mardi 28 juin 2022
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| Section | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| N° Dossier | CAA33-21BX02375 |
| Type | Décision |
| Recours | excès de pouvoir |
| Formation | 5ème chambre (formation à 3) |
| Avocat requérant | BELLIARD |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
Mme F D a demandé au tribunal administratif de La Réunion d'annuler l'arrêté du 5 novembre 2020 par lequel le préfet de La Réunion a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai d'un mois et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement.
Par un jugement n° 2001264 du 26 avril 2021, le tribunal administratif de La Réunion a annulé cet arrêté, a enjoint au préfet de réexaminer la demande présentée par Mme D dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement et a mis à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Procédure devant la cour :
Par une requête, enregistrée le 28 mai 2021, le préfet de La Réunion demande à la cour :
1°) d'annuler le jugement du tribunal administratif de La Réunion du 26 avril 2021 ;
2°) de rejeter la demande présentée par Mme D devant le tribunal administratif de La Réunion.
Il soutient que :
- en jugeant qu'il ne pouvait être regardé comme faisant état d'éléments précis et concordants établissant que la reconnaissance de paternité de l'enfant de Mme D, effectuée par M. C, aurait revêtu un caractère frauduleux, le tribunal a méconnu les dispositions du 6° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- les moyens développés en première instance ne sont pas fondés.
Par un mémoire enregistré le 11 mai 2022, Mme D, représentée par Me Belliard, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de l'Etat d'une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- le préfet ne démontre pas en quoi la reconnaissance du père de son enfant présenterait un caractère frauduleux ; le père de l'enfant contribue à son entretien et à son éducation à proportion de ses ressources ; le préfet a méconnu les dispositions du 6° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'arrêté méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'arrêté méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- l'ordonnance 2020-306 du 25 mars 2020 ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience
Le rapport de Mme E A a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme F D, née le 23 juin 2001, de nationalité malgache, est entrée le 20 décembre 2019 sur le territoire français, munie d'un visa de court séjour valable du 20 décembre 2019 au 3 janvier 2020. Le 3 juillet 2020, elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement du 6° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 5 novembre 2020, le préfet de La Réunion a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai d'un mois et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement. Le préfet de La Réunion relève appel du jugement du 26 avril 2021 par lequel le tribunal administratif de La Réunion a annulé cet arrêté, lui a enjoint de réexaminer la demande présentée par Mme D dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement et a mis à sa charge le versement de la somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Sur le bien-fondé du jugement :
2. Aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : () / 6° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à la condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée ; Lorsque la filiation est établie à l'égard d'un parent, en application de l'article 316 du code civil, le demandeur, s'il n'est pas l'auteur de la reconnaissance de paternité ou de maternité, justifie que ce dernier contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, dans les conditions prévues à l'article 371-2 du même code, ou produit une décision de justice relative à la contribution à l'éducation et à l'entretien de l'enfant. Lorsque le lien de filiation est établi mais que la preuve de la contribution n'est pas rapportée ou qu'aucune décision de justice n'est intervenue, le droit au séjour du demandeur s'apprécie au regard du respect de sa vie privée et familiale et au regard de l'intérêt supérieur de l'enfant ; () ".
3. Si un acte de droit privé opposable aux tiers est en principe opposable dans les mêmes conditions à l'administration tant qu'il n'a pas été déclaré nul par le juge judiciaire, il appartient cependant à l'administration, lorsque se révèle une fraude commise en vue d'obtenir l'application de dispositions de droit public, d'y faire échec même dans le cas où cette fraude revêt la forme d'un acte de droit privé. Ce principe peut conduire l'administration, qui doit exercer ses compétences sans pouvoir renvoyer une question préjudicielle à l'autorité judiciaire, à ne pas tenir compte, dans l'exercice de ces compétences, d'actes de droit privé opposables aux tiers. Tel est le cas pour la mise en œuvre des dispositions du 6° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui n'ont pas entendu écarter l'application des principes ci-dessus rappelés. Par conséquent, si la reconnaissance d'un enfant est opposable aux tiers, en tant qu'elle établit un lien de filiation et, le cas échéant, en tant qu'elle permet l'acquisition par l'enfant de la nationalité française, dès lors que cette reconnaissance a été effectuée conformément aux conditions prévues par le code civil, et s'impose donc en principe à l'administration tant qu'une action en contestation de filiation n'a pas abouti, il appartient néanmoins au préfet, s'il est établi, lors de l'examen d'une demande de titre de séjour présentée sur le fondement du 6° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que la reconnaissance de paternité a été souscrite dans le but de faciliter l'obtention de la nationalité française ou d'un titre de séjour, de faire échec à cette fraude et de refuser, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, tant que la prescription prévue par les articles 321 et 335 du code civil n'est pas acquise, la délivrance de la carte de séjour temporaire sollicitée par la personne se présentant comme père ou mère d'un enfant français.
