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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA33-20BX01782

Cour administrative d'appel de Bordeaux — Décision N° CAA33-20BX01782

jeudi 7 avril 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Bordeaux
SectionCour administrative d'appel de Bordeaux
N° DossierCAA33-20BX01782
TypeDécision
Recoursplein contentieux
Formation1ère chambre - formation à 3
Avocat requérantCORBIER-LABASSE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. G F a demandé au tribunal administratif de Saint-Barthélémy d'annuler la délibération n° 2018-1271 CE, du 29 novembre 2018, par laquelle le conseil exécutif de la collectivité de Saint-Barthélemy a accordé à M. A B le permis de construire n° PC 971123 1800229 sur la parcelle cadastrée n° AO 0273 située au lieu-dit Grande Saline.

Par un jugement n° 1900002 du 28 janvier 2020, le tribunal administratif de Saint-Barthélémy a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 29 mai 2020, M. F représenté par Me Gillig, a demandé à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du 28 janvier 2020 ;

2°) d'annuler la délibération du 29 novembre 2018 de la collectivité de Saint-Barthélémy ;

3°) de mettre à la charge de M. A B et de la collectivité de Saint-Barthélémy la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il maintient expressément l'ensemble des moyens soulevés en première instance ;

- le tribunal a considéré à tort que les moyens tirés de la méconnaissance des articles UR7 et UR8 du règlement de la carte d'urbanisme étaient inopérants pour les constructions autorisées avant l'adoption de cette carte ;

- en effet, dans le cadre de la jurisprudence du Conseil d'Etat du 27 mai 1988 n°79530 Sekler, le tribunal aurait dû censurer ce permis dès lors que les travaux objets de la demande de régularisation ne permettaient pas de rendre l'immeuble plus conforme et n'étaient pas étrangers aux dispositions des articles UR7 et UR8 ;

- en outre, dès lors que la construction n'était pas conforme au permis initial, le tribunal aurait dû appliquer la jurisprudence du Conseil d'Etat du 9 juillet 1986 n°51172 Thalamy et apprécier la légalité du permis de construire au regard de l'ensemble des travaux réalisés sans autorisation d'urbanisme, lesquels ne respectent pas la hauteur maximale prévue à l'article UR7 ni l'emprise maximale fixée par l'article UR8.

Par un mémoire en défense enregistré le 6 avril 2021, M. B, représenté par Me Corbier-Labasse, conclut au rejet de la requête et demande qu'une somme de 4 500 euros soit mise à la charge de M. F en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable en l'absence de justification suffisante de l'intérêt à agir au regard de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme ;

- les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par des mémoires en défense enregistrés le 30 août 2021 et le 17 novembre 2021, la collectivité de Saint-Barthélémy, représentée par Me Destarac, conclut au rejet de la requête et demande qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de M. F en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés et informe la cour du décès de M. F.

Par un mémoire, enregistré le 26 novembre 2021, Mme D F, M. E F, M. H F et Mme C F déclarent reprendre l'instance engagée par M. G F décédé le 10 septembre 2021.

Ils soutiennent en outre que :

- l'intérêt à agir de M. G F est établi en raison de sa qualité de voisin immédiat et de l'impact des travaux sur les conditions d'occupation, d'utilisation et de jouissance de son bien ;

- l'article L. 421-9 du code de l'urbanisme n'est pas applicable en l'espèce dès lors que M. B n'apporte pas la preuve de la date de réalisation des travaux à régulariser qui n'ont fait l'objet d'aucune autorisation d'urbanisme; en outre, le tribunal a mal apprécié les faits en considérant que ces travaux étaient achevés depuis plus de dix ans ;

- les travaux projetés aggravent l'irrégularité au regard de l'article UR7.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 décembre 2021, M. B maintient ses précédentes écritures et demande que la somme de 4 500 euros soit mise la charge de Mme D F, M. E F, M. H F et Mme C F en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de l'urbanisme de Saint-Barthélemy ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Christelle Brouard-Lucas,

- les conclusions de M. Romain Roussel, rapporteur public,

- et les observations de Me Gonnet, représentant la collectivité de Saint-Barthélémy, et de Me Corbier-Labasse, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. Par la délibération n° 2018-1271 CE du 29 novembre 2018, le conseil exécutif de la collectivité de Saint-Barthélemy a accordé à M. A B un permis de construire portant sur la régularisation d'une chambre supplémentaire indépendante pour un logement locatif existant et une régularisation complète du bâti d'un immeuble à usage d'habitation. Par un jugement du 28 janvier 2020, dont M. F a relevé appel, le tribunal administratif de Saint-Barthélémy a rejeté sa demande. Mme D F, M. E F, M. H F et Mme C F venant aux droits de M. G F, décédé, déclarent s'approprier ses conclusions.

