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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA33-21BX03160

Cour administrative d'appel de Bordeaux — Décision N° CAA33-21BX03160

jeudi 12 mai 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Bordeaux
SectionCour administrative d'appel de Bordeaux
N° DossierCAA33-21BX03160
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantCHAMBERLAND POULIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. D B a demandé au tribunal administratif de Bordeaux d'annuler l'arrêté du 13 avril 2021 par lequel la préfète de la Gironde lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans.

Par un jugement n° 2101896 du 19 avril 2021, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Bordeaux a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour administrative d'appel :

Par une requête enregistrée le 31 juillet 2021, M. B, représenté par

Me Chamberland-Poulin, demande à la cour :

1°) d'annuler le jugement du tribunal administratif de Bordeaux du 19 avril 2021 ;

2°) d'annuler l'arrêté du 13 avril 2021 de la préfète de la Gironde ;

3°) d'enjoindre à la préfète de la Gironde de lui délivrer un titre de séjour dans le délai d'un mois à compter de la décision à intervenir ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans ce même délai et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour dans le délai de 48 heures, et d'assortir ces injonctions d'une astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat, outre " les entiers dépens ", la somme de 1 500 euros à lui verser sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- le premier juge a écarté à tort le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte dès lors que la préfète n'apporte aucun élément de nature à prouver que les personnes dont la compétence est déléguée au signataire de l'arrêté en litige étaient absentes ou empêchées à la date de son édiction ;

- contrairement à ce qu'a estimé le premier juge, l'arrêté en litige, en l'absence d'éléments sur sa volonté de subvenir à ses besoins par ses propres moyens et sa vie de couple avec une ressortissante française, est insuffisamment motivé ;

- le premier juge a rejeté à tort le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation de sa situation dès lors que la préfète aurait dû prendre en compte le fait qu'il ne peut justifier d'un emploi puisqu'il est en situation irrégulière, alors par ailleurs qu'il existe des doutes sérieux sur son implication dans les faits pour lesquels il a été condamné, ni le premier juge ni la préfète n'ayant estimé qu'il pourrait représenter une menace pour l'ordre public ;

- l'arrêté en litige porte une atteinte disproportionnée à son droit de mener une vie privée et familiale normale et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'il vit en couple avec une ressortissante française et qu'il s'est fait des amis sur le territoire ;

- il est contraire aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales compte tenu des risques qu'il encourt en cas de retour en Algérie dès lors qu'il a fui la mafia algéroise après avoir refusé de travailler avec elle ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il a des liens, notamment sa compagne, avec la France où il vit depuis 2017, qu'il n'a fait l'objet d'aucune mesure d'éloignement précédemment et qu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public ;

- la durée de cette interdiction est disproportionnée.

Par une décision n° 2021/014560 du 24 juin 2021, le bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Bordeaux a admis M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel, les premiers vice-présidents des cours et les présidents des formations de jugement des cours, ainsi que les autres magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire, les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. ()".

2. M. B, ressortissant algérien né en 1986, relève appel du jugement du 19 avril 2021 par lequel le tribunal administratif de Bordeaux a rejeté sa demande tendant à l'annulation de l'arrêté du 13 avril 2021 de la préfète de la Gironde lui faisant obligation de quitter sans délai le territoire français, fixant le pays de renvoi et prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans.

3. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier de première instance que, par l'article 4 de l'arrêté du 7 décembre 2020 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Gironde du même jour, la préfète a accordé une délégation à M. A C, directeur des migrations et de l'intégration, signataire de l'arrêté attaqué, à l'effet de signer toutes les décisions d'éloignement et les décisions accessoires s'y rapportant prises en application du livre V du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en cas d'absence ou d'empêchement du secrétaire général, de la sous-préfète d'Arcachon, et de la directrice de cabinet. Il n'est pas établi que ces agents n'auraient pas été absents ou empêchés le jour de la signature de l'arrêté contesté. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte attaqué doit être écarté.

4. En deuxième lieu, M. B n'apporte aucun élément au soutien de ses allégations selon lesquelles, d'une part, il serait en couple avec une ressortissante française, et d'autre part, il risquerait de subir des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour en Algérie. Entré récemment en France de manière irrégulière sans avoir jamais sollicité un titre de séjour, il ne démontre pas y avoir tissé des liens familiaux et personnels intenses et stables et n'établit ni même n'allègue être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où il a vécu la plus grande partie de sa vie. Dans ces conditions, les moyens invoqués nouvellement en appel et tirés de la méconnaissance des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.

5. En troisième lieu, M. B reprend en appel, sans critique utile du jugement ni pièce nouvelle, ni élément de fait ou de droit nouveau, les autres moyens de légalité externe et interne déjà soulevés en première instance et visés ci-dessus. Il n'apporte ainsi aucun élément susceptible de remettre en cause l'appréciation du premier juge qui a pertinemment et suffisamment répondu à l'ensemble de ces moyens. Par suite, il y a lieu d'écarter ces moyens par adoption des motifs retenus par le magistrat désigné.

6. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel est manifestement dépourvue de fondement et doit être rejetée selon la procédure prévue par les dispositions citées au point 1 du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte, celles tendant au paiement " des entiers dépens " de l'instance, laquelle n'en comprend au demeurant aucun, ainsi que celles tendant à l'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent qu'être rejetées par voie de conséquence.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D B et au ministre de l'intérieur. Une copie sera transmise pour information à la préfète de la Gironde.

Fait à Bordeaux, le 12 mai 2022.

La présidente, par intérim, de la 6ème chambre,

Karine BUTERI

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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