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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA33-20BX01423

Cour administrative d'appel de Bordeaux — Décision N° CAA33-20BX01423

mardi 14 juin 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Bordeaux
SectionCour administrative d'appel de Bordeaux
N° DossierCAA33-20BX01423
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
Formation5ème chambre (formation à 3)
Avocat requérantSCP ASTIE-BARAKE-POULET-MEYNARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. C A a demandé au tribunal administratif de Bordeaux d'annuler l'arrêté du 16 décembre 2019 par lequel la préfète de la Gironde a prononcé son transfert aux autorités italiennes pour l'examen de sa demande d'asile.

Par un jugement n° 1906273 du 16 janvier 2020, le magistrat désigné du tribunal administratif de Bordeaux a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 23 avril 2020, M. A, représenté par Me Astié, demande à la cour :

1°) d'annuler le jugement du tribunal administratif de Bordeaux du 16 janvier 2020 ;

2°) d'annuler l'arrêté de la préfète de la Gironde du 16 décembre 2019 ;

3°) d'enjoindre à la préfète de la Gironde de procéder à l'enregistrement de sa demande d'asile et de lui remettre une attestation de demande d'asile ainsi que le formulaire de demande d'asile pour qu'il puisse introduire sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, dans un délai de cinq jours à compter de l'arrêt à intervenir et ce sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 200 euros en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'une incompétence de son signataire ;

- il est entaché d'un défaut de motivation faute de mentionner son passage en Italie et le fondement textuel de sa réadmission et est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle dès lors que l'arrêté se borne à retracer les différentes démarches entreprises ;

- la préfète a méconnu l'article L. 111-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il n'est pas justifié de la nécessité de recourir à un interprète par téléphone et des diligences accomplies pour permettre la présence d'un interprète sur place ;

- en saisissant les autorités italiennes sur la base de l'article 18.1.b au motif que sa demande d'asile était en cours d'examen en Italie, la préfète a commis une erreur de droit et a entaché sa décision d'un défaut d'examen particulier dès lors qu'il ne s'est jamais vu notifier par les autorités italiennes une décision statuant sur sa demande d'asile plus d'un an après avoir déposé sa demande ;

- il ne s'est pas vu remettre les brochures d'information prévues à l'article 4 du règlement (UE) du 26 juin 2013 ;

- l'arrêté attaqué méconnaît l'article 18 du règlement (CE) 2725/2000 du 1er décembre 2000 portant création d'Eurodac dès lors qu'il n'a été informé ni de l'identité du responsable du traitement de ses empreintes digitales, ni de l'existence d'un droit d'accès aux données le concernant et d'un droit de rectification ;

- la préfète a commis une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article 3.2 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 dès lors que l'Italie fait face à un afflux de demandeurs d'asile et ne peut garantir des conditions d'accueil conformes à la Charte des droits fondamentaux des droits de l'homme ;

- l'arrêté est entaché d'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 compte tenu des conditions d'accueil des demandeurs d'asile en Italie et de sa situation particulière, en particulier son état de santé qui fait obstacle à son transfert.

Par un mémoire en défense enregistré le 9 février 2022, la préfète de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- M. A a été transféré en Italie le 19 janvier 2020 ;

- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision n° 2020/004206 du 16 avril 2020.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, ressortissant guinéen né le 21 septembre 1993, a déclaré être entré irrégulièrement en France le 7 juillet 2019 et a déposé une demande d'asile le 16 juillet 2019 auprès de la préfecture de la Gironde. La consultation du fichier Eurodac, dans le cadre de l'instruction de sa demande d'asile, ayant révélé qu'il avait précédemment sollicité l'asile auprès des autorités italiennes, ces dernières ont été saisies le 12 septembre 2019 d'une demande de reprise en charge de l'intéressé. Les autorités italiennes ont donné implicitement leur accord. Par un arrêté du 16 décembre 2019, la préfète de la Gironde a décidé de son transfert aux autorités italiennes pour l'examen de sa demande d'asile. M. A relève appel du jugement du 16 janvier 2020 par lequel le magistrat désigné du tribunal administratif de Bordeaux a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, M. A reprend en appel le moyen, qu'il avait invoqué en première instance et tiré de ce que la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente. Il y a lieu d'écarter ce moyen par adoption du motif pertinent retenu par le magistrat désigné du tribunal administratif de Bordeaux.

