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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA33-20BX01431

Cour administrative d'appel de Bordeaux — Décision N° CAA33-20BX01431

jeudi 12 mai 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Bordeaux
SectionCour administrative d'appel de Bordeaux
N° DossierCAA33-20BX01431
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre - formation à 3
Avocat requérantCOUSSY BORDEAUX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

L'association Droit de regard, devoir d'agir 47, Mme B, Mmes C, M. U, M. et Mme Z, A AH I, M. Q, M. V, Mme N, M. et Mme Y, M. et Mme P, A AC, M. E, M. K, M. AB, M. J, M. G, M. L, Mme AF, Mme AE et Mme W, requérants, ainsi que M. M, Mme AG, les consorts O et M. D, intervenants, ont demandé au tribunal administratif de Bordeaux à titre principal d'annuler la délibération du 20 décembre 2018 par laquelle le conseil communautaire du Grand Villeneuvois a approuvé son plan local d'urbanisme intercommunal tenant lieu de programme local de l'habitat et, à titre subsidiaire, d'annuler cette délibération en tant qu'elle classe les parcelles des requérants et intervenants en incohérence avec les objectifs du plan.

Par un jugement n° 1900876 du 25 février 2020, le tribunal administratif de Bordeaux a seulement annulé la délibération du 20 décembre 2018 en tant que la parcelle, cadastrée section DO n°464, a été intégrée dans le périmètre des orientations d'aménagement et de programmation (OAP) " activités " du secteur la " garde haute " et que des objectifs de densité pour les orientations d'aménagement et de programmation " habitats " ont été ajoutés en pièce 5.3 du plan.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 24 avril 2020, Mme C et autres, représentés par Me Coussy, demandent à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du tribunal administratif de Bordeaux du 25 février 2020 en tant qu'il a rejeté leurs demandes ;

2°) d'annuler la délibération du 20 décembre 2018 par laquelle le conseil communautaire du Grand Villeneuvois a approuvé son plan local d'urbanisme intercommunal tenant lieu de programme local de l'habitat ; à titre subsidiaire, d'annuler cette délibération en tant qu'elle classe les parcelles des requérants en incohérence avec les objectifs du plan ;

3°) d'enjoindre à la communauté d'agglomération du Grand Villeneuvois de procéder à la révision du plan local intercommunal ;

4°) de mettre à la charge de la communauté d'agglomération du Grand Villeneuvois le versement de la somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- le jugement n'est pas signé et n'est pas suffisamment motivé ;

- les interventions devaient être admises ;

- les parcelles B 766, AD69,40 et 12, ainsi que B 1342 et 1343 ne font pas l'objet d'un classement conforme au projet d'aménagement et de développement durables ;

- les modifications apportées au projet de plan postérieurement justifiaient que soit organisée une nouvelle enquête publique ;

- un des conseillers communautaires qui avait un intérêt direct et personnel au projet, a pris part au débat et a influencé le vote ; d'autres conseillers intéressés ont pris illégalement part au vote ; le décompte est ainsi faussé ;

- le classement de la parcelle ZV n°139 en zone agricole est fondé sur une erreur de fait, ce terrain n'étant pas cultivé ;

- le classement des parcelles des requérants est en incohérence avec les objectifs du projet d'aménagement et de développement durables qui prévoit de " maintenir un dynamisme démographique indispensable ", et notamment en ce qu'il aggrave le mitage et méconnait l'objectif de densification des zones déjà urbanisées ; en instaurant une immense zone agricole sur une série de hameaux existants, sans tenir compte des objectifs du projet d'aménagement et de développement durables, le conseil communautaire a commis une erreur manifeste d'appréciation ; nombre de parcelles litigieuses nouvellement classées en zone agricole ne bénéficient pas d'un tel potentiel ; il y a donc erreur manifeste d'appréciation dans leur classement en zone agricole ;

- le plan local d'urbanisme intercommunal est entaché d'erreur manifeste d'appréciation s'agissant de l'interdiction générale d'exploiter la forêt en zones A et N.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 4 septembre 2020 et le 15 décembre 2020, la communauté d'agglomération du grand villeneuvois (CAGV), représentée par Me Ferrant, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 4 000 euros soit mise à la charge des requérants en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient qu'aucun des moyens n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme S AD,

- les conclusions de M. Romain Roussel, rapporteur public,

- et les observations de Me Dumet, représentant Mme C et autres, et de Me Bonis, représentant la communauté d'agglomération du Grand Villeneuvois.

