mardi 20 décembre 2022
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| Section | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| N° Dossier | CAA33-21BX04669 |
| Type | Décision |
| Recours | excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème chambre (formation à 3) |
| Avocat requérant | LAGARDE |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. D A a demandé au tribunal administratif de Bordeaux d'annuler l'arrêté du 9 décembre 2021 par lequel la préfète de la Corrèze lui a fait obligation de quitter le territoire sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant une durée de trois ans.
Par un jugement n° 2106616 du 14 décembre 2021, la magistrate désignée du tribunal administratif de Bordeaux a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête enregistrée le 23 décembre 2021, M. A, représenté par Me Lagarde, demande à la cour :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler le jugement du tribunal administratif de Bordeaux du 14 décembre 2021 ;
3°) d'annuler l'arrêté du 9 décembre 2021 de la préfète de la Corrèze;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des articles 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle et L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'arrêté dans son ensemble :
- il a été pris à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors qu'il ne lui a pas été notifié dans une langue qu'il comprend dans les conditions prévues par l'article L. 141-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
La requête a été communiquée à préfète de la Corrèze qui n'a pas produit de mémoire dans la présente instance.
M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 10 février 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant guinéen né le 28 février 1997, est entré irrégulièrement en France au cours de l'année 2018 d'après ses déclarations. Le 30 mars 2018, il a sollicité le bénéfice de l'asile, première demande qui n'a pas été menée à son terme. Le 14 juin 2019, il a déposé une deuxième demande rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 26 août 2019. Par arrêté du 3 avril 2020 qu'il n'a pas exécuté, le préfet des Deux-Sèvres l'a obligé à quitter le territoire sans délai et a assorti cette décision d'une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. Incarcéré au centre de détention d'Uzerche jusqu'au 11 décembre 2021, la préfète de la Corrèze, par arrêté du 9 décembre 2021, lui a fait obligation de quitter le territoire sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant une durée de trois ans. M. A relève appel du jugement du 14 décembre 2021 par lequel la magistrate désignée du tribunal administratif de Bordeaux a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.
Sur la demande d'aide juridictionnelle :
2. Il ressort des pièces du dossier M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du bureau d'aide juridictionnelle du 10 février 2022. Par suite, sa demande tendant à obtenir le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire est devenue sans objet et il n'y a pas lieu d'y statuer.
Sur la légalité de l'arrêté du 9 décembre 2021 :
En ce qui concerne l'arrêté dans son ensemble :
3. Aux termes de l'article L. 141-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque les dispositions du présent code prévoient qu'une information ou qu'une décision doit être communiquée à un étranger dans une langue qu'il comprend, cette information peut se faire soit au moyen de formulaires écrits dans cette langue, soit par l'intermédiaire d'un interprète. L'assistance de l'interprète est obligatoire si l'étranger ne parle pas le français et qu'il ne sait pas lire. () ".
4. Les conditions de notification d'une décision administrative étant sans incidence sur sa légalité. M. A ne peut donc utilement soutenir que l'arrêté attaqué aurait été pris à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors qu'il lui aurait été notifié dans une langue qu'il ne comprend pas et sans avoir recours à un interprète. Par suite, le moyen tiré de l'article L. 141-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
5. Selon les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
6. M. A, qui déclare être entré en France au cours de l'année 2018, se prévaut de la présence en France de ses deux enfants, nés les 5 octobre 2019 et 23 mars 2021 et de son union avec Mme B, ressortissante française. Il ressort toutefois des pièces du dossier qu'il a été condamné par un jugement du tribunal correctionnel de Niort du 15 novembre 2019 à une peine d'emprisonnement de 18 mois avec sursis partiel à hauteur de 9 mois et mise à l'épreuve de deux ans pour des faits de violence suivie d'incapacité supérieure à 8 jours commis le 16 octobre 2019 sur Mme B alors que leur fille était âgée de 11 jours. Par un autre jugement du même tribunal correctionnel, son sursis probatoire a été révoqué suite à la commission des faits de rébellion, d'outrage à une personne dépositaire de l'autorité publique et de violences exercées sur une personne dépositaire de l'autorité publique suivie d'une incapacité n'excédant pas huit jours. S'il soutient qu'il participe à l'éducation et à l'entretien de ses deux filles, les deux justificatifs qu'il produit de virement bancaire sur le compte de leur mère, dont il est séparé, datés de septembre et octobre 2021 ne sont pas suffisamment probants, et ce alors qu'il n'a vécu que onze jours avec sa fille aînée, laquelle serait actuellement placée, et il n'a jamais vécu avec sa seconde fille laquelle est née pendant sa détention. S'il impute les faits de violence à des troubles psychologiques et qu'il se prévaut d'un suivi médical, il se borne à produire un certificat attestant qu'il s'est rendu à une consultation le 2 novembre 2020, ce qui ne permet pas de corroborer ses affirmations. Enfin, il ressort des pièces du dossier qu'il a conservé des attaches dans son pays d'origine, sa mère et ses six sœurs résidant en Guinée, pays dans lequel il a vécu jusqu'à l'âge de 21 ans. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète aurait entaché la décision attaquée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. A.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans :
7. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité de la décision attaquée du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
8. En deuxième lieu, la décision par laquelle la préfète de la Corrèze a fait interdiction à M. A de revenir sur le territoire français pour une durée de trois ans mentionnent les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En outre, elle indique les conditions d'entrée et de séjour en France de l'appelant et précise qu'elle a été prise notamment, compte tenu du fait que M. A s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français, qu'il a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement et qu'il a commis de manière répétée des faits graves qui ont entraîné son incarcération. Ainsi, la décision attaquée est suffisamment motivée.
9. En troisième lieu, compte tenu des circonstances exposées au point 6, le moyen tiré de ce que la décision attaquée méconnaitrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
10. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Bordeaux a rejeté sa demande tendant à l'annulation de l'arrêté du 9 décembre 2021. Par voie de conséquence, ses conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.
DECIDE :
Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur la demande de M. A d'admission à titre de provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 3 : Le présent arrêt sera notifié à M. D A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet de la Corrèze.
Délibéré après l'audience du 29 novembre 2022 à laquelle siégeaient :
Mme Elisabeth Jayat, présidente,
Mme Claire Chauvet, présidente-assesseure,
Mme Héloïse Pruche-Maurin, première conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 décembre 2022.
La rapporteure,
Héloïse C
La présidente,
Elisabeth Jayat
La greffière,
Virginie Santana
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt.
N°21BX04669
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026