3. En deuxième lieu, l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " Sous réserve du troisième alinéa de l'article L. 571-1, l'étranger dont l'examen de la demande d'asile relève de la responsabilité d'un autre État peut faire l'objet d'un transfert vers l'État responsable de cet examen. Toute décision de transfert fait l'objet d'une décision écrite motivée prise par l'autorité administrative. (). ". En application de l'article L. 572-1 précité, la décision de transfert dont fait l'objet un ressortissant de pays tiers ou un apatride qui a déposé auprès des autorités françaises une demande d'asile dont l'examen relève d'un autre État membre ayant accepté de le prendre ou de le reprendre en charge doit être motivée, c'est-à-dire qu'elle doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Est ainsi suffisamment motivée une décision de transfert qui mentionne le règlement n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 et comprend l'indication des éléments de fait sur lesquels l'autorité administrative se fonde pour estimer que l'examen de la demande présentée devant elle relève de la responsabilité d'un autre État membre, une telle motivation permettant d'identifier le critère du règlement communautaire dont il est fait application. S'agissant d'un étranger ayant, dans les conditions posées par le règlement, présenté une demande d'asile dans un autre État membre et devant, en conséquence, faire l'objet d'une reprise en charge par cet État, doit être regardée comme suffisamment motivée la décision de transfert à fin de reprise en charge qui, après avoir visé le règlement, relève que le demandeur a antérieurement présenté une demande dans l'État en cause, une telle motivation faisant apparaître qu'il est fait application du b), c) ou d) du paragraphe 1 de l'article 18 ou du paragraphe 5 de l'article 20 du règlement.

4. L'arrêté portant transfert aux autorités italiennes de M. A vise les textes sur lesquels il se fonde, notamment la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, les règlements (UE) n° 603/2013 et n° 604/2013 du Conseil du 26 juin 2013 et le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Après avoir rappelé ses conditions d'entrée en France, l'arrêté mentionne que M. A a sollicité l'asile le 16 juillet 2019 auprès des services de la préfecture de la Gironde et que, dès lors qu'il ressortait du relevé de ses empreintes décadactylaires qu'il avait déposé une demande similaire en Italie le 11 juin 2018, les autorités italiennes ont été saisies le 12 septembre 2019 d'une demande de reprise en charge sur le fondement des dispositions de l'article 18.1 b) du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, à laquelle elles ont donné leur accord implicite. La motivation permet ainsi d'identifier le critère dont il a été fait application, à savoir celui du b) du paragraphe 1 de l'article 18 du règlement. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté. Par ailleurs, il ne ressort pas de cette motivation que le préfet ne se serait pas livré à un examen réel et sérieux de sa situation.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 111-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'il est prévu aux livres II, V et VI et à l'article L. 742-3 du présent code qu'une décision ou qu'une information doit être communiquée à un étranger dans une langue qu'il comprend, cette information peut se faire soit au moyen de formulaires écrits, soit par l'intermédiaire d'un interprète. L'assistance de l'interprète est obligatoire si l'étranger ne parle pas le français et qu'il ne sait pas lire. / En cas de nécessité, l'assistance de l'interprète peut se faire par l'intermédiaire de moyens de télécommunication. () ".

6. Il ressort des pièces du dossier que l'entretien individuel de M. A du 16 juillet 2019 a été mené par un agent de la préfecture de la Gironde avec l'assistance d'un interprète, clairement identifié, de l'organisme ISM interprétariat, en langue soussou, langue comprise par l'intéressé. Si M. A se prévaut de ce que les services de l'interprète ont été fournis par téléphone sans que le préfet en justifie la nécessité conformément aux dispositions précitées de l'article L. 111-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il ne ressort pas des pièces du dossier que les modalités techniques du déroulement de l'entretien l'auraient privé d'une garantie relative à une information complète ou auraient exercé une influence sur le sens de l'arrêté litigieux. Il ressort au contraire des pièces du dossier que l'appelant a reconnu en fin de compte rendu d'entretien, qu'il a signé sans émettre de réserve, avoir compris les informations qui lui avaient été communiquées concernant le déroulement de la procédure Dublin. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision de transfert aurait méconnu les dispositions de l'article L. 111-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 18 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. L 'État membre responsable en vertu du présent règlement est tenu de : () b) reprendre en charge, dans les conditions prévues aux articles 23, 24, 25 et 29, le demandeur dont la demande est en cours d'examen et qui a présenté une demande auprès d'un autre État membre ou qui se trouve, sans titre de séjour, sur le territoire d'un autre État membre ; () d) reprendre en charge, dans les conditions prévues aux articles 23, 24, 25 et 29, le ressortissant de pays tiers ou l'apatride dont la demande a été rejetée et qui a présenté une demande auprès d'un autre État membre ou qui se trouve, sans titre de séjour, sur le territoire d 'un autre État membre. ().

