jeudi 7 avril 2022
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| Section | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| N° Dossier | CAA33-21BX03811 |
| Type | Décision |
| Recours | excès de pouvoir |
| Formation | 1ère chambre - formation à 3 |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. B A a demandé au tribunal administratif de Toulouse d'annuler l'arrêté du 28 juillet 2021 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a décidé son transfert aux autorités allemandes, responsables de l'examen de sa demande d'asile, et l'arrêté du même jour par lequel il l'a assigné à résidence.
Par un jugement n° 2104532 du 16 août 2021, la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif de Toulouse a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour administrative d'appel :
Par une requête, enregistrée le 28 septembre 2021, M. A, représenté par Me Laspalles, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement ;
2°) d'annuler les arrêtés par lesquels le préfet de la Haute-Garonne a décidé son transfert aux autorités allemande et son assignation à résidence ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce qu'il soit statué définitivement sur sa demande d'asile, dans un délai de soixante-douze heures à compter de la notification de l'arrêt à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 800 euros au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le tribunal n'a pas répondu au moyen tiré de ce que l'arrêté se fonde sur un article inexistant en mentionnant que les autorités allemandes ont accepté le transfert sur le fondement du d) du 1 de l'article 8 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
En ce qui concerne la décision portant remise aux autorités allemandes :
- elle a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière en l'absence d'informations sur le délai de transfert et les conséquences d'une inexécution de la décision de transfert ainsi que sur la possibilité de se rendre par ses propres moyens en Allemagne, en méconnaissance des dispositions de l'article 26 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
- il n'est pas établi que les obligations prévues par l'article 5 du règlement individuel du 26 juin 2013 auraient été satisfaites dans le cadre de son entretien individuel ;
- il n'a pas reçu la totalité de l'information requise en méconnaissance des dispositions de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
- il n'est pas établi que les dispositions du paragraphe 1 de l'article 29 du règlement (UE) n° 603/2013 du 26 juin 2013 ont été respectées ni que la comparaison des empreintes digitales ont été vérifiées par un expert conformément à l'article 25 paragraphe 4 du règlement n° 603/2013 ;
- il n'a pas été mis en mesure de quitter volontairement le territoire français et les raisons pour lesquelles son transfert d'office a été décidé ne sont pas connues ;
- cette décision est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que l'article 18.1 b) du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 est inapplicable à sa situation, sa demande d'asile ayant été rejetée par les autorités allemandes ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 et de celles des articles L. 571-1 et 573-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :
- cette décision a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant remise aux autorité allemandes ;
- il n'existait aucune nécessité de l'assigner à résidence ;
- cette décision porte une atteinte excessive à sa liberté d'aller et venir ;
- il n'existe pas de perspective raisonnable d'exécution de la décision de transfert.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 octobre 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Christelle Brouard-Lucas a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant pakistanais né le 1er février 1968, déclare être entré irrégulièrement en France le 28 janvier 2021 et a déposé une demande d'asile le 1er juillet 2021 auprès du préfet de la Haute-Garonne. Après avoir constaté, à la suite de la consultation du fichier Eurodac, que les empreintes digitales de M. A avaient été relevées par les autorités allemandes le 26 janvier 2016 lors d'une précédente demande d'asile dans ce pays, le préfet de la Haute-Garonne, par deux arrêtés du 28 juillet 2021, d'une part, a décidé le transfert de l'intéressé aux autorités allemandes, responsables de l'examen de sa demande d'asile, et, d'autre part, l'a assigné à résidence. M. A relève appel du jugement du 16 août 2021 par lequel la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif de Toulouse a rejeté sa demande d'annulation de ces deux arrêtés. M. A a été déclaré en fuite le 15 septembre 2021.
