vendredi 22 avril 2022
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| Section | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| N° Dossier | CAA33-21BX04018 |
| Type | Décision |
| Recours | excès de pouvoir |
| Formation | 5ème chambre (formation à 3) |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
Mme D A épouse B a demandé au tribunal administratif de Toulouse d'annuler l'arrêté du 26 juin 2020 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
Par un jugement n° 2004978 du 30 juin 2021, le tribunal administratif de Toulouse a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 22 octobre 2021 et 10 février 2022, Mme A épouse B, représentée par Me Amari de Beaufort, demande à la cour :
1°) d'annuler le jugement du tribunal administratif de Toulouse du 30 juin 2021 ;
2°) d'enjoindre, à titre principal, au préfet de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " et, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dès la notification de l'arrêt à intervenir et de prendre une décision dans le mois à venir sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- sa requête est recevable ;
- la décision de refus de séjour et la mesure d'éloignement méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant dès lors que l'essentiel de ses liens familiaux se situent en France, que son époux et elle sont titulaires de retraites modiques et ont toujours été soutenus financièrement par leur fille, que les pathologies dont souffre son époux sont graves et vont nécessiter une prise en charge de plus en plus importante, que les certificats médicaux produits font état de l'insuffisance de moyens et du coût de l'accès aux soins dans son pays, que sa présence et celle de son époux est indispensable pour leur fille dès lors qu'ils vivent ensemble et s'occupent régulièrement de leurs petits-enfants.
Par un mémoire en défense enregistré le 8 février 2022, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Mme A épouse B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision n° 2021/018709 du 16 septembre 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale de New York du 26 janvier 1990 relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D A épouse B, ressortissante albanaise née le 18 août 1956, est entrée régulièrement en France le 16 juillet 2015, accompagnée de son époux. Elle a présenté une demande d'asile qui a été rejetée par une décision du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 28 janvier 2016, confirmée le 24 novembre 2016 par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA). Elle a, à cet égard, fait l'objet d'un arrêté du 22 juin 2016 portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français. Elle a ensuite obtenu la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour valable du 24 juillet 2019 au 13 novembre 2019, en raison de l'état de santé de son époux. Elle a sollicité le 9 juillet 2019 la délivrance d'une carte de séjour temporaire sur le fondement du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 26 juin 2020, le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Mme A épouse B relève appel du jugement du 30 juin 2021 par lequel le tribunal administratif de Toulouse a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.
2. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
3. Il ressort des pièces du dossier que Mme A épouse B est entrée sur le territoire français le 16 juillet 2015 à l'âge de 59 ans, accompagnée de son époux. S'agissant de l'état de santé de son époux, il ressort des pièces du dossier que M. B souffre d'un kératocône bilatéral sévère, d'une pathologie gastrique ulcéreuse, d'une angiodysplasie à risque hémorragique, d'une hypoacousie bilatérale invalidante, de troubles du comportement liés à un probable syndrome psychotraumatique, d'une pathologie neurodégénérative de type maladie d'Alzheimer et de carences vitaminiques sévères pour lesquels il bénéficie de traitements médicamenteux et d'un suivi médical. Le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a estimé dans son avis du 27 janvier 2020 que, si l'état de santé de M. B nécessite une prise en charge médicale dont le défaut de prise en charge peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il peut bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé. Pour remettre en cause l'appréciation du préfet, faisant suite à l'avis du collège de médecins, la requérante produit plusieurs certificats médicaux exposant la nature de ses pathologies et des soins nécessaires mais ne comportant aucune précision sur l'accès aux soins en Albanie. Si les certificats médicaux des 10 septembre 2018 et 31 octobre 2019 établis par des médecins généralistes indiquent que l'accès aux soins en Albanie n'est pas comparable aux standards européens, ces documents ne sauraient être regardés comme suffisants pour infirmer l'avis de l'OFII sur l'existence d'un traitement approprié en Albanie. Il est constant que le médicament Risperdal administré pour le traitement de la pathologie neurodégénérative de M. B est disponible dans son pays d'origine. Si la requérante soutient qu'il n'existe pas de service de gérontopsychiatrie en Albanie, il ne ressort pas des pièces du dossier que les services psychiatriques non spécialisés en gériatrie ne seraient pas en mesure d'assurer les soins nécessaires à la pathologie de son époux. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que les autres soins, notamment en ophtalmologie et en gastroentérologie, ne seraient pas disponibles en Albanie. Si l'intéressée soutient que son époux et elle ne pourront supporter financièrement le coût du traitement du fait de leurs retraites modiques, elle n'apporte aucun élément de nature à corroborer ses allégations alors qu'il n'est pas contesté que son époux pourrait bénéficier d'aides, notamment de l'allocation adulte handicapé, en Albanie. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B ne pourrait pas bénéficier de l'assistance d'une tierce personne dans son pays d'origine afin de combler sa perte progressive d'autonomie. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier que le collège de médecins de l'OFII n'aurait pas pris en compte l'évolution de sa pathologie psychiatrique alors que le certificat médical adressé à l'OFII précise bien que l'intéressé est atteint d'une maladie neurodégénérative impliquant une détérioration cognitive progressive. S'agissant de ses attaches familiales, la circonstance que la requérante dispose d'attaches familiales proches en France, en la personne de sa fille, titulaire d'une carte pluriannuelle valable jusqu'en 2022, et de ses petits-enfants, ne saurait suffire à faire obstacle à son retour dans son pays d'origine où elle a vécu la majeure partie de sa vie et où elle ne sera pas isolée puisque son époux, de même nationalité, a également fait l'objet d'une décision de refus de séjour et d'une obligation de quitter le territoire français. En outre, si elle s'occupe régulièrement de ses
petits-enfants et apporte ainsi une aide au quotidien à sa fille et son gendre, il ne ressort pas des pièces du dossier que sa présence serait pour autant indispensable. Par ailleurs, s'il ressort des pièces médicales que son époux a besoin d'une assistance dans les actes de la vie quotidienne, il ne ressort pas des pièces du dossier que seule sa fille présente en France serait en mesure de lui fournir une telle aide alors que la requérante sera présente aux côtés de son époux en cas de retour en Albanie et qu'il n'est pas établi qu'il ne pourra bénéficier, le cas échéant, de l'aide d'une tierce personne. Dans ces conditions, Mme A épouse B n'est pas fondée à soutenir que le préfet de la Haute-Garonne aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
4. En second lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".
5. Ainsi qu'il a été dit précédemment, il ne ressort pas des pièces du dossier que la présence de Mme A épouse B auprès de ses petits-enfants serait indispensable, quand bien même il apparaît qu'elle vit avec eux et s'occupent régulièrement d'eux. En outre, il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que les enfants seraient dans l'impossibilité de lui rendre visite en Albanie et d'entretenir des liens avec leur grand-mère. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.
6. Il résulte de ce qui précède que Mme A épouse B n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Toulouse a rejeté sa demande. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles tendant à l'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent également être rejetées.
DECIDE :
Article 1er : La requête de Mme A épouse B est rejetée.
Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à Mme D A épouse B et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera adressée pour information au préfet de la Haute-Garonne.
Délibéré après l'audience du 22 mars 2022 à laquelle siégeaient :
Mme Brigitte Phémolant, présidente,
Mme Nathalie Gay, première conseillère,
Mme Laury Michel, première conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 avril 2022.
La rapporteure,
Laury C
La présidente,
Brigitte Phémolant
La greffière,
Virginie Santana
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne, et à tous huissiers de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt.
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026