lundi 4 juillet 2022
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| Section | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| N° Dossier | CAA33-21BX03252 |
| Type | Décision |
| Formation | 3ème chambre (formation à 3) |
| Avocat requérant | MASSOU DIT LABAQUERE |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
Mme D A a demandé au tribunal administratif de Pau d'annuler l'arrêté du 26 janvier 2021 par lequel le préfet des Pyrénées-Atlantiques lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixé le pays de destination et, à titre subsidiaire, de suspendre l'exécution de la mesure d'éloignement jusqu'à ce que la Cour nationale du droit d'asile statue sur son recours.
Par un jugement n° 2100342 du 29 avril 2021, la présidente du tribunal administratif de Pau a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête enregistrée le 2 août 2021, Mme A, représentée par Me Massou dit E, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement de la présidente du tribunal administratif de Pau du 29 avril 2021 en tant qu'il a rejeté ses conclusions en annulation de l'arrêté du 26 janvier 2021 portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixé le pays de renvoi ;
2°) d'annuler l'arrêté du 26 janvier 2021 du préfet des Pyrénées-Atlantiques ;
3°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours sous astreinte de 50 euros par jour de retard à compter de la notification de l'arrêt à intervenir, à défaut, de prendre une nouvelle décision dans un délai d'un mois et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans les mêmes conditions de délais et d'astreinte ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
Concernant la légalité de l'arrêté dans son ensemble :
- l'ensemble des décisions contestées sont entachées d'un défaut de motivation au regard des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;
Concernant l'obligation de quitter le territoire français :
- cette décision a été prise en méconnaissance de son droit d'être entendue et des droits de la défense, tels que garantis par l'articles 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- la mesure d'éloignement contestée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- cette décision porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;
- elle porte atteinte à l'intérêt supérieur de sa fille mineure et méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
Concernant la décision fixant le délai de départ volontaire à trente jours :
- cette décision illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- en refusant de lui accorder, eu égard à sa situation personnelle et familiale, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours, le préfet a entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation ;
Concernant la décision fixant le pays de renvoi :
- cette décision est illégale par voie d'exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle porte atteinte à son droit à ne pas être soumise à des traitements inhumains et dégradants, tel que protégé par l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 mai 2022, le préfet des Pyrénées-Atlantiques conclut au rejet de la requête de Mme A. Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 juin 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre l'administration et le public ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée et le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 pris pour son application ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme B C a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante albanaise, née le 10 août 1998 à Dranovice (Albanie), est entrée en France selon ses déclarations le 26 septembre 2019. Elle a déposé, le 2 octobre 2019, une demande d'asile, laquelle a fait l'objet d'une décision de clôture le 25 novembre 2019 prise par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Après avoir obtenu la réouverture de son dossier, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, statuant en procédure accélérée, a rejeté sa demande d'asile par une décision du 18 septembre 2020, notifiée le 2 octobre 2020. Mme A a formé le 25 novembre 2020, un recours devant la Cour nationale du droit d'asile. Par un arrêté du 26 janvier 2021, le préfet des Pyrénées-Atlantiques lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Mme A a alors saisi le tribunal administratif de Pau d'une demande tendant à l'annulation de cet arrêté du 26 janvier 2021 du préfet des Pyrénées-Atlantiques et, à titre subsidiaire, à la suspension de l'exécution de la mesure d'éloignement jusqu'à ce que la Cour nationale du droit d'asile statue sur son recours. Par jugement n° 2100342 du 29 avril 2021, la présidente du tribunal administratif de Pau a rejeté ses demandes. Mme A relève appel de ce jugement en tant que la présidente du tribunal administratif a rejeté sa demande tendant à l'annulation de l'arrêté du 26 janvier 2021 par lequel le préfet des Pyrénées-Atlantiques lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixé le pays de renvoi.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne la légalité de l'arrêté contesté dans son ensemble :
2. Mme A reprend en appel le moyen déjà soulevé en première instance et tiré du caractère insuffisamment motivé de l'arrêté contesté au regard des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Elle ne se prévaut devant la cour d'aucun élément de fait ou de droit nouveau par rapport à l'argumentation développée devant le tribunal. Par suite, il y a lieu d'écarter ce moyen par adoption des motifs pertinents retenus par le premier juge.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
3. Aux termes des stipulations de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ".
4. Il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause. Le droit d'être entendu implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Toutefois, dans le cas prévu au 6° du I de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, où la décision faisant obligation de quitter le territoire français est prise après que la reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusée à l'étranger ou si l'étranger ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application de l'article L. 743-2, l'obligation de quitter le territoire français découle nécessairement du défaut de reconnaissance de cette qualité ou de ce bénéfice. Le droit d'être entendu n'implique alors pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français, dès lors qu'il a pu être entendu à l'occasion de l'examen de sa demande de reconnaissance de sa demande d'asile. Par suite, la circonstance que Mme A n'ait pas été spécifiquement invitée à formuler des observations avant l'édiction de l'obligation de quitter le territoire français n'entache pas d'irrégularité la procédure d'éloignement menée par le préfet des Pyrénées-Atlantiques. Dans ces conditions, le moyen tiré du vice de procédure découlant de la méconnaissance du droit d'être entendu doit être écarté.
5. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
6. Mme A soutient qu'elle a été victime de violences de la part de son ancien compagnon, qu'elle est vulnérable et ne peut être renvoyée en Albanie, où sa famille l'a rejetée. Toutefois, les documents produits, pour l'essentiel postérieurs à l'obligation de quitter le territoire contenue dans l'arrêté contesté, à savoir un procès-verbal de déposition daté du 22 juin 2020, non suivi d'un dépôt de plainte pour violences conjugales, et deux certificats rédigés les 10 février et 15 mars 2021 par une psychologue clinicienne du centre hospitalier des Pyrénées, attestant de son suivi psychologique régulier depuis novembre 2020, s'ils révèlent la précarité de sa situation sur le territoire national, ne suffisent pas à établir que sa situation personnelle serait un obstacle à son éloignement alors que, par ailleurs, elle a déclaré être séparée de son compagnon et que ce dernier a fait l'objet d'une mesure d'éloignement le 23 juin 2020. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier qu'elle n'est entrée en France, selon ses dires, que le 26 septembre 2019 et qu'elle n'a été admise à séjourner en France qu'à titre temporaire dans l'attente de l'examen de sa demande d'asile, rejetée définitivement par une ordonnance de la Cour nationale du droit d'asile du 10 février 2021. Si l'appelante se prévaut de la circonstance qu'elle est hébergée par la mère de son ancien compagnon, en situation régulière sur le territoire, ce faisant, elle ne démontre pas que le centre de ses attaches personnelles et familiales se trouvent désormais en France. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que Mme A serait dans l'impossibilité de poursuivre sa vie familiale avec sa fille mineure en Albanie, pays dont elle et sa fille ont la nationalité, où elle n'est pas dépourvue de liens familiaux, ses parents y résidant, et où elle a vécu jusqu'à l'âge de 23 ans. Par suite, eu égard à son entrée récente sur le territoire et aux conditions de son séjour en France, ainsi qu'au fait que rien n'empêche la cellule familiale de se reconstituer en Albanie, la mesure d'éloignement prise à son encontre n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressée au respect de sa vie privée et familiale garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le préfet n'a pas davantage entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de Mme A.
7. Aux termes des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
8. La décision portant obligation de quitter le territoire français litigieuse n'a ni pour objet ni pour effet de séparer la requérante de son enfant mineur. Pour les mêmes motifs que ceux évoqués au point 6, il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme A serait dans l'impossibilité de reconstruire sa cellule familiale dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.
En ce qui concerne la décision fixant à trente jours le délai de départ volontaire :
9. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision fixant le délai de départ volontaire serait dépourvue de base légale doit être écarté.
10. Mme A, qui se borne à faire valoir que le préfet aurait pu lui accorder un délai supérieur à trente jours, ne justifie pas de circonstances particulières de nature à faire regarder comme entaché d'erreur manifeste d'appréciation le délai de départ volontaire de trente jours qui lui a été accordé.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
11. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégale, le moyen tiré de l'illégalité de cette décision, invoqué par voie d'exception à l'encontre de la décision fixant le pays de renvoi, doit être écarté.
12. Aux termes des dispositions de l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui fait l'objet d'une mesure d'éloignement est éloigné : 1° A destination du pays dont il a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu le statut de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Ou à destination du pays qui lui a délivré un document de voyage en cours de validité ; / 3° Ou à destination d'un autre pays dans lequel il établit être légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales () ". Aux termes de l'article 3 de cette convention : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".
13. Si Mme A, dont la demande d'asile a été rejetée par une décision du 18 septembre 2020 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 10 février 2021, fait valoir qu'en cas de retour en Albanie, sa situation de femme isolée avec un enfant né hors mariage l'exposera à un risque de représailles de la part de sa famille, elle n'apporte toutefois aucun élément justifiant qu'elle serait personnellement exposée à des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. Ainsi les moyens qu'elle invoque, tirés de ce que l'arrêté contesté, en tant qu'il fixe l'Albanie comme pays de destination, méconnaîtrait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ne peuvent qu'être écartés.
14. Il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, la présidente du tribunal administratif de Pau a rejeté sa demande. Par suite, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles tendant à l'application des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, ne peuvent qu'être rejetées.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à Mme D A et au ministre de l'intérieur. Une copie en sera adressée au préfet des Pyrénées-Atlantiques.
Délibéré après l'audience du 13 juin 2022, à laquelle siégeaient :
M. Didier Artus, président,
M. Frédéric Faïck, président-assesseur,
Mme Agnès Bourjol, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 4 juillet 2022.
La rapporteure,
Agnès C
Le président,
Didier ARTUS
La greffière,
Sylvie HAYET
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, et à tous huissiers de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt.
Cour administrative d'appel de Bordeaux — N° CAA33-25BX03099
26/03/2026
Cour administrative d'appel de Bordeaux — N° CAA33-25BX02326
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26/03/2026
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26/03/2026