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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA33-21BX01682

Cour administrative d'appel de Bordeaux — Décision N° CAA33-21BX01682

mardi 7 juin 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Bordeaux
SectionCour administrative d'appel de Bordeaux
N° DossierCAA33-21BX01682
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
Formation3ème chambre (formation à 3)
Avocat requérantSADEK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme C épouse D a demandé au tribunal administratif de J d'annuler l'arrêté du 6 février 2020 du préfet de la Haute-Garonne portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixation du pays de renvoi.

M. D a demandé au tribunal administratif de J d'annuler l'arrêté du 6 février 2020 du préfet de la Haute-Garonne portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixation du pays de renvoi.

Par un jugement n° 2001466, 2001468 du 7 janvier 2021, le tribunal administratif de J a rejeté leur demande.

Procédure devant la cour :

I) Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 8 avril 2021 et le 11 mars 2022, sous le n° 21BX01682, Mme D représentée par Me Sadek, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du tribunal administratif de J du 7 janvier 2021 ;

2°) d'annuler l'arrêté du 6 février 2020 du préfet de la Haute-Garonne ;

3°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sous astreinte de 200 euros par jour de retard à compter de la notification de l'arrêt à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne les moyens communs à l'arrêté contesté :

- l'arrêté contesté a été pris par une autorité incompétente car le signataire ne justifie pas d'une délégation de signature du préfet ;

- l'ensemble des décisions contestées sont entachées d'un défaut de motivation au regard des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, dès lors qu'elles ne mentionnent pas l'histoire particulière de leur famille et les circonstances dans lesquelles leur fils a été amené à recevoir des soins en France alors qu'il avait été confié par acte de kafala à son grand-père maternel, résidant régulièrement en France, et des attaches familiales fortes qu'il y a tissé depuis près de cinq ans ;

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- le préfet s'est cru lié par l'avis émis par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), dès lors que le préfet s'est borné à reprendre le contenu de l'avis du collège de médecins ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'il n'est pas établi qu'un rapport médical ait été établi par le service médical de l'OFII mentionné aux articles R. 313-22 et R. 313-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et que ce rapport ait été transmis au collège de médecins ; ce rapport ne lui a pas été communiqué, ainsi que l'avis du collège de médecins de l'OFII, au mépris du principe du contradictoire ; elle a ainsi été privée d'une garantie ; l'avis du collège de médecins de l'OFII est incomplet en ce qu'il ne mentionne pas si le traitement que requière l'état de santé de son fils est disponible en Algérie, ni le coût de ce traitement ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation au regard de l'état de santé de son fils mineur, dès lors qu'elle justifie par les certificats médicaux qu'elle produit, que la malformation génito-urinaire congénitale dont il souffre nécessite un traitement et un suivi médical régulier en France, dont le défaut de prise en charge peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité ; les soins ne sont pas terminés et d'autres interventions chirurgicales sont à prévoir au cours de sa croissance ; son fils serait privé d'un suivi médical sérieux en cas de retour en Algérie ;

- pour les mêmes motifs, elle est entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences d'une exceptionnelle gravité qu'elle emporte sur sa situation ;

- elle est entachée d'erreur de droit liée à la méconnaissance des stipulations de l'article 6 5° de l'accord franco-algérien, dès lors que le préfet n'établit pas que son fils pourrait bénéficier des soins nécessités par son état de santé en Algérie ;

- la décision portant refus de titre de séjour est entachée d'erreurs de fait, dès lors qu'elle indique qu'elle est entrée en France en décembre 2019 alors qu'elle est entrée en France en décembre 2018 ; elle indique que les parents de son époux résident en Algérie alors qu'ils sont décédés ; la famille réside régulièrement à J depuis des décennies ; l'état de santé de ses parents, à qui la garde de son fils avait été confiée par acte de kafala, s'est détérioré au point que sa présence et son assistance à leurs côtés dans les actes de la vie quotidienne est indispensable ;

- cette décision porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'Homme et des libertés fondamentales, dès lors qu'elle-même et son époux ont fixé le centre de leurs intérêts privés et familiaux en France ; un troisième enfant vient de naître le 2 août 2021 ; elle a fourni d'importants efforts d'intégration et apprend le français, a des activités de bénévolat et déclare ses revenus à l'administration française ;

- pour les mêmes motifs, cette décision méconnaît les stipulations de l'article 6 5° de l'accord franco-algérien ;