4. Il ressort des pièces du dossier que Mme D s'est mariée le 27 juillet 2019 avec M. H, ressortissant malgache, et qu'elle est entrée en France le 20 décembre 2019, alors qu'elle était enceinte, avec un passeport n° A19X04854 valable du 6 novembre 2019 au 5 novembre 2024, sous couvert d'un visa valable du 20 décembre 2019 au 3 janvier 2020. Le 24 décembre 2019, M. B C, ressortissant français, a reconnu par anticipation l'enfant porté par Mme D, qui est né le 23 janvier 2020.
5. Pour refuser le titre de séjour sollicité par Mme D sur le fondement du 6° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de La Réunion a retenu que lors du dépôt de son dossier le 3 juillet 2020, Mme D a déclaré être célibataire et qu'elle a produit un passeport n° A19X1469 valable du 27 décembre 2019 au 26 décembre 2024, ne comportant ni visa court séjour ni cachet d'entrée sur le territoire et un acte de naissance dont la copie conforme a été établie le 16 décembre 2019, ne comportant pas la mention de son mariage. Il a relevé également que Mme D avait déclaré trois adresses différentes dans les actes établis entre décembre 2019 et juillet 2020, sur sa demande de visa de court séjour du 6 décembre 2019, sur l'acte de reconnaissance anticipée du 24 décembre 2019 et sur son dossier de demande de titre de séjour déposée le 3 juillet 2020. Il a ainsi estimé que Mme D avait procédé à plusieurs fausses déclarations au guichet, qu'elle avait fait établir des documents incomplets et que la reconnaissance de son enfant par M. C avait été établie de manière frauduleuse dans le seul but de faire obtenir un titre de séjour à Mme D.
6. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que Mme D produit le billet d'avion électronique au nom de M. C pour un vol de Saint-Denis de la Réunion à Antananarivo du 6 mars 2019 et un retour le 4 mai 2019 ainsi que la copie du passeport de M. C sur lequel est apposé un visa mentionnant les mêmes dates. Elle produit également un témoignage, établi le 17 novembre 2020, qui n'est pas contesté, de Mme G attestant la relation de Mme D avec M. C et la présence de ce dernier à Madagascar pendant la période de conception de l'enfant. En outre, Mme D qui produit des attestations d'hébergement de sa mère et de sa tante et des justificatifs de domicile, justifie des adresses mentionnées dans les différents actes communiqués. Par ailleurs, à supposer même que les documents présentés aux services de la préfecture aient été falsifiés, cela ne traduit pas pour autant une fraude concernant la paternité de l'enfant. Enfin, si le préfet fait valoir que l'article 312 du code civil instaure une présomption de paternité du mari au bénéfice de l'enfant né pendant le mariage, l'article 313 du même code écarte cette présomption lorsque l'acte de naissance ne désigne pas le mari en qualité de père, ce qui est le cas en l'espèce. Dans ces conditions, en se fondant sur la dissimulation par Mme D de sa situation patrimoniale et de ses conditions d'entrée en France, le préfet de la Réunion ne peut être regardé comme faisant état d'éléments précis et concordants établissant le caractère frauduleux de la reconnaissance de paternité souscrite par M. C à l'égard de l'enfant de Mme D.
7. Il résulte de ce qui précède que le préfet de La Réunion n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de La Réunion a annulé l'arrêté du 5 novembre 2020.
Sur les frais liés au litige :
8. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 200 euros à la requérante au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
DECIDE :
Article 1er : La requête présentée par le préfet de La Réunion est rejetée.
Article 2 : L'Etat versera à Mme D une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent arrêt sera notifié à Mme F D et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera adressée au préfet de La réunion.
Délibéré après l'audience du 31 mai 2022 à laquelle siégeaient :
Mme Elisabeth Jayat, présidente,
Mme Nathalie Gay, première conseillère,
Mme Laury Michel, première conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 juin 2022.
La rapporteure,
Nathalie ALa présidente,
Elisabeth Jayat
La greffière,
Virginie Santana
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne, et à tous huissiers de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt.
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026