mardi 28 juin 2022
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| Section | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| N° Dossier | CAA33-20BX02567 |
| Type | Décision |
| Recours | excès de pouvoir |
| Formation | 5ème chambre (formation à 3) |
| Avocat requérant | ROCHAMBEAU |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
Mme C A a demandé au tribunal administratif de La Réunion d'annuler l'arrêté du 4 octobre 2019 par lequel le préfet de La Réunion a refusé de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " en qualité de parent d'enfant français, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai d'un mois et a fixé le pays de renvoi.
Par un jugement n° 1901606 du 15 juin 2020, le tribunal administratif de La Réunion a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête enregistrée le 11 août 2020, Mme A, représentée par Me Rochambeau, demande à la cour :
1°) d'annuler le jugement du tribunal administratif de La Réunion du 15 juin 2020 ;
2°) d'annuler l'arrêté du préfet de la Réunion du 4 octobre 2019 ;
3°) d'enjoindre au préfet de La Réunion de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois suivant la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision de refus de titre de séjour méconnaît les dispositions de l'article L. 313-11-6° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'elle a construit et établi sa vie privée en France avec son enfant ;
- elle méconnaît également l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant car il est de l'intérêt supérieur de son enfant de rester sur le département de La Réunion pour y être suivi médicalement et en présence de sa mère ;
- la décision d'obligation de quitter le territoire français a été prise en méconnaissance du 6° de l'article L. 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense enregistré le 26 avril 2022, le préfet de La Réunion conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la requête est irrecevable au regard de l'article R. 411-1 du code de justice administrative dès lors qu'elle se borne à reprendre en appel l'argumentation déjà présentée en première instance et n'apporte aucun élément de fait ou de droit de nature à remettre en cause l'appréciation portée par le tribunal ;
- les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme B a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C A, ressortissante comorienne née le 31 décembre 1978, a donné naissance le 28 février 2019 à Mamoudzou (Mayotte) à une enfant, reconnue le 1er mars 2019 par un ressortissant français résidant à Mayotte. Elle est arrivée sur l'île de La Réunion le 15 avril 2019, en provenance de Mayotte, munie d'un laissez-passer délivré le 11 avril 2019 par le préfet de Mayotte dans le cadre d'une évacuation sanitaire en raison de l'état de santé de sa fille. Mme A a alors sollicité en septembre 2019 la délivrance d'une carte de séjour en qualité de parent d'enfant français sur le fondement du 6° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 4 octobre 2019, le préfet de La Réunion a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai d'un mois et a fixé le pays de renvoi. Mme A relève appel du jugement du 15 juin 2020 par lequel le tribunal administratif de La Réunion a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.
Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :
2. Aux termes de l'article R. 411-1 du code de justice administrative : " La juridiction est saisie par requête. La requête indique les nom et domicile des parties. Elle contient l'exposé des faits et moyens, ainsi que l'énoncé des conclusions soumises au juge. () ".
3. La requête d'appel de Mme A ne constitue pas la reproduction littérale de sa demande de première instance, mais énonce à nouveau de manière précise, les moyens dirigés contre la décision litigieuse et critique les motifs du jugement attaqué. Une telle motivation répond aux conditions posées par l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par le préfet doit être écartée.
Sur la légalité de l'arrêté du 4 octobre 2019 :
4. Aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : () 6° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à la condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée ; / Lorsque la filiation est établie à l'égard d'un parent, en application de l'article 316 du code civil, le demandeur, s'il n'est pas l'auteur de la reconnaissance de paternité () justifie que ce dernier contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, dans les conditions prévues à l'article 371-2 du même code () Lorsque le lien de filiation est établi mais que la preuve de la contribution n'est pas rapportée () le droit au séjour du demandeur s'apprécie au regard du respect de sa vie privée et familiale et au regard de l'intérêt supérieur de l'enfant ; () ".
5. Si un acte de droit privé opposable aux tiers est en principe opposable dans les mêmes conditions à l'administration tant qu'il n'a pas été déclaré nul par le juge judiciaire, il appartient cependant à l'administration, lorsque se révèle une fraude commise en vue d'obtenir l'application de dispositions de droit public, d'y faire échec, même dans le cas où cette fraude revêt la forme d'un acte de droit privé. Ce principe peut conduire l'administration, qui doit exercer ses compétences sans pouvoir renvoyer une question préjudicielle à l'autorité judiciaire, à ne pas tenir compte, dans l'exercice de ses compétences, d'actes de droit privé opposables aux tiers. Tel est le cas pour la mise en œuvre des dispositions du 6° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui n'ont pas entendu écarter l'application de ces principes. Par conséquent, si la reconnaissance d'un enfant est opposable aux tiers, en tant qu'elle établit un lien de filiation et, le cas échéant, en tant qu'elle permet l'acquisition par l'enfant de la nationalité française, dès lors que cette reconnaissance a été effectuée conformément aux conditions prévues par le code civil, et s'impose donc en principe à l'administration tant qu'une action en contestation de filiation n'a pas abouti, il appartient néanmoins au préfet, s'il est établi, lors de l'examen d'une demande de titre de séjour présentée sur le fondement du 6° de l'article L 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que la reconnaissance de paternité a été souscrite dans le but de faciliter l'obtention de la nationalité française ou d'un titre de séjour, de faire échec à cette fraude et de refuser, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, tant que la prescription prévue par les articles 321 et 335 du code civil n'est pas acquise, la délivrance de la carte de séjour temporaire sollicitée par la personne se présentant comme père ou mère d'un enfant français.
