mercredi 13 juillet 2022
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| Section | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| N° Dossier | CAA33-20BX02596 |
| Type | Décision |
| Recours | plein contentieux |
| Formation | 3ème chambre (formation à 3) |
| Avocat requérant | PAGE |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. D B a demandé au tribunal administratif de la Guyane d'annuler la décision non datée n°18DG1003380008 par laquelle le directeur de l'équipement, de l'aménagement, du logement (DEAL) de Guyane lui a infligé un blâme, et d'annuler la décision du 20 novembre 2018 par laquelle le directeur de la DEAL de Guyane a retiré la précédente sanction et l'a sanctionné d'un blâme.
Par un jugement n°1801302,1900050 du 2 juillet 2020 le tribunal administratif de la Guyane a prononcé un non-lieu à statuer sur la demande d'annulation de la décision n°18DG1003380008 et rejeté le surplus.
Procédure devant la cour :
Par la requête enregistrée le 10 août 2020, M. B, représenté par Me Page, demande à la cour :
1°) d'annuler le jugement n° 1801302,1900050 du 2 juillet 2020 ;
2°) d'annuler l'arrêté du préfet de la Guyane du 20 novembre 2018 lui infligeant un blâme ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 10 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision de blâme est insuffisamment motivée en ce que la motivation ne mentionne pas les circonstances et dates des faits censés la fonder ;
- les premiers juges ont commis une erreur de droit en ce qu'ils ont écarté le moyen tiré de l'erreur d'appréciation de l'autorité disciplinaire en s'appuyant sur les motifs d'une précédente décision qui n'étaient pas revêtus de l'autorité de chose jugée dès lors qu'ils ne constituaient pas le soutien nécessaire du dispositif de ce précédent jugement ;
- la sanction repose sur des faits matériellement inexacts, à savoir un manque de réactivité pour débloquer un problème informatique ne relevant pas de son fait mais découlant de son impossibilité à agir faute pour lui de posséder les codes informatiques ; de même les propos insultants et le refus d'obéissance qui lui sont reprochés ne sont pas établis ;
- la sanction repose sur des faits prescrits ;
- la sanction est disproportionnée au regard des faits sur lesquels elle repose.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 janvier 2022, le ministre de la transition écologique conclut au rejet de la requête.
Il soutient que tous les moyens de la requête doivent être écartés comme infondés.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. C A,
- les conclusions de Mme Isabelle Le Bris, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, agent titulaire appartenant au corps des ingénieurs des travaux publics de l'Etat, a été affecté en 2002 à la direction de l'équipement, de l'aménagement et du logement (DEAL) de Guyane où il a exercé les fonctions de responsable de l'unité informatique. Il y exerce, depuis le 1er janvier 2014, les fonctions de chargé de mission afin d'assurer le pilotage et la gestion des services d'information. Par un arrêté du directeur de la DEAL du 21 juillet 2016, M. B s'est vu infliger un blâme, lequel a toutefois été annulé, pour méconnaissance des droits de la défense, par un jugement définitif du tribunal administratif de la Guyane n°1600624 du 6 avril 2018. Par un arrêté portant le numéro 18DG1003380008 mais non daté, le DEAL de la Guyane a infligé à M. B un blâme. Cette décision a été retirée et remplacée par un arrêté préfectoral du 20 novembre 2018 prononçant un blâme à l'encontre de M. B. Ce dernier a demandé au tribunal administratif de la Guyane d'annuler la décision n° 18DG1003380008 et la décision du 20 novembre 2018. Par un jugement n°1801302,1900050 du 2 juillet 2020, le tribunal a prononcé un non-lieu à statuer sur la demande d'annulation de la décision non datée, et rejeté le surplus de la demande. M. B doit être regardé comme relevant appel du jugement du 2 juillet 2020 en tant qu'il a rejeté sa requête n° 1900050 dirigée contre la sanction du 20 novembre 2018.
2. En vertu de l'article 19 de la loi du 13 juillet 1983, portant droits et obligations des fonctionnaires, une décision prononçant une sanction disciplinaire à l'encontre d'un agent public doit être motivée. Par cette disposition, le législateur a entendu imposer à l'autorité qui prononce une sanction disciplinaire l'obligation de préciser elle-même, dans sa décision, les griefs qu'elle entend retenir à l'encontre du fonctionnaire intéressé, de sorte que ce dernier puisse, à la seule lecture de la décision qui lui est notifiée, connaître les motifs de la sanction qui le frappe. La volonté du législateur n'est pas respectée lorsque la décision prononçant une sanction disciplinaire ne comporte en elle-même pas de motif précis et se borne à viser un document dont le texte n'est ni incorporé ni joint à la décision.
3. Pour motiver la sanction infligée à M. B, le préfet de la Guyane s'est borné à faire état des faits suivants : " refus d'obéissance aux instructions de votre supérieur hiérarchique ", " frein au déblocage d'une situation pénalisante ", " propos insultants ". De tels motifs, qui ne précisent pas dans quelles circonstances et à quelles dates ou périodes avaient eu lieu les manquements invoqués, ni même la nature précise de ces manquements, ne sont pas suffisamment circonstanciés.
