mardi 7 juin 2022
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| Section | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| N° Dossier | CAA33-20BX01353 |
| Type | Décision |
| Recours | plein contentieux |
| Formation | 3ème chambre (formation à 3) |
| Avocat requérant | SELAS D'AVOCATS ATCM DARNET GENDRE ATTAL PELLEGRY |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
La société Urssa S Coop Constructiones Metallicas a demandé au tribunal administratif de Limoges d'annuler la décision du 28 avril 2017 par laquelle le maire de la commune de Limoges a résilié le lot n° 4 " charpente métallique " du marché de travaux portant sur la restructuration du stade municipal de Beaublanc, de condamner in solidum la commune de Limoges et les sociétés d'architecture Ferret et RFR à lui verser la somme de 9 038 351,41 euros ainsi qu'une somme de 100 000 euros à titre de dommages et intérêts.
Par un jugement n° 1700890 du 6 février 2020, le tribunal a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête enregistrée le 16 avril 2020, la société Urssa S Coop Constructiones Metallicas représenté par Me de Gabrielli, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement n° 1700890 du tribunal ;
2°) de prononcer la nullité de la décision du 28 avril 2017 de résiliation du marché ;
3°) de fixer le montant dû par la ville de Limoges à la somme de 16 411 806,03 euros TTC figurant dans son projet de décompte final notifié le 10 août 2016 et de condamner in solidum la ville de Limoges, les sociétés Ferret et RFR à lui verser la somme de 9 581 545,27 euros TTC assortie des intérêts légaux à compter du 10 mai 2016 et des intérêts capitalisés ;
4°) de condamner in solidum les sociétés Ferret et RFR à lui verser la somme de 9 581 545,27 euros TTC assortie des intérêts légaux à compter du 10 mai 2016 et des intérêts capitalisés ;
5°) de condamner in solidum la ville de Limoges, les sociétés Ferret et RFR à lui verser la somme de 100 000 euros à titre de dommages et intérêts ;
6°) de condamner in solidum la ville de Limoges, les sociétés Ferret et RFR à lui verser la somme de 100 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la fin de non-recevoir opposée par la commune et tirée de ce que la requête est irrecevable faute d'avoir été précédée du mémoire en réclamation prévu aux articles 50.1 et 50.3 du CCAG/Travaux doit être écartée dès lors que les dispositions de ces articles ne sont pas applicables en l'espèce ; à la date de la notification de la décision du 28 avril 2017, la société n'était plus titulaire du marché dès lors que les travaux avaient été réceptionnés le 28 juillet 2016 et que le projet de décompte avait été notifié au maître d'œuvre le 10 août 2016 ;
- il appartient à la cour, saisie en tant que juge du contrat, d'apprécier la régularité et le bien-fondé de la décision de résiliation du marché ; si la résiliation est irrégulière ou injustifiée, sans que le principe de la résiliation soit remis en cause, l'entrepreneur a droit à la réparation des préjudices qui en résultent pour lui ;
- ainsi, la décision en litige a été signée par une autorité incompétente dès lors qu'il n'est pas justifié que son auteur ait reçu une délégation de signature de la part du maire ;
- la qualité du signataire de cette décision n'y est pas mentionnée en méconnaissance de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- la notification de la résiliation est irrégulière dès lors qu'elle est fondée sur une décision qui est différente de celle qui a été notifiée ;
- la procédure de résiliation fixée à l'article 46-3-C du cahier des clauses administratives générales (CCAG) n'a pas été respectée dès lors que ni le maître de l'ouvrage ni le maître d'œuvre n'ont convoqué la société à un constat contradictoire établissant le non-respect par la société de ses obligations contractuelles ;
- la résiliation est impossible dès lors que les travaux ont fait l'objet d'une réception, laquelle a mis fin aux relations contractuelles ;