- elle porte atteinte à l'intérêt supérieur de ses deux enfants mineurs et méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ; en effet, ses enfants, âgés respectivement de 8 et 10 ans à la date de la décision contestée, ont suivi leur scolarité en langue française de sorte qu'un retour en Algérie, où l'enseignement primaire et secondaire est en arabe, langue qu'ils ignorent, compromettrait leur scolarisation ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 mars 2022, le préfet de la Haute Garonne conclut au rejet de la requête de Mme D. Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

II) Par une requête enregistrée le 9 avril 2021 sous le n° 21BX01685, M. D, représenté par Me Sadec, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du tribunal administratif de J du 7 janvier 2021 ;

2°) d'annuler l'arrêté du 6 février 2020 du préfet de la Haute-Garonne ;

3°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sous astreinte de 200 euros par jour de retard à compter de la notification de l'arrêt à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne les moyens communs à l'arrêté contesté :

- l'arrêté contesté a été pris par une autorité incompétente car le signataire ne justifie pas d'une délégation de signature du préfet ;

- l'ensemble des décisions contestées sont entachées d'un défaut de motivation au regard des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, dès lors qu'elles ne mentionnent pas l'histoire particulière de leur famille et les circonstances dans lesquelles leur fils a été amené à recevoir des soins en France alors qu'il avait été confié par acte de kafala à son grand-père maternel, résidant régulièrement en France, et des attaches familiales fortes qu'il y a tissé depuis près de cinq ans ;

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- le préfet s'est cru lié par l'avis émis par le collège de médecins de l'OFII, dès lors que le préfet s'est borné à reprendre le contenu de l'avis du collège de médecins ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'il n'est pas établi qu'un rapport médical ait été établi par le service médical de l'OFII mentionné aux articles R. 313-22 et R. 313-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et que ce rapport ait été transmis au collège de médecins ; ce rapport ne lui a pas été communiqué, ainsi que l'avis du collège de médecins de l'OFII, au mépris du principe du contradictoire ; il a ainsi été privé d'une garantie ; l'avis du collège de médecins de l'OFII est incomplet en ce qu'il ne mentionne pas si le traitement que requière l'état de santé de son fils est disponible en Algérie, ni le coût de ce traitement ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation au regard de l'état de santé de son fils mineur, dès lors qu'il justifie par les certificats médicaux qu'il produit, que la malformation génito-urinaire congénitale dont il souffre nécessite un traitement et un suivi médical régulier en France, dont le défaut de prise en charge peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité ; les soins ne sont pas terminés et d'autres interventions chirurgicales sont à prévoir au cours de sa croissance ; son fils serait privé d'un suivi médical sérieux en cas de retour en Algérie ;

- pour les mêmes motifs, elle est entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences d'une exceptionnelle gravité qu'elle emporte sur sa situation ;

- elle est entachée d'erreur de droit liée à la méconnaissance des stipulations de l'article 6 5° de l'accord franco-algérien, dès lors que le préfet n'établit pas que son fils pourrait bénéficier des soins nécessités par son état de santé en Algérie ;

- la décision portant refus de titre de séjour est entachée d'erreurs de fait, dès lors qu'elle indique qu'il est entré en France en décembre 2019 alors qu'il est entré en France en décembre 2018 ; elle indique que ses parents résident en Algérie alors qu'ils sont décédés ;

- cette décision porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'Homme et des libertés fondamentales, dès lors que lui-même et son épouse ont fixé le centre de leurs intérêts privés et familiaux en France ; un troisième enfant vient de naître le 2 août 2021 ; la famille réside régulièrement à J depuis des décennies ; l'état de santé de ses beaux-parents à qui la garde de son fils avait été confiée par un acte de kafala, s'est détérioré au point que la présence et l'assistance à leurs côtés de son épouse dans les actes de la vie quotidienne est indispensable ; il a fourni d'importants efforts d'intégration et apprend le français, a des activités de bénévolat et déclare ses revenus à l'administration française ;

- pour les mêmes motifs, cette décision méconnaît les stipulations de l'article 6 5° de l'accord franco-algérien ;

- elle porte atteinte à l'intérêt supérieur de ses deux enfants mineurs et méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ; en effet, ses enfants, âgés respectivement de 8 et 10 ans à la date de la décision contestée, ont suivi leur scolarité en langue française de sorte qu'un retour en Algérie où l'enseignement primaire et secondaire est en arabe, langue qu'ils ignorent, compromettrait leur scolarisation ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale par voie conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 mars 2022, le préfet de la Haute Garonne conclut au rejet de la requête de M. D. Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

