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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA33-21BX03726

Cour administrative d'appel de Bordeaux — Décision N° CAA33-21BX03726

jeudi 28 décembre 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Bordeaux
SectionCour administrative d'appel de Bordeaux
N° DossierCAA33-21BX03726
TypeDécision
PublicationC
Formation2ème chambre (formation à 3)
Avocat requérantSELARL INTERBARREAUX RACINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. E G et Mme H F épouse G ont demandé au tribunal administratif de Bordeaux de condamner la commune de Vanxains, ou à défaut

cette commune solidairement avec les sociétés Centre d'études du sud-ouest (C),

B J et patrimoine (B) et Laurière et fils, à leur verser une indemnité

de 36 007,69 euros en réparation des préjudices subis du fait du dysfonctionnement du réseau d'évacuation des eaux pluviales, et d'enjoindre sous astreinte à la commune de réaliser les travaux permettant de remédier à ce dysfonctionnement.

Par un jugement n° 1901057 du 13 juillet 2021, le tribunal a condamné la commune de Vanxains à verser une indemnité de 11 929,35 euros à M. et Mme G, et a enjoint à la commune de procéder aux travaux de redimensionnement du réseau d'eaux pluviales préconisés par l'expert judiciaire dans un délai de six mois.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 17 septembre 2021 et un mémoire enregistré

le 24 avril 2023, la commune de Vanxains, représentée par la SELARL Lex Urba, demande à la cour :

1°) de réformer ce jugement en ce qu'il lui a enjoint de réaliser les travaux de redimensionnement du réseau d'eaux pluviales préconisés par l'expert dans un délai de six mois et en ce qu'il a rejeté ses appels en garantie ;

2°) de rejeter les conclusions à fin d'injonction présentées

par M. et Mme G devant le tribunal ;

3°) de condamner les sociétés Laurière et Fils, B et C et le département

de la Dordogne à la relever et garantir des condamnations prononcées à son encontre, y compris en ce qui concerne les frais d'expertise ;

4°) de mettre à la charge de toute partie succombante une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.

Elle soutient que :

- elle ne conteste ni l'engagement de sa responsabilité sans faute du fait

du dysfonctionnement d'un ouvrage public, ni l'évaluation des préjudices de

M. et Mme G par les premiers juges ;

- si sa défaillance a perduré en l'absence de réalisation des travaux préconisés par l'expert, les époux G ne se sont pas plaints de dysfonctionnements significatifs du réseau entre 2013 et le jugement, de sorte qu'elle peut prendre le temps de rechercher une solution sérieuse et pérenne en tenant compte de l'intérêt public, notamment budgétaire ;

il résulte de l'étude réalisée en janvier 2018 que l'évaluation à 50 000 euros du coût des travaux par l'expert, qui n'a pas fait établir de devis, était insuffisante, et que ce coût est de l'ordre

de 167 000 euros, ce qui nécessitera de trouver des financements extérieurs et de recourir

à l'emprunt ; le préjudice des époux G a été évalué à 11 929,35 euros, dont 8 000 euros de préjudice de jouissance ; le coût des travaux est ainsi manifestement disproportionné par rapport à ce préjudice pour une commune de moins de 1 000 habitants, et l'injonction prononcée par le tribunal doit être annulée ;

- le maître d'ouvrage public peut rechercher la responsabilité du maître d'œuvre, même après la fin des relations contractuelles, lorsque ce dernier s'est abstenu d'appeler son attention sur des vices dont il avait connaissance ; l'expert met en évidence la responsabilité de la société Laurière qui n'a pas vérifié le bon dimensionnement du réseau et a modifié le projet sans autorisation ; la société B n'ayant pas exigé la fourniture des justificatifs qu'elle avait demandés à l'entreprise Laurière, il en ressort qu'elle avait connaissance en cours de chantier du désordre affectant l'ouvrage, et qu'elle a commis une faute en s'abstenant d'émettre des réserves à la réception ; la responsabilité de la société C est également engagée dès lors qu'elle n'a réalisé aucune étude de dimensionnement du réseau, ce qui l'a empêchée de conseiller le maître d'ouvrage lors de la réception des travaux ; enfin, le département lié à la commune par une convention a manqué de vigilance dans la surveillance des travaux, comme l'a relevé l'expert ; c'est ainsi à tort que le tribunal a rejeté ses appels en garantie.