Sur la régularité du jugement attaqué :
2. Si M A soutient que le tribunal n'a pas répondu au moyen tiré de ce que l'acceptation du transfert par les autorités allemandes est fondé sur un texte inexistant, il ne ressort pas des pièces du dossier que ce moyen, qui n'était pas soulevé dans la requête introductive d'instance, ait été soulevé au cours de l'audience du 30 juillet 2021. Il résulte de ce qui précède que l'intéressé n'est pas fondé à soutenir que le jugement attaqué serait entaché d'irrégularité sur ce point.
Sur le bien-fondé du jugement attaqué :
Sur la légalité de l'autorité portant transfert aux autorités allemandes :
3. En premier lieu, M. A se borne à reprendre en appel, sans invoquer d'éléments de fait ou de droit nouveaux par rapport à l'argumentation développée en première instance et sans critiquer la réponse qui leur a été apportée par le tribunal administratif, les moyens tirés de l'incompétence de l'auteur de l'acte, de l'insuffisance de motivation, de ce qu'il n'est pas établi que les obligations fixées par l'article 5 du règlement du 26 juin 2013 auraient été satisfaites dans le cadre de son entretien individuel, de ce qu'il n'a pas reçu la totalité de l'information requise sur la procédure Dublin en temps utile et de ce que l'autorité préfectorale n'établit pas que la comparaison entre les empreintes digitales relevées en France et celles relevées en Allemagne a fait l'objet de la vérification par un expert en empreintes digitales au regard de l'article 25 paragraphe 4 du règlement n° 603/2013. L'appelant n'apportant aucun élément de nature à remettre en cause l'appréciation portée par le tribunal sur l'ensemble de ces moyens, il y a lieu de les écarter par adoption des motifs pertinents retenus par le premier juge.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 26 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " () 2. La décision visée au paragraphe 1 contient des informations sur les voies de recours disponibles, y compris sur le droit de demander un effet suspensif, le cas échéant, et sur les délais applicables à l'exercice de ces voies de recours et à la mise œuvre du transfert et comporte, si nécessaire, des informations relatives au lieu et à la date auxquels la personne concernée doit se présenter si cette personne se rend par ses propres moyens dans l'État membre responsable. Les États membres veillent à ce que des informations sur les personnes ou entités susceptibles de fournir une assistance juridique à la personne concernée soient communiquées à la personne concernée avec la décision visée au paragraphe 1, si ces informations ne lui ont pas encore été communiquées () ".
5. D'une part, il ressort des pièces du dossier que l'arrêté en litige mentionne dans son article 3 que " Le transfert de l'intéressé vers le territoire de l'État membre responsable de l''examen de sa demande d'asile doit avoir lieu dans les 6 mois suivant l'accord des autorités allemandes ". D'autre part, les dispositions de l'article 26 du règlement n° 604 /2013 ne prévoient pas la mention, dans l'arrêté contesté, des conséquences d'un défaut d'exécution dans le délai maximal prévu pour y procéder. Ainsi, les moyens tirés de l'absence d'information sur le délai de transfert et les conséquences de l'inexécution de la décision de transfert doivent être écartés.
