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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA33-20BX02999

Cour administrative d'appel de Bordeaux — Décision N° CAA33-20BX02999

mercredi 21 décembre 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Bordeaux
SectionCour administrative d'appel de Bordeaux
N° DossierCAA33-20BX02999
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre bis (formation à 3)
Avocat requérantWATTINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme A D a demandé au tribunal administratif de Pau d'annuler l'arrêté du 28 février 2018 par lequel le maire de la commune de Larressore s'est opposé à la déclaration préalable présentée en vue de la rénovation de deux logements existants et d'enjoindre à la commune de Larressore de prendre une décision de non-opposition à déclaration préalable dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir.

Par un jugement n° 1800939 du 10 juillet 2020, le tribunal administratif de Pau a annulé l'arrêté du 28 février 2018 et enjoint le maire de Larressore de prendre une décision de non-opposition à la déclaration préalable déposée par Mme D dans un délai de deux mois à compter de la date de notification du jugement.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée sous le n° 20BX02999 le 7 septembre 2020 et un mémoire en réplique enregistré le 20 octobre 2021, la commune de Larressore, représentée par Me Declety, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du tribunal administratif de Pau du 10 juillet 2020 ;

2°) de rejeter la demande de première instance de Mme D ;

3°) de mettre à la charge de Mme D le versement de la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La commune de Larressore soutient que :

- le maire de Larressore disposait bien, par une délibération du conseil municipal du 28 août 2020, d'une autorisation d'ester en justice ; le maire disposait ainsi d'une autorisation de recourir à un avocat ;

- contrairement à ce que soutient Mme D, cette dernière n'a pas bénéficié d'une décision tacite de non-opposition aux travaux déclarés à la suite du jugement du tribunal administratif de Pau du 10 juillet 2020 ; sa requête d'appel, qui ne visait donc pas à contester une décision tacite de non-opposition à déclaration préalable, n'était dès lors pas soumise à la formalité de notification prévue par l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme ;

- le tribunal administratif de Pau a écarté à tort la fin de non-recevoir opposée par la commune à la demande de première instance présentée par Mme D, tirée de ce que l'arrêté du 28 février 2018 était purement confirmatif de deux précédents arrêtés d'opposition à déclaration préalable pris par la commune le 7 août 2017 et le 20 novembre 2017 portant sur le même projet ; ces derniers arrêtés sont devenus définitifs dès lors qu'ils ont été notifiés à Mme D avec la mention des voies et délais de recours ; le recours de Mme D était donc tardif et irrecevable ;

- le maire de la commune de Larressore n'a pas commis d'erreur de droit ni d'erreur d'appréciation en se fondant sur les dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme pour s'opposer à la déclaration préalable déposée par Mme D, compte tenu des risques importants et dangereux d'inondation auxquels est exposé le terrain d'assiette du projet ;

- dès lors que la cour réformera le jugement de première instance, et déboutera Mme D de sa demande d'annulation, la cour rejettera nécessairement les conclusions à fin d'injonction présentées par l'intéressée et les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 juillet 2021, Mme A D, représentée par Me Wattine, conclut au rejet de la requête, demande qu'il soit enjoint à la commune de Larressore de lui délivrer un arrêté de non-opposition à déclaration préalable dans un délai d'un mois à compter de l'arrêt à intervenir, et demande de mettre à la charge de la commune de Larressore le versement de la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête de la commune de Larressore est irrecevable, dès lors que le maire ne produit pas de décision décidant formellement d'engager la procédure d'appel et de désigner à cet effet un avocat ;

- l'arrêté du 28 février 2018 du maire de Larressore ayant été annulé par le tribunal, elle est fondée à se prévaloir d'une décision tacite de non-opposition à déclaration préalable aux travaux déclarés ;

- les moyens invoqués par la commune de Larressore ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B C,

- les conclusions de M. Axel Basset, rapporteur public,

- les observations de Me Wattine pour Mme D.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 28 février 2018, le maire de la commune de Larressore s'est opposé à la déclaration préalable présentée le 1er décembre 2017 par Mme D en vue de la rénovation de deux logements au sein d'une maison. La commune de Larressore relève appel du jugement n° 1800939 du 10 juillet 2020 par lequel le tribunal administratif de Pau a, à la demande de Mme D, annulé l'arrêté du 28 février 2018 et enjoint à la commune de Larressore de prendre une décision de non-opposition à la déclaration préalable présentée par Mme D dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement.

Sur la fin de non-recevoir opposée à la demande de première instance :

2. A supposer que la déclaration préalable du 1er décembre 2017, ayant conduit à l'arrêté en litige du 28 février 2018, ait le même objet que ses deux précédentes déclarations déposées le 21 juin et le 26 septembre 2017, Mme D resterait recevable à contester cet arrêté du 28 février 2018 dès lors que ceux du 7 août et du 20 novembre 2017, par lesquels le maire s'est opposé aux précédentes déclarations, ne sont pas devenus définitifs.

