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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA33-21BX04186

Cour administrative d'appel de Bordeaux — Décision N° CAA33-21BX04186

mercredi 21 décembre 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Bordeaux
SectionCour administrative d'appel de Bordeaux
N° DossierCAA33-21BX04186
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème chambre (formation à 3)
Avocat requérantTESSIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A C a demandé au tribunal administratif de Poitiers d'annuler l'arrêté du 8 juin 2021 par lequel le préfet des Deux-Sèvres lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.

Par un jugement n° 2101684 du 14 octobre 2021, le tribunal administratif de Poitiers a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 9 novembre 2021 et 1er novembre 2022, M. C, représenté par Me Tessier, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du 14 octobre 2021 ;

2°) d'annuler l'arrêté en date du 8 juin 2021 ;

3°) d'enjoindre au préfet des Deux-Sèvres de lui délivrer une carte de séjour temporaire d'une durée de dix ans dans un délai d'un mois à compter de l'arrêt à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de l'arrêt à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de réexaminer sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil, en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision portant refus de titre de séjour a été prise par une autorité incompétente ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 7 quater de l'accord franco-tunisien et les dispositions des articles L. 423-7 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale, par voie d'exception, en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît les dispositions du 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

La requête a été communiquée au préfet des Deux-Sèvres qui n'a pas produit d'observations en défense.

Par une ordonnance du 2 novembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 24 novembre 2022.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 décembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant tunisien né le 1er mars 1994 à Guefssa (Tunisie), est entré irrégulièrement en France le 1er décembre 2017. Le 9 mai 2020, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français. Par un arrêté du 8 juin 2021, le préfet des Deux-Sèvres a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. M. C relève appel du jugement du 14 octobre 2021 par lequel le tribunal administratif de Poitiers a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

Sur le refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, ainsi que l'ont déjà relevé les premiers juges, par un arrêté du 24 juin 2020, régulièrement publié au recueil des actes administratifs n° 79-2020-074 du 24 juin 2020 de la préfecture, le préfet des Deux-Sèvres a donné délégation de signature à Mme Anne Baretaud, secrétaire générale de la préfecture des Deux-Sèvres, à l'effet de signer tous arrêtés et décisions relevant des attribution de l'Etat dans le département des Deux-Sèvres à l'exception de certains actes parmi lesquels ne figurent pas la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 7 quater de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 : " () Les ressortissants tunisiens bénéficient dans les conditions prévues par la législation française, de la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ". Aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".

4. Il ressort des pièces du dossier que M. C, entré irrégulièrement sur le territoire français le 1er décembre 2017, a reconnu le 16 mai 2018 l'enfant d'une ressortissante française né le 8 octobre 2014. Il ne peut, par conséquent, être regardé comme ayant effectivement contribué à l'entretien et à l'éducation de l'enfant depuis sa naissance. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que le juge des enfants du tribunal judiciaire de Niort a, par un jugement du 4 juin 2020, confié l'enfant reconnu au service d'aide sociale à l'enfance des Deux-Sèvres et a confié à l'intéressé un droit de visite encadré en milieu neutre. Si M. C se prévaut d'une attestation de la cheffe du bureau de l'aide sociale à l'enfance du 16 juin 2021 indiquant qu'il est présent à chaque rencontre organisée par le service, il n'apporte aucun élément de nature à justifier la fréquence et la régularité de ces visites sur une longue période, le planning des rencontres de l'aide sociale à l'enfance versé au dossier ne faisant mention que de dates postérieures à la décision attaquée et celui produit par la préfecture ne concernant que la période de juin à août 2020. En tout état de cause, le requérant ne justifie pas, par ce seul élément, qu'il contribuerait à l'éducation et à l'entretien de l'enfant depuis au moins deux ans à la date de la décision attaquée. Il n'en justifie pas davantage en se prévalant de son récent mariage avec la mère de l'enfant, ni en produisant diverses photographies, qui ne sont pas datées à l'exception de l'une d'entre elles, plusieurs attestations peu circonstanciées ou une facture d'achat du 11 décembre 2021. Dans ces conditions, en refusant la délivrance du titre sollicité à M. C, le préfet n'a pas méconnu les stipulations de l'article 7 quater de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 et les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

6. Il ressort des pièces du dossier que M. C est entré irrégulièrement en France le 1er décembre 2017, soit depuis un peu de moins de quatre ans à la date de la décision attaquée, et s'est marié avec une ressortissante française le 27 juin 2020. Toutefois, cette union, à la date de la décision attaquée, est très récente et il n'est pas justifié, par la seule production d'une photographie datée du 10 février 2018 d'une communauté de vie antérieurement au mariage. Par ailleurs, ainsi qu'il a été dit au point 4 du présent arrêt, l'intéressé ne produit pas suffisamment d'éléments de nature à justifier qu'il contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant de son épouse, né le 8 octobre 2014 et qu'il a reconnu le 16 mai 2018. En outre, si le requérant produit plusieurs attestations témoignant de sa volonté d'intégration, ces dernières sont peu circonstanciées et ne permettent pas de caractériser davantage l'existence, en France, de liens stables, anciens et durables. L'intéressé ne peut se prévaloir d'aucune insertion professionnelle. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. C, qui a été interpellé le 9 janvier 2018 à Nantes pour des faits " d'offre ou cession non autorisée de stupéfiants " et qui n'a pas exécuté une précédente mesure d'éloignement prise à son encontre le 10 janvier 2018, serait dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 23 ans. Dans ces conditions, nonobstant la circonstance que son épouse était enceinte de leur enfant à la date de la décision attaquée, M. C n'est pas fondé à soutenir que le préfet des Deux-Sèvres aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision litigieuse a été prise. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur des enfants doit être une considération primordiale ".

8. Ainsi qu'il a été dit au point 4, les éléments produits par M. C ne démontre ni qu'il entretient un lien affectif ancien et stable avec l'enfant qu'il a reconnu, ni qu'il participe, de façon significative et régulière, à son éducation ou à son entretien. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, il résulte des points 2 à 8 du présent arrêt que M. C n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour pour demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire.

10. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6 du présent arrêt, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

11. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () / 5° L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans ; / () ".

12. Ainsi qu'il a été dit au point 4, les éléments produits par M. C ne démontre ni qu'il entretient un lien affectif ancien et stable avec l'enfant qu'il a reconnu, ni qu'il participe, de façon significative et régulière, à son éducation ou à son entretien. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

13. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 8 du présent arrêt, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

14. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Poitiers a rejeté sa demande. Par suite, sa requête doit être rejetée en toutes ses conclusions.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à M. A C, à Me Tessier et au ministre de l'intérieur et des outre-mer. Copie en sera adressée au préfet des Deux-Sèvres.

Délibéré après l'audience du 12 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Florence Demurger, présidente,

Mme Karine Butéri, présidente-assesseure,

Mme Caroline Gaillard, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 21 décembre 2022.

La présidente-rapporteure,

Florence B

La présidente-assesseure,

Karine Butéri

La greffière,

Catherine Jussy

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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