mardi 5 juillet 2022
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| Section | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| N° Dossier | CAA33-21BX02222 |
| Type | Décision |
| Recours | excès de pouvoir |
| Formation | 5ème chambre (formation à 3) |
| Avocat requérant | BOUILLAULT |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
Mme B C D a demandé au tribunal administratif de Poitiers d'annuler l'arrêté du 2 octobre 2020 par lequel la préfète de la Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an et l'arrêté du même jour l'assignant à résidence.
Par un jugement n° 2002363 du 7 octobre 2020, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif a rejeté les conclusions à fin d'annulation de l'obligation de quitter le territoire français, du refus de délai de départ volontaire, de la décision fixant le pays de renvoi, de l'interdiction de retour sur le territoire français et de la décision d'assignation à résidence et a renvoyé à une formation collégiale les conclusions à fin d'annulation du refus de délivrance d'un titre de séjour.
Par un jugement n° 2002363 du 4 février 2021, le tribunal administratif de Poitiers a rejeté les conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus de titre de séjour.
Procédure devant la cour :
Par une requête, enregistrée le 15 mai 2021, Mme C D, représentée par Me Bouillault, demande à la cour :
1°) d'annuler le jugement du tribunal administratif de Poitiers du 4 février 2021 ;
2°) d'annuler la décision du 2 octobre 2020 par laquelle la préfète de la Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;
3°) d'enjoindre à la préfète de la Vienne de lui délivrer une carte de séjour temporaire d'une durée d'un an dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, à défaut, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte, et de lui délivrer, dans l'attente de l'instruction de sa demande, une autorisation provisoire de séjour ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- la décision de refus de titre de séjour est insuffisamment motivée ;
- la préfète n'a pas procédé à un examen sérieux de sa situation ;
- la décision méconnait le 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire, enregistré le 12 mai 2022, la préfète de la Vienne conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par Mme C D ne sont pas fondés.
Mme C D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 avril 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience
Le rapport de Mme E A a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C D, née le 1er janvier 1954, de nationalité djiboutienne, entrée en France le 25 mai 2014 sous couvert d'un visa de court séjour, a déposé une demande de titre de séjour à raison de son état de santé le 25 juillet 2014 et a bénéficié d'autorisations provisoires et de titres de séjour valables jusqu'au 20 octobre 2017. Le 18 septembre 2017, elle a sollicité le renouvellement de son titre de séjour. La préfète de la Vienne a, par un arrêté du 6 août 2018, rejeté sa demande et l'a obligée à quitter le territoire. Le 22 juin 2020, Mme C D a sollicité à nouveau un titre de séjour à raison de son état de santé. Par un arrêté du 2 octobre 2020, la préfète de la Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an et par un arrêté du même jour, l'a assignée à résidence. Par un jugement du 7 octobre 2020, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif a rejeté les conclusions présentées par Mme C D à fin d'annulation de l'obligation de quitter le territoire français, du refus de délai de départ volontaire, de la décision fixant le pays de renvoi, de l'interdiction de retour sur le territoire français et de la décision d'assignation à résidence et a renvoyé à une formation collégiale les conclusions à fin d'annulation du refus de délivrance d'un titre de séjour, jugement confirmé par un arrêt de la cour n° 20BX03645 du 27 septembre 2021. Par la présente requête, Mme C D relève appel du jugement du 4 février 2021 par lequel le tribunal administratif de Poitiers a rejeté ses conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus de titre de séjour.
2. Il ressort des pièces du dossier que la décision contestée vise les textes dont il est fait application notamment le 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. En outre, elle énonce les circonstances de fait sur lesquelles elle se fonde, notamment les conditions d'entrée et de séjour de Mme C D, ses démarches administratives et les autorisations de séjour dont elle a bénéficié ainsi que le sens des deux avis émis par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration des 5 février 2018 et 17 août 2020 et l'absence d'élément permettant de les remettre en cause. Par ailleurs, la décision mentionne sa situation personnelle et familiale, Mme C D étant veuve avec huit enfants, déclarant qu'une de ses filles réside sur le territoire français sans en apporter la preuve et la présence en France de son frère, titulaire d'une carte de résident. La préfète en conclut qu'il n'est pas porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale. La circonstance que cette motivation serait erronée est sans incidence sur sa réalité et son caractère suffisant. Par suite, c'est à bon droit que le tribunal administratif de Poitiers a écarté le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée.