- la résiliation aux torts de la société est infondée dès lors que des fautes ont été commises par la ville de Limoges et par la maîtrise d'œuvre ; ainsi, la maîtrise d'œuvre était chargée de réaliser des études d'exécution ; il s'agissait de la société RFR dont la société Ferret était la mandataire solidaire ; l'auteur de ces études a commis des erreurs et est responsable d'insuffisances dans la réalisation de ses études ; ces erreurs n'ont pas été détectées par la société Ferret et ont été à l'origine de l'interruption du chantier et de coûts supplémentaires ; la maîtrise d'œuvre a cherché à faire prendre en charge la mission d'études d'exécution par la requérante alors qu'elle n'était pas prévue dans son contrat ; un ordre de service n° 2 du 29 octobre 2013 lui a été adressé par le maître d'œuvre Ferret ;
- la ville de Limoges et la maîtrise d'œuvre ont pris une série de mesures injustifiées appliquant des moins-value au marché ainsi de des pénalités ; elles ont de plus refusé de payer les prestations imposées à la société alors qu'elles constituaient des travaux supplémentaires ;
- la ville de Limoges a manqué à ses obligations en tant qu'OPC (ordonnancement, pilotage, coordination) définie à l'article 28-2-3 du CCAG/Travaux ; elle n'a ainsi jamais cherché à se coordonner avec la société pour établir un calendrier détaillé d'exécution ; elle a décidé à plusieurs reprises de prolonger le délai d'exécution du marché sans consulter la société ; il lui appartenait pourtant de le faire et tirer les conséquences de la défaillance de la maîtrise d'œuvre ;
- la ville de Limoges aurait dû tirer les conséquences des erreurs de conception du gros œuvre en décidant d'ajourner les travaux, ce qu'elle n'a pas fait ; elle a finalement été contrainte d'interrompre les travaux pendant plus d'un an sans notifier de décision d'ajournement en méconnaissance de l'article 49.1 du CCAG Travaux ;
- la gestion des ordres de service de prolongation de la durée du chantier par le maître de l'ouvrage et la maîtrise d'œuvre a été fautive ; les notifications de ces ordres de service ont été tardives et révèlent un manquement de la ville à ses obligations OPC ;
- la gestion des opérations de réception a été fautive ; la société a achevé ses prestations en décembre 2015 et a ensuite été confrontée à la passivité de la ville qui aurait dû organiser les opérations de réception ; la société a été contrainte d'adresser à la ville une mise en demeure de faire procéder à cette réception, en vain ;
- la ville et la maîtrise d'œuvre ont commis une faute en n'examinant pas le mémoire en réclamation présenté par la société le 10 août 2016 ; il appartenait pourtant à la commune de prendre une décision sur cette réclamation dans un délai de 45 jours en application de l'article 50.1 du CCAG Travaux ;
- la mission de la maîtrise d'œuvre a été prolongée sans justification en méconnaissance de l'article 13.3.4 du CCAG Travaux ;
- compte tenu des fautes ainsi commises, la société a droit à être indemnisée de l'ensemble des préjudices qui lui a causé la résiliation de son marché ; elle a droit au paiement de la somme de 9 581 545,27 euros TTC représentant le solde de son marché qui ne lui a pas encore été réglé ; elle a droit au paiement de la somme de 100 000 euros à titre de dommages et intérêts en réparation des autres préjudices que lui cause la résiliation du marché.
Par deux mémoires, enregistrés le 13 octobre 2020 et le 14 janvier 2021, la société Les Souscripteurs des Lloyd's de Londres, représentée par Me Mauduy-Dolfi, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de la requérante la somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et à la charge de la société Atelier Ferret la somme de 1 500 euros au titre de ce même article.
Elle soutient que le juge administratif n'est pas compétent pour connaître de l'exécution du contrat d'assurance, de nature privée, qui la lie avec la société ; à titre subsidiaire, que la demande de première instance de la société est irrecevable ; au fond, elle soutient que tous les moyens de la requête doivent être écartés comme infondés.
Par un mémoire, enregistré le 10 novembre 2020, la Mutuelle des Architectes Français, représentée par Me Fliniaux, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de la requérante la somme de 6 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que le juge administratif n'est pas compétent pour connaître de l'exécution du contrat d'assurance, de nature privée, qui la lie avec la société ; au fond, elle soutient que tous les moyens de la requête doivent être écartés comme infondés.