4. La circonstance que la sanction en litige ait visé un précédent courrier du 7 mai 2018, qui informait M. B des faits qui lui étaient reprochés et de l'ouverture d'une procédure disciplinaire, ne dispensait pas l'administration de son obligation d'énoncer de manière circonstanciée les faits reprochés à M. B et retenus contre lui ainsi que les raisons pour lesquelles elle estimait que ceux-ci étaient de nature à justifier la sanction prononcée. Il s'ensuit que la décision du 20 novembre 2018, qui n'avait pas repris les éléments relatés dans le courrier du 7 mai 2018, lequel n'avait pas davantage été joint à cette décision, est illégale pour insuffisance de motivation.
5. Il résulte de ce qui précède que M. B est fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de la Guyane a rejeté sa demande d'annulation de la décision du 20 novembre 2018. Dès lors, ce jugement doit être annulé en tant qu'il a rejeté les conclusions à fin d'annulation de la décision en litige, ainsi que la décision de sanction elle-même.
6. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit à la demande de M. B tendant à ce que l'Etat soit condamné à lui verser une somme au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
DECIDE
Article 1er : L'article 2 du jugement n° 1801302,1900050 du tribunal administratif de la Guyane du 2 juillet 2020 ainsi que la sanction du 20 novembre 2018 sont annulés.
Article 2 : Le surplus des conclusions de M. B est rejeté.
Article 3 : Le présent arrêt sera notifié à M. D B et à la ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires. Copie pour information en sera délivrée au préfet de la Guyane ainsi qu'au directeur de la direction de l'équipement, de l'aménagement et du logement de la Guyane.
Délibéré après l'audience du 27 juin 2022 à laquelle siégeaient :
M. Didier Artus, président,
M. Frédéric Faïck, président-assesseur,
M. Manuel Bourgeois, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2022.
Le rapporteur,
Frédéric A
Le président,
Didier Artus
Le greffier,
Anthony Fernandez
La République mande et ordonne à la ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui la concerne, et à tous huissiers de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt.
N°20BX02596
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE03336
La Cour administrative d’appel de Versailles, statuant en référé, a rejeté la requête de Mme C... contestant l’ordonnance du tribunal administratif de Versailles qui avait rejeté sa demande indemnitaire pour rupture abusive de son contrat de travail avec la commune de Carrières-sous-Poissy. La cour a confirmé que la demande de première instance était irrecevable, faute pour la requérante d’avoir produit la preuve du dépôt d’une demande indemnitaire préalable, condition nécessaire pour lier le contentieux. En l’absence de contestation de cette irrecevabilité, les moyens soulevés en appel ont été jugés inopérants. L’ordonnance a été rendue sur le fondement de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-24MA03276
La Cour administrative d'appel de Marseille, dans un arrêt du 25 mars 2026, a examiné le litige opposant la société EEA à l'office public de l'habitat Pays d'Aix Habitat Métropole (aux droits duquel vient la société Famille et Provence) concernant la résiliation de trois accords-cadres de travaux. Saisie en appel du jugement du tribunal administratif de Marseille ayant rejeté la demande de la société EEA, la cour a soulevé d'office un moyen tiré de la nullité des contrats en raison d'un conflit d'intérêts. Elle a constaté que le directeur technique de l'office, ayant participé à la procédure de passation des trois contrats, se trouvait dans une situation de conflit d'intérêts constitutive d'un vice d'une particulière gravité, justifiant ainsi l'annulation du jugement et la constatation de la nullité des accords-cadres.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02403
La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, est saisie par la société Neko Ramen d'une demande de suspension de l'exécution provisoire d'un jugement du tribunal administratif de Paris du 19 février 2026. Ce jugement avait partiellement annulé une décision de l'OFII du 14 septembre 2023, mais avait maintenu à la charge de la société une contribution spéciale de 661 650 euros pour emploi d'étrangers sans titre. La société invoque l'urgence et l'existence de moyens sérieux (irrégularité de procédure, erreur de droit dans la modulation, disproportion de la sanction). Le juge des référés rappelle que la suspension prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative nécessite une urgence justifiée et un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA01426
Cette décision de la Cour administrative d'appel de Marseille concerne le non-renouvellement du contrat d'une assistante d'éducation par le collège des Hautes Vallées. La cour rejette la requête de Mme A... qui contestait ce non-renouvellement. Elle juge que l'absence d'entretien préalable, prévu par l'article 45 du décret n° 86-83 du 17 janvier 1986, ne constitue pas une garantie dont la privation entraîne automatiquement l'annulation de la décision, sauf en cas de caractère disciplinaire, ce qui n'était pas le cas. La cour confirme ainsi le jugement du tribunal administratif de Marseille.
04/05/2026