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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA33-21BX01265

Cour administrative d'appel de Bordeaux — Décision N° CAA33-21BX01265

jeudi 7 juillet 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Bordeaux
SectionCour administrative d'appel de Bordeaux
N° DossierCAA33-21BX01265
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
Formation1ère chambre - formation à 3
Avocat requérantCAZAMAJOUR & URBANLAW;NASSIET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B D et Mme E D ont demandé au tribunal administratif de Bordeaux d'annuler la délibération du 11 février 2019 par laquelle le conseil municipal de Mios a approuvé la révision du plan local d'urbanisme communal.

Par un jugement n° 1901759 du 27 janvier 2021, le tribunal administratif de Bordeaux a rejeté leur demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 25 mars 2021 et le 31 mars 2022, M. et Mme D, représentés par Me Borderie, demandent à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du tribunal administratif de Bordeaux du 27 janvier 2021 ;

2°) d'annuler la délibération du conseil municipal de Mios du 11 février 2019 ;

3°) d'enjoindre à la commune de Mios de classer la parcelle cadastrée section BC n° 274 en zone constructible dans un délai de trois mois à compter de la notification de l'arrêt à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de la commune de Mios la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la consultation de la commission nationale de la préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers est restée imparfaite dès lors qu'elle aurait dû être saisie, de manière spécifique, en application des articles L. 151-12 et L. 151-26 du code de l'urbanisme ;

- le syndicat mixte du schéma directeur de l'aire métropolitaine Bordelaise (Sysdau) et le syndicat mixte du schéma de cohérence territoriale de Born auraient dû être associés à l'élaboration du plan local d'urbanisme de Mios, ainsi que l'impose l'article L. 132-9 du code de l'urbanisme ;

- l'axe 1 du plan d'aménagement et de développement durables décrit une finalité qui n'est pas au nombre de celles fixées par la loi ;

- le classement de la parcelle cadastrée section BC n° 274 en zone N est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'appartenant au hameau du Hargon, elle est rattachée par attractivité à un secteur urbanisé plutôt qu'à un ensemble naturel.

Par un mémoire en défense enregistré le 16 février 2022, la commune de Mios, représentée par la SELAS Cazamajour et UrbanLaw, demande à la cour :

1°) de rejeter la requête de M. et Mme D ;

2°) subsidiairement, de limiter les effets de l'annulation aux seules dispositions irrégulières du plan local d'urbanisme et de surseoir à statuer afin de permettre de régulariser ce document en application de l'article L. 600-9 du code de l'urbanisme ;

3°) de mettre à la charge de M. et Mme D la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens de M. et Mme D ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- la loi n° 2014-366 du 24 mars 2014 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme F A,

- les conclusions de M. Romain Roussel, rapporteur public,

- et les observations de Me Borderie, représentant M. et Mme D, et les observations de Me Maginot, représentant la commune de Mios.

Considérant ce qui suit :

1. Par une délibération du 11 février 2019, le conseil municipal de Mios a approuvé la révision du plan local d'urbanisme communal. M. et Mme D relèvent appel du jugement du 27 janvier 2021 par lequel le tribunal administratif de Bordeaux a rejeté leur demande tendant à l'annulation de cette délibération.

Sur la légalité de la délibération du 11 février 2019 :

2. En premier lieu, aux termes du dernier alinéa du II de l'article L. 123-1-5 du code de l'urbanisme, applicable en vertu de l'article 139 de la loi du 24 mars 2014 pour l'accès au logement et un urbanisme rénové dès lors que la révision du plan local d'urbanisme a été approuvée le 15 mars 2014, et dont les dispositions ont été reprises à l'article L. 151-12 du code de l'urbanisme : " () Dans les zones agricoles ou naturelles et en dehors des secteurs mentionnés au présent 6°, les bâtiments d'habitation existants peuvent faire l'objet d'extensions ou d'annexes, dès lors que ces extensions ou annexes ne compromettent pas l'activité agricole ou la qualité paysagère du site. Le règlement précise la zone d'implantation et les conditions de hauteur, d'emprise et de densité de ces extensions ou annexes permettant d'assurer leur insertion dans l'environnement et leur compatibilité avec le maintien du caractère naturel, agricole ou forestier de la zone. Les dispositions du règlement prévues au présent alinéa sont soumises à l'avis de la commission départementale de la préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers prévue à l'article L. 112-1-1 du code rural et de la pêche maritime ".