Par un mémoire en défense enregistré le 23 novembre 2020, la ville de Limoges, représentée par Me Symchowitz, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de la requérante la somme de 10 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que la demande de première instance de la société est irrecevable dès lors qu'elle n'a pas respecté la procédure de réclamation préalable prévue aux articles 50.3 et 50.1.1 du CCAG Travaux ; elle soutient que les conclusions à fin d'annulation de la décision de résiliation du 28 avril 2017 sont irrecevables car il n'appartient pas au juge du contrat de se prononcer sur de telles conclusions ; au fond, elle soutient que tous les moyens de la requête doivent être écartés comme infondés.
Par un mémoire en défense enregistré le 23 décembre 2020, la société Atelier d'Architecture Ferret, représentée par Me Darnet, conclut :
1°) au rejet de la requête ;
2°) à ce que la société Urssa S Coop Constructiones Metallicas soit condamnée à lui verser une somme de 20 000 euros à titre de dommages et intérêts ;
3°) à ce que soit mis à la charge de la société Urssa S Coop Constructiones Metallicas une somme de 8 000 euros en application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que tous les moyens de la requête doivent être écartés comme infondés.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
Vu :
- l'arrêté du 8 septembre 2009 portant approbation du cahier des clauses administratives générales applicable aux marchés publics de travaux ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B A,
- les conclusions de Mme Isabelle Le Bris, rapporteure publique,
- et les observations de Me Morice, représentant la commune de Limoges, de Me Lanjou, représentant la société Atelier d'Architecture Ferret, et de Me Gadelle, représentant les souscripteurs des Lloyd's de Londres.
Considérant ce qui suit :
1. En 2012, la commune de Limoges a engagé des travaux de réaménagement et de modernisation du stade du parc municipal de Beaublanc prévoyant la réalisation de quatre nouvelles tribunes d'une capacité de 20 000 places.
2. La maîtrise d'œuvre des travaux a été confiée à un groupement constitué, notamment, par la société Atelier d'Architecture Ferret, mandataire, et la société RFR GmbH BET Structure et Façade, cette dernière ayant sous-traité une partie de ses prestations à la société RFR. La mission Ordonnancement, Pilotage, Coordination (OPC) a été assurée par la ville de Limoges elle-même qui a, par ailleurs, confié le contrôle technique des travaux à la société Veritas. Les travaux ont fait l'objet d'un marché divisé en 23 lots dont le lot n° 4 " charpente -serrurerie " a été attribué à la société Urssa S Coop Constructiones Metallicas par un acte d'engagement signé le 29 octobre 2012 pour un montant de 7 571 140,36 euros HT. Le 30 novembre 2012, la commune de Limoges a notifié à la société Urssa S Coop Constructiones Metallicas un ordre de service de démarrage des travaux.
3. En février 2014, des fissures sont apparues sur les gradins du stade, conduisant la commune de Limoges à rencontrer les différents intervenants aux marchés pour définir des travaux de renforcement du gros œuvre, puis à reporter au 31 décembre 2016 la date de livraison de l'ouvrage.
4. Estimant au contraire avoir achevé ses prestations le 31 décembre 2015, la société Urssa S Coop Constructiones Metallicas a, le 26 mai 2016 puis le 23 juin 2016, mis en demeure le maître d'œuvre et la commune de Limoges de faire procéder aux opérations préalables à la réception des travaux. Par un courrier du 10 août 2016 adressé à la commune, la société a fait savoir qu'en l'absence de réponse à sa mise en demeure, elle était titulaire d'une décision de réception tacite depuis le 28 juillet 2016. A ce courrier du 10 août 2016 était joint un mémoire en réclamation comportant un projet de décompte final fixant à 9 038 351,41 euros HT le montant restant dû à la société. Après avoir été destinataire d'un courrier de la société du 28 septembre 2016 la mettant en demeure de lui notifier un projet de décompte général du marché, la commune de Limoges a rejeté cette demande par une décision du 12 octobre 2016 au motif que les travaux n'avaient pu être réceptionnés en raison de leur inachèvement. Par un ordre de service du 14 décembre 2016, la commune de Limoges a reporté au 30 juin 2018 le délai d'exécution du lot n° 4 avant de mettre en demeure la société Urssa S Coop Constructiones Metallicas, par courrier du 3 février 2017, de reprendre l'exécution de son marché. Enfin, par une décision du 28 avril 2017, l'adjoint au maire de Limoges a prononcé la résiliation du lot n° 4 aux torts de la société.