Par un mémoire enregistré le 26 février 2023, la société Laurière et fils, représentée par la SELARL Galy et associés, conclut à titre principal au rejet de l'appel en garantie de la commune de Vanxains, à titre subsidiaire à ce que la société B, la société C et le département de la Dordogne soient condamnés à la relever et garantir de toute condamnation prononcée à son encontre, et dans tous les cas à ce qu'une somme de 3 500 euros soit mise à la charge de la commune et de toute partie succombante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les dépens incluant les frais d'expertise.

Elle fait valoir que :

- les travaux qu'elle a réalisés ayant été réceptionnés sans réserve le 7 novembre 2011, c'est à bon droit que le tribunal a rejeté l'appel en garantie de la commune ;

- à titre subsidiaire, si la cour accueillait l'appel en garantie de la commune, les sociétés B et C et le département de la Dordogne devraient être condamnés à la relever et garantir de toute condamnation.

Par des mémoires enregistrés les 27 février et 25 septembre 2023, le département

de la Dordogne, représenté par le cabinet Lexia, conclut à titre principal à la confirmation du jugement, à titre subsidiaire au rejet des appels en garantie dirigés à son encontre, ou

à la condamnation solidaire de la commune et des sociétés Laurière et fils, C et A à le relever et garantir de toute condamnation, à titre infiniment subsidiaire à la minoration

des sommes réclamées par les époux G, et dans tous les cas à ce que les sommes

de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de 13 euros au titre du droit de plaidoirie soient mises à la charge des parties succombantes.

Il fait valoir que :

- contrairement à ce qu'indique l'expert, la convention par laquelle il a autorisé la commune à réaliser les travaux sur l'emprise de la route départementale n'impliquait pas qu'il surveille ces travaux ou qu'il fasse preuve de vigilance ; au demeurant, les négligences que lui reproche l'expert sont sans lien avec les dommages subis par les époux G ;

- si la cour devait néanmoins retenir sa responsabilité, il conviendrait de tenir compte des fautes commises par la commune et les sociétés Laurière et fils, B et C, et de condamner ces dernières à le relever et garantir de toute condamnation ; enfin, à titre plus subsidiaire, les demandes indemnitaires des époux G sont surévaluées, et il conviendra de tenir compte de l'indemnisation allouée par leur assureur.

Par un mémoire enregistré le 28 février 2023, la société C, représentée par

la SELARL Racine Bordeaux, conclut à titre principal au rejet de l'appel en garantie dirigé à son encontre, à titre subsidiaire à la condamnation du département de la Dordogne, de la société B et de la société Laurière et fils à la relever et garantir de toute condamnation, et dans tous les cas à ce qu'une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les dépens incluant les frais d'expertise, soient mis à la charge de la commune de Vanxains et de toute partie succombante.

Elle fait valoir que :

- les conclusions d'appel en garantie dirigées à son encontre ne sont assorties

d'aucune précision ; au demeurant sa responsabilité contractuelle ne peut plus être recherchée après réception, et alors que le devoir de conseil du maître d'œuvre ne s'étend pas aux dommages causés aux tiers ;

- l'expert a précisé dans son additif n° 2 du 18 mars 2016 qu'aucun manquement dans l'exécution de ses prestations de maîtrise d'œuvre ne pouvait lui être reproché ;

- la première tranche des travaux d'assainissement réalisés sous sa maîtrise d'œuvre entre 2000 et 2003 n'a pas porté sur le réseau d'eaux pluviales à l'origine du dommage, et son intervention sur ce réseau, qui résulte d'un acte d'engagement du 6 mars 2014, est postérieure aux inondations en litige ; l'expert a constaté que le nouveau réseau installé en amont de la maison des époux G permet de délester totalement, par un système de surverse, le réseau d'eaux pluviales situé sous la voie communale n° 2 et la route départementale n° 708 ; il n'existe donc aucun lien entre le dommage et ces derniers travaux réalisés sous sa maîtrise d'œuvre ;

- les fautes commises par la commune, un défaut d'entretien du réseau d'eaux pluviales et des manquements dans le suivi des travaux, sont de nature à l'exonérer de toute responsabilité éventuelle ;

- les inondations subies par les époux G sont exclusivement imputables aux sociétés Laurière et B et au département.

