mardi 24 octobre 2023
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| Section | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| N° Dossier | CAA33-21BX03943 |
| Type | Décision |
| Recours | plein contentieux |
| Formation | 4ème chambre (formation à 3) |
| Avocat requérant | CABINET LEGIGARONNE |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. C B A a demandé au tribunal administratif de Bordeaux de prononcer la décharge d'une part, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée (TVA) qui lui ont été réclamés au titre des années 2015 à 2017 à hauteur de la somme totale de 5 881 euros, d'autre part, des suppléments d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquels il a été assujetti au titre des années 2015 à 2017, à hauteur en droits et pénalités, de la somme totale de 15 584 euros.
Par un jugement n° 1904488, 1904489 du 21 septembre 2021, le tribunal administratif de Bordeaux a rejeté ses demandes.
Procédure devant la cour :
Par une requête enregistrée le 15 octobre 2021, M. B A, représenté par Me Girardeau, demande à la cour :
1°) de réformer le jugement n° 1904488, 1904489 du 21 septembre 2021 du tribunal administratif de Bordeaux ;
2°) de prononcer la décharge d'une part, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée (TVA) qui lui ont été réclamés au titre des années 2015 à 2017 à hauteur de la somme totale de 5 881 euros, d'autre part, des suppléments d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquels il a été assujetti au titre des années 2015 à 2017, à hauteur en droits et pénalités, de la somme totale de 15 584 euros ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
S'agissant de l'impôt sur le revenu :
- l'activité de location ne présente aucun caractère professionnel ni habituel ; le contrat de location a été conclu dans le seul but de mettre du matériel à disposition pour l'association sans volonté d'en retirer un profit ;
- le tribunal administratif a commis une erreur d'appréciation dans la lecture du tableau d'amortissement en ne retenant que la somme de 539,44 euros qui correspond aux échéances sans le coût de l'assurance de 20 euros ;
- le tribunal ne s'est pas prononcé sur l'application par le service vérificateur de la doctrine administrative BOI-BIC-CHAMP-60-20, n° 410 pour indiquer que la location de biens meubles corporels relève de la catégorie des bénéfices industriels et commerciaux ;
S'agissant de la TVA :
- le tribunal procède à une interprétation erronée de l'article 256 A du code général des impôts en retenant que les prestations de services entrent dans le champ d'application de la TVA alors que celles-ci relèvent d'une activité occasionnelle ;
- la cour de justice de l'Union européenne (CJUE) a considéré que la notion d'activités économiques ne concerne pas des activités exercées à titre occasionnel (CJCE 26-9-1996, aff. 230; 94, point 20) ;
- la doctrine fiscale BOI-TVA-CHAMP-10-10-20 n° 330 précise que la personne qui réalise à titre occasionnel une opération économique n'a pas, en principe, la qualité d'assujetti ;
- l'opération de location présente un caractère occasionnel dès lors que l'intention de percevoir des recettes, sous-jacente à la réalisation de toute activité économique, était étrangère en l'espèce ; la location avait pour seul objet de couvrir les mensualités du prêt ;
- la pénalité de 80 % prévue à l'article 1728-1- c du code général des impôts n'est pas fondée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 25 mars 2022, le ministre de l'action et des comptes publics conclut au rejet de la requête. Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B A ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 24 février 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 24 avril 2023 à 12h00.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la sixième directive 77/388/CEE du Conseil, du 17 mai 1977, en matière d'harmonisation des législations des États membres relatives aux taxes sur le chiffre d'affaires - Système commun de taxe sur la valeur ajoutée : assiette uniforme ;
- la directive 2006/112/CE du 28 novembre 2006 ;
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de commerce ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Bénédicte Martin,
- et les conclusions de Mme Nathalie Gay, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. A l'issue d'une vérification de comptabilité de l'association Crossfit 47 LG portant sur les années 2015 à 2017, l'administration fiscale a, par une proposition de rectification du 14 décembre 2018, assujetti à des suppléments d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux pour les années 2015 et 2016 ainsi qu'à des rappels de taxe sur la valeur ajoutée (TVA) pour la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2017, M. B A, qui a perçu des loyers pour la location à l'association de matériel sportif du 1er février 2015 au 31 décembre 2017. M. B A relève appel du jugement du 21 septembre 2021, par lequel le tribunal administratif de Bordeaux a rejeté sa demande tendant à la décharge des droits supplémentaires d'impôt sur le revenu, de prélèvements sociaux et de taxe sur la valeur ajoutée, assortis des pénalités y afférentes.