5. La société Urssa S Coop Constructiones Metallicas a demandé au tribunal administratif de Limoges de " prononcer la nullité " de la décision du 28 avril 2017 et sollicité la condamnation in solidum du maître d'ouvrage et du maître d'œuvre à lui régler la somme de 9 038 351,41 euros TTC au titre du règlement de son marché et la somme de 100 000 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de la résiliation. Elle relève appel du jugement rendu le 6 février 2020 par lequel le tribunal a rejeté ses demandes. Devant la cour, la commune de Limoges conclut au rejet de la requête, tout comme la société Atelier d'Architecture Ferret qui sollicite, par la voie de l'appel incident, la condamnation de la société Urssa S Coop Constructiones Metallicas à lui verser une somme de 20 000 euros à titre de dommages et intérêts.
Sur l'appel principal présenté par la société Urssa S Coop Constructiones Metallicas :
En ce qui concerne l'existence d'une décision de résiliation :
6. Aux termes de l'article 1er du cahier des clauses administratives générales (CCAG) applicable aux marchés de travaux : " Les stipulations du présent cahier des clauses administratives générales (CCAG) s'appliquent aux marchés qui s'y réfèrent expressément. Ces marchés peuvent prévoir de déroger à certaines de ces stipulations. Ces dérogations doivent figurer dans le cahier des clauses administratives particulières (CCAP) qui comporte une liste récapitulative des articles du CCAG auxquels il est dérogé. ". Aux termes de l'article 51 du même CCAG : " Le dernier article du CCAP indique la liste récapitulative des articles du CCAG auxquels il est dérogé. ". Cette obligation n'est pas prescrite à peine de nullité de la dérogation.
7. Ainsi qu'il a été dit, la société Urssa S Coop Constructiones Metallicas, qui estime avoir achevé ses prestations au 31 décembre 2015, a mis en demeure le maître de l'ouvrage, par un courrier du 23 juin 2016 reçu le 27 juin, de faire procéder aux opérations préalables à la réception des travaux dans un délai de trente jours. En se prévalant des dispositions des articles 41.1.1, 41.1.2 et 41.1.3 du CCAG, la société soutient qu'en l'absence de réponse à sa mise en demeure, la réception de ses travaux est tacitement intervenue le 28 juillet 2016.
8. Toutefois, aux termes de l'article 9.3 du cahier des clauses administratives particulières (CCAP), applicable à tous les lots de l'opération de restructuration du stade, y compris, donc, le lot n° 4 en litige : " Par dérogation aux articles 41.1 du CCAG - Travaux : / la réception a lieu à l'achèvement de l'ensemble des travaux (tous lots confondus) ; elle prend effet à la date de cet achèvement () / Le maître d'œuvre aura à charge de provoquer les opérations de réception lorsque l'ensemble des travaux sera achevé. / Pour ce faire il arrêtera une date de réception en concertation avec le maître d'ouvrage. / Postérieurement à cette action la procédure de réception se déroule, simultanément pour tous les lots considérés, comme il est stipulé à l'article 41 du C.C.A.G.-Travaux ".
