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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA33-21BX04005

Cour administrative d'appel de Bordeaux — Décision N° CAA33-21BX04005

jeudi 7 juillet 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Bordeaux
SectionCour administrative d'appel de Bordeaux
N° DossierCAA33-21BX04005
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
Formation1ère chambre - formation à 3
Avocat requérantREIX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A B a demandé au tribunal administratif de Bordeaux d'annuler l'arrêté du 2 septembre 2020 par lequel la préfète de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il serait éloigné à l'issue de ce délai et a interdit son retour pour une durée de deux ans.

Mme E D épouse B a demandé au tribunal administratif de Bordeaux d'annuler l'arrêté du 2 septembre 2020 par lequel la préfète de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle serait éloignée à l'issue de ce délai et a interdit son retour pour une durée de deux ans.

Par un jugement n° 2005190, 2005191 du 24 février 2021, le tribunal administratif de Bordeaux a rejeté leur demande.

Procédure devant la cour administrative d'appel :

I. Par une requête enregistrée le 12 octobre 2021 sous le n° 21BX04005, M. B, représenté par Me Reix, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler l'arrêté du 2 septembre 2020 de la préfète de la Gironde ;

3°) d'enjoindre à la préfète de la Gironde de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'arrêt à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision portant refus de titre de séjour est entachée d'erreurs de fait ;

- elle méconnait les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et la circulaire du ministre de l'intérieur du 28 novembre 2012 ;

- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale par voie de conséquence de l'illégalité du refus de titre de séjour ;

- elle méconnait l'autorité de la chose jugée par le juge des libertés et de la détention et par le tribunal administratif de Bordeaux ;

- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreurs de fait ;

- elle méconnait l'alinéa 8 du III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire enregistré le 4 mai 2022, la préfète de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'elle confirme les termes du mémoire transmis en première instance.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 29 avril 2021.

II. Par une requête enregistrée le 12 octobre 2021 sous le n° 21BX04006, Mme B, représentée par Me Reix, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler l'arrêté du 2 septembre 2020 de la préfète de la Gironde ;

3°) d'enjoindre à la préfète de la Gironde de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'arrêt à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soulève les mêmes moyens que ceux invoqués dans la requête n°21BX04005.

Par un mémoire enregistré le 4 mai 2022, la préfète de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'elle confirme les termes du mémoire transmis en première instance.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 29 avril 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme C, a été entendus au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme B, ressortissants albanais nés en 1964 et 1974, déclarent être entrés en France le 28 août 2013 accompagnés de leurs deux enfants mineurs. Le 12 août 2019, ils ont sollicité pour la troisième fois la délivrance d'un titre de séjour. Par des arrêtés du 2 septembre 2020, la préfète de la Gironde a rejeté leurs demandes, leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à leur encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. Par les deux requêtes enregistrées sous les numéros 21BX04005 et 21BX04006, M. et Mme B relèvent appel du jugement du 24 février 2021 par lequel le tribunal administratif de Bordeaux a rejeté leurs demandes tendant à l'annulation de ces arrêtés. Ces requêtes concernant la situation d'un couple et présentant à juger des mêmes questions, il y a lieu de les joindre pour statuer par un même arrêt.

En ce qui concerne les refus de séjour :

2. Il ressort de la lecture des arrêtés contestés que la préfète a procédé à un examen particulier de la situation de M. et Mme B. En estimant que les éléments produits par les intéressés, notamment la promesse d'embauche récente, la scolarisation des enfants depuis la maternelle et le rappel de la mesure d'éloignement édictée en 2017, ne permettaient pas de considérer qu'ils justifiaient d'une insertion durable en France, la préfète s'est livrée à une appréciation de ces éléments qui ne peut être regardée comme étant entachée d'" erreurs de fait ". Par ailleurs, l'erreur quant à la durée de scolarisation des enfants du couple n'a pas été, dans les circonstances de l'espèce, de nature à modifier cette appréciation.