8. S'il est constant que M. A a déposé une demande d'asile en Italie le 11 juin 2018, en revanche, il ne ressort pas des pièces du dossier que sa demande d'asile aurait été rejetée par les autorités italiennes. Dans ces conditions, et contrairement à ce qui est soutenu, ces dernières n'avaient pas à être saisies d'une demande de reprise en charge sur le fondement du d) du paragraphe 1 de l'article 18 du règlement précité. En tout état de cause, la seule circonstance que les autorités françaises ont saisi les autorités italiennes d'une demande de reprise en charge de M. A sur le fondement du b) du paragraphe 1 de l'article 18 du règlement précité et non du d) de cet article, est sans incidence sur la légalité de l'arrêté attaqué dès lors que les dispositions de cet article ne créent des obligations que pour le seul Etat membre responsable et que la procédure ainsi suivie par les autorités françaises n'a privé M. A d'aucune garantie.

9. En cinquième lieu, aux termes de l'article 4 (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Dès qu'une demande de protection internationale est introduite au sens de l'article 20, paragraphe 2, dans un État membre, ses autorités compétentes informent le demandeur de 1'application du présent règlement, et notamment : () 2. Les informations visées au paragraphe 1 sont données par écrit, dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend. Les États membres utilisent la brochure commune rédigée à cet effet en vertu du paragraphe 3. / Si c'est nécessaire à la bonne compréhension du demandeur, les informations lui sont également communiquées oralement, par exemple lors de l'entretien individuel visé à l'article 5. () ".

10. Il résulte de ces dispositions que le demandeur d'asile auquel l'administration entend faire application du règlement du 26 juin 2013 doit se voir remettre, dès le moment où le préfet est informé de ce qu'il est susceptible d'entrer dans le champ d'application de ce règlement, et, en tout cas, avant la décision par laquelle il décide la réadmission de l'intéressé dans l'État membre responsable de sa demande d'asile, une information complète sur ses droits, par écrit et dans une langue qu'il comprend. Cette information doit comprendre l'ensemble des éléments prévus au paragraphe 1 de l'article 4 du règlement. Eu égard à la nature de ces informations, la remise par l'autorité administrative de la brochure prévue par les dispositions précitées constitue pour le demandeur d'asile une garantie.

11. Il ressort des pièces du dossier que M. A s'est vu remettre le 16 juillet 2019, jour du dépôt de sa demande d'asile à la préfecture de la Gironde, les brochures A et B intitulées respectivement " J'ai demandé l'asile dans l'Union européenne - quel pays sera responsable de l'analyse de ma demande ' " et " Je suis sous procédure Dublin - qu'est-ce que cela signifie ' ", ainsi qu'en atteste sa signature apposée sur lesdits documents. Si ces brochures étaient rédigées en langue française, en l'absence de version officielle traduite en langue soussou, les informations qu'elles comportent ont été portées oralement à la connaissance du requérant au cours de l'entretien du 16 juillet 2019 avec le concours d'un interprète. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir qu'il n'aurait pas bénéficié des garanties prévues à l'article 4 du règlement (UE) du 26 juin 2013.

12. En sixième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 18 du règlement n° 2725/2000 du Conseil du 11 décembre 2000 concernant la création du système " Eurodac " pour la comparaison des empreintes digitales aux fins de l'application efficace de la convention de Dublin : " Toute personne visée par le présent règlement est informée par l'Etat membre d'origine : a) de l'identité du responsable du traitement et de son représentant, le cas échéant ; () e) de l'existence d'un droit d'accès aux données la concernant et d'un droit de rectification de ces données. / Dans le cas de personnes visées à l'article 4 ou à l'article 8, les informations visées au premier alinéa sont fournies au moment où les empreintes digitales sont relevées. ". Si le requérant se prévaut de ces dispositions, elles ont été reprises à l'identique par le règlement (UE) n° 603/2013 du 26 juin 2013, relatif à la création d'Eurodac pour la comparaison des empreintes digitales aux fins de l'application efficace du règlement (UE) n° 604/2013, qui s'est substitué au règlement (CE) n° 2725/2000 du 11 décembre 2000 à compter du 20 juillet 2015.

13. Si M. A soutient qu'il n'a été informé ni de l'identité du responsable du traitement de ses empreintes digitales, ni de l'existence d'un droit d'accès aux données le concernant et d'un droit de rectification, à la différence de l'obligation d'information instituée par le règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, qui prévoit un document d'information sur les droits et obligations des demandeurs d'asile, dont la remise doit intervenir au début de la procédure d'examen des demandes d'asile pour permettre aux intéressés de présenter utilement leur demande aux autorités compétentes, cette obligation d'information a uniquement pour objet et pour effet de permettre d'assurer la protection effective des données personnelles des demandeurs d'asile concernés, laquelle est garantie par l'ensemble des Etats membres relevant du régime européen d'asile commun. Le droit d'information des demandeurs d'asile contribue, au même titre que le droit de communication, le droit de rectification et le droit d'effacement de ces données, à cette protection. Par suite, la méconnaissance de cette obligation d'information ne peut être utilement invoquée à l'encontre des décisions par lesquelles l'Etat français refuse l'admission provisoire au séjour à un demandeur d'asile et remet celui-ci aux autorités compétentes pour examiner sa demande.