6. Enfin, le résumé de l'entretien du 1er juillet 2021 mentionne que M. A a été informé de la possibilité de retourner dans le pays responsable de sa demande d'asile par ses propres moyens et l'intéressé a indiqué, lors de la notification de la décision de transfert, qu'il s'opposait à son transfert. Ainsi, alors que les dispositions précitées n'imposent pas une mention systématique des informations relatives au lieu et à la date auxquels le demandeur doit se présenter, mais seulement si elles sont nécessaires, le moyen tiré de ce que le préfet aurait méconnu l'article 26 du règlement (UE) n° 604/2013 doit, en tout état de cause, être écarté
7. En troisième lieu, aux termes de l'article 29 du règlement (UE) n° 603/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Toute personne relevant de l'article 9, paragraphe 1, de l'article 14, paragraphe 1, ou de l'article 17, paragraphe 1, est informée par l'État membre d'origine par écrit et, si nécessaire, oralement, dans une langue qu'elle comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'elle la comprend : a) de l'identité du responsable du traitement au sens de l'article 2, point d), de la directive 95/46/CE, et de son représentant, le cas échéant ; b) de la raison pour laquelle ses données vont être traitées par Eurodac, y compris une description des objectifs du règlement (UE) n° 604/2013, conformément à l'article 4 dudit règlement, et des explications, sous une forme intelligible, dans un langage clair et simple, quant au fait que les États membres et Europol peuvent avoir accès à Eurodac à des fins répressives ; c) des destinataires des données; d) dans le cas des personnes relevant de l'article 9, paragraphe 1, ou de l'article 14, paragraphe 1, de l'obligation d'accepter que ses empreintes digitales soient relevées ; e) de son droit d'accéder aux données la concernant et de demander que des données inexactes la concernant soient rectifiées ou que des données la concernant qui ont fait l'objet d'un traitement illicite soient effacées, ainsi que du droit d'être informée des procédures à suivre pour exercer ces droits, y compris les coordonnées du responsable du traitement et des autorités nationales de contrôle visées à l'article 30, paragraphe 1. 2. Dans le cas de personnes relevant de l'article 9, paragraphe 1, ou de l'article 14, paragraphe 1, les informations visées au paragraphe 1 du présent article sont fournies au moment où les empreintes digitales de la personne concernée sont relevées () ".
8. A la différence de l'obligation d'information instituée par le règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, qui prévoit un document d'information sur les droits et obligations des demandeurs d'asile, dont la remise doit intervenir au début de la procédure d'examen des demandes d'asile pour permettre aux intéressés de présenter utilement leur demande aux autorités compétentes, l'obligation d'information prévue par les dispositions du paragraphe 1 de l'article 29 du règlement (UE) n° 603/2013 du 26 juin 2013 précité, a uniquement pour objet et pour effet de permettre d'assurer la protection effective des données personnelles des demandeurs d'asile concernés, laquelle est garantie par l'ensemble des États membres relevant du régime européen d'asile commun. Le droit d'information des demandeurs d'asile contribue, au même titre que le droit de communication, le droit de rectification et le droit d'effacement de ces données, à cette protection. Il s'ensuit que la méconnaissance de cette obligation d'information ne peut être utilement invoquée à l'encontre de la décision par laquelle l'État français remet un demandeur d'asile aux autorités compétentes pour examiner sa demande. Au demeurant, il ressort des pièces du dossier que M. A s'est bien vu remettre le 1er juillet 2021, à l'occasion du dépôt de sa demande d'asile auprès de la préfecture de la Haute-Garonne, le livret " Les empreintes digitales et Eurodac ". Ce document lui a été remis dans son entier, ainsi qu'il en a attesté par sa signature sous la mention " document complet (p1 à 3) ", en langue ourdou, langue qu'il a déclaré comprendre et lire. Par suite, le moyen doit être écarté.
9. En quatrième lieu, l'arrêté attaqué, qui indique la possibilité d'une exécution d'office, n'exclut pas la faculté pour le demandeur d'asile de se rendre par ses propres moyens dans l'Etat compétent pour examiner sa demande d'asile, dès lors les moyens tirés de ce que M. A n'aurait pas été mis en mesure de quitter volontairement le territoire national et de ce que la décision aurait dû évoquer les raisons pour lesquelles le transfert d'office a été décidé doit être écarté.
10. En cinquième lieu, il ressort des termes mêmes de la motivation de l'arrêté litigieux que le préfet de la Haute-Garonne a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. A et qu'il a examiné, en tenant compte des observations formulées par l'intéressé ainsi que des éléments de son dossier, la possibilité de mettre en œuvre la clause discrétionnaire de l'article 17 règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 avant d'ordonner son transfert aux autorités allemandes. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté en litige serait entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle doit être écarté.