Par un mémoire enregistré le 28 février 2023, la société B J et I, représentée par la SCP Latournerie, Milon, Czamanski, Mazille, conclut à titre principal au rejet de l'ensemble des demandes formées à son encontre, à titre subsidiaire à ce que la société Laurière et fils, la société C et le département de la Dordogne soient condamnés solidairement à la relever et garantir des condamnations prononcées à son encontre dans

une proportion qui ne saurait être inférieure à 80 %, et dans tous les cas à ce qu'une somme

de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les dépens soient mis à la charge de la ou des parties succombantes.

Elle fait valoir que :

- c'est à bon droit que le tribunal a jugé que la commune n'était pas recevable à rechercher sa responsabilité contractuelle postérieurement à la réception des travaux prononcée sans réserve le 7 novembre 2011, et elle n'a pas manqué à son devoir de conseil ;

- c'est à tort que l'expert semble retenir sa responsabilité dès lors que sa mission relevait de l'aménagement urbain et que le dimensionnement des réseaux, pour lequel elle ne disposait pas de compétences techniques, relevait de la responsabilité de la société Laurière et fils, chargée de l'élaboration des plans d'exécution ;

- un défaut d'entretien imputable à la commune a contribué au mauvais écoulement à l'origine des inondations ; la responsabilité de la société Laurière et fils apparaît prépondérante car elle a modifié le dimensionnement du réseau sans validation de la maîtrise d'œuvre ; le département a également contribué au dommage par son défaut de vigilance ; ainsi, dans le cas où la cour retiendrait sa responsabilité, elle devrait être relevée et garantie à tout le moins à hauteur de 80 % du montant des condamnations mises à sa charge.

Par ordonnance du 23 août 2023, la clôture d'instruction a été fixée

au 25 septembre 2023.

Par lettre du 25 octobre 2023, les parties ont été informées, en application de

l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que l'arrêt était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des appels en garantie de la commune de Vanxains, dès lors que la délibération du conseil municipal du 27 juillet 2021 a limité l'appel du jugement à l'injonction de réaliser les travaux nécessaires au redimensionnement du réseau d'eaux pluviales, et qu'au surplus, les conclusions d'appel en garantie dirigées contre

le département de la Dordogne sont nouvelles en appel.

Des observations en réponse à ce moyen d'ordre public ont été présentées pour le département de la Dordogne et pour la commune de Vanxains le 3 novembre 2023, et la commune a produit le 10 novembre 2023 une nouvelle délibération relative à l'appel du jugement.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le décret n° 95-161 du 15 février 1995 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D,

- les conclusions de Mme Isoard, rapporteure publique,

- et les observations de Me Bertin, représentant la commune de Vanxains, celles de Me Ghassemezadeh représentant la société B J et I, de Me Caijeo représentant la société C, de Me Schontz, représentant la société Laurière et fils et celles de Me Jouanneaux représentant le département de la Dordogne.

Une note en délibéré présentée pour la commune de Vanxains a été enregistrée le 12 décembre 2023.

Considérant ce qui suit :