Sur la régularité du jugement :
2. Si M. B A soutient que les premiers juges n'ont pas pris en considération l'application de l'instruction administrative BOI-BIC-CHAMP-60-20, n°410 qu'il avait invoquée dans ses écritures, toutefois, d'une part, il n'a pas fait référence à cette instruction administrative mais à celle relative à la taxe sur la valeur ajoutée BOI-TVA-CHAMP-10-10-20, n° 330. D'autre part, au point 7 de son jugement, le tribunal a examiné le moyen tiré de l'appréciation de l'activité en litige au regard de cette dernière doctrine pour retenir qu'elle ne faisait pas une interprétation différence de la loi fiscale dont il est fait application. Par suite, le jugement attaqué n'est pas entaché d'omission à statuer.
Sur le bien-fondé du jugement attaqué :
En ce qui concerne l'impôt sur le revenu :
3. Aux termes de l'article 34 du code général des impôts : " Sont considérés comme bénéfices industriels et commerciaux, pour l'application de l'impôt sur le revenu, les bénéfices réalisés par des personnes physiques et provenant de l'exercice d'une profession commerciale, industrielle ou artisanale. () ". Selon l'article L. 110-1 du code de commerce : " La loi répute actes de commerce : () / 4° Toute entreprise de location de meubles ; () ".
4. L'administration a établi, à l'issue de l'exercice de son droit de communication auprès de l'établissement bancaire de l'association vérifiée, Crossfit 47 LG, que, du 1er février 2015 au 31 décembre 2017, celle-ci a versé les sommes mensuelles de 600 euros, puis de 560 euros (à compter du 1er février 2016), à M. B A, devenu entretemps, président de l'association, pour la location du matériel nécessaire à l'activité de la structure, en application d'un contrat de bail conclu à compter du 1er octobre 2014 pour une durée indéterminée. L'appelant conteste avoir eu une activité commerciale de location de matériel et fait valoir que cet accord, dont il n'a retiré aucun profit, a été justifié par l'impossibilité pour l'association d'obtenir un prêt bancaire en son nom pour l'achat du matériel et ne révèle l'exercice d'aucune activité professionnelle à caractère habituel.
5. Alors même, excepté la première année de location, que la somme mensuelle versée par l'association correspondait au montant de l'échéance, il résulte des termes du contrat conclu le 10 janvier 2015 pour une durée indéterminée, que le matériel loué, qui reste la propriété du requérant, doit être entretenu, réparé ou remplacé par le locataire, à ses frais exclusifs, en ce compris les interventions rendues " nécessaires par l'usure normale " et " les améliorations qui pourraient être faites par le locataire au matériel compris dans l'état sus-énoncé, resteront acquises au bailleur en fin de bail sans aucune indemnité ". En fin de bail, " les biens restitués devront être conformes pour pouvoir encore être exploités, () à jour de tous les contrôles et visites techniques réglementaires. ". Dès lors, eu égard à la durée du contrat, au profit retiré de la location à long terme d'un matériel sportif, dont l'acquisition est financée par l'association, laquelle s'est engagée à garantir sa restitution en bon état d'entretien et de fonctionnement, M. B A, qui exerce une activité professionnelle dans le secteur médical, doit être regardé comme s'étant livré, habituellement, pour son propre compte, à une activité de loueur de matériel. Par suite, c'est à bon droit que l'administration a considéré que l'appelant exerçait une activité commerciale dans la catégorie des bénéfices industriels et commerciaux.