11. En sixième lieu, aux termes de l'article 18 1) du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. L'État membre responsable en vertu du présent règlement est tenu de : () b) reprendre en charge, dans les conditions prévues aux articles 23, 24, 25 et 29, le demandeur dont la demande est en cours d'examen et qui a présenté une demande auprès d'un autre État membre ou qui se trouve, sans titre de séjour, sur le territoire d'un autre État membre ; () d) reprendre en charge, dans les conditions prévues aux articles 23, 24, 25 et 29, le ressortissant de pays tiers ou l'apatride dont la demande a été rejetée et qui a présenté une demande auprès d'un autre État membre ou qui se trouve, sans titre de séjour, sur le territoire d'un autre État membre. () ".
12. Il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée a été prise sur le fondement du d) du 1 de l'article 18 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, conformément à la réponse des autorités allemandes qui mentionnent que l'intéressé a fait l'objet d'un refus de reconnaissance du statut de réfugié en Allemagne et qu'elles acceptent la demande de reprise sur le fondement du d). Ainsi, dès lors que l'arrêté en litige a été pris conformément à la situation de M. A et que l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation pour appliquer l'une ou l'autre de ces deux dispositions, la seule circonstance que la demande avait été présentée sur le fondement du b) de cet article n'est pas de nature à la faire regarder comme entachée d'erreur de droit. Il en est de même de la circonstance que l'arrêté, qui reproduit les dispositions applicables du d) du 1 de l'article 18 mentionne, à la suite d'une erreur de plume, l'article " 8.1 d) " de ce règlement.
13. En dernier lieu, aux termes du 2 de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " () Lorsqu'il est impossible de transférer un demandeur vers l'Etat membre initialement désigné comme responsable parce qu'il y a de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet Etat membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entrainent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, l'Etat membre procédant à la détermination de l'Etat membre responsable poursuit l'examen des critères énoncés au chapitre III afin d'établir si un autre Etat membre peut être désigné comme responsable ". Aux termes de l'article 17 du même règlement : " Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque Etat membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. () ". L'article L. 571-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " Lorsque l'autorité administrative estime que l'examen d'une demande d'asile relève de la compétence d'un autre Etat qu'elle entend requérir, en application du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, il est procédé à l'enregistrement de la demande selon les modalités prévues au chapitre I du titre II. (). Le présent article ne fait pas obstacle au droit souverain de l'Etat d'accorder l'asile à toute personne dont l'examen de la demande relève de la compétence d'un autre Etat ".
14. Ces dispositions doivent être appliquées dans le respect des droits garantis par la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
15. Par ailleurs, eu égard au niveau de protection des libertés et des droits fondamentaux dans les Etats membres de l'Union européenne, lorsque la demande de protection internationale a été introduite dans un Etat autre que la France, que cet Etat a accepté de prendre ou de reprendre en charge le demandeur et en l'absence de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, les craintes dont le demandeur fait état quant au défaut de protection dans cet Etat membre doivent en principe être présumées non fondées, sauf à ce que l'intéressé apporte, par tout moyen, la preuve contraire. La seule circonstance qu'à la suite du rejet de sa demande de protection par cet Etat membre l'intéressé serait susceptible de faire l'objet d'une mesure d'éloignement ne saurait caractériser la méconnaissance par cet Etat de ses obligations.
