux dispositions générales applicables aux agents contractuels de l'Etat : " Les sanctions disciplinaires susceptibles d'être appliquées aux agents contractuels sont les suivantes : 1° L'avertissement ; 2° Le blâme ; 3° L'exclusion temporaire des fonctions avec retenue de traitement pour une durée maximale de six mois pour les agents recrutés pour une durée déterminée et d'un an pour les agents sous contrat à durée indéterminée ; 4° Le licenciement, sans préavis ni indemnité de licenciement. () ".
3. Pour prendre la sanction de licenciement en litige, la directrice générale du CROUS des Antilles et de la Guyane a retenu que M. B avait commis des manquements graves et répétés ayant porté atteinte à la sécurité sanitaire, qu'il avait produit un faux document à l'occasion d'une visite d'inspection de la sécurité sanitaire des aliments effectuée par l'administration, qu'il avait soutenu devant l'agent inspecteur que les températures de conservation pouvaient être valablement relevées au moyen d'un thermomètre défectueux. Il a également été reproché à M. B d'avoir porté atteinte aux intérêts économiques et financiers du CROUS ainsi qu'une méconnaissance des consignes hiérarchiques.
4. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier, et notamment de sa fiche de poste, que M. B était chargé, en sa qualité de second de cuisine, d'assister et, le cas échéant, de suppléer le chef de cuisine. Sous l'autorité de ce dernier, M. B participait directement à la réalisation des menus et des recettes, coordonnait et encadrait les personnels de cuisine, veillait à l'entretien des matériels et des locaux. Ces missions exigeaient de la part de M. B des connaissances professionnelles spécifiques en matière d'hygiène générale, d'hygiène alimentaire et de reconditionnement, domaines dans lesquels ce dernier a suivi en 2015 une formation comme l'établit son certificat de stage, intitulé " formation HACCP " (" Analyse des dangers et maîtrise des points critiques "), délivré le 15 janvier 2018.
5. Il ressort des pièces du dossier que le 26 janvier 2016, M. B, en réponse à sa demande de reconnaissance d'acquis professionnels, s'est vu reprocher par sa hiérarchie un manque de constance dans la réalisation de ses missions et, notamment, une " application relative des règles d'hygiène ".
6. Par courrier du 12 septembre 2017 adressé au directeur du CROUS, le directeur du site de Fouillole a détaillé plusieurs manquements, qualifiés de " graves ", de M. B aux règles élémentaires d'entretien des matériels, de conservation et de préparation des aliments. C'est pourquoi M. B a été convoqué à un entretien du 6 octobre 2017 au cours duquel il a été rappelé à ses obligations en matière de sécurité sanitaire des aliments.
7. Dans son rapport du 14 novembre 2017, l'agent inspecteur du service de l'alimentation de la direction de l'alimentation, de l'agriculture et de la forêt (DAAF) de la Guadeloupe a relevé que les températures de conservation des denrées alimentaires inscrites sur le document remis ne correspondaient pas aux températures réelles, lesquelles n'étaient pas conformes aux niveaux réglementaires. L'inspectrice a précisé, à cet égard, que les températures avaient été relevées à l'aide d'un thermomètre hors service, puis notées pour reproduire les températures règlementaires, et non pas à la suite de prises réelles. Le rapport conclut à une " non-conformité majeure " en ce qui concerne la maîtrise des conditions et des températures de conservation des denrées alimentaires. M. B était en poste le jour de l'inspection et était responsable, ainsi qu'il a été dit précédemment, de la traçabilité des produits et de la surveillance des températures nécessaires à leur conservation. Il ressort enfin des pièces du dossier que d'autres thermomètres étaient disponibles en cuisine, si bien que M. B n'est pas fondé à soutenir que le service s'est abstenu de mettre à sa disposition un matériel en bon état de marche en dépit de demandes qu'il soutient avoir formulées vainement, sans étayer ses allégations sur ce point.