3. Si M. et Mme B déclarent résider en France depuis 2013, il ressort des pièces du dossier que la durée de leur présence sur le territoire ne se justifie que par l'instruction, à deux reprises, de leur demande d'asile ainsi que par leurs multiples demandes de titre de séjour, toutes rejetées. Ils ont alors fait l'objet de deux mesures d'éloignement, les 6 mars 2015 et 26 décembre 2016, les recours contre ces mesures ayant été rejetés. La circonstance que les décisions portant interdiction de retour édictées le 26 décembre 2016 seraient devenues illégales n'est pas, en tout état de cause, de nature à leur conférer un droit au séjour en France. Par ailleurs, si M. et Mme B se prévalent de leur inscription à des cours de français et des activités de bénévolat qu'ils ont effectuées auprès de l'association " le pain de l'amitié ", d'Emmaüs et de la banque alimentaire et s'ils produisent diverses attestations témoignant de leur volonté d'intégration, ces circonstances ne permettent pas de caractériser l'existence, en France, de liens stables, anciens et durables. Par ailleurs, la scolarisation en France de leurs enfants depuis près de cinq ans n'étant pas suffisante, dans les circonstances de l'espèce, pour caractère des liens d'une telle nature. Si M. B se prévaut de deux promesses d'embauche des 15 août 2018 et 30 août 2020, ces documents ne suffisent pas à caractériser une insertion professionnelle particulière et ancienne en France. En outre, M. et Mme B ne produisent aucun élément permettant de considérer qu'ils seraient dépourvus d'attaches dans leur pays d'origine où ils ont vécu respectivement jusqu'à l'âge de 49 ans et 39 ans. Enfin, M. et Mme B faisant l'objet de mesures identiques, rien ne s'oppose à ce que la cellule familiale se reconstitue en Albanie où les deux enfants du couple pourront poursuivre leur scolarité. Dans ces conditions, les décisions portant refus de séjour n'ont pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de M. et Mme B une atteinte disproportionnée au regard des motifs de ces refus, les intéressés ne pouvant utilement invoquer les précédentes décisions prises à l'égard de M. B, en 2017, par le tribunal administratif de Bordeaux et, en 2018, par le juge des libertés et de la détention qui ne sont pas revêtues de l'autorité de chose jugée sur ce point.

4. Par ailleurs, les pathologies invoquées par M. et Mme B, notamment d'ordre psychologique, physique et asthmatique, et celles dont souffrent également leurs enfants, ne présentent pas, au regard des seules pièces produites, le caractère de motifs exceptionnels ou de considérations humanitaires au sens de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction alors applicable. Les autres éléments caractérisant la situation personnelle et familiale de M. et Mme B, évoqués au point 3, ne peuvent pas plus être regardés comme constitutifs de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels de nature à leur ouvrir droit au séjour.

5. Enfin, M. et Mme B ne peuvent utilement se prévaloir de la circulaire du ministre de l'intérieur du 28 novembre 2012 relative aux conditions d'examen des demandes d'admission au séjour déposées par des ressortissants étrangers en situation irrégulière dans le cadre des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui n'est pas au nombre de celles qui sont opposables au sens de l'article L. 312-3 du code des relations entre le public et l'administration dans les conditions fixées à l'article R. 312-10 du même code et, au surplus, ne comporte que des orientations générales que le ministre de l'intérieur a pu adresser aux préfets pour les éclairer dans la mise en œuvre de leur pouvoir de régularisation.

6. Par suite, les moyens tirés d'erreurs de fait, de la méconnaissance des dispositions du 7° de l'article L. 313-11 et de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans leur rédaction alors applicable, et de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés ainsi que, pour les mêmes motifs, celui tiré de l'erreur manifeste d'appréciation dont serait entachée les décisions contestées.