Considérant ce qui suit :

1. Par une délibération du 13 février 2016 et une délibération complémentaire du 5 juillet 2016, la communauté d'agglomération du Grand Villeneuvois (CAGV) a prescrit l'élaboration de son plan local d'urbanisme intercommunal. Puis par une délibération du 18 mai 2018, la CAGV a arrêté le projet de plan valant programme local de l'habitat. Enfin, par une délibération du 20 décembre 2018, publiée le 21 décembre 2018, le conseil communautaire a approuvé son plan local d'urbanisme intercommunal. Saisi notamment par Mesdames C, Berret I, N, B, M. et Mme Y et AA AB, G, et D, le tribunal administratif de Bordeaux a seulement annulé la délibération du 20 décembre 2018 en tant que la parcelle cadastrée section DO n°464 avait été intégrée dans le périmètre des orientations d'aménagement et de programmation (OAP) " activités " du secteur la " garde haute " et que des objectifs de densité pour les orientations d'aménagement et de programmation " habitats " avaient été ajoutés en pièce 5.3 du plan. Ils relèvent appel de ce jugement du 25 février 2020 en tant qu'il a rejeté le surplus de leur demande.

Sur la régularité du jugement :

2. M. M, Mme AG, les consorts O et M. D, sont intervenus devant le tribunal administratif de Bordeaux à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir présenté par l'association Droit de regard, devoir d'agir 47 et autres contre la délibération du 20 décembre 2018, par laquelle le conseil communautaire de la CAGV a approuvé son plan local d'urbanisme intercommunal. Si le tribunal n'a pas admis leur intervention en tant qu'ils demandaient l'annulation de la délibération du 20 décembre 2018 classant leurs parcelles en zone agricole, en estimant que l'association Droit de regard, devoir d'agir 47 et autres n'avaient pas présenté de conclusions en ce sens, il ressort cependant des pièces du dossier que par un mémoire complémentaire du 18 novembre 2019 de telles conclusions avaient été formulées par les requérants. Dès lors, les interventions, présentées au soutien de ces conclusions formulées par les requérants, étaient recevables. Par suite, M. D est fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement contesté, le tribunal administratif de Bordeaux n'a admis que partiellement son intervention.

3. Dans leur intervention enregistrée au greffe du tribunal administratif le 18 novembre 2019, M. D et autres avaient soutenu, comme les requérants, que le classement en zone agricole des parcelles cadastrées section D n°95, 1251 et 44 appartenant à M. M, des parcelles cadastrées section B n°1538 et 1539 appartenant aux consorts O et Mme AG, et des parcelles cadastrées section A n°909, 915, 916, 917 appartenant à M. D était entaché d'erreur manifeste d'appréciation. Le jugement n'a pas répondu à ce moyen et doit, par suite, être annulé.

4. Il y a lieu d'évoquer et de statuer sur les conclusions présentées tant par M. M, Mme AG, les consorts O et M. D dans leur intervention devant le tribunal administratif de Bordeaux, que par l'association Droit de regard, devoir d'agir 47 et autres dans leur demande présentée devant le même tribunal.

Sur les fins de non-recevoir opposées par la communauté d'agglomération :

5. En premier lieu, aux termes de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme : " En cas de déféré du préfet ou de recours contentieux à l'encontre d'un certificat d'urbanisme, ou d'une décision relative à l'occupation ou l'utilisation du sol régie par le présent code, le préfet ou l'auteur du recours est tenu, à peine d'irrecevabilité, de notifier son recours à l'auteur de la décision et au titulaire de l'autorisation. () La notification prévue au précédent alinéa doit intervenir par lettre recommandée avec accusé de réception, dans un délai de quinze jours francs à compter du dépôt du déféré ou du recours ".

