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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA33-21BX03176

Cour administrative d'appel de Bordeaux — Décision N° CAA33-21BX03176

mardi 6 février 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Bordeaux
SectionCour administrative d'appel de Bordeaux
N° DossierCAA33-21BX03176
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
Formation3ème chambre (formation à 3)
Avocat requérantCABINET PLAINECASSAGNE - MOREL - NAUGES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme A Nayrolles a demandé au tribunal administratif de Saint-Martin d'annuler la décision du 26 mai 2020 par laquelle le garde des sceaux, ministre de la justice, lui a refusé le bénéfice de la nouvelle bonification indiciaire de 15 points par mois, ensemble la décision de rejet de son recours gracieux.

Par un jugement n° 2000102 du 17 juin 2021, le tribunal administratif de Saint-Martin a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 20 juillet 2021, Mme Nayrolles, représentée par Me Morel, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du 17 juin 2021 du tribunal administratif de Saint-Martin ;

2°) d'annuler la décision du 26 mai 2020 par laquelle le garde des sceaux, ministre de la justice, a refusé à Mme Nayrolles le bénéfice de la nouvelle bonification indiciaire de 15 points par mois, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux ;

3°) d'enjoindre au garde des sceaux, ministre de la justice, de réexaminer sa demande d'attribution de la nouvelle bonification indiciaire de 15 points par mois à compter du 1er septembre 2014, dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'arrêt à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 6 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le jugement, faute d'avoir été rendu à l'issue d'une instruction contradictoire, est irrégulier ; la note en délibéré du garde des sceaux, ministre de la justice, ne lui a pas été communiquée ; cette absence de communication méconnaît les dispositions de l'article L. 5 du code de justice administrative et les stipulations de l'article 6-1 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le tribunal n'a pas répondu à son moyen tiré de la méconnaissance du principe d'égalité tel qu'il était soulevé ;

- aucune disposition ne subordonne l'octroi de la nouvelle bonification indiciaire à la condition que les fonctions de greffier d'audience correctionnelle collégiale soient exercées à titre principal ;

- le bénéfice de la nouvelle bonification indiciaire ne pouvait lui être refusé au seul motif que l'enveloppe était insuffisante ; un tel motif est contraire au principe d'égalité.

Par un mémoire enregistré le 4 novembre 2022, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Par ordonnance 9 novembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 2 janvier 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales

- la loi n° 91-73 du 18 janvier 1991 ;

- le décret n° 91-1064 du 14 octobre 1991 instituant la nouvelle bonification indiciaire dans les services du ministère de la justice ;

- l'arrêté du 9 décembre 1991 fixant les conditions d'attribution de la nouvelle bonification indiciaire dans les services du ministère de la justice ;

- l'arrêté du 4 novembre 2014 modifiant l'arrêté du 9 décembre 1991 fixant les conditions d'attribution de la nouvelle bonification indiciaire dans les services du ministère de la justice ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Marie-Pierre Beuve Dupuy ;

et les conclusions de Mme Isabelle Le Bris, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme Nayrolles, greffière des services judicaires, a été affectée à compter du 1er septembre 2014 au tribunal d'instance de Saint-Martin, au sein duquel elle s'est vu notamment confier les fonctions de greffier d'audience correctionnelle collégiale. Par une décision du 26 mai 2020, le garde des sceaux, ministre de la justice, a rejeté sa demande tendant au bénéfice de de 15 points de nouvelle bonification indiciaire (NBI) par mois à compter du 1er septembre 2014. Mme Nayrolles relève appel du jugement du 17 juin 2021 par lequel le tribunal administratif de Saint -Martin a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cette décision du 26 mai 2020 ainsi que de la décision implicite de rejet de son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 27 de la loi du 18 janvier 1991 portant dispositions relatives à la santé publique et aux assurances sociales : " La nouvelle bonification indiciaire des fonctionnaires et des militaires instituée à compter du 1er août 1990 est attribuée pour certains emplois comportant une responsabilité ou une technicité particulières dans des conditions fixées par décret ". Aux termes de l'article 1er du décret du 14 octobre 1991 instituant la nouvelle bonification indiciaire dans les services du ministère de la justice : " Une nouvelle bonification indiciaire, prise en compte et soumise à cotisation pour le calcul de la pension de retraite, peut être versée mensuellement, dans la limite des crédits disponibles, aux fonctionnaires titulaires du ministère de la justice exerçant une des fonctions figurant en annexe au présent décret ". Aux termes de l'article 2 de ce décret : " Le bénéfice du versement de la nouvelle bonification indiciaire est lié à l'exercice des fonctions y ouvrant droit. Il ne peut se cumuler avec d'autres bonifications indiciaires d'une autre nature qui seraient éventuellement perçues par le fonctionnaire exerçant des fonctions ouvrant droit à nouvelle bonification indiciaire dans les conditions du présent décret ". Aux termes de l'article 4 de ce décret : " Le montant de la nouvelle bonification indiciaire et le nombre d'emplois bénéficiaires pour chaque fonction mentionnée en annexe sont fixés au titre de chaque année par arrêté conjoint des ministres chargés de la fonction publique et du budget et du garde des sceaux, ministre de la justice ". L'annexe à ce décret mentionne, parmi les fonctions dont l'exercice ouvre droit au versement de la NBI, celles de " greffier d'audience correctionnelle collégiale dans un tribunal judicaire ". En vertu de l'article 1er de l'arrêté du 9 décembre 1991 fixant les conditions d'attribution de la nouvelle bonification indiciaire dans les services du ministère de la justice, modifié par l'arrêté du 4 novembre 2014, la NBI est attribuée, s'agissant des fonctions de greffier d'audience correctionnelle collégiale dans un tribunal judicaire, à hauteur de 15 points par emploi pour 550 emplois éligibles.

