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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA33-21BX03556

Cour administrative d'appel de Bordeaux — Décision N° CAA33-21BX03556

jeudi 7 avril 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Bordeaux
SectionCour administrative d'appel de Bordeaux
N° DossierCAA33-21BX03556
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
Formation1ère chambre - formation à 3

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. D C a demandé au tribunal administratif de la Réunion d'annuler l'arrêté du 16 décembre 2020 par lequel le préfet de La Réunion a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai d'un mois et a fixé le pays de destination.

Par un jugement n° 2100175 du 11 mai 2021, le tribunal administratif de la Réunion a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 29 août 2021, M. C, représenté par Me Belliard, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du tribunal administratif de Toulouse du 11 mai 2021 ;

2°) d'annuler l'arrêté du 16 décembre 2020 par lequel le préfet de La Réunion a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai d'un mois et a fixé le pays de destination ;

3°) d'enjoindre au préfet de La Réunion de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification de l'arrêt à intervenir, subsidiairement de réexaminer sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros au bénéfice de son conseil en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les dispositions du 6° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- l'obligation de quitter le territoire est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de séjour.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 janvier 2022, le préfet de la Réunion, conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens n'est fondé.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 29 juillet 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Fabienne Zuccarello, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, de nationalité comorienne est entré à La Réunion en septembre 2015 dans le cadre d'une évacuation sanitaire en tant qu'accompagnant de son enfant A résidant à Mayotte et de nationalité comorienne. Postérieurement, il a sollicité, le 4 avril 2019, un titre de séjour en qualité de parent d'un enfant français, Naira, sur le fondement du 6° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 16 décembre 2020, le préfet de La Réunion a rejeté cette demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai d'un mois et a fixé le pays de destination. M. C a demandé au tribunal administratif de la Réunion de prononcer l'annulation de cet arrêté et il relève appel du jugement de ce tribunal du 11 mai 2021 rejetant sa demande.

2. Aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicable : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : () 6° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à la condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée () ".

3. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que l'enfant Naira, de nationalité française, vit avec sa mère et qu'il n'existe pas de communauté de vie avec M. C depuis sa naissance. Les éléments présentés par le requérant, notamment une attestation de la mère de l'enfant peu circonstanciée, des certificats attestant de la présence de M. C aux rendez-vous médicaux, des factures, à son nom, d'articles pour enfants sans plus de précision, un seul mandat cash et une attestation du directeur de l'école maternelle de l'enfant Naira qui n'est pas davantage circonstanciée, ne suffisent à établir, en l'absence totale de vie commune avec l'enfant, une contribution à l'entretien et à l'éducation de cette dernière depuis sa naissance ou depuis au moins deux ans. Dès lors, et ainsi que l'a jugé le juge de première instance, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation et de la méconnaissance des dispositions du 6° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.

4. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. C, qui a vécu aux Comores jusqu'à l'âge de 34 ans, est également le père de deux autres enfants mineurs de nationalité comorienne, B née en 2016 résidant à Mayotte avec sa mère et A, dont M. C assumerait seul la charge depuis ses deux ans. Toutefois, aucun de ces deux enfants ne possède la nationalité française et la jeune B ne vit pas avec le requérant. Par ailleurs, la jeune A ne bénéficie plus du suivi médical pour lequel elle avait été accueillie à la Réunion et dans le cadre duquel M. C avait bénéficié d'un titre de séjour temporaire en qualité d'accompagnant d'enfant malade. Dans ces conditions, et dès lors que rien ne fait obstacle à ce qu'elle poursuive sa scolarité dans le pays dont elle a la nationalité, la décision attaquée n'a pas méconnu le droit de M. C au respect de sa vie privée et familiale.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention des droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant ".

6. Ainsi qu'il a été dit au point 3, M. C ne justifie pas qu'il contribue à l'éducation et à l'entretien de l'enfant Naira. S'il soutient que la décision de refus de titre de séjour méconnaît les dispositions citées au point 5 dès lors qu'elle entraînera sa séparation avec ses enfants, toutefois, il ressort des pièces du dossier que ses deux autres enfants sont de nationalité comorienne et peuvent poursuivre leur scolarité aux Comores, pays dont ils ont la nationalité. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 3-1 de la convention des droits de l'enfant du 26 janvier 1990 doit être écarté.

7. Enfin, la décision portant refus de titre de séjour opposée au requérant n'étant pas entachée d'illégalité, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la décision d'obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.

8. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que le tribunal administratif de La Réunion a rejeté sa demande tendant à l'annulation de la décision du 16 décembre 2020 du préfet de La Réunion. Par suite sa requête doit être rejetée, y compris ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à M. D C et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet de La Réunion.

Délibéré après l'audience du 10 mars 2022 à laquelle siégeaient :

Mme Marianne Hardy, présidente,

Mme Fabienne Zuccarello, présidente-assesseure,

Mme Christelle Brouard-Lucas, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 7 avril 2022.

La rapporteure,

Fabienne ZuccarelloLa présidente,

Marianne HardyLa greffière,

Sylvie Hayet

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne, et à tous huissiers de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt.

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