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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA33-21BX00557

Cour administrative d'appel de Bordeaux — Décision N° CAA33-21BX00557

mercredi 21 décembre 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Bordeaux
SectionCour administrative d'appel de Bordeaux
N° DossierCAA33-21BX00557
TypeDécision
Recoursplein contentieux
PublicationC
Formation6ème chambre (formation à 3)
Avocat requérantCONSTANT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme A G C a demandé au tribunal administratif de la Martinique d'annuler la décision du 27 novembre 2019 par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a mis à sa charge la contribution spéciale pour l'emploi irrégulier d'un travailleur et la contribution forfaitaire représentative de frais de réacheminement de l'étranger vers son pays d'origine, pour un montant total de 15 000 euros.

Par un jugement n° 1900710 du 19 novembre 2020, le tribunal administratif de la Martinique a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 15 février 2021, Mme G C, représentée par Me Constant, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du tribunal administratif de la Martinique du 19 novembre 2020 ;

2°) d'annuler la décision du 27 novembre 2019 du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration précitée ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à lui verser en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée a été prise au terme d'une procédure irrégulière dès lors que le délai de distance d'un mois pour qu'elle puisse présenter ses observations, prévu à l'article R. 421-7 du code de justice administrative, n'a pas été respecté ;

- la décision est entachée d'erreur de fait et d'erreur appréciation puisqu'elle n'a pas commis les faits reprochés, la procédure d'enquête pénale ne concernait que son époux et elle se trouvait aux États-Unis au moment de l'embauche.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 décembre 2022, l'Office français de l'immigration et de l'intégration représenté par Me de Froment, conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D F,

- et les conclusions de Mme Florence Madelaigue, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Le 29 juillet 2019, un contrôle effectué au sein du magasin " Dina Shop ", situé à Fort-de-France et spécialisé dans la vente de linge de maison a permis aux services de police de constater que Mme E, ressortissante sainte-lucienne en situation irrégulière, était en train de plier des vêtements dans la boutique. M. C, époux de la requérante, qui assurait la caisse du magasin au moment du contrôle, a reconnu lors de son audition par les services de police que Mme E était employée au sein du magasin depuis le 28 juin 2019. Par une décision du 27 novembre 2019, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a mis à la charge de Mme A G C, dirigeante de l'entreprise, la contribution spéciale pour l'emploi irrégulier d'un travailleur, prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail et la contribution forfaitaire représentative de frais de réacheminement de l'étranger vers son pays d'origine, pour un montant total de 15 000 euros. Mme G C relève appel du jugement par lequel le tribunal administratif de la Martinique a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cette décision et à la décharge de l'amende en litige.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, au soutien du moyen tiré de ce que l'OFII n'a pas respecté le délai de distance, prévu par les dispositions de l'article R. 421-7 du code de justice administrative, au cours de la procédure administrative préalable lui permettant de présenter ses observations en défense, la requérante ne critique pas utilement la réponse apportée par le tribunal. Par suite et alors que la requérante ne se prévaut en appel d'aucun élément de fait ou de droit nouveau, il y a lieu d'écarter ce moyen par adoption des motifs pertinents retenus par les premiers juges.

3. En deuxième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 8251-1 du code du travail : " Nul ne peut, directement ou indirectement, embaucher, conserver à son service ou employer pour quelque durée que ce soit un étranger non muni du titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France () ". Aux termes de l'article L. 8253-1 du même code : " Sans préjudice des poursuites judiciaires pouvant être intentées à son encontre, l'employeur qui a employé un travailleur étranger en méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 acquitte, pour chaque travailleur étranger non autorisé à travailler, une contribution spéciale. Le montant de cette contribution spéciale est déterminé dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat. Il est, au plus, égal à 5 000 fois le taux horaire du minimum garanti prévu à l'article L. 3231-12. ". Selon l'article R. 8253-2 du même code : " I. - Le montant de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 est égal à 5 000 fois le taux horaire, à la date de la constatation de l'infraction, du minimum garanti prévu à l'article L. 3231-12. / II. - Ce montant est réduit à 2 000 fois le taux horaire du minimum garanti dans l'un ou l'autre des cas suivants : / 1° Lorsque le procès-verbal d'infraction ne mentionne pas d'autre infraction commise à l'occasion de l'emploi du salarié étranger en cause que la méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 ; / 2° Lorsque l'employeur s'est acquitté des salaires et indemnités mentionnés à l'article L. 8252-2 dans les conditions prévues par les articles R. 8252-6 et R. 8252-7. / III. - Dans l'hypothèse mentionnée au 2° du II, le montant de la contribution spéciale est réduit à 1 000 fois le taux horaire du minimum garanti lorsque le procès-verbal d'infraction ne mentionne l'emploi que d'un seul étranger sans titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France. / () ". Aux termes enfin de l'article L. 8221-1 du même code " Sont interdits : 1° Le travail totalement ou partiellement dissimulé, défini et exercé dans les conditions prévues aux articles L. 8221-3 et L. 8221-5 () ".