1. En 2010 et 2011, la commune de Vanxains (Dordogne) a réalisé des travaux d'aménagement de la traversée de son centre par la route départementale n° 708, comprenant l'élargissement des trottoirs, l'adaptation du réseau d'évacuation des eaux pluviales, la mise à niveau des ouvrages enterrés, la pose de mobilier urbain et la réalisation de plantations et d'engazonnement, la réfection de la chaussée étant assurée par le département de la Dordogne. Après ces travaux, M. et Mme G, propriétaires d'une maison située le long de la voie communale n° 2, à proximité du croisement de cette voie avec la route départementale n° 708, sur une parcelle cadastrée AB n° 208, ont été victimes de plusieurs inondations lors de fortes pluies. Le 27 novembre 2014, ils ont saisi le juge des référés du tribunal administratif de Bordeaux d'une demande d'expertise à laquelle il a été fait droit, avec une extension ultérieure aux entreprises qui avaient assuré la maîtrise d'œuvre et la réalisation des travaux. Dans son rapport déposé le 9 mars 2016, l'expert a conclu que la nouvelle configuration et le dimensionnement du réseau d'évacuation des eaux pluviales étaient insuffisants par rapport aux débits d'eau à évacuer en provenance du bassin versant, de sorte que même lors d'orages à caractère non exceptionnel, le réseau se mettait en charge au niveau du carrefour entre la route départementale et la voie communale n° 2, et les eaux qui débordaient submergeaient les chaussées et les trottoirs et pénétraient dans les habitations riveraines. Après avoir présenté une réclamation préalable, M. et Mme G ont demandé au tribunal administratif de Bordeaux de condamner la commune de Vanxains à leur verser une indemnité de 36 007,69 euros en réparation de leurs préjudices non pris en charge par leur assureur, et d'enjoindre sous astreinte à la commune de réaliser les travaux permettant de remédier au dysfonctionnement du réseau d'évacuation des eaux pluviales. Par un jugement du 13 juillet 2021, le tribunal a condamné la commune de Vanxains à leur verser une indemnité de 11 929,35 euros, a mis les frais d'expertise à la charge de cette collectivité, et a enjoint à la commune de procéder aux travaux de redimensionnement du réseau d'eaux pluviales préconisés par l'expert judiciaire dans un délai de six mois. La commune de Vanxains, qui ne conteste ni sa responsabilité retenue par les premiers juges du fait des dommages causés aux tiers par l'insuffisance de son réseau public, ni le montant de l'indemnité qu'elle a été condamnée à verser, relève appel de ce jugement en tant seulement qu'il a prononcé cette injonction et qu'il a rejeté ses appels en garantie à l'encontre des sociétés Laurière et fils, A J et I et C, et appelle

le département de la Dordogne en garantie pour la première fois en appel.

Sur l'injonction de réaliser les travaux préconisés par l'expert :

2. Lorsque le juge administratif condamne une personne publique responsable de dommages qui trouvent leur origine dans l'exécution de travaux publics ou dans l'existence ou le fonctionnement d'un ouvrage public, il peut, saisi de conclusions en ce sens, s'il constate qu'un dommage perdure à la date à laquelle il statue du fait de la faute que commet, en s'abstenant de prendre les mesures de nature à y mettre fin ou à en pallier les effets, la personne publique, enjoindre à celle-ci de prendre de telles mesures. Pour apprécier si la personne publique commet, par son abstention, une faute, il lui incombe, en prenant en compte l'ensemble des circonstances de fait à la date de sa décision, de vérifier d'abord si la persistance du dommage trouve son origine non dans la seule réalisation de travaux ou la seule existence d'un ouvrage, mais dans l'exécution défectueuse des travaux ou dans un défaut ou un fonctionnement anormal de l'ouvrage et, si tel est le cas, de s'assurer qu'aucun motif d'intérêt général, qui peut tenir au coût manifestement disproportionné des mesures à prendre par rapport au préjudice subi, ou aucun droit de tiers ne justifie l'abstention de la personne publique. En l'absence de toute abstention fautive de la personne publique, le juge ne peut faire droit à une demande d'injonction, mais il peut décider que l'administration aura le choix entre le versement d'une indemnité dont il fixe le montant et la réalisation de mesures dont il définit la nature et les délais d'exécution.

3. Pour prononcer l'injonction contestée, le tribunal s'est fondé sur l'absence de réalisation des travaux de redimensionnement du réseau permettant de faire cesser les désordres affectant la propriété de M. et Mme G, et sur le coût non disproportionné de ces travaux, évalués par l'expert à 50 000 euros.