14. En septième lieu, aux termes de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 : " (). / 2. Lorsqu'il est impossible de transférer un demandeur vers l'État membre initialement désigné comme responsable parce qu'il y a de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable poursuit l'examen des critères énoncés au chapitre III afin d'établir si un autre État membre peut être désigné comme responsable. / Lorsqu'il est impossible de transférer le demandeur en vertu du présent paragraphe vers un État membre désigné sur la base des critères énoncés au chapitre III ou vers le premier État membre auprès duquel la demande a été introduite, l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable devient l'État membre responsable. ". En vertu de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement () 2. L'État membre dans lequel une demande de protection internationale est présentée et qui procède à la détermination de l'État membre responsable, ou l'État membre responsable, peut à tout moment, avant qu'une première décision soit prise sur le fond, demander à un autre État membre de prendre un demandeur en charge pour rapprocher tout parent pour des raisons humanitaires fondées, notamment, sur des motifs familiaux ou culturels, même si cet autre État membre n'est pas responsable au titre des critères définis aux articles 8 à 11 et 16. () ".

15. Eu égard au niveau de protection des libertés et des droits fondamentaux dans les Etats membres de l'Union européenne, lorsque la demande de protection internationale a été introduite dans un Etat autre que la France, que cet Etat a accepté de prendre ou de reprendre en charge le demandeur et en l'absence de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, les craintes dont le demandeur fait état quant au défaut de protection dans cet Etat membre doivent en principe être présumées non fondées, sauf à ce que l'intéressé apporte, par tout moyen, la preuve contraire.

16. M. A fait valoir qu'il existerait des défaillances systémiques dans le traitement des demandes d'asile et dans les conditions d'accueil des demandeurs en Italie, que les autorités italiennes seraient dans l'impossibilité de prendre en charge de façon satisfaisante les personnes vulnérables, en particulier celles qui, comme lui, ont un état de santé altéré. Toutefois, si les rapports d'information émanant d'organisations non gouvernementales auxquels il se réfère, et notamment un rapport d'Amnesty International du 3 novembre 2016 et un rapport de Médecins sans frontières du 5 mars 2018, font état des difficultés rencontrées par l'Italie pour faire face à l'afflux massif de migrants, ils ne suffisent pas à établir l'existence de défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil de ces derniers. S'il soutient qu'il a été enfermé dans un camp en Italie pendant de nombreux mois sans liberté de mouvement et sans pouvoir se faire soigner, il n'apporte aucun élément de nature à corroborer ses allégations. Ainsi, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il existerait, à la date de l'arrêté attaqué, un risque sérieux et avéré de craindre que la situation du requérant ne soit pas réexaminée en Italie selon des modalités conformes aux garanties exigées par le respect du droit d'asile ou que l'intéressé y soit exposé à des traitements présentant un caractère inhumain ou dégradant. Par ailleurs, si M. A produit des certificats médicaux datés du 26 décembre 2019 et 9 janvier 2020 faisant état de ce qu'il a été hospitalisé le 19 décembre 2019 et que sa pathologie nécessite la poursuite de cette hospitalisation, ces éléments sont postérieurs à l'arrêté attaqué et donc sans incidence sur sa légalité. Le requérant ne produit aucun élément de nature à caractériser une situation de particulière vulnérabilité faisant obstacle, à la date de l'arrêté attaqué, à son transfert en Italie, ni à démontrer que ce pays ne serait pas en mesure de le prendre en charge et de lui délivrer les soins et les traitements médicaux nécessaires. A cet égard, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'à la date du 16 décembre 2019, la situation sanitaire liée à l'épidémie de Covid 19 faisait obstacle à son transfert en Italie. Par suite, en ne dérogeant pas aux critères de détermination de l'Etat responsable de l'examen de sa demande d'asile et en prononçant son transfert aux autorités italiennes, la préfète de la Gironde n'a pas méconnu les dispositions précitées des articles 3 et 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013.

17. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le magistrat désigné du tribunal administratif de Bordeaux a rejeté sa demande. Par suite, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent qu'être rejetées.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à M. C A et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée à la préfète de la Gironde.

Délibéré après l'audience du 17 mai 2022 à laquelle siégeaient :

Mme Elisabeth Jayat, présidente,

Mme Nathalie Gay, première conseillère,

Mme Laury Michel, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 juin 2022.

La rapporteure,

Laury B

La présidente,

Elisabeth JayatLa greffière,

Virginie Santana

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne, et à tous huissiers de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt.

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