4. D'une part, il appartient au juge administratif, saisi d'un recours contre une décision mettant à la charge d'un employeur la contribution spéciale prévue par les dispositions précitées de l'article L. 8253-1 du code du travail, pour avoir méconnu les dispositions de l'article L. 8251-1 du même code, de vérifier la matérialité des faits reprochés à l'employeur et leur qualification juridique au regard de ces dispositions. Il lui appartient, également, de décider, après avoir exercé son plein contrôle sur les faits invoqués et la qualification retenue par l'administration, soit de maintenir la sanction prononcée, soit d'en diminuer le montant jusqu'au minimum prévu par les dispositions applicables au litige, soit d'en décharger l'employeur.

5. D'autre part, la qualification de contrat de travail ne dépend ni de la volonté exprimée par les parties, ni de la dénomination qu'elles ont entendu donner à la convention qui les lie mais des seules conditions de fait dans lesquelles le travailleur exerce son activité. A cet égard, la qualité de salarié suppose nécessairement l'existence d'un lien juridique, fût-il indirect, de subordination du travailleur à la personne qui l'emploie, le contrat de travail ayant pour objet et pour effet de placer le travailleur sous la direction, la surveillance et l'autorité de son cocontractant. Dès lors, pour l'application des dispositions précitées de l'article L. 8251-1 du code du travail, il appartient à l'autorité administrative de relever, sous le contrôle du juge, les indices objectifs de subordination permettant d'établir la nature salariale des liens contractuels existant entre un employeur et le travailleur qu'il emploie.

6. Premièrement, en l'espèce, il résulte de l'instruction et notamment de son procès-verbal d'audition que Mme E, ressortissante saint-lucienne en situation irrégulière, a déclaré aux services de police, avoir été embauchée par M. B C, époux de la requérante, depuis le 28 juin 2019 en tant que chargée du ménage, de vente et du rangement des marchandises dans le magasin " Dina Shop ", une à cinq fois par semaine de 8h à 12h, en contrepartie d'une rémunération de 40 euros par jour payée en espèces. Il résulte également de l'instruction que M. C, lors de son audition par les services de police, s'est présenté comme gérant du magasin, a reconnu qu'il avait embauché Mme E, selon les conditions indiquées par l'intéressée, pour remplacer une personne partie à la retraite, et a indiqué qu'il n'avait établi aucun contrat de travail, que Mme E n'avait présenté aucun document au moment de son embauche et qu'il attendait le retour de son épouse pour régulariser la situation de cette employée. Si la requérante soutient, d'une part, qu'elle ignorait la présence de Mme E dans son magasin le jour du contrôle et que, d'autre part, celle-ci a été recrutée par son époux sans son accord alors qu'elle se trouvait à l'étranger depuis le 27 juin 2019, ces circonstances, à les supposer établies, ne sont pas de nature à exonérer Mme G C, seule dirigeante de son entreprise individuelle ainsi qu'il ressort des mentions du registre du commerce et des sociétés, de sa responsabilité dans la commission des faits reprochés au motif de sa bonne foi. En effet la requérante qui ne conteste pas que son époux était chargé de gérer le magasin en son absence, dispose d'un pouvoir de direction de l'entreprise et est responsable des actes commis par les salariés et notamment son époux dans l'exercice de ses fonctions et en lien avec ses fonctions, Deuxièmement, s'agissant d'une sanction administrative, la circonstance selon laquelle la commission des faits reprochés ne présenterait pas un caractère intentionnel est sans incidence sur la légalité de la décision contestée. Troisièmement, la contribution spéciale mise à la charge des employeurs qui ont occupé un travailleur étranger en violation des dispositions précitées de l'article L. 8251-1 du code du travail est, d'après les termes mêmes de l'article L. 8253-1 du même code, indépendante des poursuites pénales auxquelles peuvent donner lieu les mêmes faits. En conséquence, la requérante ne saurait utilement soutenir que, en l'absence de poursuites pénales à son encontre, l'infraction n'est pas caractérisée. Il s'ensuit que le moyen tiré de ce que la sanction en litige serait entachée d'erreur de fait et d'erreur d'appréciation doit être écarté.

7. Il résulte de tout ce qui précède, que la requérante n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de la Martinique a rejeté sa demande tendant à l'annulation de la décision du 27 novembre 2019.

Sur les frais liés à l'instance :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la requérante demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1er : La requête de Mme G C est rejetée.

Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à Mme A G C et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 12 décembre 2022 à laquelle siégeaient :

Mme Florence Demurger, présidente,

Mme Karine Butéri, présidente-assesseure,

Mme Caroline Gaillard, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 21 décembre 2022.

La rapporteure,

Caroline F

La présidente,

Florence DemurgerLa greffière,

Catherine Jussy

La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion professionnelle en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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