9. La société Urssa S Coop Constructiones Metallicas soutient que l'article 14 du CCAP, qui récapitule les dérogations apportées aux documents généraux par ce CCAP, ne mentionne pas les articles 41.1.2 et 41.1.3 du CCAG parmi ceux auxquels il est dérogé, et en tire la conséquence que l'article 9.3 précité, qui a pour effet d'empêcher toute réception tant que l'ensemble des lots du marché n'ont pas été achevés, est inapplicable. Toutefois, la seule circonstance que l'article 14 du CCAP ait omis de faire figurer les articles 41.1.2 et 41.1.3 du CCAG dans la liste des articles de ce document auxquels il est dérogé, contrairement aux prévisions de l'article 51 précité du CCAG, est par elle-même sans incidence sur l'application de l'article 9.3 du CCAP qui, pour sa part, déroge explicitement à la procédure de réception résultant du CCAG. Il en résulte que le fait, à le supposer établi, que la société Urssa S Coop Constructiones Metallicas ait achevé l'ensemble de ses prestations en décembre 2015, comme elle l'allègue, n'imposait pas au maître de l'ouvrage de faire procéder à la réception de ses travaux. Au contraire, cette réception ne pouvait intervenir, en application de l'article 9.3 du CCAP, qu'une fois l'ensemble des travaux, tous lots confondus, achevés.
10. Aux termes de l'article 45 du CCAG et auquel le CCAP applicable au présent marché ne déroge pas : " Le représentant du pouvoir adjudicateur peut mettre fin à l'exécution des prestations faisant l'objet du marché avant l'achèvement de celles-ci () pour faute du titulaire () ".
11. Il résulte de l'instruction qu'aucune décision de réception des travaux n'était intervenue au 28 avril 2017, date de la décision en litige. Au contraire, l'état d'inachèvement des travaux de restructuration du stade, qui résulte des éléments de l'instruction, et notamment des ordres de service successifs de prolongation des travaux pris par le maître de l'ouvrage et le maître d'œuvre, faisait obstacle à l'organisation des opérations de réception sollicitée par la société requérante pour son propre lot. Par suite, la société n'est pas fondée à soutenir qu'en raison de l'achèvement de ses travaux, la décision en litige ne pouvait avoir pour effet d'interrompre les relations contractuelles qui la liaient à la commune de Limoges dès lors qu'elles avaient déjà pris fin. Cette décision du 28 avril 2017, intervenue alors que le marché était encore en cours d'exécution, constitue bien une mesure de résiliation du lot n° 4, prononcée aux torts de la société Urssa S Coop Constructiones Metallicas.
En ce qui concerne la contestation de la décision du 28 avril 2017 :
12. Il incombe au juge du contrat, saisi par une partie d'un recours de plein contentieux contestant la validité d'une mesure de résiliation et tendant à la reprise des relations contractuelles, lorsqu'il constate que cette mesure est entachée de vices relatifs à sa régularité ou à son bien-fondé, de déterminer s'il y a lieu de faire droit, dans la mesure où elle n'est pas sans objet, à la demande de reprise des relations contractuelles, à compter d'une date qu'il fixe, ou de rejeter le recours, en jugeant que les vices constatés sont seulement susceptibles d'ouvrir, au profit du requérant, un droit à indemnité. Dans l'hypothèse où il fait droit à la demande de reprise des relations contractuelles, il peut décider, si des conclusions sont formulées en ce sens, que le requérant a droit à l'indemnisation du préjudice que lui a, le cas échéant, causé la résiliation, notamment du fait de la non-exécution du contrat entre la date de sa résiliation et la date fixée pour la reprise des relations contractuelles.
13. La société Urssa S Coop Constructiones Metallicas demande à la cour, comme elle l'avait fait en première instance, de " prononcer la nullité " de la décision du 28 avril 2017 dont elle conteste la régularité et le bien-fondé.
14. Une telle demande doit être regardée, comme l'a jugé à bon droit le tribunal administratif de Limoges, comme un recours de plein contentieux contestant la validité de la résiliation et tendant à la reprise des relations contractuelles. Toutefois, la société, qui soutient avoir achevé ses prestations contractuelles en décembre 2015 et être titulaire depuis le 28 juillet 2016 d'une décision tacite du maître de l'ouvrage prononçant la réception de ses travaux, ne demande pas, ni ne souhaite, la reprise des relations contractuelles. Par suite, la société Urssa S Coop Constructiones Metallicas n'est pas recevable à se borner à demander l'annulation de la décision du 28 avril 2017 par laquelle le maître de l'ouvrage a résilié à ses torts le marché en litige.