M. et Mme D ont été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décisions du 18 mars 2021.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien modifié du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre l'administration et le public ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée et le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 pris pour son application ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme A G a été entendu au cours de l'audience publique :

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme D, ressortissants algériens, ont déclaré être entrés en France le 24 décembre 2018, accompagnés de leur fille I, née en 2012. Venus pour rejoindre leur premier enfant né en 2010, le jeune E, confié en 2016 par acte de kafala à son grand-père maternel de nationalité française et résidant à J, ils ont tous deux demandé en mai 2019 la délivrance d'un titre de séjour en se prévalant de leur qualité de parents d'enfant malade, en raison des soins suivis par leur fils. Par deux arrêtés du 6 février 2020, le préfet de la Haute-Garonne a refusé de faire droit à leurs demandes, leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de leur renvoi. M. et Mme D relèvent appel du jugement du 7 janvier 2021 par lequel le tribunal administratif de J a rejeté leur demande tendant à l'annulation de ces arrêtés.

2. Les requêtes nos 21BX01682 et 21BX01685 amènent à juger les mêmes questions et sont dirigées contre un même jugement. Il y a lieu, par suite, de joindre ces deux requêtes afin qu'il soit statué par un seul arrêt.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. Les requérants se prévalent en appel de l'incompétence du signataire de l'acte et soutiennent que Mme H, directrice des migrations et de l'intégration de la préfecture de la Haute-Garonne, ne disposait pas, à la date de l'arrêté litigieux, d'une délégation de signature lui permettant de signer celui-ci. Toutefois, Mme H bénéficiait d'une délégation en vertu de l'arrêté n°31-2019-12-17-00 du 17 décembre 2019, publié au recueil spécial des actes administratifs de la préfecture du même jour, par laquelle le préfet de la Haute-Garonne a donné délégation à Mme H, directrice des migrations et de l'intégration, à l'effet de signer notamment les décisions prévues aux articles L. 511-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des arrêtés litigieux manque en fait et ne peut qu'être écarté.

4. M. et Mme D reprennent en appel le moyen déjà soulevé en première instance et tiré du caractère insuffisamment motivé des arrêtés contestés au regard des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Ils ne se prévalent devant la cour d'aucun élément de fait ou de droit nouveau par rapport à l'argumentation développée devant le tribunal. Par suite, il y a lieu d'écarter ce moyen par adoption des motifs pertinents retenus par les premiers juges.

5. Les décisions litigieuses, après avoir précisé le sens de l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) du 18 juillet 2019, mentionne que le préfet n'est pas lié par cet avis, et détaille les circonstances particulières l'ayant conduit à rejeter la demande des requérants. Ainsi, il ne ressort ni de la motivation des arrêtés contestés ni d'aucune autre pièce du dossier que le préfet de la Haute-Garonne, pour refuser aux requérants la délivrance du titre de séjour sollicité en qualité d'accompagnant d'enfant malade, se serait cru, à tort, lié par l'avis du collège des médecins de l'OFII. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence négative du préfet doit être écarté.

6. Aux termes des stipulations de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les dispositions du présent article () fixent les conditions de délivrance et de renouvellement du certificat de résidence aux ressortissants algériens établis en France ainsi qu'à ceux qui s'y établissent () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 7) au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays. ". Aux termes de l'article L. 311-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur : " Sauf si leur présence constitue une menace pour l'ordre public, une autorisation provisoire de séjour est délivrée aux parents étrangers de l'étranger mineur qui remplit les conditions mentionnées au 11° de l'article L. 313-11, ou à l'étranger titulaire d'un jugement lui ayant conféré l'exercice de l'autorité parentale sur ce mineur, sous réserve qu'ils justifient résider habituellement en France avec lui et subvenir à son entretien et à son éducation, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée () ". Les dispositions de l'article L. 311-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui prévoient la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour au bénéfice des parents d'enfants dont l'état de santé répond aux conditions prévues par le 11° de l'article L. 313-11 du même code, ne sont pas applicables aux ressortissants algériens dont la situation est entièrement régie par les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié. Cette circonstance ne fait toutefois pas obstacle à ce que le préfet, dans le cadre de son pouvoir discrétionnaire d'appréciation, délivre à ces ressortissants un certificat de résidence pour l'accompagnement d'un enfant malade.