2. Lorsqu'une construction a fait l'objet de transformations sans les autorisations d'urbanisme requises, il appartient au propriétaire qui envisage d'y faire de nouveaux travaux de déposer une déclaration ou de présenter une demande de permis portant sur l'ensemble des éléments de la construction qui ont eu ou auront pour effet de modifier le bâtiment tel qu'il avait été initialement approuvé ou de changer sa destination. Il en va ainsi même dans le cas où les éléments de construction résultant de ces travaux ne prennent pas directement appui sur une partie de l'édifice réalisée sans autorisation. Il appartient à l'autorité administrative, saisie d'une telle déclaration ou demande de permis, de statuer au vu de l'ensemble des pièces du dossier d'après les règles d'urbanisme en vigueur à la date de sa décision. Elle doit tenir compte, le cas échéant, de l'application des dispositions de l'article L. 421-9 du code de l'urbanisme, qui prévoient, dans leur version en vigueur du 1er janvier 2016 au 1er janvier 2019, la régularisation des travaux réalisés depuis plus de dix ans à l'occasion de la construction primitive ou des modifications apportées à celle-ci, sous réserve, notamment, que les travaux n'aient pas été réalisés sans permis de construire en méconnaissance des prescriptions légales alors applicables.

3. Il ressort des pièces du dossier et notamment des mentions figurant sur le permis de construire initial délivré en 1982, qui prévoyait la construction d'une maison individuelle sur deux niveaux, que le permis en litige porte sur la création d'une chambre indépendante et d'une nouvelle terrasse, d'une SHOB de 37,2 mètres carrés et sur la régularisation d'une surface de 118,51 mètres carrés de SHOB. En dehors de la création de la chambre indépendante et de la terrasse, ce permis de construire ne comporte aucune précision sur les autres travaux dont il entend demander la régularisation. En outre, M. B ne produit pas les plans autorisés de la maison initiale et n'apporte aucun élément de nature à établir la consistance et la date de réalisation des autres travaux dont il sollicite la régularisation. Ainsi, alors qu'il ressort des pièces du dossier que ces travaux englobent la construction d'un second bâtiment comportant un garage surmonté d'un studio et une extension de la maison principale, désormais divisée en plusieurs unités d'habitation, pour une SHON totale de 52,7 mètres carrés, le requérant ne justifie pas qu'ils n'auraient pas nécessité la délivrance préalable d'un permis de construire. Dans ce contexte, il ne peut se prévaloir de la possibilité de régularisation instaurée par l'article L. 421-9 du code de l'urbanisme qui ne s'applique que pour les travaux réalisés depuis plus de dix ans qui n'auraient pas nécessité le dépôt d'un permis de construire. Par suite, il appartenait à l'autorité administrative de se prononcer au vu des caractéristiques de l'ensemble des constructions faisant l'objet de la demande de permis de construire en litige.

4. Aux termes de l'article UR 7 du règlement de la carte d'urbanisme de Saint-Barthélemy, relatif à la hauteur des constructions : "La hauteur des bâtiments ne peut excéder : / Dans la zone UR, 6 mètres à l'égout du toit ou l'acrotère (R + 1+ combles), à l'exception des sous-secteurs figurant sur le document graphique en croisillon noir dans lesquels la hauteur ne peut excéder 3,50 mètres à l'égout du toit ou l'acrotère (R +combles). / (). / Elle est calculée à partir du point le plus bas de la partie du terrain naturel avant travaux mesurée au pied du bâtiment. Toutefois, en cas d'affouillement, la hauteur est calculée à partir du point le plus bas de la partie du terrain aménagé après travaux mesurée au pied du bâtiment. / Si un vide sanitaire est techniquement nécessaire, il n'entre pas dans le calcul de la hauteur totale de la construction, dans la limite de 1 (un) mètre. / ().". Eu égard à l'objet de la règle ainsi édictée, ces dispositions doivent être interprétées en ce sens que la hauteur de la construction doit être mesurée à partir du niveau du sol au-dessus duquel la construction est visible.