En ce qui concerne la taxe sur la valeur ajoutée :
6. En application de l'article 256 du code général des impôts, sont soumises à la taxe sur la valeur ajoutée les livraisons de biens et les prestations de services effectuées à titre onéreux par un assujetti agissant en tant que tel. Aux termes de l'article 256 A du code général des impôts : " Sont assujetties à la taxe sur la valeur ajoutée les personnes qui effectuent de manière indépendante une des activités économiques (), quels que soient le statut juridique de ces personnes, leur situation au regard des autres impôts et la forme ou la nature de leur intervention. ()/ Les activités économiques visées au premier alinéa se définissent comme toutes les activités de producteur, de commerçant ou de prestataire de services, y compris les activités extractives, agricoles et celles des professions libérales ou assimilées. Est notamment considérée comme activité économique une opération comportant l'exploitation d'un bien meuble corporel ou incorporel en vue d'en retirer des recettes ayant un caractère de permanence. ".
7. Conformément à l'interprétation des dispositions de la sixième directive qui résulte de l'arrêt rendu le 26 septembre 1996 par la Cour de justice des communautés européennes dans l'affaire 230/94, si le fait qu'un bien convienne à une exploitation exclusivement économique suffit, en règle générale, pour qu'il soit admis que son propriétaire l'exploite pour les besoins d'activité économique et, par conséquent, pour réaliser des recettes ayant un caractère de permanence, il convient en revanche, pour les biens susceptibles en raison de leur nature d'être utilisés tant à des fins économiques que privées, d'analyser, l'ensemble des conditions de leur exploitation pour déterminer s'ils sont utilisés en vue d'en retirer des recettes présentant effectivement un caractère de permanence. L'article 256 A du code général des impôts garantit une application du mécanisme de taxe sur la valeur ajoutée conforme aux dispositions précitées de la directive du 17 mai 1977 et de la directive 2006/112/CE du 28 novembre 2006.
8. Contrairement à ce que soutient M. B A, ces dispositions ne font pas obstacle à ce qu'une personne soit assujettie à la taxe sur la valeur ajoutée, alors même qu'elle n'a effectué, qu'à titre occasionnel, une activité relevant des activités économiques précitées. Il résulte de l'instruction, ainsi qu'il a déjà été dit au point 5, que constitue une prestation de service, relevant de ces activités, la location de biens meubles corporels tels que de l'équipement sportif. Dès lors, l'opération dont s'agit, qui, pour s'être poursuivie du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2017, ne peut être qualifiée d'occasionnelle, entre dans le champ d'application de la taxe sur la valeur ajoutée au sens de l'article 256 A précité du code général des impôts.
9. M. B A se prévaut, sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, de la doctrine administrative BOI-TVA-CHAMP-10-10-20 n° 330, d'interprétation stricte, selon laquelle " la personne qui réalise à titre occasionnel une opération économique n'a en principe pas la qualité d'assujetti ". Toutefois, compte tenu du caractère répété de la prestation de service de location de matériel pendant plus d'un an, et alors que l'appelant indique dans ses écritures avoir immédiatement cessé cette activité après avoir pris connaissance de l'assujettissement de cette activité à la TVA, il ne peut utilement soutenir que celle-ci a été exercée à titre occasionnel au sens de l'interprétation administrative de la loi fiscale. Par suite, le requérant ne peut se prévaloir de la doctrine administrative précitée pour soutenir qu'il n'était pas passible de la taxe sur la valeur ajoutée au titre des prestations qu'il a effectuées.
En ce qui concerne la majoration de 80 % en cas de découverte d'une activité occulte :
10. Aux termes du 1 de l'article 1728 du code général des impôts, dans sa rédaction applicable au litige : " Le défaut de production dans les délais prescrits d'une déclaration ou d'un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt entraîne l'application, sur le montant des droits mis à la charge du contribuable ou résultant de la déclaration ou de l'acte déposé tardivement, d'une majoration de : / () c. 80 % en cas de découverte d'une activité occulte ". Il résulte de ces dispositions que dans le cas où un contribuable n'a ni déposé dans le délai légal les déclarations qu'il était tenu de souscrire, ni fait connaître son activité à un centre de formalités des entreprises ou au greffe du tribunal de commerce, l'administration doit être réputée apporter la preuve qui lui incombe, de l'exercice occulte de l'activité professionnelle si le contribuable n'est pas lui-même en mesure d'établir qu'il a commis une erreur justifiant qu'il ne se soit acquitté d'aucune de ses obligations déclaratives.