6. Il ressort des pièces du dossier que Mme A a donné naissance, le 28 février 2019 à Mamoudzou, à une fille qui a été reconnue le 1er mars 2019 par un ressortissant français. Pour établir que la reconnaissance de paternité avait été effectuée dans le but de permettre à Mme A d'obtenir un titre de séjour, le préfet de La Réunion s'est fondé sur la circonstance que le père supposé a également reconnu d'autres enfants dont les mères de nationalité comorienne ont toutes vu leur situation régularisée en qualité de parent d'enfant français. Toutefois, s'il ressort des pièces du dossier que l'intéressé a reconnu sept autres enfants entre 2011 et 2018 de sept femmes différentes et toutes en situation irrégulière à Mayotte, cette seule circonstance ne peut suffire à établir le caractère frauduleux de la reconnaissance de paternité de l'enfant de Mme A. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait mené des entretiens avec Mme A et le père supposé afin de vérifier la réalité de leur relation alors que la requérante soutient qu'ils se sont rencontrés à Mayotte en 2017 et ont entretenu une relation amoureuse dont est issue leur fille, ni que le préfet aurait saisi le procureur de la République pour reconnaissance de paternité frauduleuse. Dans ces conditions, le caractère frauduleux de la reconnaissance de paternité ne saurait être regardé comme établi.
7. Cependant, pour fonder son refus de délivrance du titre de séjour sollicité, le préfet s'est également fondé sur l'absence de contribution du père à l'entretien et à l'éducation de l'enfant. A cet égard, si la requérante produit un certificat médical attestant que son enfant a été accompagnée par ses parents tout au long de son hospitalisation du 6 mars 2019 au 4 août 2019 au centre hospitalier universitaire (CHU) de Bellepierre (La Réunion) et une attestation de la personne qui l'héberge depuis juin 2019, ces éléments ne suffisent pas à établir que le père déclaré contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant alors qu'il ressort des écritures de la requérante qu'il a dû retourner à Mayotte après l'hospitalisation de l'enfant. En outre, la requérante ne peut utilement se prévaloir d'un jugement du juge aux affaires familiales du 24 juillet 2020, lequel a été saisi et a rendu son jugement postérieurement à la décision attaquée, qui ne contient aucune énonciation permettant de corroborer une contribution effective à l'entretien et à l'éducation de l'enfant et qui, au demeurant, relève l'absence de comparution du père à l'audience. Dès lors, Mme A ne justifie pas de la contribution du père à l'entretien et à l'éducation de son enfant. Toutefois, en application des dispositions précitées de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le droit au séjour de Mme A doit s'apprécier au regard du respect de sa vie privée et familiale et au regard de l'intérêt supérieur de son enfant.
8. Il ressort des pièces du dossier que Mme A est arrivée sur l'île de La Réunion, en provenance de Mayotte, dans le cadre d'une évacuation sanitaire, l'état de santé de sa fille nécessitant des soins, et que l'enfant a été hospitalisée au CHU de Bellepierre du 6 mars 2019 au 5 août 2019. Par ailleurs, il ressort du certificat médical du 29 octobre 2019, certes postérieur à l'arrêté litigieux du 4 octobre 2019 mais faisant état d'éléments de fait existants à la date de l'arrêté, que l'enfant était toujours hospitalisée, et ce depuis le 5 août 2019 pour une durée indéterminée à l'hôpital d'enfants de Saint-Denis, qu'elle présente une pathologie chronique sévère pour laquelle les soins médicaux ne peuvent être réalisés qu'à La Réunion et que la présence de sa mère à son chevet est nécessaire durant toute la durée de l'hospitalisation. Ainsi, dans les circonstances de l'espèce, la décision de refus de séjour a méconnu l'intérêt supérieur de l'enfant dont l'état de santé nécessite qu'elle poursuive ses soins à La Réunion et qu'elle soit accompagnée de sa mère. Par suite, et alors qu'il n'est pas contesté qu'elle contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de sa fille depuis sa naissance, Mme A est fondée à soutenir que la décision est entachée d'une erreur d'appréciation au regard du 6° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
9. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme A est fondée à soutenir que c'est à tort que le tribunal administratif de La Réunion a rejeté sa demande.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
10. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. () ".
11. L'annulation prononcée par le présent arrêt implique nécessairement, eu égard au motif qui la fonde, la délivrance à Mme A d'une carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale ". Il y a lieu d'enjoindre au préfet de La Réunion de lui délivrer un tel titre dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent arrêt, sans qu'il y ait lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge de l'Etat le versement à Mme A de la somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
DECIDE :
Article 1er : Le jugement du tribunal administratif de La Réunion du 15 juin 2020 et l'arrêté du préfet de La Réunion du 4 octobre 2019 sont annulés.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de La Réunion de délivrer à Mme A un titre de séjour mention " vie privée et familiale " dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent arrêt.
Article 3 : L'Etat versera à Mme A une somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent arrêt sera notifié à Mme C A, au ministre de l'intérieur et au préfet de la Réunion.
Délibéré après l'audience du 31 mai 2022 à laquelle siégeaient :
Mme Elisabeth Jayat, présidente,
Mme Nathalie Gay, première conseillère,
Mme Laury Michel, première conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 juin 2022.
La rapporteure,
Laury B
La présidente,
Elisabeth JayatLa greffière,
Virginie Santana
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne, et à tous huissiers de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt.
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026