7. Aux termes de l'article R. 313-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, aujourd'hui codifié à l'article R. 425-11 et applicable aux ressortissants algériens : " Pour l'application du 11° de l'article L. 313-11, le préfet délivre la carte de séjour au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. () ". Aux termes de l'article R. 313-23 du même code aujourd'hui codifié aux articles R. 425-12 et R. 425-13 : " Le rapport médical visé à l'article R. 313-22 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui le suit habituellement ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre () Le médecin de l'office peut solliciter, le cas échéant, le médecin qui suit habituellement le demandeur ou le médecin praticien hospitalier. Il en informe le demandeur. Il peut également convoquer le demandeur pour l'examiner et faire procéder aux examens estimés nécessaires. (). Il transmet son rapport médical au collège de médecins. / Sous couvert du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le service médical de l'office informe le préfet qu'il a transmis au collège de médecins le rapport médical. () / Le collège à compétence nationale, composé de trois médecins, émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du présent article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'office. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. () / L'avis est rendu par le collège dans un délai de trois mois à compter de la transmission par le demandeur des éléments médicaux conformément à la première phrase du premier alinéa. () / L'avis est transmis au préfet territorialement compétent, sous couvert du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. ".

8. M. et Mme D soutiennent tout d'abord que la procédure suivie lors de l'instruction de leur demande de titre de séjour en qualité d'accompagnants d'enfant malade a été irrégulière puisque ni l'avis rendu par l'OFII ni le rapport préalable du médecin rapporteur ne leur a été communiqué, méconnaissant ainsi le principe du contradictoire. Toutefois, il ressort des pièces du dossier et notamment du bordereau de transmission du directeur territorial de l'Office du 18 juillet 2019 ainsi que de l'avis rendu le même jour par le collège des médecins de l'OFII sur la situation médicale du fils des requérants, qui a été produit en première instance par le préfet, que cet avis a été pris par un collège de trois médecins sur la base d'un rapport médical établi par un quatrième médecin, lequel rapport a été transmis au collège le 11 juillet 2019, contrairement à ce que soutiennent les requérants. Par ailleurs, ni le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni aucun autre texte ne prévoit la communication au demandeur du rapport médical fondant l'avis du collège de médecins, ni la communication de cet avis. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure suivie sur ces points doit être écarté.

9. Il ressort des pièces du dossier que le jeune E, âgé de 9 ans à la date des décisions contestées, présentait une malformation génito-urinaire congénitale, ayant justifié une intervention chirurgicale pratiquée en Algérie dont les résultats cosmétique et fonctionnel n'ont pas été jugés satisfaisants par le corps médical. Il ressort également des différents documents médicaux versés au débat qu'il bénéficie en France depuis 2016 d'un suivi à l'Hôpital des Enfants de J, et y a subi une intervention chirurgicale le 12 juillet 2018 qui n'a pas davantage donné les résultats fonctionnels escomptés. Dans son avis du 18 juillet 2019, le collège des médecins de l'OFII a estimé que si l'état de santé de l'enfant nécessitait une prise en charge médicale, le défaut d'une telle prise en charge ne devrait pas entraîner de conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'il lui permettait de voyager sans risque vers son pays d'origine. Pour contester la pertinence de cet avis, M. et Mme D produisent plusieurs certificats et bilans médicaux réalisés par les professionnels de santé chargés du suivi de leur enfant. Si ces certificats médicaux attestent que les soins à prodiguer à cet enfant ne sont pas terminés et que d'autres interventions chirurgicales sont à prévoir au cours de sa croissance, le certificat rédigé le 4 août 2020, soit postérieurement aux arrêtés contestés, par le médecin qui assure son suivi chirurgical, qui ne prévoit qu' " une reprise chirurgicale dans les années à venir ", en cours de croissance du jeune E, et la nécessité d'un suivi annuel, ne se prononce pas sur les conséquences qu'un défaut de prise en charge en France serait susceptible d'entraîner, et ne permet pas de remettre en cause le sens de l'avis précité du collège des médecins de l'OFII. Dans ces conditions, les appelants ne peuvent utilement se prévaloir de la circonstance, à la supposer établie, que leur fils ne pourrait bénéficier dans son pays d'origine des soins et du suivi que nécessite son état de santé. Par suite, le moyen tiré de ce que les décisions portant refus de titre de séjour seraient entachées d'erreur d'appréciation doivent être écartés.