16. M. A soutient qu'en cas de transfert vers l'Allemagne il sera renvoyé au Pakistan, où il risque de subir des traitements inhumains et dégradants, dès lors que les autorités allemandes ont définitivement rejeté sa demande d'asile et qu'une mesure d'éloignement a été prise à son encontre. Toutefois, l'arrêté en litige n'a ni pour objet ni pour effet de renvoyer M. A dans son pays d'origine mais seulement en Allemagne. Or, l'Allemagne étant membre de l'Union Européenne et partie tant à la convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés, complétée par le protocole de New York, qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, il doit alors être présumé que le traitement réservé aux demandeurs d'asile dans cet État membre est conforme aux exigences de la convention de Genève ainsi qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. En outre, M. A n'établit pas avoir épuisé l'intégralité des voies de recours en Allemagne et ne produit aucun élément de nature à établir qu'il existerait des raisons sérieuses de croire à l'existence de défaillances systémiques en Allemagne dans la procédure d'asile. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que les autorités allemandes, alors même que la demande d'asile du requérant a été rejetée, n'évalueront pas, avant de procéder éventuellement à son éloignement, les risques, au demeurant non établis, auxquels il serait exposé en cas de retour au Pakistan. Par ailleurs, si M. A se prévaut de ce qu'il est vulnérable en raison de son état de santé, il n'apporte aucun élément de nature à l'établir, pas plus qu'il ne justifie en quoi cela ferait obstacle à son transfert vers l'Allemagne. Enfin, s'il invoque la situation sanitaire liée à l'épidémie de Covid-19, il ne démontre pas que les autorités allemandes ne prendront pas les mesures utiles eu égard à la pandémie qui touche l'Allemagne comme la France, mesures qui, au demeurant, n'intéressent que l'exécution de l'acte et non sa légalité. Dans ces conditions, en refusant de faire application du paragraphe 1 de l'article 17 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013, sans avoir d'ailleurs à en justifier les raisons, le préfet de la Haute-Garonne n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation de la situation de M. A. Par suite, ce moyen doit être écarté.
Sur la légalité de la décision portant assignation à résidence :
17. En premier lieu, M. A se borne à reprendre en appel, sans invoquer d'éléments de fait ou de droit nouveaux par rapport à l'argumentation développée en première instance et sans critiquer la réponse qui leur a été apportée par le tribunal administratif, les moyens tirés de l'incompétence de l'auteur de l'acte et de l'insuffisance de motivation. L'appelant n'apportant aucun élément de nature à remettre en cause l'appréciation portée par le tribunal sur l'ensemble de ces moyens, il y a lieu de les écarter par adoption des motifs pertinents retenus par le premier juge.
18. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que M. A n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision de transfert aux autorités allemandes à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision portant assignation à résidence.
19. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / () / 4° L'étranger doit être remis aux autorités d'un autre Etat en application de l'article L. 621-1. (). ".
20. L'accord des autorités allemandes étant valide pour une période de six mois, l'autorité préfectorale a pu légalement considérer que l'exécution de la mesure d'éloignement demeurait une perspective raisonnable, et que M. A pouvait faire l'objet d'une assignation à résidence, laquelle constitue une mesure alternative au placement en rétention dès lors que l'intéressé présente des garanties de représentation suffisantes. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il n'existerait pas, en dépit de la situation sanitaire, une réelle perspective que l'éloignement de M. A puisse être mené à bien dans le délai d'assignation prévu par l'arrêté. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision portant assignation à résidence serait entachée d'une erreur de droit ou d'une erreur d'appréciation de sa situation.
21. En quatrième et dernier lieu, alors que la décision en litige l'assigne à résidence sur le territoire du département de la Haute-Garonne, M. A ne fait état d'aucune circonstance propre à sa situation permettant d'estimer que cette mesure, assortie d'une obligation de se présenter les lundis et mercredis à 14 heures aux services de gendarmerie de Portet-sur-Garonne, porterait une atteinte excessive à sa liberté d'aller et de venir.
22. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif de Toulouse a rejeté sa demande tendant à l'annulation des arrêtés du préfet de la Haute-Garonne du 28 juillet 2021. Dès lors, sa requête doit être rejetée, y compris ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles présentées au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
DECIDE :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à M. B A et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera adressée au préfet de la Haute-Garonne.
Délibéré après l'audience du 10 mars 2022 à laquelle siégeaient :
Mme Marianne Hardy, présidente,
Mme Fabienne Zuccarello, présidente-assesseure,
Mme Christelle Brouard-Lucas, première conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 7 avril 2022.
La rapporteure,
Christelle Brouard-Lucas La présidente,
Marianne Hardy La greffière,
Sylvie HayetLa République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne, et à tous huissiers de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt.
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026