3. Il ressort des pièces du dossier que la commission départementale de la préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers a émis un avis le 6 juin 2018 dans le cadre de la procédure de révision du plan local d'urbanisme de Mios. Il ressort clairement des termes de cet avis que cette commission, saisie sur le fondement de l'article L. 123-6 du code de l'urbanisme alors applicable, et devenu l'article L. 153-13 de ce code, s'est également prononcée sur le règlement des zones A et N du plan local d'urbanisme au titre du dernier alinéa du II de l'article L. 123-1-5 du même code cité ci-dessus. Aucune disposition législative ou règlementaire n'obligeait la commune de Mios à saisir la commission départementale de la préservation des espaces naturels, agricoles ou forestiers de manière distincte pour qu'elle émette séparément un avis au titre de l'article L. 123-1-5 du code de l'urbanisme, ni à ce que cette saisine soit préalable à l'arrêt du projet de révision de plan local d'urbanisme, décidé par la délibération du 22 mars 2018. Par suite, le moyen tiré de ce que la commission départementale de la préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers n'aurait pas été consultée au titre du dernier alinéa du II de l'article L. 123-1-5 du code de l'urbanisme doit être écarté.

4. En deuxième lieu, M. et Mme D ne peuvent utilement se prévaloir des dispositions du 3° du III de l'article L. 121-4 du code de l'urbanisme, dans sa version alors applicable, qui prévoient que les établissements publics chargés de l'élaboration, de la gestion et de l'approbation des schémas de cohérence territoriale limitrophes sont associés à l'élaboration du plan local d'urbanisme, dès lors que la délibération du 11 février 2019 concerne seulement la révision de ce document d'urbanisme. Au demeurant, le syndicat mixte du schéma directeur de l'aire métropolitaine bordelaise et le syndicat mixte du SCOT du Born ont été consultés postérieurement à la délibération en litige approuvant la révision du plan local d'urbanisme, et ont tous deux émis des avis, respectivement en date du 27 février 2020 et du 21 février 2020, ne faisant état d'aucune remarque ou observation particulière et constatant que le document d'urbanisme en cause ne portait pas atteinte aux orientations de leurs schémas de cohérence territoriale. Par suite, le moyen tiré du défaut de consultation du syndicat mixte du schéma directeur de l'aire métropolitaine bordelaise et du syndicat mixte du SCOT du Born préalablement à la révision du plan local d'urbanisme doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 123-1-3 du code de l'urbanisme, dans sa version applicable en l'espèce : " Le projet d'aménagement et de développement durables définit les orientations générales des politiques d'aménagement, d'équipement, d'urbanisme, de paysage, de protection des espaces naturels, agricoles et forestiers, et de préservation ou de remise en bon état des continuités écologiques. / Le projet d'aménagement et de développement durables arrête les orientations générales concernant l'habitat, les transports et les déplacements, les réseaux d'énergie, le développement des communications numériques, l'équipement commercial, le développement économique et les loisirs, retenues pour l'ensemble de l'établissement public de coopération intercommunale ou de la commune. / Il fixe des objectifs chiffrés de modération de la consommation de l'espace et de lutte contre l'étalement urbain. / Il peut prendre en compte les spécificités des anciennes communes, notamment paysagères, architecturales, patrimoniales et environnementales, lorsqu'il existe une ou plusieurs communes nouvelles ".