6. Il résulte de ces dispositions qu'une requête tendant à l'annulation d'un plan local d'urbanisme n'est pas au nombre de celles qui doivent, à peine d'irrecevabilité, être notifiées à l'auteur de la décision attaquée. Par suite, la fin de non-recevoir opposée à ce titre par la communauté d'agglomération doit être écartée.

7. En second lieu, d'une part, il ressort des pièces du dossier que Mme B, Mmes C, M. U, M. et Mme Z, A AH I, M. Q, M. V, Mme N, M. et Mme Y, M. et Mme P, A AC, M. E, M. K, M. AB, M. J, M. G, M. L, Mme AF, Mme AE et Mme W justifient de leur qualité de propriétaires de parcelles situées sur des communes membres de la communauté d'agglomération du Grand Villeneuvois, par la production d'un titre de propriété, leur donnant ainsi qualité pour agir à l'encontre de la délibération du 20 décembre 2018.

8. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que l'association Droit de regard, devoir d'agir 47 a pour objet, selon ses statuts : " d'agir contre tous les dysfonctionnements, les incohérences, les abus d'autorité, de corruption, de prise d'intérêts, ou de gaspillages, voire à les dénoncer et à les combattre ". L'article 3 de ses statuts indique qu'elle a pour objectif " de dénoncer et de défendre dans le cadre du droit commun en dénonçant et en combattant tout ce qui va à l'encontre des intérêts des habitants de ce département en général, et en particulier les intérêts des propriétaires du bâti et du non bâti en matière d'urbanisme - plan local d'urbanisme intercommunal, d'environnement au sens large, et de ruralité ". Un tel objet donne vocation à l'association de contester la légalité de la délibération du 20 décembre 2018 portant approbation du plan local d'urbanisme intercommunal.

9. Il résulte de ce qui précède que la fin de non-recevoir tirée du défaut d'intérêt pour agir des requérants doit être écartée.

Sur les interventions :

10. Ainsi qu'il a été dit aux points 3 et 4, M. M, Mme AG, les consorts O et M. D, propriétaires de parcelles situées sur le territoire de communes membres de la communauté d'agglomération du Grand Villeneuvois, ont intérêt à l'annulation de la délibération du 20 décembre 2018 approuvant le plan local intercommunal du Grand Villeneuvois. Leurs interventions au soutien de la demande doivent donc être admises.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la participation des conseillers communautaires :

11. Aux termes de l'article L. 2131-11 du code général des collectivités territoriales : " Sont illégales les délibérations auxquelles ont pris part un ou plusieurs membres du conseil intéressés à l'affaire qui en fait l'objet, soit en leur nom personnel, soit comme mandataires ".

12. D'une part, M. Merle, conseiller communautaire personnellement intéressé par le projet de plan, était présent lors de la séance du 20 décembre 2018 au cours de laquelle la délibération attaquée a été prise et a participé à des réunions préparatoires. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. F n'a pas pris part au vote sur le projet de plan local d'urbanisme intercommunal et il n'est pas établi qu'il aurait pris une part active aux réunions préparatoires et exercé une influence effective sur la délibération contestée. D'autre part, si les requérants soutiennent que certains conseillers communautaires étaient également personnellement intéressés et ont pris illégalement part au vote, à défaut de précisions quant aux conseillers concernés, ce moyen doit être écarté.

En ce qui concerne les modifications apportées au projet de plan après enquête publique :

13. Aux termes de l'article L. 153-21 du code de l'urbanisme : " A l'issue de l'enquête, le plan local d'urbanisme, éventuellement modifié pour tenir compte des avis qui ont été joints au dossier, des observations du public et du rapport du commissaire ou de la commission d'enquête, est approuvé par : 1° L'organe délibérant de l'établissement public de coopération intercommunale () ". Il résulte de ces dispositions que le projet de plan ne peut subir de modifications, entre la date de sa soumission à l'enquête publique et celle de son approbation, qu'à la double condition que ces modifications ne remettent pas en cause l'économie générale du projet et qu'elles procèdent de l'enquête. Doivent être regardées comme procédant de l'enquête les modifications destinées à tenir compte des réserves et recommandations de la commission d'enquête, des observations du public et des avis émis par les autorités, collectivités et instances consultées et joints au dossier de l'enquête.