11. En l'absence de toute déclaration par le requérant de son activité auprès d'un centre de formalité des entreprises ou au greffe du tribunal de commerce, ni de déclaration des revenus résultant de l'activité de location de matériel, l'activité économique de M. B A est réputée occulte au sens du deuxième alinéa de l'article L. 169 du livre des procédures fiscales. Dès lors, l'administration apporte la preuve, qui lui incombe, de l'exercice occulte de l'activité professionnelle exercée par M. B A et est fondée à faire application de la majoration de 80 % prévue par les dispositions de l'article 1728 du code général des impôts.
12. Il résulte de tout ce qui précède que M. B A n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Bordeaux a rejeté sa demande.
Sur les frais liés à l'instance :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que demande M. B A au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
DECIDE :
Article 1er : La requête de M. B A est rejetée.
Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à M. C B A et au ministre de l'économie et des finances, et de la souveraineté industrielle et numérique.
Copie en sera adressée à la direction spécialisée de contrôle fiscal sud-ouest.
Délibéré après l'audience du 3 octobre 2023 à laquelle siégeaient :
Mme Evelyne Balzamo, présidente,
Mme Bénédicte Martin, présidente-assesseure,
M. Michaël Kauffmann, premier conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 24 octobre 2023.
La rapporteure,
Bénédicte MartinLa présidente,
Evelyne BalzamoLe greffier,
Christophe Pelletier
La République mande et ordonne au ministre de l'économie et des finances, et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt.
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE03336
La Cour administrative d’appel de Versailles, statuant en référé, a rejeté la requête de Mme C... contestant l’ordonnance du tribunal administratif de Versailles qui avait rejeté sa demande indemnitaire pour rupture abusive de son contrat de travail avec la commune de Carrières-sous-Poissy. La cour a confirmé que la demande de première instance était irrecevable, faute pour la requérante d’avoir produit la preuve du dépôt d’une demande indemnitaire préalable, condition nécessaire pour lier le contentieux. En l’absence de contestation de cette irrecevabilité, les moyens soulevés en appel ont été jugés inopérants. L’ordonnance a été rendue sur le fondement de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-24MA03276
La Cour administrative d'appel de Marseille, dans un arrêt du 25 mars 2026, a examiné le litige opposant la société EEA à l'office public de l'habitat Pays d'Aix Habitat Métropole (aux droits duquel vient la société Famille et Provence) concernant la résiliation de trois accords-cadres de travaux. Saisie en appel du jugement du tribunal administratif de Marseille ayant rejeté la demande de la société EEA, la cour a soulevé d'office un moyen tiré de la nullité des contrats en raison d'un conflit d'intérêts. Elle a constaté que le directeur technique de l'office, ayant participé à la procédure de passation des trois contrats, se trouvait dans une situation de conflit d'intérêts constitutive d'un vice d'une particulière gravité, justifiant ainsi l'annulation du jugement et la constatation de la nullité des accords-cadres.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02403
La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, est saisie par la société Neko Ramen d'une demande de suspension de l'exécution provisoire d'un jugement du tribunal administratif de Paris du 19 février 2026. Ce jugement avait partiellement annulé une décision de l'OFII du 14 septembre 2023, mais avait maintenu à la charge de la société une contribution spéciale de 661 650 euros pour emploi d'étrangers sans titre. La société invoque l'urgence et l'existence de moyens sérieux (irrégularité de procédure, erreur de droit dans la modulation, disproportion de la sanction). Le juge des référés rappelle que la suspension prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative nécessite une urgence justifiée et un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA01426
Cette décision de la Cour administrative d'appel de Marseille concerne le non-renouvellement du contrat d'une assistante d'éducation par le collège des Hautes Vallées. La cour rejette la requête de Mme A... qui contestait ce non-renouvellement. Elle juge que l'absence d'entretien préalable, prévu par l'article 45 du décret n° 86-83 du 17 janvier 1986, ne constitue pas une garantie dont la privation entraîne automatiquement l'annulation de la décision, sauf en cas de caractère disciplinaire, ce qui n'était pas le cas. La cour confirme ainsi le jugement du tribunal administratif de Marseille.
04/05/2026