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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA33-21BX03914

Cour administrative d'appel de Bordeaux — Décision N° CAA33-21BX03914

mardi 6 juin 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Bordeaux
SectionCour administrative d'appel de Bordeaux
N° DossierCAA33-21BX03914
TypeDécision
Recoursplein contentieux
Formation4ème chambre (formation à 3)
Avocat requérantORATIO AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 3 mars 2015 et le 21 janvier 2016, la société Sokoa a demandé au tribunal administratif de Pau de prononcer la réduction, d'une part, de la taxe professionnelle à laquelle elle a été assujettie au titre de l'année 2009, d'autre part, de la cotisation foncière des entreprises à laquelle elle a été assujettie au titre de l'année 2010.

Par un jugement n° 1500506 du 15 décembre 2016, le tribunal administratif de Pau a jugé qu'il n'y avait pas lieu à statuer sur les conclusions de la demande tendant à la réduction de la taxe professionnelle au titre de l'année 2009 à concurrence du dégrèvement prononcé en cours d'instance, a accordé à la société Sokoa la décharge d'une part, des cotisations de taxe professionnelle et de cotisation foncière des entreprises auxquelles elle a été assujettie au titre, respectivement, des années 2009 et 2010, à hauteur de la diminution d'imposition qui découle de l'absence d'inclusion dans ses bases imposables des rayonnages de son usine, d'autre part, de la cotisation foncière des entreprises à laquelle elle a été assujettie au titre de l'année 2010 à hauteur de la réduction d'imposition qui découle du caractère non imposable du prix de revient des bâtiments démolis en 2004 et rejeté le surplus de ses conclusions.

Procédure initiale devant la cour :

Par une requête enregistrée le 9 février 2017, et un mémoire complémentaire, enregistré le 12 septembre 2017, la société Sokoa, représentée par la SELAS Oratio avocats, a demandé à la cour :

1°) d'annuler le jugement du tribunal administratif de Pau du 15 décembre 2016 en tant qu'il rejette le surplus de ses conclusions ;

2°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires de taxe professionnelle et de cotisation foncière des entreprises auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2009 et 2010 ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'évaluation foncière n'a pas tenu compte de la cession partielle de propriétés intervenue entre les sociétés avec lesquelles elle a conclu des contrats de crédit-bail pour la construction et l'extension de son établissement industriel ;

- en retenant les valeurs d'origine des biens ayant fait l'objet de la cession partielle et non la valeur nette comptable au moment de l'opération, le tribunal a commis une erreur de droit au regard des articles 1499 et 1518 B du code général des impôts.

Par des mémoires, enregistrés le 17 juillet 2017 et le 29 mai 2019, le ministre de l'action et des comptes publics a conclu au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Par un arrêt n° 17BX00461 du 5 juillet 2019, la cour administrative d'appel de Bordeaux a rejeté la requête de la société Sokoa.

Par une décision n° 434276 en date du 7 octobre 2021, le Conseil d'Etat, statuant au contentieux, saisi d'un pourvoi présenté par la société Sokoa, a annulé l'arrêt du 5 juillet 2019 de la cour administrative d'appel de Bordeaux et renvoyé l'affaire à la cour administrative d'appel de Bordeaux.

Procédure devant la cour après renvoi du Conseil d'Etat :

Par un mémoire enregistré le 13 décembre 2021 sous le n° 21BX03914, et un mémoire complémentaire enregistré le 18 février 2022, qui n'a pas été communiqué, la société Sokoa, représentée par Me de Chaumont, demande à la cour :

1°) d'annuler le jugement du tribunal administratif de Pau du 15 décembre 2016 en tant qu'il rejette le surplus de ses conclusions ;