3. Il ne ressort ni de la motivation ni des autres pièces du dossier que la préfète de la Vienne n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation de Mme C D.
4. Aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : () 11° À l'étranger résidant habituellement en France, si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié () La décision de délivrer la carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'État () ".
5. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. Pour déterminer si un étranger peut bénéficier effectivement dans le pays dont il est originaire d'un traitement médical approprié, au sens du 11° de l'article L. 313-11 devenu l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il convient de s'assurer, eu égard à la pathologie de l'intéressé, de l'existence d'un traitement approprié et de sa disponibilité dans des conditions permettant d'y avoir accès, et non de rechercher si les soins dans le pays d'origine sont équivalents à ceux offerts en France ou en Europe.
6. L'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 17 août 2020 indique que l'état de santé de Mme C D nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais que, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans son pays d'origine, elle peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. Il ressort des pièces du dossier que Mme C D est diabétique, dyslipidémique, hypertendue et souffre d'une quasi-cécité en raison d'un glaucome chronique. Pour contester la pertinence de l'avis du collège des médecins de l'OFII, sur lequel le préfet a fondé sa décision, Mme C D produit notamment des certificats médicaux de médecins généralistes djiboutiens des 4 juillet 2018 et 10 octobre 2020 soulignant en des termes généraux, l'absence de dispositif technique permettant de dépister d'éventuelles complications de sa pathologie ainsi qu'un certificat médical du chef de service de cardiologie de l'hôpital général Peltier de Djibouti du 11 octobre 2020 mentionnant la difficulté du suivi en raison de la disponibilité des médecins et des moyens d'exploration limités. Ces éléments, ainsi que les autres documents médicaux produits, ne suffisent pas à remettre en cause l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dont le sens est identique à celui émis le 5 février 2018. Enfin, si le certificat médical du 3 mai 2016 atteste que l'intéressée nécessite l'assistance d'un tiers, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle serait dans l'impossibilité de bénéficier d'une assistance dans son pays d'origine où résident six de ses enfants. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision litigieuse méconnaîtrait les dispositions du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
7. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
8. Il ressort des pièces du dossier que Mme C D est entrée en France le 25 mai 2014 dans le but de s'y faire soigner. Elle a bénéficié d'autorisations provisoires et de titres de séjour valables jusqu'au 20 octobre 2017 et a fait l'objet d'un arrêté du 6 août 2018 rejetant sa demande de renouvellement de titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire français. Ainsi, elle n'a été admise à séjourner sur le territoire français, après 2017, que le temps de l'instruction de ses demandes de titre de séjour mais n'a pas vocation à résider en France. Si Mme C D se prévaut de la présence en France de sa fille et de son frère, elle n'est pas dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine où résident six de ses enfants et où elle a vécu jusqu'à l'âge de soixante ans. Dans ces conditions, la préfète de la Vienne n'a pas porté au droit de Mme C D au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée eu égard aux motifs du refus. Par suite, la préfète n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
9. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C D n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Poitiers a rejeté sa demande. Par suite, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.
DECIDE :
Article 1er : La requête présentée par Mme C D est rejetée.
Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à Mme B C D et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera adressée au préfet de la Vienne.
Délibéré après l'audience du 14 juin 2022 à laquelle siégeaient :
Mme Elisabeth Jayat, présidente,
Mme Nathalie Gay, première conseillère,
Mme Laury Michel, première conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juillet 2022.
La rapporteure,
Nathalie ALa présidente,
Elisabeth Jayat
La greffière,
Virginie Santana
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne, et à tous huissiers de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt.
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026