10. Aux termes des stipulations de l'article 6 de l'accord franco-algérien modifié du 27 décembre 1968 : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () ; / 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; / (). ". Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

11. Si M. et Mme D font valoir qu'ils vivent depuis décembre 2018 en France, avec leur fille née en Algérie le 27 décembre 2012, pour rejoindre leur fils aîné, né le 17 août 2010, que leurs enfants sont scolarisés, et que la présence de Mme D est indispensable auprès de ses parents âgés et malades, il ressort toutefois des pièces du dossier que les intéressés sont entrés en France aux âges respectifs de 53 et 42 ans et font tous deux l'objet d'un refus de séjour et d'une obligation de quitter le territoire français similaire par arrêtés du même jour et que rien ne fait obstacle à ce que leurs enfants les accompagnent en Algérie, où ces derniers pourront poursuivre leur scolarité et où rien n'indique que la malformation congénitale du jeune E ne pourrait être suivie annuellement. Ils n'établissent pas entretenir de liens effectifs et intenses avec la famille de Mme D, dont les parents et deux de ses frères résident régulièrement à J, alors qu'ils ont déclaré lors de leur audition être hébergés depuis leur entrée sur le territoire par la Croix Rouge et bénéficier de l'aide matérielle du Secours populaire. Mme D n'établit pas par ailleurs que sa présence serait indispensable auprès de ses parents, en situation régulière sur le territoire, en raison de leur grand âge et de leur état de santé qui nécessiteraient une assistance dans la vie quotidienne, dans la mesure où il ne ressort d'aucune pièce du dossier que ses frères de nationalité française vivant à proximité ne pourraient leur procurer cette aide ou que ses parents seraient dans l'impossibilité de bénéficier de l'aide des services sociaux. Ils n'apportent par ailleurs aucun élément de nature à démontrer leur intégration dans la société française, notamment par le travail, nonobstant leurs activités caritatives et leur volonté d'insertion dans la société française. Enfin, si les appelants se prévalent en appel de la naissance d'un troisième enfant, le 2 août 2021, cette circonstance est postérieure à la date des arrêtés contestés et, partant, sans incidence sur leur légalité. Dès lors, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, les intéressés ne sont pas fondés à soutenir que les décisions en litige méconnaîtraient le 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien ou porteraient à leur droit au respect de leur vie privée et familiale, protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, une atteinte disproportionnée au regard des motifs des refus qui leur ont été opposés. Les décisions contestées ne sont, dès lors, pas davantage entachées d'une erreur manifeste dans l'appréciation de leurs conséquences sur la situation personnelle des intéressés.

12. La circonstance alléguée que la date de leur entrée sur le territoire français, par erreur de plume, soit donnée comme étant le 24 décembre 2019 au lieu du 24 décembre 2018, est sans incidence sur la légalité des décisions litigieuses. A supposer que le préfet, en relevant que les parents de M. D résident en Algérie, ait commis une erreur de fait, il ressort des pièces du dossier qu'il aurait pris la même décision en se fondant sur les autres motifs qu'il a retenus.

13. Aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

14. Rien ne s'oppose à ce que l'enfant du couple né en France en août 2021 suive ses parents en Algérie ni que les autres enfants mineurs du couple y poursuivent leur scolarité en école primaire. Les circonstances, à les supposer établies, qu'aucun des enfants ne parle l'arabe ou qu'un des enfants soit suivi en France pour une pathologie congénitale, pour laquelle il n'est démontré qu'il ne pourrait bénéficier en Algérie d'un traitement approprié à son état de santé, ne sont pas de nature à caractériser une méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Ce moyen doit par suite être écarté.

15. En l'absence d'illégalité des refus de séjour, les décisions portant obligation de quitter le territoire ne sont pas privées de base légale.

16. Il résulte de ce qui précède que M. et Mme D ne sont pas fondés à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Bordeaux a rejeté leurs demandes. Par suite, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles tendant à l'application des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, ne peuvent qu'être rejetées.

DECIDE :

Article 1er : La requête n° 21BX01682 de Mme D et la requête n°21BX01685 de M. D sont rejetées.

Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à M. B D, à Mme F D et au ministre de l'intérieur. Une copie en sera adressée au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 16 mai 2022, à laquelle siégeaient :

M. Didier Artus, président,

M. Frédéric Faïck, président-assesseur,

Mme Agnès Bourjol, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 7 juin 2022.

La rapporteure,

Agnès GLe président,

Didier ARTUS

Le greffier,

Anthony FERNANDEZ

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, et à tous huissiers de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt.

2, 21BX01685

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