2°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires de taxe professionnelle et de cotisation foncière des entreprises auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2009 et 2010 ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les sociétés Auxicomi et Slibail ont procédé à l'échange de leurs propriétés bâties respectives par acte en date du 30 mai 2002 pour un montant de 578 282,15 euros ; suite à cet échange, le prix de revient à retenir pour la détermination de la valeur locative des immobilisations industrielles passibles de la taxe foncière sur les propriétés bâties correspond à la valeur vénale au jour de l'échange et non à la valeur d'origine inscrite aux contrats de crédit-bail comme l'a jugé à tort le tribunal administratif ; il n'est pas contesté que la valeur d'échange des biens en litige est de 578 282,15 euros, qui constitue la valeur vénale servant de prix de revient au sens de l'article 1499 du code général des impôts, c'est d'après cette valeur que doit être déterminée la valeur locative foncière des biens litigieux

Par un mémoire enregistré le 18 janvier 2022, le ministre de l'économie, des finances et de la relance conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la société Sokoa ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 21 février 2022, la clôture d'instruction a été fixée, en dernier lieu, au 25 mars 2022 à 12h00.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bénédicte Martin,

- et les conclusions de Mme Cécile Cabanne, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. La société Sokoa, qui est spécialisée dans la fabrication de fauteuils de bureau, est locataire des bâtiments au titre d'un contrat de crédit-bail conclu avec les sociétés Auxicomi et Slibail, propriétaires. A l'issue d'une vérification de comptabilité, l'administration fiscale a réévalué ses bases d'imposition à la taxe professionnelle au titre de l'année 2009 et à la cotisation foncière des entreprises au titre de l'année 2010, en estimant qu'elles devaient être déterminées, en application de la méthode comptable prévue par l'article 1499 du code général des impôts, à partir du prix de revient d'origine du bien pour le crédit bailleur, tel que mentionné au contrat de bail. Par un jugement du 11 mai 2017, le tribunal administratif de Pau a prononcé un non-lieu à statuer et accordé une décharge partielle de la taxe professionnelle et de la cotisation foncière des entreprises auxquelles la société a été assujettie au titre des années 2009 et 2010. Par un arrêt du 5 juillet 2019, la cour administrative d'appel de Bordeaux a, sur appel de la société Sokoa, rejeté la requête tendant à obtenir la décharge des cotisations supplémentaires de taxe professionnelle et de cotisation foncière des entreprises auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2009 et 2010, restant en litige, lequel porte sur l'estimation de la valeur locative des immobilisations prises par elle en crédit-bail. Par une décision n° 434276 du 7 octobre 2021, le Conseil d'Etat, saisi d'un pourvoi présenté par la société Sokoa, a annulé l'arrêt du 5 juillet 2019 et renvoyé l'affaire devant la cour.

2. Aux termes de l'article 1467 du code général des impôts, dans sa rédaction applicable aux impositions en litige au titre de l'année 2010 : " La cotisation foncière des entreprises a pour base la valeur locative des biens passibles d'une taxe foncière situés en France, à l'exclusion des biens exonérés de taxe foncière sur les propriétés bâties en vertu des 11° et 12° de l'article 1382, dont le redevable a disposé pour les besoins de son activité professionnelle pendant la période de référence définie aux articles 1467 A et 1478, à l'exception de ceux qui ont été détruits ou cédés au cours de la même période. (). La valeur locative des biens passibles d'une taxe foncière est calculée suivant les règles fixées pour l'établissement de cette taxe () ". Aux termes de l'article 1499 du même code : " La valeur locative des immobilisations industrielles passibles de la taxe foncière sur les propriétés bâties est déterminée en appliquant au prix de revient de leurs différents éléments, revalorisé à l'aide des coefficients qui avaient été prévus pour la révision des bilans, des taux d'intérêt fixés par décret en Conseil d'Etat ". Aux termes de l'article 324 AE de l'annexe III à ce même code : " Le prix de revient visé à l'article 1499 du code général des impôts s'entend de la valeur d'origine pour laquelle les immobilisations doivent être inscrites au bilan en conformité de l'article 38 quinquies de la présente annexe ". Aux termes de l'article 38 quinquies de la même annexe : " 1. Les immobilisations sont inscrites au bilan pour leur valeur d'origine. / Cette valeur d'origine s'entend : () / Pour les biens acquis en échange d'un ou plusieurs biens, le prix d'achat s'entend de la valeur vénale ". L'article 324 AF de la même annexe dispose que : " Lorsqu'il ne résulte pas des énonciations du bilan, le prix de revient est déterminé, en tant que de besoin, à partir de tous documents comptables ou autres pièces justificatives et à défaut par voie d'évaluation sous réserve du droit de contrôle de l'administration ". Il résulte de l'ensemble de ces dispositions que, pour établir les bases d'imposition à la cotisation foncière des entreprises comme à la taxe professionnelle, d'un bien relevant de la méthode comptable prévue par l'article 1499 du code général des impôts, le prix de revient d'un tel bien, acquis en échange d'un ou plusieurs biens, est égal à sa valeur vénale, y compris lorsque ce bien faisait l'objet, avant même l'échange, d'un contrat de crédit-bail.