4. L'expert a relevé que sur les six inondations dont M. et Mme G avaient

été victimes, quatre avaient eu lieu lors d'épisodes pluvieux à caractère non exceptionnel (temps de retour inférieur à dix ans) les 1er septembre 2011, 18 juillet 2013, 19 juillet 2014

et 13 septembre 2015, et en a déduit que s'il n'était pas remédié à l'insuffisance du réseau, les inondations perdureraient lors d'évènements météorologiques importants. Compte tenu du caractère sommaire de ses calculs hydrologiques, il a recommandé de faire procéder à un calcul approfondi des volumes en provenance du bassin versant par un bureau d'études spécialisé, et a conclu qu'il conviendrait, pour assurer l'évacuation d'un débit de l'ordre de 2 m3/ s, d'augmenter la capacité du réseau existant par la pose d'une canalisation supplémentaire de 500 mm de diamètre sur une longueur d'environ 90 m entre le carrefour de la route départementale avec la voie communale n° 2 et la fin de la partie agglomérée, pour un coût de l'ordre de 40 000 euros, ainsi que de réaliser des travaux complémentaires sur le réseau existant pouvant être évalués entre 10 000 et 15 000 euros. La commune, qui n'a pas fait réaliser les travaux, ne conteste pas sérieusement que le dysfonctionnement du réseau perdurait à la date du jugement en se bornant à faire valoir que les époux G ne se seraient pas plaints de dysfonctionnements significatifs du réseau depuis 2013, ce qui est erroné dès lors qu'ils ont invoqué devant

le tribunal des inondations de leur maison le 19 juillet 2014, le 13 septembre 2015, et en dernier lieu le 28 mai 2016, postérieurement à l'expertise. Elle produit pour la première fois en appel une étude qu'elle a fait réaliser en janvier 2018, laquelle confirme que le réseau est

très largement sous-dimensionné en précisant qu'il ne peut évacuer qu'environ 0,4 m3 par seconde, alors que le débit de pointe est de 3,05 m3/ s pour la pluie quinquennale et de 3,46 m3/ s pour la pluie décennale. Cette étude recommande la reprise de l'ensemble du réseau le long de la route départementale avec la pose d'une canalisation de 800 mm de diamètre sur une longueur

de 130 m, ainsi que des travaux de reprise d'un branchement et d'un regard existants, pour un coût total de 167 000 euros. En admettant même que ces travaux, qui vont au-delà de ceux préconisés par l'expert sur lesquels l'étude ne se prononce pas, seraient nécessaires pour faire cesser les inondations, il convient, pour apprécier si leur coût est susceptible de justifier l'abstention de la commune, de rapporter celui-ci aux conséquences d'une absence de travaux, et non à la somme de 11 929,35 euros que cette collectivité a été condamnée à verser aux époux G au titre des préjudices subis à la date du jugement, correspondant à des travaux non pris en charge par leur assureur et aux troubles subis dans leurs conditions d'existence. En l'espèce, le maintien en l'état du réseau sous-dimensionné expose à la survenue de nouvelles inondations non seulement la maison de M. et Mme G, mais aussi d'autres maisons de l'habitat ancien en bande situé de part et d'autre de la voie communale n° 2, exposées au même risque ainsi qu'il ressort des photographies versées au dossier de première instance. Dans ces circonstances, l'abstention de la commune de Vanxains à réaliser des travaux à la date du jugement, trois ans et demi après cette étude et sans avoir justifié ni d'une insuffisance des travaux préconisés par l'expert, ni d'aucune recherche des financements extérieurs dont elle invoque la nécessité, présentait un caractère fautif. Par suite, la commune n'est pas fondée à se plaindre de ce que le tribunal lui a enjoint de procéder aux travaux préconisés par l'expert dans un délai de six mois.

Sur les appels en garantie :

5. La réception sans réserve des travaux a pour effet de mettre fin, en ce qui concerne la réalisation de l'ouvrage, à l'ensemble des rapports contractuels entre le maître de l'ouvrage, le maître d'œuvre et les constructeurs. La fin des rapports contractuels fait ainsi obstacle à ce que, sauf clause contractuelle contraire, les constructeurs soient ultérieurement appelés en garantie par le maître d'ouvrage pour des dommages dont un tiers demande réparation à ce dernier, alors même que ces dommages n'étaient ni apparents ni connus à la date de la réception. Il n'en irait autrement que dans le cas où la réception n'aurait été acquise à l'entrepreneur qu'à la suite de manœuvres frauduleuses ou dolosives de sa part.