14. En premier lieu, il est constant que la rédaction de la règle d'implantation en limite séparative en zone UB prévue à l'article 4.2.1 du règlement a été modifiée après enquête publique. Toutefois il ressort des pièces du dossier que cette modification ne consiste qu'en une précision rédactionnelle pour y reporter une autre contrainte urbanistique prévue à l'article 5.2 du même règlement de la même zone. Il en va de même de la modification de la règle prévue à l'article 8.1.2 relative aux obligations pour le stationnement en zone UAb et UAc qui a seulement consisté à préciser que l'exonération qui s'applique aux bâtiments inferieurs à 200 m² en cas de changement de destination s'applique également en cas d'aménagement d'un bâtiment. En ce qui concerne la suppression de l'emplacement réservé n°1 au profit de l'Etat à Pujols, il ressort des pièces du dossier, d'une part, que cette suppression a été réalisée à la demande de l'Etat dans le cadre de l'enquête publique et, d'autre part, que cet emplacement réservé avait perdu son objet dès lors qu'il avait été institué dans le but d'édifier des ouvrages qui ont été construits. En ce qui concerne les plans de prévention du risque d'instabilité des berges du Lot de l'ensemble des communes de la communauté d'agglomération, qui ont été ajoutés à la pièce 6.2 dans les annexes du plan, ces documents figuraient dans les pièces soumises à enquête publique, et ont été intégrés dans un souci de clarté et de précision. Ces rectifications, ajouts et précisions, apportées au plan local d'urbanisme intercommunal ne constituaient donc pas des modifications au sens de l'article L. 153-21 précité. La procédure d'élaboration du plan local d'urbanisme intercommunal n'était donc pas irrégulière sur ces points.

15. En second lieu et en revanche, il ressort des pièces du dossier que postérieurement à l'enquête publique, la parcelle cadastrée section DO n°464 a été intégrée dans le périmètre des orientations d'aménagement et de programmation (OAP) " activités " du secteur la " garde haute ", et les objectifs de densité pour les OAP habitats ont été ajoutés en pièce 5.3 du plan. Il ne ressort pas des pièces du dossier que ces modifications du plan aient été décidées pour tenir compte de l'avis du commissaire enquêteur, des observations du public ni des avis émis par les autorités, collectivités et instance consultées et joints au dossier de l'enquête. Ces modifications, qui ne résultent pas directement des résultats de l'enquête, ne pouvaient dès lors intervenir sans être soumises à une nouvelle enquête publique, et ce alors même qu'elles ne porteraient pas atteinte à l'économie générale du projet. Par suite, la délibération du 20 décembre 2018, en tant qu'elle porte sur ces modifications, a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 153-21 du code de l'urbanisme.

En ce qui concerne le classement des parcelles :

S'agissant des parcelles classées en zone A :

16. Aux termes de l'article R. 151-22 du code de l'urbanisme : " Les zones agricoles sont dites " zones A ". Peuvent être classés en zone agricole les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles ". Il résulte de ces dispositions qu'une zone agricole, dite " zone A ", du plan local d'urbanisme a vocation à couvrir, en cohérence avec les orientations générales et les objectifs du projet d'aménagement et de développement durables, un secteur, équipé ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles.