3. Par acte du 30 mai 2002, les sociétés Auxicomi et Slibail, avec lesquelles la société Sokoa avait conclu des contrats de crédit-bail, ont procédé à une cession partielle de leurs propriétés respectives par voie d'échange. Au titre des années d'impositions en litige, la société Sokoa, qui était locataire au titre des contrats de crédit-bail des biens en litige, soutient que, pour déterminer la valeur locative des immobilisations prises par elle en crédit-bail, laquelle doit être déterminée à partir du prix de revient de ces biens pour les crédit-bailleuses, le prix convenu pour cet échange de 578 282,15 euros doit être substitué au total des valeurs d'origine des actifs en question, telles qu'elles figuraient aux bilans des crédits-bailleuses.

4. Il résulte des dispositions précitées de l'article 38 quinquies du code général des impôts qu'il convient, pour déterminer le prix de revient visé à l'article 1499 du code général des impôts, de retenir la valeur vénale du bien acquis par voie d'échange. Il résulte de l'instruction, notamment du courrier du 1er août 2017 par Bpifrance Financement que les droits immobiliers échangés entre crédit-bailleurs, évalués à 578 282,16 euros ont été valorisés au montant des encours financiers résiduels des immobilisations, ramené à la fraction de droits cédée et que ces immobilisations ont été reprises, en comptabilité à hauteur de leur valeur nette comptable. Toutefois, en l'espèce, la valeur nette comptable est distincte de la valeur du marché des biens cédés et ne peut déterminer la valeur d'origine de l'immobilisation, dès lors qu'elle prend en compte le mécanisme de calcul des amortissements sans influence sur celle-ci. Par suite, et alors que les écritures comptables des sociétés postérieurement à l'échange ne sont pas produites, c'est à bon droit que l'administration fiscale a, pour déterminer la valeur vénale des biens en litige, écarté la valeur d'échange telle qu'elle figurait dans l'acte du 30 mai 2002 et s'est basée sur la valeur d'origine des immeubles telle que précisée dans les contrats de crédit-bail conclus entre 1991 et 1999.

5. Il résulte de ce qui précède que la société Sokoa n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Pau a rejeté le surplus de sa demande.

Sur les frais liés à l'instance :

6. Il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, au profit de la société Sokoa, qui est, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que cette dernière demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1er : La requête de la société Sokoa est rejetée.

Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à la société Sokoa et au ministre de l'économie, des finances, et de la souveraineté industrielle et numérique.

Copie en sera communiquée à la direction spécialisée de contrôle fiscal sud-ouest.

Délibéré après l'audience du 16 mai 2023 à laquelle siégeaient :

Mme Evelyne Balzamo, présidente,

Mme Bénédicte Martin, présidente-assesseure,

Mme Pauline Reynaud, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 6 juin 2023.

La rapporteure,

Bénédicte MartinLa présidente,

Evelyne Balzamo

Le greffier,

Christophe Pelletier

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances, et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt.

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