7. Ainsi qu'il a été dit au point 3, les décisions litigieuses n'ont pas pour effet de séparer les enfants de M. et Mme B de leurs parents et il n'existe aucun obstacle à ce que la cellule familiale se reconstruise dans leur pays d'origine, que leur scolarisation s'y poursuive et qu'ils y reçoivent les soins éventuellement nécessités par leur état de santé. Compte tenu de ces éléments, les décisions contestées n'ont pas été prises en méconnaissance de l'intérêt supérieur des enfants de M. et Mme B, alors même qu'ils ont vécu une grande partie de leur vie en France où ils ont été scolarisés pendant plusieurs années. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant doit être écarté.

En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi :

8. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que M. et Mme B ne sont pas fondés à invoquer, par la voie de l'exception, l'illégalité des décisions portant refus de séjour à l'appui de leurs conclusions tendant à l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français.

9. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 3, les décisions portant obligation de quitter le territoire français ne peuvent être regardées comme portant au droit au respect de la vie privée et familiale de M. et Mme B une atteinte disproportionnée eu égard aux buts poursuivis par ces mesures, les intéressés ne pouvant utilement se prévaloir, à l'appui de leurs conclusions dirigées contre les mesures d'éloignement prises à leur encontre, des précédentes décisions prises à l'égard de M. B, en 2017, par le tribunal administratif de Bordeaux et, en 2018, par le juge des libertés et de la détention qui ne sont pas revêtues de l'autorité de chose jugée sur ce point. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

10. Enfin, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7, les décisions portant obligation de quitter le territoire français ne peuvent être regardées comme portant atteinte à l'intérêt supérieur des enfants de M. et Mme B. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant doit être écarté.

11. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que M. et Mme B ne sont pas fondés à invoquer, par la voie de l'exception, l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français à l'appui de leurs conclusions tendant à l'annulation des décisions fixant le pays de renvoi.

En ce qui concerne les décisions portant interdiction de retour sur le territoire français :

12. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que M. et Mme B ne sont pas fondés à invoquer, par la voie de l'exception, l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français à l'appui de leurs conclusions tendant à l'annulation des décisions portant interdiction de retour sur le territoire français.

13. Les arrêtés contestés indiquent avec précision les raisons pour lesquelles la préfète de la Gironde a interdit à M. et Mme B de revenir sur le territoire français pour une durée de deux ans. Après avoir relevé que leur présence en France ne représentait pas une menace à l'ordre public, ils mentionnent que M. et Mme B ont fait l'objet de deux mesures d'éloignement qui n'ont pas été exécutées, indiquent qu'ils se maintiennent illégalement sur le territoire français depuis le 26 décembre 2016, qu'ils conservent des attaches familiales en Albanie et qu'ils ne justifient pas de la nature et de l'ancienneté de leurs liens avec la France. Ces indications, qui ont permis à M. et Mme B de comprendre et de contester les mesures prises à leur encontre, étaient suffisantes alors même qu'il n'est pas fait état de leur suivi médical en cours. Par suite, le moyen tiré de la motivation insuffisante des décisions attaquées, en méconnaissance des dispositions du III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans leur rédaction alors applicable, doit être écarté.

14. Enfin, pour les motifs que ceux exposés aux points 2 à 7, M. et Mme B ne sont pas fondés à soutenir que les mesures d'interdiction de retour sur le territoire prises à leur égard seraient entachées d'erreurs de fait, d'erreur d'appréciation et méconnaitraient l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

15. Il résulte de tout ce qui précède que M. et Mme B ne sont pas fondés à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Bordeaux a rejeté leurs demandes. Dès lors, leurs conclusions tendant à l'annulation de ce jugement doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, leurs conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

DECIDE :

Article 1er : Les requêtes de M. et Mme B sont rejetées.

Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à M. A B, à Mme E D épouse B et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée à la préfète de la Gironde.

Délibéré après l'audience du 23 juin 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Marianne Hardy, présidente,

Mme Fabienne Zuccarello, présidente-assesseure,

Mme Charlotte Isoard, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 7 juillet 2022.

La présidente-rapporteure,

Marianne CLa présidente-assesseure,

Fabienne Zuccarello

La greffière,

Stéphanie Larrue

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt.

2, 21BX04006

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