6. La commune de Vanxains a appelé en garantie la société Laurière et fils, chargée

de l'élaboration des plans d'exécution et de l'installation du réseau des eaux pluviales, ainsi que la société B J et I, maître d'œuvre des travaux d'aménagement réalisés en 2010 et 2011, et la société C, maître d'œuvre de travaux effectués en 2003 sur le réseau des eaux usées, séparé de celui des eaux pluviales. Pour rejeter ces appels en garantie,

les premiers juges ont relevé que les travaux effectués par la société C d'une part, et

les sociétés B J et I et Laurière et fils d'autre part, avaient été réceptionnés sans réserve respectivement le 17 avril 2003 et le 7 novembre 2011, ce qui avait mis fin aux rapports contractuels entre la commune de Vanxains, maître d'ouvrage, et ces sociétés. La commune soutient toutefois que la société B aurait eu connaissance de " désordres affectant l'ouvrage " sur lesquels elle n'aurait pas appelé l'attention du maître d'ouvrage. Il résulte de l'instruction que le cahier des clauses techniques particulières prévoyait des canalisations de 500 mm de diamètre pour le réseau d'eaux pluviales, et que la mission de la société B ne comportait aucune prestation de calcul de dimensionnement des réseaux. Si l'expert a retenu une responsabilité de cette société pour avoir accepté tacitement des modifications du projet initial de réseau d'eaux pluviales proposées en cours de chantier par la société Laurière et fils, il ne saurait en être déduit qu'elle aurait eu connaissance en cours de chantier de l'insuffisance du réseau défini par le maître d'ouvrage et installé par la société Laurière et fils. La commune de Vanxains n'est donc pas fondée à soutenir que la société B J et I aurait manqué à son devoir de conseil en acceptant une réception sans réserve.

7. Par ailleurs, la société C, qui n'avait pas la maîtrise d'œuvre des travaux réalisés en 2010 et 2011, a seulement été chargée, par un marché conclu le 6 mars 2014, de la maîtrise d'œuvre d'une modification d'un coût de 3 375 euros HT, destinée à délester le réseau des eaux pluviales en amont de la propriété de M. et Mme G. Il ne saurait donc, en tout état de cause, lui être reproché de pas avoir réalisé d'étude de dimensionnement du réseau d'eaux pluviales.

8. Il résulte de ce qui précède que la commune de Vanxains n'est pas fondée à contester le bien-fondé du rejet de ses appels en garantie par les premiers juges. Si elle demande en outre que le département de la Dordogne soit condamné à la garantir, ces conclusions, nouvelles en appel, ne peuvent qu'être rejetées comme irrecevables.

Sur les frais exposés par les parties à l'occasion du litige :

9. La commune de Vanxains, qui est la partie perdante, n'est pas fondée à demander l'allocation d'une somme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre une somme à sa charge au titre des frais exposés par les autres parties à l'occasion du présent litige, y compris les frais de plaidoirie sollicités par le département de la Dordogne. Les frais de l'expertise ordonnée par le juge des référés du tribunal administratif de Bordeaux ayant été mis à la charge définitive de la commune par le jugement du 13 juillet 2021, les conclusions des parties relatives aux dépens sont sans objet et ne peuvent qu'être également rejetées.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de la commune de Vanxains est rejetée.

Article 2 : Le surplus des conclusions des autres parties est rejeté.

Article 3 : Le présent arrêt sera notifié à la commune de Vanxains, à Mme H F veuve G, à la société Laurière et fils, à la société B J et I,

à la société Centre d'études du sud-ouest et au département de la Dordogne.

Une copie en sera adressée au préfet de la Dordogne.

Délibéré après l'audience du 12 décembre 2023 à laquelle siégeaient :

Mme Catherine Girault, présidente de chambre,

Mme Anne Meyer, présidente-assesseure,

M. Olivier Cotte, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 décembre 2023.

La rapporteure,

Anne D

La présidente,

Catherine GiraultLa greffière,

Virginie Guillout

La République mande et ordonne au préfet de la Dordogne en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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