3. Il ressort des pièces du dossier que, pour refuser à Mme Nayrolles le bénéfice de la NBI à compter du 1er septembre 2014, le garde des sceaux, ministre de la justice, s'est fondé d'une part sur la circonstance qu'elle n'exerçait pas à titre principal les fonctions de greffier d'audience correctionnelle collégiale à raison desquelles elle sollicitait cet avantage, et d'autre part sur l'épuisement des crédits disponibles.

4. En premier lieu, les dispositions précitées du décret du 14 octobre 1991 prévoient seulement que l'exercice de certaines fonctions, dont celles de greffier d'audience correctionnelle collégiale, ouvre droit au bénéfice de la NBI, sans exiger que de telles fonctions soient exercées à titre principal par l'agent. Par suite, en opposant à Mme Nayrolles qu'elle n'exerçait pas à titre principal les fonctions de greffier d'audience correctionnelle collégiale, le garde des sceaux, ministre de la justice, a entaché sa décision d'une erreur de droit.

5. En second lieu, le bénéfice la nouvelle bonification indiciaire instituée par les dispositions citées au point 2 ne constitue pas un avantage statutaire et n'est lié ni au cadre d'emplois, ni au grade, mais dépend seulement de l'exercice effectif des fonctions qui y ouvrent droit. La disposition précitée du décret du 14 octobre 1991 selon laquelle la nouvelle bonification indiciaire peut être versée mensuellement " dans la limite des crédits disponibles " ne saurait avoir pour objet ni pour effet de dispenser l'administration du respect du principe d'égalité, lequel exige que les agents qui occupent effectivement des emplois correspondant aux fonctions ouvrant droit à cet avantage et qui comportent la même responsabilité ou la même technicité particulières bénéficient de la même bonification.

6. En l'espèce, il est constant que Mme Nayrolles a exercé, à compter du 1er septembre 2014, les fonctions de greffier d'audience correctionnelle collégiale. Si les dispositions précitées ont fixé à 550 le nombre d'emplois éligibles à la NBI, le ministre ne soutient ni que ce plafond aurait été atteint, ni sur la base de quels critères il se serait fondé pour déterminer quels agents seraient éligibles à la NBI. Il ne pouvait dès lors légalement se fonder sur le motif tenant à l'épuisement des crédits budgétaires pour refuser à Mme Nayrolles le bénéfice de cette bonification, alors au demeurant qu'il n'est pas contesté que le fonctionnaire que la requérante a remplacé sur ce poste percevait la NBI lorsqu'il occupait le même emploi.

7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la régularité du jugement attaqué, que c'est à tort que, par ce jugement, le tribunal administratif de Saint-Martin a rejeté la demande de Mme Nayrolles tendant à l'annulation de la décision du 26 mai 2020 du garde des sceaux, ministre de la justice, ainsi que de la décision implicite de rejet de son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. L'exécution du présent arrêt implique, ainsi que le demande Mme Nayrolles, que le garde des sceaux, ministre de la justice réexamine sa demande d'attribution de la NBI de 15 points par mois à compter du 1er septembre 2014. Il y a lieu de lui enjoindre d'y procéder dans un délai de deux mois suivant la notification du présent arrêt. Il n'y a en revanche pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme Nayrolles et non compris dans les dépens.

DÉCIDE :

Article 1er : Le jugement n° 2000102 du 17 juin 2021 du tribunal administratif de Saint-Martin est annulé.

Article 2 : La décision du 26 mai 2020 par laquelle le garde des sceaux, ministre de la justice, a refusé à Mme Nayrolles le bénéfice de la nouvelle bonification indiciaire de 15 points par mois, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux, sont annulées.

Article 3 : Il est enjoint au garde des sceaux, ministre de la justice, de procéder à nouvel examen de la demande de Mme Nayrolles d'attribution de la nouvelle bonification indiciaire de 15 points par mois à compter du 1er septembre 2014 dans un délai de deux mois suivant la notification du présent arrêt.

Article 4 : L'Etat versera à Mme Nayrolles une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme Nayrolles est rejeté.

Article 6 : Le présent arrêt sera notifié à Mme A Nayrolles et au garde des sceaux, ministre de la justice.

Délibéré après l'audience du 16 janvier 2024 à laquelle siégeaient :

M. Laurent Pouget, président,

Mme Marie-Pierre Beuve Dupuy, présidente-assesseure,

M. Manuel Bourgeois, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 février 2024.

La rapporteure,

Marie-Pierre Beuve Dupuy

Le président,

Laurent Pouget

La greffière,

Chirine Michallet

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt.

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