6. L'axe 1 du projet d'aménagement et de développement durables du plan local d'urbanisme de Mios, qui est défini comme une orientation visant à " freiner et encadrer le développement de l'habitat afin de maîtriser le rythme de la croissance démographique ", doit être regardé comme s'inscrivant dans l'objectif de modération de la consommation de l'espace et de lutte contre l'étalement urbain, les différents objectifs et " moyens d'action " développés au sein de cet axe stratégique se rattachant tous à cette finalité. Contrairement à ce que soutiennent les requérants, les termes du rapport de présentation ne permettent pas de considérer cet axe comme reflétant uniquement un objectif de maîtrise de la croissance démographique. Par suite, en retenant cet axe comme l'une des orientations du plan d'aménagement et de développement durables, les auteurs du plan local d'urbanisme n'ont pas méconnu le champ de l'article L. 123-1-3 du code de l'urbanisme cité ci-dessus.

7. Enfin, aux termes R. 123-8 du code de l'urbanisme, dans sa version applicable en l'espèce : " Les zones naturelles et forestières sont dites " zones N ". Peuvent être classés en zone naturelle et forestière, les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison : a) Soit de la qualité des sites, milieux et espaces naturels, des paysages et de leur intérêt, notamment du point de vue esthétique, historique ou écologique ; / b) Soit de l'existence d'une exploitation forestière ; /c) Soit de leur caractère d'espaces naturels () ".

8. Il appartient aux auteurs d'un plan local d'urbanisme de déterminer le parti d'aménagement à retenir pour le territoire concerné par le plan, en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir, et de fixer en conséquence le zonage et les possibilités de construction. A cet effet, ils peuvent être amenés à classer en zone naturelle, pour les motifs énoncés par les dispositions citées ci-dessus, un secteur qu'ils entendent soustraire, pour l'avenir, à l'urbanisation.

9. La parcelle cadastrée section BC n° 274 appartenant à M. et Mme D, si elle jouxte le hameau du Hargon, ne peut être regardée comme en faisant partie dès lors qu'elle est située en périphérie de l'ensemble bâti que constitue ce hameau, quelques soient les indications portées sur le cadastre. Il ressort des pièces du dossier que ladite parcelle, classée en zone naturelle par le plan local d'urbanisme de Mios, est totalement boisée, et vierge de toute construction. Mis à part une parcelle au nord qui supporte une construction et qui a au demeurant également été classée en zone N, elle est bordée de terrains non bâtis classés en zone naturelle et s'ouvre au nord, à l'ouest et au sud sur un vaste espace boisé. Par ailleurs, ce classement en zone N répond aux objectifs fixés par le plan d'aménagement et de développement durables, qui reflète le parti d'aménagement retenu par les auteurs du plan local d'urbanisme, de maîtrise de l'étalement urbain et de préservation les espaces forestiers du territoire de la commune. A cet égard, au regard de la situation de la parcelle de M. et Mme D en périphérie du hameau du Hargon, sa constructibilité ne permettrait pas de conforter " le recentrage de l'urbanisation ", mais contribuerait au contraire à l'étalement urbain que le document d'urbanisme contesté a pour objectif de limiter. Enfin, la circonstance que le terrain en cause serait desservi par les réseaux et par un chemin rural est sans incidence sur le bien-fondé de son classement en zone naturelle. Par suite, les auteurs du plan local d'urbanisme de Mios n'ont pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en classant la parcelle cadastrée section BC n° 274 en zone N.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. et Mme D ne sont pas fondés à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Bordeaux a rejeté leur demande.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Mios, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. et Mme D demandent au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. et Mme D une somme 1 500 euros à verser à la commune de Mios, en application de ces mêmes dispositions.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. et Mme D est rejetée.

Article 2 : M. et Mme D verseront à la commune de Mios une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent arrêt sera notifié à M. B D, Mme E D et à la commune de Mios.

Délibéré après l'audience du 23 juin 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Marianne Hardy, présidente,

Mme Fabienne Zuccarello, présidente-assesseure,

Mme Charlotte Isoard, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juillet 2022.

La rapporteure,

Charlotte ALa présidente,

Marianne Hardy

La greffière,

Stéphanie Larrue

La République mande et ordonne à la préfète de la Gironde en ce qui la concerne et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt.

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