17. En premier lieu, les requérants soutiennent que le classement de la parcelle cadastrée section ZV n°139 située sur la commune de Laroque-Timbaut est illégal dès lors que ce terrain est en jachère PAC depuis plusieurs années. Il ressort toutefois des pièces du dossier que le projet d'aménagement et de développement durables (PADD) a notamment pour objectifs de stopper le développement de l'urbanisation linéaire le long des routes et le mitage des paysages ruraux, et de modérer la consommation des espaces agricoles, dans une logique de lutte contre l'étalement urbain et contre le mitage de l'espace agricole. Il ressort également des pièces du dossier que la parcelle en cause jouxte une parcelle cultivée, est éloignée du bourg de la commune et est située en bordure de hameau. Au demeurant, la circonstance qu'en réponse à une demande, la collectivité ait évoqué le caractère de terrain cultivé de la parcelle qui en réalité est en jachère, n'est d'aucune incidence sur son potentiel agricole. Par suite, la CAGV a pu, sans commettre ni erreur manifeste d'appréciation, ni erreur de fait, classer la parcelle en cause en zone A.

18. En deuxième lieu, en ce qui concerne les parcelles BR32, BX286 et BX163 situées sur la commune de Sainte-Livrade-sur-Lot, ainsi que les parcelles AD69, AD70 et AD121, et les parcelles AS91, AS93, AX107, et AS29, situées sur la même commune, il ressort des pièces du dossier qu'elles se situent dans des secteurs d'urbanisation diffuse, qu'elles sont éloignées du bourg de cette commune et qu'elles sont bordées par de vastes espaces agricoles non bâtis. Si les parcelles AD69, 70 et 121, sont bordées au sud par la rocade, elles s'ouvrent cependant sur des espaces agricoles à l'est et à l'ouest. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que ces parcelles n'auraient pas de potentiel agricole, et si le secteur dans lequel sont situées les parcelles a, par le passé, fait l'objet d'un étalement urbain, le PADD a pour objectif précisément de stopper le développement de l'urbanisation linéaire le long des routes et le mitage des paysages ruraux. Par ailleurs, la circonstance que certains propriétaires de ces parcelles aient obtenu, par le passé, des certificats d'urbanisme positifs ne saurait à elle seule faire obstacle au classement de ces parcelles en zone agricole dès lors que les propriétaires n'ont pas de droit acquis au maintien d'un classement. Enfin, contrairement à ce que soutiennent les requérants, la parcelle BR32 n'est pas classée en zone agricole mais en zone 2AU à urbaniser et ainsi le moyen tiré de ce qu'elle n'aurait pas de vocation agricole est inopérant. Dans ces conditions, le classement des parcelles BX286, BX163, BR32, AD69, AD70, AD121, AS91, AS93, et AS29 en zone A n'est pas entaché d'erreur manifeste d'appréciation. Quant à la parcelle AX107, classée en zone N, les requérants, qui se bornent à soutenir que le classement est sans cohérence avec le PADD, n'assortissent pas leur moyen de précision permettant d'en apprécier le bien-fondé.

19. En troisième lieu, en ce qui concerne les parcelles B1342 et B1343 situées sur la commune de Saint-Etienne de Fougères, il ressort des pièces du dossier que ces parcelles se situent dans des secteurs d'urbanisation diffuse à distance du bourg de la commune. Si elles sont entourées de terrains bâtis, elles s'ouvrent également sur des vastes espaces agricoles et naturels non construits. Par ailleurs, le classement antérieur de ces parcelles en zone constructible ne lie pas la communauté d'agglomération dans la détermination du nouveau zonage. Si les requérants se prévalent de la délivrance d'un certificat d'urbanisme positif en vue de l'édification d'une maison à usage d'habitation, ce certificat mentionnait la possibilité que soit opposé un sursis à statuer sur toute demande d'autorisation de construction du fait de l'avancement du plan local intercommunal. Enfin et ainsi qu'il a été dit aux points précédents, le classement de ces parcelles est cohérent avec les objectifs du PADD qui mentionne que l'urbanisation doit être privilégiée au plus près des pôles déjà structurés et qu'il convient de stopper l'étalement urbain et le développement de l'urbanisation linéaire le long des routes. Dans ces conditions, le classement des parcelles cadastrées section B1342 et B1343 n'est pas entaché d'erreur manifeste d'appréciation.