5. Dès lors que le permis de construire en litige porte sur deux bâtiments indépendants, le respect de cette règle doit être apprécié pour chacun d'entre eux à partir du pied du bâtiment et non au regard du point le plus bas de la parcelle sur laquelle il est situé, ni du pied du bâtiment situé le plus bas sur cette parcelle. Il ressort des pièces du dossier qu'en raison de la pente importante du terrain, un affouillement a été nécessaire pour construire les bâtiments. Il ressort des planches P3 " façades " et P4 " coupes complémentaires " de la demande de permis de construire que le bâtiment principal comporte, sur sa partie nord-est correspondant à la chambre indépendante, des citernes de stockage des eaux de pluie situées sous le rez-de-chaussée et que le permis de construire en litige prévoit un remblaiement en pleine terre devant la paroi de ces citernes jusqu'à 0,80 mètre en dessous du niveau des logements du rez-de-chaussée. Ainsi, la hauteur du bâtiment mesurée conformément aux dispositions de l'article UR7 précité est, à cet endroit, de 5,76 mètres. Si cette hauteur est de 5,98 mètres pour la partie centrale de ce bâtiment, celle-ci comporte un vide sanitaire qui n'entre pas dans le calcul de la hauteur dans la limite d'un mètre, ramenant la hauteur devant être prise en compte au titre de l'article UR7 à 4,98 mètres. Enfin la hauteur du bâtiment est de 4,98 mètres pour sa partie nord-ouest, qui est construite au niveau du sol aménagé. Le bâtiment abritant le garage présente, pour sa part, une hauteur de 4,97 mètres sur la façade nord-ouest comportant l'entrée du garage et de 5,48 mètres sur sa façade nord-est au-dessus de la piscine. Si les requérants se prévalent d'un constat d'huissier qui fait état d'une hauteur de bâtiment supérieure à 6 mètres, d'une part, il est difficile de vérifier la validité des points de référence que retient ce constat, établi à partir de leur parcelle, et d'autre part, les conditions d'exécution d'un permis de construire sont sans incidence sur la régularité du permis de construire qui n'autorise que les seuls travaux décrits dans la demande. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article UR7 du règlement de la carte d'urbanisme de Saint-Barthélemy doit être écarté.

6. Par ailleurs, aux termes de l'article UR 8 du règlement de la carte d'urbanisme de Saint-Barthélemy, relatif à l'aspect extérieur : "(). / 1° Volumes et emprise des bâtiments : / La partie non enterrée des constructions affectée à l'habitation doit être répartie en unités séparées dont l'emprise, calculée à l'extérieur des murs, ne peut excéder : / Dans la zone UR, 150 mètres carrés chacune ; / ()".

7. Ainsi qu'il a été dit précédemment, et contrairement à ce que soutiennent les requérants, il ressort des pièces du dossier, notamment du plan de répartition des surfaces figurant dans le dossier de demande de permis de construire, que le permis de construire en litige comporte deux bâtiments séparés dont l'emprise, calculée au sens des dispositions citées au point précédent, s'établit, pour le bâtiment principal, à une surface de 127,69 mètres carrés et, pour le bâtiment comportant le garage et un studio, à une surface de 36 mètres carrés. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article UR 8 doit être écarté.

8. Enfin, il appartient au requérant, tant en première instance qu'en appel, d'assortir ses moyens des précisions nécessaires à l'appréciation de leur bien-fondé. Il suit de là que le juge d'appel n'est pas tenu d'examiner un moyen que l'appelant se borne à déclarer reprendre en appel, sans l'assortir des précisions nécessaires. En se bornant à énoncer qu'ils entendaient maintenir intégralement les moyens de première instance, les appelants, qui au surplus n'ont pas joint à leur requête d'appel une copie de la demande de première instance, n'ont pas mis la cour à même d'apprécier le bien-fondé de ces moyens.

9. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir soulevée par M. B, que les requérants ne sont pas fondés à se plaindre de ce que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Saint-Barthélémy a rejeté la demande de M. F.

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la collectivité de Saint Barthélémy et de M. B, qui ne sont pas les parties perdantes dans la présente instance, la somme que demandent les consorts F. Il y a lieu dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge des consorts F le versement d'une somme de 1 500 euros, chacun, à la collectivité de Saint Barthélémy et de M. B au titre des frais exposés non compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1er : La requête des consorts F est rejetée.

Article 2 : Les consorts F verseront à la collectivité de Saint-Barthélémy et à M. B la somme de 1 500 euros chacun au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent arrêt sera notifié à Mme D F, M. E F, M. H F, Mme C F, à M. A B et à la collectivité de Saint-Barthélémy.

Délibéré après l'audience du 10 mars 2022 à laquelle siégeaient :

Mme Marianne Hardy, présidente,

Mme Fabienne Zuccarello, présidente-assesseure,

Mme Christelle Brouard-Lucas, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 7 avril 2022.

La rapporteure,

Christelle Brouard-LucasLa présidente,

Marianne Hardy

La greffière,

Sylvie Hayet

La République mande et ordonne au représentant de l'Etat à Saint-Barthélémy en ce qui le concerne, et à tous huissiers de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt.

N°20BX01782

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