En ce qui concerne la demande de règlement du marché :
15. Aux termes de l'article 47.2 du CCAG applicable aux marchés de travaux : " 47.2. Décompte de liquidation : 47.2.1. En cas de résiliation du marché, une liquidation des comptes est effectuée. Le décompte de liquidation du marché, qui se substitue au décompte général prévu à l'article 13.4.2, est arrêté par décision du représentant du pouvoir adjudicateur et notifié au titulaire. () 47.2.3. Le décompte de liquidation est notifié au titulaire par le pouvoir adjudicateur, au plus tard deux mois suivant la date de signature du procès-verbal prévu à l'article 47.1.1. Cependant, lorsque le marché est résilié aux frais et risques du titulaire, le décompte de liquidation du marché résilié ne sera notifié au titulaire qu'après règlement définitif du nouveau marché passé pour l'achèvement des travaux. Dans ce cas, il peut être procédé à une liquidation provisoire du marché, dans le respect de la règlementation en vigueur. ". Aux termes de l'article 50 du même CCAG : " 50.1. Mémoire en réclamation : 50.1.1. Si un différend survient () entre le titulaire et le représentant du pouvoir adjudicateur, le titulaire rédige un mémoire en réclamation. / Dans son mémoire en réclamation, le titulaire expose les motifs de son différend, indique, le cas échéant, les montants de ses réclamations et fournit les justifications nécessaires correspondant à ces montants. Il transmet son mémoire au représentant du pouvoir adjudicateur et en adresse copie au maître d'œuvre. () 50.3. Procédure contentieuse : 50.3.1. A l'issue de la procédure décrite à l'article 50.1, si le titulaire saisit le tribunal administratif compétent, il ne peut porter devant cette juridiction que les chefs et motifs énoncés dans les mémoires en réclamation () ".
16. Il résulte de l'instruction que la commune de Limoges, après avoir résilié le lot n°4 en litige, a conclu un marché de substitution pour l'achèvement des prestations non réalisées par la société Urssa S Coop Constructiones Metallicas.
17. Les dispositions précitées de l'article 47.2.3 du CCAG selon lesquelles le décompte général d'un marché résilié n'est notifié à l'entrepreneur qu'après règlement définitif du nouveau marché passé pour l'achèvement des travaux, ne font pas obstacle à ce que, sous réserve que le contentieux soit lié, le cocontractant dont le marché a été résilié à ses frais et risques saisisse le juge du contrat afin de faire constater l'irrégularité ou le caractère infondé de cette résiliation et demander, de ce fait, le règlement des sommes qui lui sont dues, sans attendre le règlement définitif du nouveau marché après, le cas échéant, que le juge du contrat a obtenu des parties les éléments permettant d'établir le décompte général du marché résilié.
18. La société Urssa S Coop Constructiones Metallicas a, le 10 août 2016, adressé au maître d'ouvrage un mémoire en réclamation comportant un projet de décompte final fixant à 9 038 351,41 euros HT la somme lui restant due au titre du règlement du marché. Pour autant, ce mémoire est antérieur à la naissance du différend qui oppose la société requérante au pouvoir adjudicateur qui a commencé à courir, comme l'a jugé à bon droit le tribunal administratif de Limoges, à compter de la notification de la décision de résiliation du 28 avril 2017. Il s'ensuit que la demande du 10 août 2016, qui était prématurée, ne peut être regardée comme le mémoire en réclamation prévu par l'article 50.1 précité du CCAG applicable aux marchés de travaux. Par suite, le contentieux n'étant pas lié, les conclusions de la société Urssa S Coop Constructiones Metallicas tendant au règlement du solde du marché ne sont pas recevables. Pour les mêmes motifs, les conclusions par lesquelles cette société demande à être indemnisée des autres préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de la décision du 28 avril 2017 doivent, elles aussi, être rejetées comme irrecevables.