20. En quatrième lieu, les parcelles B766, A909, A915, A919 et A917 situées sur la commune de Lédat, sont entourées de vastes espaces agricoles, sont éloignées du bourg de la commune, sont situées dans des secteurs d'urbanisation diffuses et ont une vocation agricole. Les circonstances que ces parcelles étaient classées dans l'ancien plan local d'urbanisme communal en zone à urbaniser, et qu'un certificat d'urbanisme positif avait été délivré le 10 décembre 2016 sur la parcelle B766, lequel précisait d'ailleurs qu'il serait sursis à statuer sur toute demande d'autorisation d'urbanisme, ne suffisent pas à caractériser l'erreur manifeste d'appréciation alléguée dans le classement des parcelles en zone agricole.

21. En cinquième lieu, il ressort des pièces du dossier que la parcelle AX494, située sur la commune de Villeneuve-sur-Lot, est éloignée du bourg de la commune et est entourée de parcelles agricoles parsemées de rares habitations. Aussi son caractère agricole n'étant pas sérieusement contesté, aucune erreur manifeste d'appréciation dans le classement de la parcelle en zone agricole n'a été commise par la collectivité.

22. En dernier lieu, les parcelles AC64 et AC66 situées sur la commune de Pujols, sont également éloignées du centre de la commune, sont situées dans des espaces agricoles et leur potentiel agricole n'est pas sérieusement contesté. Par suite, la collectivité n'a pas davantage commis d'erreur manifeste d'appréciation en les classant en zone A au plan local d'urbanisme intercommunal.

S'agissant de l'illégalité du classement au regard du PADD :

23. Aux termes de l'article L. 151-8 du code de l'urbanisme : " Le règlement fixe, en cohérence avec le projet d'aménagement et de développement durables, les règles générales et les servitudes d'utilisation des sols permettant d'atteindre les objectifs mentionnés aux articles L. 101-1 à L. 101-3 ".

24. Les requérants soutiennent que le classement des parcelles en zone agricole est en incohérence avec les objectifs du PADD, en ce qu'il aggrave le mitage agricole et méconnait l'objectif de densification des zones déjà urbanisées. Toutefois, les orientations du PADD sont de préserver les espaces agricoles et de stopper le développement de l'urbanisation linéaire le long des routes et le mitage des paysages ruraux et de l'espace agricole. Aussi, le classement des parcelles en cause en zone agricole est cohérent avec la volonté de cesser le développement des hameaux dans des secteurs peu urbanisés.

S'agissant des espaces forestiers :

25. D'une part, les requérants soutiennent que le plan local d'urbanisme intercommunal est entaché de plusieurs erreurs manifestes d'appréciation s'agissant de l'interdiction générale et absolue d'exploitation de la forêt en zone A et en zone N de ce document, par la présence systématique d'espaces boisés classés (EBC) dans les zones qui font l'objet de contrat de gestion de forêt. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, notamment du règlement de la zone N du plan local d'urbanisme intercommunal, que sont autorisées dans cette zone les constructions et activités à destination d'exploitation forestière, sous réserve de respecter certaines dispositions relatives à la protection des espaces naturels et des paysages. Dans ces conditions, et alors que les auteurs du plan ne sont pas liés par les recommandations faites par les experts et propriétaires forestiers, le plan n'instaure pas une interdiction générale et absolue d'exploitation forestière.

26. D'autre part, les requérants soutiennent que le classement des EBC n'a pas pris en compte " la desserte nécessaire des massifs forestiers, l'ouverture sociale des zones boisées sans modification du statut de la forêt et la préservation du foncier forestier en cas de forte pression foncière ". Cependant, il ressort des pièces du dossier que les EBC occupent 3649 hectares sur les 6783 hectares classés en zone N et non la totalité des bois. En outre, il ressort également des pièces du dossier que des avis émis au cours de l'enquête publique ont été retenus, notamment l'avis de la chambre d'agriculture du 22 mai 2018 et l'avis de la commission d'enquête proposant de supprimer le zonage en EBC sur des sites et des parcelles de plantations d'arbres destinées à être exploitées légalement avec autorisation. Enfin, contrairement à ce que soutiennent les requérants les terrains forestiers appartenant à M. M ont été classés en zone N, laquelle prévoit une possibilité d'exploitation sous conditions, alors que la zone A prévoit une interdiction.

27. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que le plan local d'urbanisme intercommunal serait entaché d'erreurs manifestes d'appréciation s'agissant de la règlementation des exploitations forestières doit être écarté.

28. Il résulte de tout ce qui précède que les requérants sont fondés à demander l'annulation de la délibération du 20 décembre 2018 seulement en tant que la parcelle cadastrée section DO n°464 a été intégrée dans le périmètre des orientations d'aménagement et de programmation (OAP) " activités " du secteur la " garde haute " et que les objectifs de densité pour les orientations d'aménagement et de programmation " habitats " ont été ajoutés en pièce 5.3 du plan.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

29. Il ne résulte pas de l'instruction qu'à ce jour la CAGV ait inscrit à l'ordre du jour de son conseil la modification qu'implique l'annulation de la délibération du 20 décembre 2018 seulement en ce qui concerne les deux points cités au point précédent. Aussi, eu égard au motif qui le fonde, l'exécution du présent arrêt implique qu'il soit enjoint à la CAGV, dans le délai de quatre mois, de convoquer le conseil communautaire en inscrivant à l'ordre du jour une modification du plan local d'urbanisme intercommunal relative à l'intégration de la parcelle cadastrée section DO n°464 dans le périmètre des orientations d'aménagement et de programmation (OAP) " activités " du secteur la " garde haute " et l'ajout des objectifs de densité pour les orientations d'aménagement et de programmation " habitats " en pièce 5.3 du plan.

Sur les frais d'instance :

30. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge des requérants, qui ne sont pas les parties perdantes dans la présente instance, la somme demandée par la communauté d'agglomération au titre des frais exposés et non compris, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la CAGV le versement aux requérants d'une somme sur le fondement des mêmes dispositions.

DECIDE :

Article 1er : Les interventions de M. M, des consorts O, de Mme AG et de M. D sont admises.

Article 2 : Le jugement du tribunal administratif de Bordeaux n°1900876 du 25 février 2020 est annulé.

Article 3 : La délibération du 20 décembre 2018 est annulée en tant que la parcelle cadastrée section DO n°464 a été intégrée dans le périmètre des orientations d'aménagement et de programmation (OAP) " activités " du secteur la " garde haute " et que des objectifs de densité pour les orientations d'aménagement et de programmation " habitats " ont été ajoutés en pièce 5.3 du plan.

Article 4 : Il est enjoint à la communauté d'agglomération du Grand Villeneuvois, dans les conditions prévues au point 29 et dans le délai de quatre mois à compter de la notification du présent arrêt, de convoquer le conseil communautaire en inscrivant à l'ordre du jour une modification du plan local d'urbanisme relative à l'intégration de la parcelle cadastrée section DO n°464 dans le périmètre des orientations d'aménagement et de programmation (OAP) " activités " du secteur la " garde haute " et à l'ajout des objectifs de densité pour les orientations d'aménagement et de programmation " habitats " en pièce 5.3 du plan.

Article 5 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 6 : Le présent arrêt sera notifié à l'association Droit de regard, devoir d'agir 47, désignée comme représentante unique, à M. T M, à Mme X AG, aux consorts O, à M. H D et à la communauté d'agglomération du Grand Villeneuvois.

Délibéré après l'audience du 7 avril 2022 à laquelle siégeaient :

Mme Marianne Hardy, présidente,

Mme Fabienne Zuccarello, présidente-assesseure,

Mme Christelle Brouard-Lucas, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 12 mai 2022.

La rapporteure,

Fabienne AD La présidente,

Marianne HardyLa greffière,

Stéphanie Larrue

La République mande et ordonne au préfet Lot-et-Garonne en ce qui le concerne, et à tous huissiers de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt.

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04/05/2026

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