3. Alors que Mme D conteste avoir reçu notification des arrêtés d'opposition à déclaration préalable des 7 août et 20 novembre 2017, la commune a produit en appel une copie de l'envoi en recommandé sans avis de réception de ces décisions. Dans ces conditions, ces éléments, qui attestent seulement du dépôt des plis recommandés auprès des services postaux, ne permettent pas de connaître la date à laquelle Mme D aurait reçu notification des arrêtés. Il s'ensuit que les arrêtés précités ne peuvent être regardés comme ayant été notifiés dans des conditions ayant permis le déclenchement du délai de recours contentieux.

4. Par ailleurs, la seule mention des arrêtés des 7 août et 20 novembre 2017 dans les visas de la décision en litige du 28 février 2018 ne suffit pas pour retenir la connaissance acquise qu'aurait eue Mme D de ces deux premiers arrêtés. De même, la seule circonstance que Mme D a présenté, le 1er décembre 2017, une nouvelle déclaration préalable ne suffit pas non plus à établir qu'elle aurait eu connaissance, dans toute leur étendue, des arrêtés des 7 août et 20 novembre 2017 s'opposant à ses premières déclarations.

5. Il résulte de ce qui précède que l'arrêté attaqué ne revêt pas le caractère d'un acte confirmatif de décisions antérieures devenues définitives. Par suite, c'est à bon droit que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Pau a écarté la fin de non-recevoir opposée en première instance par la commune de Larressore tirée de la tardiveté de la demande de Mme D.

Sur le bien-fondé du motif d'annulation retenu par le tribunal :

6. Aux termes de l'article R. 111-2 du code de justice administrative : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations. ". Aux termes de l'article R. 421-17 du même code : " Doivent être précédés d'une déclaration préalable lorsqu'ils ne sont pas soumis à permis de construire () les travaux exécutés sur des constructions existantes, à l'exception des travaux d'entretien ou de réparations ordinaires, et les changements de destination des constructions existantes suivants : a) Les travaux ayant pour effet de modifier l'aspect extérieur d'un bâtiment existant, à l'exception des travaux de ravalement () ".

7. Il ressort des pièces composant la déclaration préalable déposée le 1er décembre 2017 que les travaux projetés par Mme D, dans le cadre de la rénovation de deux appartements situés dans une maison, consistent exclusivement en la rénovation de la toiture, la peinture des boiseries, le changement des menuiseries extérieures, le ravalement des façades et le raccordement au réseau public d'assainissement.

8. Il ressort, certes, des pièces du dossier que le terrain d'assiette du projet se situe en contrebas d'une route départementale, dans une zone soumise à un risque d'inondation dont la carte provisoire des aléas du plan de prévention des risques d'inondation (PPRI), en cours d'élaboration à la date de la décision attaquée, envisage le classement futur en zone d'aléas forts.

9. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le projet n'entraîne pas de changement de la destination à usage d'habitation du bâtiment existant, dont aucun élément du dossier ne permet d'estimer qu'elle aurait disparu au cours du temps.

10. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que les travaux projetés porteraient, par eux-mêmes, atteinte à la sécurité publique en augmentant le risque de vulnérabilité des personnes et des biens, dès lors qu'ils ne portent que sur l'aspect extérieur du bâtiment existant et ne conduisent pas à une augmentation de sa capacité d'accueil.

11. Dans ces conditions, eu égard à la nature des travaux déclarés, la commune de Larressore n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que le tribunal administratif de Pau a jugé que le maire de Larressore avait fait une inexacte application des dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme en s'opposant à la déclaration préalable présentée par Mme D, pour annuler en conséquence l'arrêté du 28 février 2018.

12. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir opposées par Mme D, que la commune de Larressore n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Pau a prononcé l'annulation de l'arrêté d'opposition à déclaration préalable du 28 février 2018.

Sur les conclusions à fin d'injonction présentées par Mme D:

13. Le tribunal administratif de Pau ayant déjà, par le jugement attaqué, qui est confirmé devant la cour, enjoint à la commune de Larressore de délivrer à Mme D un arrêté de non opposition à déclaration préalable dans un délai de deux mois, les conclusions à fin d'injonction formulées devant la cour par Mme D sont, en tout état de cause, dépourvues d'objet et ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme D, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la commune de Larressore demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Larressore le versement à Mme D de la somme de 1 500 euros en application de ces mêmes dispositions.

DECIDE :

Article 1er : La requête n° 20BX02999 de la commune de Larressore est rejetée.

Article 2 : Les conclusions à fin d'injonction présentées par Mme D sont rejetées.

Article 3 : La commune de Larressore versera à Mme D la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent arrêt sera notifié à Mme A D et à la commune de Larressore.

Délibéré après l'audience du 5 décembre 2022 à laquelle siégeaient :

M. Frédéric Faïck, président,

Mme Florence Rey-Gabriac, première conseillère,

Mme Pauline Reynaud, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 décembre 2022.

La rapporteure,

Pauline CLe président,

Frédéric Faïck

La greffière,

Catherine Jussy

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Atlantiques en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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