8. Compte tenu des missions qui lui étaient dévolues, M. B était responsable de la pertinence des informations consignées dans le document consulté par l'agent inspecteur, lequel a constaté que les températures y figurant étaient fausses. A cet égard, l'auteur du rapport a relevé que le thermomètre présent était hors service et avoir entendu M. B lui affirmer que cet appareil fonctionnait, qu'il était en mesure de lire la température alors que, selon l'auteur du rapport, seul le chiffre des unités s'affichait sur l'écran de l'appareil accompagné de deux barres parallèles.
9. Ces éléments, décrits avec précision dans le rapport d'inspection, lequel a été rédigé par un agent assermenté, établissent la matérialité des faits reprochés à M. B. Ainsi qu'il a été dit, ces faits ont succédé à d'autres manquements de l'intéressé à ses obligations de veiller à l'hygiène et à la conservation des denrées alimentaires et des équipements de cuisine. Dans ces conditions, et alors même qu'il n'est pas établi au dossier que l'intoxication alimentaire dont une étudiante a été victime au restaurant universitaire le 8 novembre 2017 serait directement imputable à M. B, le motif qui fonde la sanction en litige, qui ne se réfère pas à l'incident précité mais est tiré des manquements graves et répétés de l'intéressé à la sécurité sanitaire, n'est pas entaché d'inexactitude matérielle.
10. A l'appui de son moyen tiré de ce que l'administration aurait pris en compte, pour le sanctionner, des accusations de harcèlement sexuel dépourvues de fondement, M. B ne se prévaut, devant la cour, d'aucun élément de droit ou de fait nouveau par rapport à son argumentation devant les premiers juges. Il y a lieu d'écarter ce moyen par adoption des motifs pertinents du jugement attaqué.
11. En second lieu, il appartient au juge de l'excès de pouvoir de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.
12. Par leur nature, les faits reprochés à M. B constituent une faute de nature à justifier une sanction disciplinaire. Il doit être, à cet égard, tenu compte des responsabilités assumées par M. B qui, bien qu'agent d'exécution, avait la charge d'encadrer plusieurs personnes et de veiller au respect des règles d'hygiène et de conservation des aliments ainsi que des équipements du restaurant universitaire. Les manquements répétés aux règles de sécurité sanitaire commis par M. B étaient de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ainsi qu'à la réputation du CROUS des Antilles et de la Guyane. Il importe peu, à cet égard, que les notations chiffrées attribuées à M. B en 2014, 2015 et 2016 étaient bonnes, d'autant que ses appréciations littérales étaient plus réservées en ce qui concerne, précisément, sa capacité à s'organiser et à s'impliquer dans ses missions. Dans ces conditions, en décidant le licencier M. B, la directrice générale du CROUS n'a pas pris de sanction disproportionnée.
13. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir opposées à la demande de première instance, que M. B n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de la Guadeloupe a rejeté sa demande d'annulation de la sanction en litige.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
14. Le présent arrêt, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.
Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle aux conclusions présentées par M. B tendant à ce que le défendeur, qui n'est pas la partie perdante à l'instance, lui verse une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire application de ces mêmes dispositions en mettant à la charge de M. B la somme demandée par le CROUS des Antilles et de la Guyane au titre de ces mêmes frais.
DECIDE
Article 1er : La requête n° 20BX01050 de M. B est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par le CROUS des Antilles et de la Guyane au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent arrêt sera notifié à M. C B et au centre régional des œuvres universitaires et scolaires (CROUS) des Antilles et de la Guyane
Délibéré après l'audience du 27 juin 2022 à laquelle siégeaient :
M. Didier Artus, président,
M. Frédéric Faïck, président-assesseur,
M. Manuel Bourgeois, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2022.
Le rapporteur,
Frédéric A
Le président,
Didier Artus
Le greffier,
Anthony Fernandez
La République mande et ordonne à la ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation en ce qui la concerne, et à tous huissiers de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt.
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026