Sur l'appel incident de la société Atelier d'Architecture Ferret :
19. Il ne résulte pas de l'instruction que la société Atelier d'Architecture Ferret aurait subi un préjudice particulier du fait de la mobilisation excessive à laquelle elle soutient avoir été contrainte en raison du comportement de la société Urssa S Coop Constructiones Metallicas. Par suite, ses conclusions tendant à ce que la requérante soit condamnée à lui verser une somme de 20 000 euros à titre de dommages et intérêts doivent être rejetées, en tout état de cause.
Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
20. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
DECIDE
Article 1er : La requête n° 20BX01353 de la société Urssa S Coop Constructiones Metallicas est rejetée.
Article 2 : Les conclusions incidentes de la société Atelier d'Architecture Ferret sont rejetées.
Article 3 : Les conclusions des parties présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent arrêt sera notifié à la société Urssa S Coop Constructiones Metallicas, à la commune de Limoges, à la société d'architecture Ferret, à la Mutuelle des architectes français, à la société RFR SAS et à la société Les souscripteurs du Lloyd's de Londres.
Délibéré après l'audience du 16 mai 2022 à laquelle siégeaient :
M. Didier Artus, président,
M. Frédéric Faïck, président-assesseur,
Mme Agnès Bourjol, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juin 2022.
Le rapporteur,
Frédéric A
Le président,
Didier Artus
Le greffier,
Anthony Fernandez
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Vienne ce qui le concerne, et à tous huissiers de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt.
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE03336
La Cour administrative d’appel de Versailles, statuant en référé, a rejeté la requête de Mme C... contestant l’ordonnance du tribunal administratif de Versailles qui avait rejeté sa demande indemnitaire pour rupture abusive de son contrat de travail avec la commune de Carrières-sous-Poissy. La cour a confirmé que la demande de première instance était irrecevable, faute pour la requérante d’avoir produit la preuve du dépôt d’une demande indemnitaire préalable, condition nécessaire pour lier le contentieux. En l’absence de contestation de cette irrecevabilité, les moyens soulevés en appel ont été jugés inopérants. L’ordonnance a été rendue sur le fondement de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-24MA03276
La Cour administrative d'appel de Marseille, dans un arrêt du 25 mars 2026, a examiné le litige opposant la société EEA à l'office public de l'habitat Pays d'Aix Habitat Métropole (aux droits duquel vient la société Famille et Provence) concernant la résiliation de trois accords-cadres de travaux. Saisie en appel du jugement du tribunal administratif de Marseille ayant rejeté la demande de la société EEA, la cour a soulevé d'office un moyen tiré de la nullité des contrats en raison d'un conflit d'intérêts. Elle a constaté que le directeur technique de l'office, ayant participé à la procédure de passation des trois contrats, se trouvait dans une situation de conflit d'intérêts constitutive d'un vice d'une particulière gravité, justifiant ainsi l'annulation du jugement et la constatation de la nullité des accords-cadres.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02403
La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, est saisie par la société Neko Ramen d'une demande de suspension de l'exécution provisoire d'un jugement du tribunal administratif de Paris du 19 février 2026. Ce jugement avait partiellement annulé une décision de l'OFII du 14 septembre 2023, mais avait maintenu à la charge de la société une contribution spéciale de 661 650 euros pour emploi d'étrangers sans titre. La société invoque l'urgence et l'existence de moyens sérieux (irrégularité de procédure, erreur de droit dans la modulation, disproportion de la sanction). Le juge des référés rappelle que la suspension prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative nécessite une urgence justifiée et un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA01426
Cette décision de la Cour administrative d'appel de Marseille concerne le non-renouvellement du contrat d'une assistante d'éducation par le collège des Hautes Vallées. La cour rejette la requête de Mme A... qui contestait ce non-renouvellement. Elle juge que l'absence d'entretien préalable, prévu par l'article 45 du décret n° 86-83 du 17 janvier 1986, ne constitue pas une garantie dont la privation entraîne automatiquement l'annulation de la décision, sauf en cas de caractère disciplinaire, ce qui n'était pas le cas. La cour confirme ainsi le jugement du tribunal administratif de Marseille.
04/05/2026